UNE AFFAIRE PENDANTE
Tribunal de l'^ instance. — Séparation de l'Église et de l'État.
Cette affaire, inscrite au rôle depuis trente-huit ans. est enfin arrivée à l'audience.
Les griefs de l'État forment une longue suite d'allégations.
L'Etat est demandeur aux fins des écritures et conclusions pour lui signifiées par acte du Palais en date du 24 février 1848, enregistré. — Défendeur aux fins des écritures et conclusions signifiées par l'Église, et respectueusement prises et déposées à la barre de la cour par les avoués des parties.
Point de fait, procédure et conclusions. — L'Église soutenait qu'elle avait contracté mariage avec l'État en 1801 par un acte connu sous le nom de Concordat ; que, depuis cette époque, l'État n'avait cessé de lui chercher querelle et de lui faire des scènes désobli-
LA FAUCE rOLlTlQUE 3S5
géantes ; mais que, connaissant ses devoirs de chrétienne et d'épouse, TÉglise, décidée à la résignation, s'oppose à la séparation et réclame le payement intégral d'une somme annuelle de cinquante millions qui lui est assurée par contrat.
L'État, de son côté, prétend : 1" Que l'Eglise a toujours été une compagne indisciplinée ; 2° qu'elle n'a jamais cessé de mettre obstacle aux progrès que l'État croit devoir réaliser ; 3" qu'elle lui a adressé les injures les plus grossières, au prône, au sermon el même dans la rue ; 4° qu'elle a frappé les agents de son mari; 5' qu'elle a méconnu ses devoirs d'épouse et de mère en affichant sa préférence pour des sujets italiens; 6° que, surprise avec des jésuites et des congréganistes, elle s'est enfuie déguisée en marmiton ; 7° que ladite Église a fait des affaires pour son propre compte sans l'autorisation de son époux ; 8° qu'elle l'a traité de crocheteur de serrures parce qu'il avait voulut s'assurer qu'elle ne cachait pas de congréganistes dans ses appartements ; 9*^ qu'elle a traité l'Etat de voleur et de brigand; 10" qu'elle a entretenu des relations adultères avec un grand nombre d'étrangers ; 11° qu'elle a capté la confiance de quelques vieillards pour en obtenir des legs et des sommes d'argent; en conséquence, la vie commune étant devenue impossible, s'entendre ladite Éghse déclarer séparée de corps et de biens d'avec l'État son époux, etc. etc.
Nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette affaire.