OUTRAGES A LA MAGISTRATURE
Le docteur Xélaton fut, un jour, appelé à Caprera pour extraire la balle qui s'était logée dans le talon de Garibaldi.
Pouvait-on dire : Le docteur Xélaton a attaqué Garibaldi?
Le docteur Labbé a été demandé hier, dans une maison particulière, pour faire Tablation du sein à une dame attaquée d'un cancer. Peut-on dire que le docteur Labbé a attaqué cette dame?
Quand les chirurgiens entrent dans une ambulance pour y pratiquer des amputations reconnues nécessaires, serait-il juste de dire que ces chirurgiens sont allés attaquer des blessés?
Non, n'est-ce pas?
Alors, pourquoi dit-on que les journaux républicains
82 l'esprit DU' BOULEVARD
a/^a^-uenna magistrature, quand ils ne visent jamais que la partie cancéreuse ou le membre gangrené?
Le scandale de la semaine est la dépêche d'un procureur général sous le ministère Broglio.
« Je ne vois pas de délit, » lui télégraphie un procureur de première instance.
Le procureur général répond :
« Poursuivez tout de même; je suis sûr du tribunal. »
Qu'étaient-ce donc que ces juges qui se mettaient si simplement aux ordres du 16 Mai comme ils s'étaient mis aux ordres de l'Empire?
Sommes-nous vraiment tenus de les respecter'^ Je ne le crois pas.
Cambyse fit écorcher vif un juge prévaricateur pour faire recouvrir de sa peau le siège du magistrat appelé à rendre la justice au lieu et place du défunt.
Ce nouveau juge a dû réfléchir plus d'une fois avant de prononcer son jugement du haut de la peau de son prédécesseur.
L'Empire avait besoin de tribunaux dont il pût êlre sûr. Il tria ses juges sur le volet. Les sévérités de la loi venaient s'échouer aux pieds des amis du gouvernement comme les vagues au }»ied des falaises.
Ces magistrats de dévoûment sont sortis inamovibles de la cuisse de Jupiter.
Il y avait aux Tuileries et au ministère une fabrique
de magistrats incassables, comme les nouvelles poupées. Au lieu de dire papa et maman, ils disaient attendu et considérant ; ils savaient fermer les yeux, ne pleuraient jamaisetne coûtaient môme pas 500 francs.
Thémis avait pris l'habitude de soulever son bandeau pour regarder si on lui offrait une bonne place; et ce n'est qu'après avoir pesé les avantages qui lui étaient faits qu'elle reprenait sa gravité et son arrogance.
J'ai vu des hommes qui, après avoir fait beaucoup de mal, ont été punis par un avancement scandaleux ; — et, plus d'une fois, l'idée m'est venue de prendre le deuil de Cambyse !
On n'a pas oublié la lettre d'un avocat général à M. Conti :
« Monsieur le conseiller d'Etat, j'ai l'espoir d'être présenté aujourd'hui ou demain à l'empereur /)owr une présidence de chambre à Paris. Vous m'avez vu à l'œuvre dans les commissions militaires, et vous connaissez mon dévoûment...
» Un petit mot favorable, s'il vous plaît, à celui duquel dépendent nos destinées. »
L'homme eut sa petite présidence de chambre à Paris; un cousin germain à lui en eut une autre. Un président qui avait participé au coup d'État casa ainsi toute sa famille, qui compte dans ses rangs un ou deux crétins du plus bel orient.
Voilà des tribunaux dont on pouvait être sûr!
84 l'esprit du boulevard
Nous n'avons jamais attaqué la magistrature, la vraie. Nos critiques, nos réclamations n'ont visé que ceux qui faisaient tache sur l'hermine.
Le caractère du magistrat doit rester tellement pur qu'un homme d'une grande valeur et qui était certainement une des lumières de ce corps d'état, M. Devienne, a payé cher devant l'opinion publique la condescendance qu'il a eue de s'occuper d'une affaire intime et tout à fait en dehors de ses hautes fonctions.
Dans une note datée de « Gerçay, le 15 octobre 1867 », M. Rouher dit:
« M- Devienne est doué d'une certaine austérité de caractère... »
Faut de l'austérité, pas trop n'en fauti
Puis, une certaine austérité n'est pas une austérité certaine.
M. Rouher dit dans la même note :
« Le premier président de la cour des comptes, M. de Royer, est entièrement dévoué... »
Là encore, c'est le dévoûment qu'on pèse — et qui prime tout.
Quelle n'a pas dû être la confusion de M. Devienne, homme d'yine certaine diustér'dé, quand il a vu publiées les lettres de Marguerite Bellanger !
Monsieur, lui écrivait cette femme légère, vous m'avez demandé compte de mes relations avec l'empereur, et, quoi qu'il m'en coûte, je veux vous dire toute la vérité.
{Quoi quil m en coûte, est charmant.)
LA FARCI-: politiouf: 85
11 est terrible d'avouer que je l'ai trompL-...
[Ah ! la malheureuse !) ... Moi qui lui dois tout.
(A'^oilù ce que c'est que d'être gentil avec ces dames ! )
Mai? il a tant fait pour moi que je veux tout vous dire : je ne suis pas accouchée à sept mois, mais bien à neuf. Dites-lui que je lui en demande bien pardon.
(Il n'y a pas de quoi !)
J'ai, Monsieur, votre parole d'honneur que vous garderez cette lettre.
MAnGURiiiiE Bellanger.
Cette personne — qui avait un fédéré dans la casemate — écrit en même temps à celui à qui elle devait tout :
Cher Seigneur, Je ne vous ai pas écrit depuis mon départ, craignant de vous contrarier; mais, après la visite de M. Devienne, je crois devoir le faire, d'abord pour vous prier de ne pas me mépriser, car sans votre estime je ne sais ce que je deviendrais...
Cependant, on ne peut pas tout avoir î
J'ai été coupable, c'est vrai, mais je vous assure que j'étais dans le doute.
Celle-là est assez bonne... Ne pas bien se rendre compte si son petit est un Bonaparte ou un acteur de l'Ambigu ?... Recommandé aux faiseurs de questions. Cherchez le chat î
Je vous on supplie, répondez-moi quelques ligues pour me dire que vous me pardonnez...
Marguerite.
El tout à côté, sous la même enveloppe :