SCÈNE IV^ [7S
LE DRAPIER
Je lui demande...
PATHELiw, au luge.
Qu'il se taise !
Au Drapier.
Vous en rabâchez trop à Taise. Prenons, j'y consens, qu'il en ait Mangé six ou sept; compte fait, Donnons-lui même la douzaine , Vous voilà, ma foi, bien en peine !
Tout le temps qu'il les avait eus En garde, il v<>us en gagna plus.
LE DRAPIER
Voyez, je parle draperie, Il me répond, lui, bergerie !
Six aunes de mes meilleurs draps, Que vous' mîtes sous'votre bras, Ne pensez-voUs point à les rendre?
PA7HELIN,
Pour six brebis, faut il le pendre ! , Sire, ah ! n'ayez cette rigueur. , Auparavant, du fpnd du cœur, , , Voyez ce berger ^misérable^ , ,.,^
176 ACTB4IîI-
Aupovreb^itr.çl^^qureii», y. .j Qui est aussi nud comme m-vetlx r . .
Le'D'rappîer.
C est très-bien retourné le ver!
Le Dyable me fist bien vendeur De drap à ung tel entendeur!
Au Juge.
Dea^ monseigneur, je luy demande, .
Le Juge, au Drappier.
Je fabsoulz de vostre demande^
Et vous deffens le procéder.
Cest un bel honneur de plaider
A ung fol!...
Au Bergicr.
Va-fen à tes bestes.
Le Berg^er. -
Bée !
Le Juge^ au Drappier.
Vous monstrez bien quel vous estes, Sire, par le iang Nostre Dame !
Le Drappier.
Hé dea, mofise^igneur, bon gré m'ame.
Je luy vueil.., ,j : • ,i-
SOÊNEJ 'IV;^ 177
Douloureux, nav^é, pauvre diable.
Nu comme un Ver.
LE DRAPIER
JBien retourné !.
C'est le malin qui m'a donné, Pour mon drap, pareille pratique.
Au Juge.
Je lui demande en ma supplique, Monseigneur...
hK JUGE.
Et moi, je 1 absous.
De plus je vous défends, à vous.
Le procès. Je perds patience.
Le bel honneur en conscience De plaider contre un fol ?
Au Berger.
Toi, va, Va-t'en à tes bêtes,
LE BERGER
Bée!
LE JUGE, au Drapier,
Ah!
Je vois qui vous êtes...
LE DRAPIER
L^affairé Doit, Monseigneur...
.. ]]S[mpourroiî'il taire ^
Le Drappier, à Pathelin.
A7 c'e^f à vous que i'ay affaire :
Vous m^ avez trompe fauldement y.
Et emporté furtivement '^ ' • ^ Mon drap, par vostre^eàd langtige-
Pathelin, au Juge.
Ho! fen appelle à mon côuraige :
Et vous l'oyez h^n^ monseigneur.
lie t)rappreK - ^ '^ *
M^aist Dieu! voui^ estes le'^greigneur Trompeur^!.,. .^^ ^,^,
Au Juge.
Monseigneur y quoy qu'on die, . .
Le 'Juge; " ' ^
C'est une droicte (^ardie.
Que de vous deux : ce n'est que noise.
^ U se lève.
M'aist DieUi js loe <iue jpmUn vi^iu.
Au Bergier. '.. :. '
Va-t'enyinon" amy ;'ne rei&Arrie ''-'■' " ^ Jamakf^ pow Urgent qui tHadjouftk.* ' La C^ïïr't'aU0m ; tmndt^ubiïn'-t^ ^ •
Va-t-il se taire !
LE DRAPIER, à Pathâlm.
C'est à V0U3. qye tend mon fait, oui, A vous, qui m'avez trompé, qui, Furtif,^par votre beau langage Prîtes mon drap.
PATHÇHN.
Que de coupage Il faut! Voyez ç^ qui lui prend.
V tP, DRAPIER.
Vrai Dieul vous êtes le plus grand Fourbe.
Au Juge.
Souffrez donc que je die. . .
LÉ JUGE
Non, car c'est pure comédie Qu'entre vous Cette hoîse. Assez !
Moi, je m'en veux aller, cessez.
Au Berger.
Ami, va-t'en>^aux champs retourne, - Ne reviens plius, quoiqu'on l'^^urne.
La Cour t'absout : compreQds ce mot. .
i8o ACT-E IIJ.
Patbelin, au Bergier.
Dy grand mercy.
Le Bergier.
Bée !
Le Juge, au Bergîer.
Dy-je bien^ Va-fen, ne te chaulî; autant vaille.
Mais est-ce raison qu'il s'en aille Ainsi?
Le Juge.
Ouy. J'ay affaire ailleurs.
Vous estes par trop grands railleurs Vous ne m'y ferez plus tenir :
Je m'en voys. Voidez-rovts venir > Souper avec moy, maisire Pierre ?
Pathelifr.
Je ne puis.
Le Juge s'en va
SGÈNË IV.
PATHELiKy ou'Berger.
Et dis merci.
UK BERGER.
Bée!
LE JUGE
Autant vaut.
Va-t'en.
LE DRAPIER
Est il bien quil s'en
aille
Ainsi ?
LE JUGE
Je n'aime pas qu'on raille, Et, quand je devrais être ailleurs^ Vous faites par trop les railleurs.
Vous ne m'y tiendrez plus ; arrière !
Voulez-vous venir, mahre Pierre, Souper chez moi?
Je ne puis.
Le Juge s'en va.
i82 ACT^ IJL