Geiger, p
médies : plaçons-les maintenant en regard Tune de l'autre, afin de les examiner encore une fois, collectivement, dans leur ensemble. Ici il nous faut avouer sans ambages que Reuchlin n'a pas, à beaucoup près, atteint son modèle pour le relief plastique des figures ni pour le comique des situations. Les personnages si vivants de la farce française sont plus d'une fois devenus, dans le Henno, de simples automates. Tel est d'abord le juge Minos : sans doute sa patience n'est pas mise à aussi rude épreuve que celle de son confrère français ; mais il n'avait pas besoin, pour cela, à chaque a Ble » du valet, de débiter placidement un vers avec une monotonie absolument fastidieuse. Telle est encore Abra, cette espèce de statue, qui, dans toute la pièce, ne dit qu'un seul mot [placet], quand son père lui demande si Dromo lui plairait comme époux. Tels sont enfin, en partie, même Henno et Danista, dont l'empressement ne nous paraît pas naturel, quand le premier entre immédiatement dans les vues de Gréta (Acte V) et quand le second accepte la conclusion du juge (Acte IV). Et puis le comique, dans la pièce latine, veut, pour être saisi, la recherche d'un esprit cultivé, tandis qu'il agit immédiatement dans la pièce française.
Mais, d'un autre côté, la comédie de Reuchlin est d'une portée tout à fait exceptionnelle, en ce que, pour la première fois dans les temps modernes, elle soutient jusqu'au bout, dans une sévère unité et sous une forme rigoureusement artistique, une saine idée fondamentale. Sous ce rapport, elle sur-
passe son modèle ; car elle donne un relief plus saillant encore à cette idée fondamentale, en réunissant dang un seul personnage les deux interprètes de cette même idée dans la pièce française. C'est pourquoi nous ne pouvons pas, comme M. Parmentier, trouver dans le Henno une « pauvre comédie ; » mais nous pouvons, au contraire, tenir pour parfaitement exact le jugement de Gervinus^ quand il dit à ce propos : « La pièce est tout è^ fait « excellente comme transition entre le vieux genre « et le nouveau ; car elle traite dans la forme et « avec la régularité classiques un sujet complète- « ment allemand (national) *. »
IL — La comédie de Hans Sachs.
La première bonne traduction, ou mieux adaptation, du Henno, fut donnée en 1531 par Hans Sachs sous le titre de « Comédie à représenter avec dix personnages , composée en latin par le docteur Reuchlin, le Henno » : Ein comedi, mit 10 perso-
nen zu recidiren, doctor Reuchlins irrî Latein ge~ macht, der Henno ^
1. Histoire de la poésie allemande, II, p. 343. — Voir plus loin notre Appendice^ IV. — Les deux critiques allemands nous semblent attacher ici beaucoup trop d'importance à la forme : estce la régularité du cadre qui fait la valeur d'une peinture? [Note du Traducteur].
2. Publié par A. de Keller pour la Société littéraire de Stuttgardy dans le VU® volume des Œuvres complètes de Hans Sachs, p. 124-153. DicKMANN {Essai littéraire et grammatical [écrit en
Cette pièce se reconnaît au premier coup d'œil comme un pastiche de la pièce de Reuchlin. L'étude que nous en faisons n'aura donc pas tant à mettre en lumière les ressemblances des deux comédies , qu'elle ne devra faire ressortir les traits par lesquels Hans Sachs se montre poète indépendant. Qu'il l'ait été, l'étendue de son ouvrage, plus considérable que celle de l'original latin, le prouve déjà*. La pièce reproduit la division en actes, mais non en scènes, de son modèle. Selon l'usage du poète nurembergeois, elle commence par un discours du héraut [Ehmhold] et se termine de même. C'est à Hans Sachs que revient également la propriété du prologue en question, dans lequel le héraut, en souhaitant à tous bonheur et prospérité, annonce la représentation d'une comédie « divertissante, fine <3t bonne à faire rire »,
Uurzweilig , fein und gut zu lachen,
écrite en latin par le docteur Reuchlin, grand savant. Le héraut expose ensuite brièvement le sujet de la pièce latine. Là-dessus, Eisa entre en scène, en exhalant, au sujet de son existence pénible, des plaintes qu'elle sait rendre très sensibles par un tour énergique :
français], Hambourg, 1875, p. 23, n. 61) ajoute cette note : Hat V actu^ [A cinq actes]. Cette observation ne se trouve pas dans A. de Keller, mais seulement dans Gottsched (Nqthiger Vorrath [Provision nécessaire. . .], p. 61 [de la I^e partie]).