‹ La farce de maître Pathelin: mise en trois actes, avec traduction en vers modernes vis-à-vis duChapitre 70 sur 81 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

PATHELIN, LE JUGe!

PATHELier^ au juge.

Sire, ayez de Dieu bonne étrenne ; Vos souhaits, qu'il les comble tous

LE JUGE

Bien venu soyez. Couvrez-vous, Messire, et céans prenez place.

PAThEUN. '

Je suis bien là, sauf votre grâce ; J'aurai plus aise et mouvement.

LE JUGE

N'est- il pas quelque ajournement .^^ Qu'on fasse vîte^ ou je me lève.

*i46 ACgeWf^

SQÈJfE.IY.

LES MÊMEâ^, LE DRAPPIER^ POi$ LE i BERGIER.

Le Drappier.

Mon advocat vmt^ qui^chi&ye Ungpea de- chose qu'il faisoitj Monseigneur; et, s'il vous plaisoit, Vous feriez bien de l'attendre.

Le Juge.

Hé dea ! j'ay ailleurs à' entendre.

Se vostre partie est présente, Délivrez-vous, sans plus d'attente.

Et n'estes-voas pas demandeur^

Le Drapj)ier.

Si suis.

Le Juge.

Oà^tXe'deftniewrl Est-il cy présent en p^wmfe^- . .. .

SCÈI^ë IV. iH7

ÈNË I^^.

LIES'' MÉMKS] LE -MAPI Éh; PUIS ^K BÈÏ^GEft;

LE DRAPIg^.

Mon avocat vient ; il achève Quelques affaires qu'il faisait^ Monseigneur, et, s'il vous plaisait, Vous m'obligeriez de l'attendre.

LE iUGS.

Mais ailleurs il me faut entendre.

Si votre adversaire est présent Lui-même ici< finissons-en, Sans autres délais ni défaites.

Le demandeur, c'est vous qui l'êtes?

LE DRAPIER

Oui.

LE JUGÉ

Le défendeur est41ilà?< Çà, qtf on n^fWMKte.^ 3 .

Le'bràppîér.

Ouy : veez-tilà qui ne sonne

Mot; mais Dieu scet (iu'il'en))ensê! '\'[

i tf V Lft jMte. i-

Puisque vous estes en présence Vous deux, faites vostre demande.

.3br. . jj te JDwçipier.^, .:

Vecy doncques queiJuyJemandey Monseigneur. H est vérité Que, pour Déiwietim chjàfi\éy " '' Je Vay nourry m: sorr enfance; Et, quatùi-j/vy^qt^ilent puissance D'aller aux. champs^ pmT'abrtgier, Je le fi3:tstre mânbergUr, Et le mis à, garder^ m^s. iiesut : - Mais^ aussi vray^pommvmt^stes Là assis, mmùàigmvar itjwgej ■ "' Il en a'fûict>mgtétMuge - ■ »

De brebis et dénies moiOons^' ^ Que sans faal^.u . ■■: r:?. erc.v

Le Juge»

- ik^èscx)atDas:Z .

Estoit'il point vostre aloui ?

Monse)peMr,.eïi propre pej?q^, . .

Tout près, dans ce côiri/qûrne sbrine Mot; mais il en,:S$iç«^J)ieu sait!

- Lfe Juge. ";'•'■ ^\ ' -

Tous les deux étant présens, c'est L'instant. Qu'or demanda et défende.

LE DRAPIER

Voici ce que je lui demande.. • , j Monseigneur : Il est vérité ' )

Qu'autant pour. Dieu que charité^.

Je l'ai îiourrî dans ^on enfance,.

Et quand je vis qu'il eut puissance D'aller au ciarop,. pour abréger, . .

Je le fis.iitrc mon berger Et le mis à garder mes bètes.

Mais, aussi vrai, comme voua êtes Là, messire,"cita de brebis . • '^- Et moutons fait tel abatis.».*

LE jOœ:

Écoutons. : vous: l'aviez à gage Et loué?

PatbeKtii-

Voire; cc^^-i^U s^estoifjhSi'^ '

A le tenir j sans ah\itr.». - '■'-'- i ^ '"^" ^}

Le Drappier, reconnaissant Pathelin.

qtn se couvre le visage avec la mâitf. """

. Je puisse Dieu désavouer^ ^ Se n'estes-voùs saris nulle fdulte! . ^

Le Juge,

^CommenS. vous tenez la maia, hautej A^vgu^, mal aux dents j maistre Pierre ? .

Pathelin.

Ouy; elles me font telle gume, , Qu'oncques-mais ne senty tel raige :

Je n'ose lever le visaige. , .

Pour DieUy faites-les procéder l

> Le Juge.

Avanty achevez de plaider.' • SuZy concluez appertemerâ? . .

Cest-d, sans autre, vrayement!

Par la croix oà Dieu s'estendy!

C'est à vous à qui je vendy Six aulneS' de drap, maistre Pi&rre^

SCBNÏTW. 15:1

PiCTBllLiM.

Prendre sans loua^ l ir ne s'y serait pas joué, , :

Car...

LE DRAPIER, reconnaissant Pathelin^ qui se couvre le visage avec la main.

Dieu me soit désavoué Si ce n'est pas vous, vous sans faute X

LE JUGE

Comme vous tenez la maîn haute Aux dents, maître Pierre! Est-ce un mal?

Qui m'est im tourment sans égal.

Jamais fle sentis telle rage; "- Je n'ose lever le visage.' * '^ Pour Dieu, faites -les procéder..

LE jucrfe-.

Avant qu'acheviez de plaidet",-^- Sus, concluez de façon cteirev

LE DRAPÏER'i

c'est lui, traifnent,quilevintfa^'re, Et pas uit atatre. — J^ Je dis : n . '^

Oui, c'est à vous que fe> vendis ^ / Six aime5:^e::d]:a[{xr igsjist^ Jjeaéu

Le Juge.

Qu'est-ce qu'il 4it de Wdp!^''[ '^'^-i^-

Pathèlîn.

// erre.

// cuide à son propos venir.

Et il n'y scet plus advenir ^ Pour ce qu'il ne l'a pas apprins.

Le Drappier.

Pendu soye, se autre l'a prins, Mon drap, par la sanglante gorge!

Pathelin.

Comme le meschaht homme forge De loing, pour fournir son libelle!' Il vm dire (il est bien rebellç !} Que son bergier avoit vendu La laine {je l'ay entendu) Dont fut faict le drap de ma rabbe, Comme il dict qu'il le desrobe, Et qu'il luy a emblé la laine De ses brebis.

Maie semaine -. n M'envoye Dieu, se.vousjne l'aMzl

SGÈNE;IV. 15 j

LB ItSGCJ

• Qu'est-ce qu'il dit 4e dr^? .

PATHEUNi

lierre.

A son propos il veut venir, Et ne sait comment y fournir.

Il ne fut pas à bonne école.

LE DRAPIER

Par tous les saints des gens qu'on vole!

On m'a pris mon drap, et c'est vous.

Voyez quels raisonnements fous,

Et comme ce méchant les tire

De loin pour sa cause ï II veut dire

-—Est-ce assez gauche, assez tordu? —

Que son berger avait vendu

— Nous l'avons tous compris sans peine

N'est-ce pas, monseigneur? — la laine

Avec laquelle fut tissu

Le drap de ma robe; or, déçu,

Volé, prétend-il par cet homme...'

LE DRAPIER

Que je sois maudit, qu'on m'assomme, Si ce n'est pas vous qui r<ivez l ^

ao

^54 ACTE.HLi

Le Jug^»

Paix/ ;?ar le dyable! vous bayez t Et ne sçave^'vous revenif ^ A vostre ffoposj sans tenir la court de telle baverie?

PatbeUn^^yant. toujours sa main au visage.

Je sens'6m(^rM,f^i4 i^^k n^- Il est desji ti empressé, Qu'il ne ^cetoù il l'a laisse :

Il faut que nous luy reboutons,

^ Le Juge.

Suz^ revenons à ces moutons :

Quep'iU

. Le EHrappier.

// en print six ûutnes De neuf francs.

Le Jugé.

Sommes-nous bejaunes, Ou cornarts^ Oà cuidez-vous estre^

Palhelin, Par le ^ng bieuf il,fiom fait pttistfe t

Paix, diantre! vous extravaguez.

Voyons, sans troubler davafntage La cour par un tel bavardage, ' - ' Ne sauriez-vous, l'esprit dispos,^ ; Revenir à votre propos? ' ^ •

pathelin; ayant îoujbars'^'ia-mdi'n Km visage.

Je souffre ét'rîs. De gloàe en glose, Trop de hâte égara sa cause! * Cherchons vitè<, et Vj remeltotis.

LE JUGE

Sus! revenons à cestnoQtons.

Qu'en fit-il ?^r. . /^ o - ..^

Il en prît SIX" aunes De neuf francs^ . i y

LE JUGE

Sommes-nous béjaunes, Sots et niaîç. Où vous croyez- vous?

. . .PATHKUN. .

Sangbieu ! je pense, il nous fait tous Bons à paître, bêtes de somme.

On dirak pDûiu&t^lin bon hc^mnè.

T}6 .ncmiîuz

Qu'estM bmhofnmeiptfsaimiaeii ilII Mais, je le loz., qu^Mn examine .: l:

Un bien peu sa partie adverse.

Lé Juge.

Vous diëtés bitn : d le converse!

H ne peut qu'il ne lex:ognaiss€. ' • ViençàlDy! ^ •

Le Bergier.

Bée!

Le Juge.

Vecy angeisse !

Quel Bée est-ce çy} Sv^isrifjhUvxe^, Parle à moy.

Le Bergier.

Le Ju^ê.

~ 'Sangrahlé fièvre Te dointÙieu!.Et îemoqms-tu'l' -

^ Paihelîn.

Croyez qv^il est fol, ' oii 'ma, ' ^ ; Ou tfalit imde 4$tfê entre ses" bésks.

Mai&laimfnen^wtpasle jeir*. - ,:. .

Si vous exaRriniez un peu . •. ^ L'adversaire ?>v^ >. . . .; ..

; Bien dit:. Peut^tre :

Il pourra te faire çonnaîW, Le voyant tous les jours. Vi«îis çà,

Dis...

LE BERGER

Bée!

LE JUGEJ.

Eh! qu'est-ce là? Quel We? Autre ennui. Suis-je<:hèvrei \

Parle.

L^ bergM.

Bée! ^ f

LE lUQ^.

EncorI quelle fièvre Te pren^-il là ? Te moquas- tu ?

PATHSLÎN.

Croyez qu'Ui^t fel,o^ t^i^^ ; ; ^ , . j Ou qji^!UiCf()^ti^e «*»»!? îSe§:i)lîÇ^> .

Le Qmppiir,,à^Padttli&i '

Eu moii^h^m M^l )r«ai ajr^/ïKCïji ::3

Et taim^ams k^àSn'if>mnigil^'^' 'Vùz... i Laissez'en pai^sÇeU aammYtîzbr.) : ' Et venons aa.prmipaU' :^oq jj- .: .

U::Prftppief ,j

Monseigfffi\ir^tr{mkçâSr:m^}m:He;\ ^' Toutesfq^ par qia f^y^ m kmh^i

Meshuy un seul n^fi(^\4i^^ ir.^i :.^ Une autrê^plt^ '^rmjrk, mo\ ^ivi^ - : , ^N^ AinsLqu'4'4appupF^.4lle^::V.y.?. .T.zzi •

// le me cemeï^lavAlkr ■ [^ ihi.ô j j ..

Sans mascher..*,^0r ^à^ j^MfÇj^^j^ <tin A monpf<>pe$i C^nmeçtJl^y^yi \ ^,: -,- / Baillé six aubies^^» P^frje^^dfU: : / -: M

MetfffAbis... Je:vmi^n.pjy,?mfir • .-./ Pardonrnz-H\oy. , .A geoHl^ 9êi^it» ^ '^ Mon befgkr^ qum.ji dpmt fAV)fi[< ;:c'/.

Aux chq^ps^^^. M m 4^^ ilmoy^ v:

Que Dieo m'd damtie'si vù^^v^èm-' " Celui, sans autre^qtti m^âéV'èz ' Eu motfi'âfôp. lîa\ voQS ne ââress, • - Monseigneur/ f)ârqtt^to^rDa!ke.

Taisez-vôU^V Lëbon feus Vttïis- glissé.

Cet accessoire- «i^est égal; Laissez-le pour le. principal.-j^ ^" ^

Oui, Monseigneur. Le cas me touche;

Cependant) f^njûrè, tria bouché ^

AujouFd*ôi-, ^tis mot tt'en àitai ^ ^- '^

Il en sera ce ^ùi Jxmrra " - ^ ?'■

Une autre fois. (^'î^mé régalé» -^ ^ ^

Ou non, san^ ffiàchéf jfe Pavale.^ ^ ^ /

Or, je baillai six'aunés.i. Nôn^' '■

Mes bêie^,=àî*-^ Au P^rdoîî, ^- ' - \

Messire ! Donc',' ce gefttîl maître».. ' -

Mon berger, qtïand il -devait être

Aux champs..: Il me dît'que f aurais

SiX'écus d'ôr quand }e viendrais. -

Non, si fait, non^ Suffit,- j'abrège.

Depuis trois arts m çèt, diswVjei

J: Al /

irfio ACTE- in.- *

Six escus i'or, quant je vitndroye\.i

Dy»je, depuii iro'n ans en {à,

Mon bergier me convenomça

Que loyaument -me' garderait

Mes brebis j ^ et ne m'y fer oit "^

Ne dommàige neMiiienie,,,

Et puis, maintenant il me nie

Et drap et argent plainement!

Ah I maistre Pierre, vrayement.

Ce ribaut'Cy mUmbloit les laines

De mes bestes; et, toutes saines,

Les fetùit mourir et périr,

Par les assommer et ferir

De gros iaston sur la cervelle,..

Quant mon drap fut soubz son aisselle.

Il se mist en chemin grant erre.

Et me dist que j'allasse querre

Six escus d'or en sa maison.^.

Le Juge.

// n'y a rime ne raison En tout quant que vous rafardez.

Qu'est cecy ? Vous entrelardez Puis d*uh, puis d^autre. Somme toute, Par le sang bien! je n'y voy goûte!

Il brouille de drap, et babille Puis de brebis, au coup la quille!

Chose qê^hdit ne s'entretient.

Mon bergei*. convihtayec mol Qu'il garderait de bonne foi, Sans dommage ni vilenie, Mes bêtes... Maintenant il nie Tdut : argent et drap pleinement.

Ah! maître Pierre, assurément Ce ribaud-ci volait les laines De mes brebis, et toutes saines Les faisait mourir et périr, Par les assommer et férir t)e gros bâton sur la cervelle...

Quand mon drap fut sous son aisselle, Il dit, se mettant en chemin, Que, sans attendre au lendemain, En sa maison je m'en allasse Quérir six écus.

• LE JUGE

Je me lasse.

Il n'est ni rime ni raison Iciy dans tout ce qu'à foison Vous entrelardez. Somme toute^ Par le sangbieu! je n'y vois goutte :

Que de bourdes, quels sots débits!

Il brouille drap, argent, brebis.

Il va, comme boule à la quille ; De l'un, puis de l'autre il babille.

Rien dans ce qu'il dit ne se tient,

\6i Âti^m.?

•Pàthdln.

Or y je n^enifait forty qu!ii retient Au povre berfgfén^aibsalaire^

Lic< Drappier.

P^r* itfiîjz kv<mijm p,eusskz bien, taire !

Mm 4r^y Aussi vray ifue la messe, . .

Je sçay m/^xo^/^ bas m* en blesse, Que vous ne un autre ne sçavez.,.

Par la teste bieuî vous Vavez!

Le Juge.

Qu^est'Ce qu^il ni

îii ', L« Drappier.

~ Rien, monseigneur,

Certainémehtj c^est le greigneur

Trompeur.»,' tiolà ! je m'en tairay

Sz je puis, ex wen parleray

Meshuy, pour chose qu'il adPierine,

..• ■ ■"• ■ Le Juge.

Ei non! Nais qu'il vous en s(fUvienne!

Or, concluez àppertémènt ! ' '^ '" '

ï^athèlin.

Ce bergier ff^pieutnuUémnt^^ ' ♦^^^d ; •

Je me fends fort qu'il retient Au pauvre berger son salaire..- ^

LB qRAPlERi

Ahl taisez- vous. La chose est claire^ Pour moi. Mon drap... Vous ne savei Ce qu'il m-en cUit... Vrai! vous Pavez!

LE JUGE

Qu'est-ce qu'il a?

LE DRAPfER.

Rien, mais je jure Que c'est bien le plus granfl parjure, Le plus grand fourbe. Je me tais, Et n'en parlerai plus jamais ..

D'aujourd'hui, non, quoi qu'il advienne.

Si je puis...

LE JUGE

Qu'il vous en souvienne!

Concluez donc, et clairement.

PATHW.IN.

Ce berger ne peut nullement

l64 AÛTÉ'fU.

Respondreàujc fais qut ^ànptopos^y ' "■

S'il n'a du con^^il; W ilr^ûse ' *

Ou il ne scet '^n demander.

S'il vous plaisoit moy commander

Quejefussfêàluy,jeyserçje,

Le Juge.

Avecques luy^ Je tnideroye ' Que cefust trestoute froidute :

C'est peu d'acquesî,

Pathqlin.

- ^- '- Mais jeMus jure- • Qu'aussi n'en ^i^ii rien mair :

Pour Dieu soit ! Or y je voys sçavoir Au pauvret, qu'il voudra me dire^ Et s'il me sçaura point instruire • Pour respondre aux fais départie^, .

Il aur oit dure départie • f -> » 1/ De ce, qui ne le secourrcdîJ'^ 1: •• r Vien çà;mon amy. Qui pburfcàt.

Prouver?.,. Entènsl ' . ; : '

Le Bergier.

■ ^^0 .'5iO ". r.L ii.>.QuelB^àeai}

Page 1