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La farce politique

Plus on change et plus c'est la même chose. Le Journal officiel a réglé, comme sous la monarchie, les réceptions du jour de l'an. Ce sont les mêmes personnages, les mêmes généraux, les mêmes prélats, les mêmes présidents, le même rabbin, les mêmes dé putations.

2 L ESl'fîIT DU BOULEVAMIJ

Les fonctionnaires civils seront en frac. Il est fort heureux qu'on ne le? oblige pas à venir en culotte courte,

Ayant à Ifur? côtf's des .«abre?

Qu'au besoin ils avaleraient !

Je croyais de bonne foi que la République en finirait avec cet attirail de cérémonies et de réceptions. Qu'estce que cela signifie? où est l'utilité de cet étalage? M. Thiers sait bien que, si un nouveau coup d'État était possible, les mêmes personnages se rendraient auprès du nouveau souverair» avec un zèle au moins égal à celui qu'ils vont déployer devant le Président de la République.

Quand donc aurons-nous un gouvernement simple et supprimant les formalités? Un gouvernement qui dédaignera de remplir ses antichambres?

Ce n'est qu'à cette condition que les fonctionnaires garderont, quelque dignité. C'est une institution absolument monarchique que celle qui consiste à faire courber périodiquement les échines devant un monsieur.

Le monarque a une raison à donner, une excuse à présenter. Il daigne sourire à ceux qu'il a convoqués; il fait le gracieux pour conquérir des partisans.

Louis-Philippe II serrerait la main des fonctionnaires légitimistes, pensant tout bas : Ils vont me trouver plus gentil que Chambord!

Louis XIX saisirait l'occasion pour assurer aux maréchaux qu'on a retrouvé à Orléans une jeune fille

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enlitTement pure qui, à ]a suite d'une apparition de saint Népomucène, s'est engagée à reprendre Strasbourg et Melz.

Mais le Président de la République?..

C'est donc pour faire comme avant?

Eh bien ! non, assez 1 11 y a vingt ans qu'on nous leurre avec les réformes nécessaires, il est temps de les commencer. Yoilà ce dont il faut s'occuper, au lieu de perdre les journées à organiser des défilés.

Sommes-nous un peuple d'enfants qu'on bercera éternellement avec les mêmes sornettes ?

Laissez le cérémonial à ceux qui en ont besoin, et prouvez votre dignité par la simplicité de vos façons.

Ctiaque préfet aura évidemment ses réceptions officielles, puisque l'exemple part d'en liaut; et plus d'un citoyen haussera les épaules en se demandant si nou« n'en finirons pas bientôt avec tous ces appareils inutiles et humiliants.

Un homme qui a de la chance, c'est M. Feuillet de <^onches. Les gouvernements ont beau changer, lui ne bronche pas. Il introduisait les ambassadeurs sous Napoléon ; il les introduit sous M. Thiers; il les introduira sous Gésier XIY.

Ce fonctionnaire est évidemment un grand philosophe; peu lui importe ce qui se passe autour de lui — pourvu qu'il introduise des ambassadeurs.

Une seule fois, on l'a vu triste et rêveur.

— Qu'avez-vous? lui demanda-t-on.

— La saison s'annonce mal, répondit-il.

— Vous croyez que le blé manquera?

— Non, ce n'est pas cela.

— Les vignes ne sont-elles pas florissantes?

— Au contraire... mais je crains qu'il n'y ait pas d'ambassadeurs cette année.

Je comprends que les différents corps d'état se rendent chez M. ïhiers dont le mérite et le talent valent bien une visite, mais je ne puis me faire à cette gravitation forcée vers le manche. Or, c'est comme « manche » que le Président de la République reçoit ces visiteurs en uniforme ou en frac.

Va donc pour une fois, mais ne nous la faites plus.

Les mobilisés de la Charente-Inférieure comprenaient autrement l'indépendance de l'homme.

Après la formation du camp de La Rochelle, le général Détroyat voulut passer une revue.

Il y avait près de trois mille hommes sur les glacis ; la revue fut passée tant bien que mal — plutôt bien.

Dès la porte de la ville, les mobilisés purent rompre les rangs, car la plupart étaient logés chez les habitants; et voici la conversation qu'il me fut donné d'entendre :

— C'est assommant, une revue.

— Ne m'en parle pas... Dire que nous trimons depuis ce matin!

— Une autre fois, tout le monde devrait s'entendre pow ne pas y aller! ...

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A propos de M. Feuillet de Couches et de la sérénité qu'il apporte dans l'imperturbable exercice de ses fonctions, il est permis de constater que le public, si indulgent pour lui-même, est trop enclin à porter contre les hommes publics l'accusation d'avoir changé d'opinion.

Tout le monde, en France, peut changer d'opinion, excepté les orateurs et les journalistes.

— Voici, s'écrie le premier venu, ce que vous avez dit à telle époque, ce que vous avez écrit à telle autre !

— Je ne le nie pas ; où voulez-vous en venir ?

— Tous avez donc rhangé rropinion?

Mais le pays tout entier a changé d'opinion I il a changé en 1830; il a chanté en 1848; il a changé en ^8G8; il a changé en 1871...

Etquand ces maréchaux, ces prélats, ces présidents, ce rabbin, tous ces fonctionnaires dont je parlais tout à l'heure, et qui se dirigeaient vers les Tuileries le 1^^ janvier 1870, se dirigent aujourd'hui avec le plus bel ensemble vers la préfecture de Versailles, vous voulez que, seuls, l'avocat-député ou le journahste soient éternellement rivés à une opinion, juste et loyale au moment où ils l'ont émise, mais qui a peutêtre cessé de l'être?

Vous, commerçants, qui avez voté oui et qui, aujourd'hui, voteriez non, n'avez-vous pas la prétention d'être logiques?

Suivre les événements et tâcher d'en faire sortir la

plus grande somme possible de bien pour la patrie, là est rhonnêteté politique.

Tandis que les enfants soufflent dans les petites trompettes, et font danser les polichinelles, une horrible nouvelle est venue jeter la consternation dans les sacristies. Les bedauds maigrissent à vue d'œil, les chantres se regardent d'un airépioré.

Il est donc vrai! M. de Bourgoing a donné sa démission!

Qu'est-ce que cela, M. de Bourgoing?

C'es^t un de nos fameux diplomates, ambassadeur auprès du Saint-Siège, par politesse du gouvernement qui fait semblant d'ignorer que l'unité de l'Italie est faite et que Victor Emmanuel s'est installé à Rome.

Donc, M. de Bourgoing, qui avait été bien sage, jusqu'à présent, s'est fâché, tout blanc, avec M. Fournier. Les torts sont évidemment du côté des officiers de VOrénoque, mais M. de Bourgoing, qui trouvait le Vatican un peu délaissé depuis quelque temps, s'est brusquement démis de ses fonctions.

C'était pourtant gentil, cette place-là. Rien à faire ; des relations excellentes avec le clergé ; la cour d'Italie à deux pas. Il a fallu que M. Fournier s'imaginât d'envoyer les officiers de YOrénoque souhaiter la bonne année au roi d'Italie. Comme le figurant du Châtelet qui, dans le ballet des dominos, était ennuyé de représenter le deux-blanc et qui menaçait de se retirer si on ne lui accordait pas de l'avancement en lui faisant

jouer le double six, M. de Bourgoing s'est écrié : Que suis-je ici? l'as-trois ou le deux-quatre? Fournier est donc le double-cinq ou peut-être même le cinq-six? Je donne ma démission!

C'était là une bonne occasion de supprimer cette sinécure; malheureusement, il faut compter avec une partie de la Droite et on parle d'un successeur de M. de Bourgoing auprès du successeur de saint Pierre.

Le nouveau s'appellerait M. de Corcelles. C'est un joli nom; mais il vaudrait mieux économiser quatrevingt mille francs par an que d'entretenir un ambassadeur auprès du Saint-Père, à qui nous accordons tous nos respects comme chef de la religion de la majorité des Français, mais qui, en somme, a cessé d'être souverain temporel.

Le contlit du Vatican avec la Suisse est plus grave à tous égards que l'aventure de M. de Bourgoing. Mais que va devenir le cérémonial ordinaire? On conservera les enfants de chœur, les bedeaux — mais il serait indécent de garder les Suisses.

Je sais qu'on les fabriquera aussi bien avec des Basques, des Flamands et des Gascons ; mais ils n'en seront pas moins Suisses.

— Où est le Suisse ? s'écriera le sacristain. Laissezmoi le Suisse î C'est si beau un Suisse !

Je ne sais trop comment nos bons curés vont se tirer de là, à moins que M. Feuillet de Conches ne

consente à se charger de l'emploi, mais il ne peut pas être partout à la fois.

Il est vrai que M. Fournier pourra le faire assister par les officiers de VOrénoque, mais il reste à savoir si cette combinaison serait de leur goût.

Quoi qu'il en soit, un proverbe célèbre va se trouver démenti. On aura de l'argent et pas de Suisses.

En ouvrant V Annuaire diplomatique, on peut se convaincre que nous ne vivons pas encore sous un gouvernement démocratique ; on n'y trouve que petits ducs, petits vicomtes, petits crevés.

C'est que, depuis cinquante ans, quand un jeune homme avait dissipé son patrimoine dans les cabinets dorés des restaurants à la mode et sur le tapis vert des tripots aristocratiques, les grands parents réunis se demandaient : — Qu'allons-nous faire ? Faut-il le munir d'un conseil judiciaire ou le lancer dans la diplomatie ?

Un oncle viveur prenait alors la parole :

Les secrétaires d'ambassade, disait cet homme expérimenté, se marient assez bien, tandis que le gentilhomme qui apporte un conseil judiciaire dans la corbeille de noces, excite plus ou moins la défiance du beau-père. Notre jeune parent n'a ni instruction, ni intelligence, il serait donc très avantageux pour lui d'aller représenter la France à l'étranger. Les Français se sont fait une réputation d'élégance et d'esprit qui rejaillira sur le crétin dont nous devons prendre les intérêts. La famille manquerait à tous ses

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devoirs, si elle n'arrachait pas au chef de l'Etat une nomination due à nos parchemins.

Et c'est ainsi que se récoltait la graine d'ambassadeurs.

Il ne faut pas nous dissimuler que les malheurs du second empire à l'extérieur tiennent tous à la mauvaise qualité de ses renseignements.

La faiblesse de notre diplomatie nous a été absolument funeste.

Les journaux dits à^oppos'Uion ont seuls été bien renseignés sur les atTaires du Mexique ; le Gouvernement s'entretenait d'illusions.

Sleswig. — Mauvaises informations. Ignorance complète des forces de la Prusse et de TAutriche.

Affaires du Luxembourg. — Illusion et précipitation de M. Benedetti, qui se laisse rouler comme un enfant. Choix déplorable d'un ambassadeur d'origine corse qui, à Berlin, a dû hésiter plus d'une fois entre les intérêts de la France et ceux de l'Itahe.

Dans les affaires d'Orient, la France n'a jamais reçu que des liasses d'impostures dorées. On ne doit pas oublier la fable du Tartare qui a valu à la Patrie une prime d'encouragement pour l'acclimatation des canards du Levant.

Quant à M. Mercier de Lostende, c'est à un retard du courrier qu'il a dû de se trouver à Madrid pendant la révolution, sans ce retard, notre ambassadeur, qui ne se doutait de rien, se fût trouvé en congé au mo-

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ment où sa présence était le plus nécessaire dans la capitale de l'Espagne.

Longtemps avant M. Georges Guéroult, sous l'Empire même, nous avons déclaré qu'il fallait changer à tout prix les conditions de recrutement de notre personnel diplomatique. Les noms ronflants ne suffisent pas ; les toupies ronflent aussi, mais leur ficelle est bien vite usée et le clou ne pénètre pas...

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