‹ La Farouche aventureChapitre 22 sur 27 · OCTAVE ET IRÈNE · texte numérisé non relu

OCTAVE ET IRÈNE

Il n’y avait que la route à traverser po devant le Chariot d’or. Ce chariot était ent ADalon (encore un grand maître des beaux-arts) qui roulait dans toute sa gloire suspendu à la grille du parc. Il avait donné son nom au château, qui avait été le rendez-vous champêtre des neuf Muses au commencement de l’autre siècle, quand une illustre dame, amie des lettres, les invitait à dîner. M. de Buonaparte, qui n’aimait point ces sortes de réunions, d’où les abeiïlles de l’Empire étaient impitoyablement chassées par celles du mont Hymette, avait prié la dame d’aller se promener en Suisse. À la suite de quoi Apollon avait été contraint de conduire son chariot pour le compte d’un fournisseur aux armées et le céleste cocher, après d’autres avatars aussi pénibles, en était devenu tout mélancolique. Sa détresse durait encore quand Irène passa par là. Elle eut pitié du fils de Jupiter, le prit à son service et redora son équipage qui en avait le plus pressant besoin. Elle donna là des fêtes, qui renouvelaient celles de jadis, où les neuf Muses furent réinvitées et où elles accoururent avec leurs robes directoire.

C’est à la suite de ces fêtes, qui empêchaient de travailler le monsieur d’en face, qu’Octave s'était marié avec Irène « pour avoir le droit de les faire cesser », disait-il. En y réfléchissant, il avait dù trouver que c'était là un bien spécieux raisonnement que celui qui lui faisait épouser une femme qui le gênait, pour qu elle

An is avait-il raisonné ? Avait-il eu a < per D REX de cette triomphante un chan- | a 11 chât de la sienne ? Il avait

de vie qui la rappro = HE sens du ridicule pour proposer à Célimène une UE et un cœur. Alors ? Alors s’il avait épousé Irène, sans raisonner, c'était grave l... mais il se de sait à l’avouer et concluait +: « J'ai été lâche devant Irène, sans trop savoir te ca :

it l’apprendre. pe

es Fes de chambre qui l’introduisit :

— Madame est couchée !

Ceci l’étonna beaucoup moins que l’absence de l’orphéon. Elle aimait, comme au grand siècle, recevoir dans sa ruelle, même son mari. C'était encore une de ses

eries.

Dé mn étaient tirées en abat-jour. Dans cette pénombre, il ne l’aperçut pas bien d’abord. Il s’attendait à une Irène assise dans son lit comme sur un trône, bien consolidée de coussins et lui tendant une main distraite à baiser, sous la retombée des dentelles. Ce n’est pas Irène de Troie qui se serait laissée voir en pyjama! Mais il ne vit rien qu’une pauvre figure sur un oreiller.

— Irène! s’écria-t-il, vous êtes souffrante |...

Elle lui fit signe que « oui ». Elle ne pouvait pas parler.

— Mon Dieu! soupira-t-il. Comme vous êtes chan-

ée !.… è Elle lui fit signe encore que « oui, elle était changée ».

11 saisit une chaise, s’assit tout près d’elle, lui prit la main :

— Mais vous avez la fièvre !... Il faut faire venir un docteur tout de suite !

— Non! fit-elle.

— Mais c’est absurde ! Et moi qui croyais. Si j'avais su, je serais allé au-devant de vous !... Pourquoi m'avoir câblé que votre santé était tout à fait rétablie !.…

Elle ne répondit pas. Elle pleurait. Il était bouleversé...

— Et vous ne m’écriviez pas 1. Depuis Rio-de-Janeiro, pas une lettre [.. Je n'avais de vos nouvelles que par les journaux !.….

Elle lui dit enfin, au milieu de ses larmes :

e .. —. donc les journaux maintenant ?

: puis que vous êtes partie !... je lis ai les journaux qui pouvaient parler de vous ! ne

‘ste lu celui-ci 2...

elle lui tendit une i : 4

fut vers la fenêtre et lut . DE Sn a 5 0 pe

« Une étran istoire. —— :

tournée de Fur Nous savions que la fameuse

roie dans l’Amérique latine ne

portait pas tout le succès que ses triomphes d ébut à Rio et à Sâo Paulo nous faisaient prévoir. Disdiis . de suite que M. Hauptmann, l’impresario, a été froide ment accueilli à Montevideo, à Buenos-Ayres et d ï d'autres villes de la Plata où notre Célimène mitionste était attendue. La raison en était simple, la dr dé artiste était tombée subitement malade. Heureusement nous avions appris sa maladie en même temps que son rétablissement. En effet, Irène de Troie avait pu rejoindre M. Hauptmann et donnait des représentations au Chili et au Pérou. Nous demandâmes confirmation de cette bonne nouvelle à M. Octave Rampon qui voulut bien nous montrer les dernières dépêches qu’il venait de recevoir, ce qui acheva de nous rassurer. Or, il y a quelques jours, nos correspondants de Lima et de Santiago nous télégraphiaient qu’un gros scandale était près d'éclater à propos de la tournée dirigée par M. Hauptmann. Celui-ci, effrayé du désastre financier qui le menaçait, aurait présenté sur certaines scènes, notamment à Santiago et à Lima, une Irène de Troie qui n’était que sa doublure. Nous donnons naturellement cette nouvelle

sous les plus entières réserves SR

Octave froissa le journal, haussa les épaules.

— Ils sont fous ! J'espère, ma chère Irène, que ce ne sont pas de pareilles sottises qui vous mettent dans un pareil état. Les dépêches que j'ai reçues.

— Elles étaient fausses, Octave! C’est Hauptmann qui vous a envoyé ces dépêches pour que rien ne transpirât à Paris de la vérité et qu’on le laissât tranquille là-bas !..

— Vous n’avez pas rejoint Hauptmann ?

— Non! je n’ai pas pu |. et je n’ai appris le beau

coup qu'il avait osé risquer qu’au moment de quitter

: s! Voici le brouillon de la dépêche que je Na ue et où je le mets en demeure de cesser sa criminelle plaisanterie... Vingt-quatre heures plus tard, je recevais un T. S. F. me disant : « Donnant,

donnant. Je cesse, mais de votre côté ne dites rien et

ssurée de ma discrétion ! »

DE Vous a donc besoin de la discrétion d'Hauptmann ? demanda Octave, que cette histoire abasourdis- QE Nullement ! fit-elle... et la preuve c’est que je ne lui ai pas répondu.

— Alors, tout cela est inconcevable.

— Comprenez, Octave, que je n'avais pas besoin de la discrétion d’Hauptmann parce que j'étais décidée à tout vous dire |... |

— Quoi ?... Que vous aviez été malade ?.. Ça n’était un secret pour personne |. Je vous assure, Irène, que je m’y perds...

— Octave, je n’ai pas été malade!

— Vous n'avez pas été malade ! mais vous êtes méconnaissable, Irène !..

— J'ai été martyrisée |

-— Martyrisée !...

Elle se prit à sangloter.

Éperdu, il la saisit dans ses bras.

— Qu'est-ce que tu me dis là ? Qui t’a martyrisée ?..

— Regarde ! lui disait-elle ! regarde mes mains, mes bras, ma poitrine... ma pauvre tête !... Ah ! si tu savais! si tu savais! ;

Il était épouvanté de ce qu’il découvrait.

— Mais, parle!... grands dieux, parle! qu'est-ce qu’il t’est arrivé ?

Elle le serra longuement, âprement, passionnément dans ses bras de bronze, sur son cœur anxieux, sur 54 poitrine lacérée mais durcie, passée au feu de la douleur physique... Elle ferma les yeux. quelques instants.

Puis elle souleva ses paupières. Elle vit qu'il pleurait..

Alors elle le regarda comme elle n'avait jamais regardé

un homme, comme Célimène était incapable de regarder un homme :

— Tu es bon ! toi! tu es bon !.. et je t'ai fait souffrir

comme les autres !... Et ; i : , ce sera mon dernier AA Bi va pris encore |... mentir. je ne le veux pas! Ce si re HER rl — Laisse donc le journal, parl Fr St Vos So + parie — Non! tu n'as pas tout du ‘to et dernière heure. lis 1. FT DEUST Il ne savait plus où il en était. i j journal et lut, ent - HR «L'affaire de la tournée Irène de i i C'est maintenant de bo Cu iioen e de singuliers échos... contre lesquels nous ne u es trop mettre nos lecteurs en garde !... On se rappelle ; > . ppelle qu avant son départ une grande fête fut donnée en l'honneur de Me de Troie. Mile de Troie devait prendre le lendemain avec toute la troupe le Bahia qui s’arrête à Montevideo. Or le Bahia partit sans elle! On la chércha partout. Elle restait introuvable. Don Manoël de Carangola, grand-maître des beaux-arts, était persuadé que notre grande comédienne avait été victime d’une odieuse machination: Or, on apprenait bientôt que Mie Irène de Troie avait accepté l'invitation d’un riche planteur indigène dont le yacht devait la déposer à Montevideo. Bien qu’il n’y eût là rien qui ne fût très naturel, don Manoël n’en continua pas moins ses re- ” cherches et quitta Rio-de-Janeiro, sur un aviso brésilien, paraît-il. Depuis on n’a plus revu à Rio ni le riche planteur ni don Manoël de Carangola. Voilà, en résumé, ce que nous rapportent les journaux arrivés ce matin d'Amérique, avec des commentaires et des hypothèses dont nous faisons grâce à nos lecteurs. Nous nous serions même gardés de relever ces potins de théâtre qui sont comme la menue monnaie de la gloire qui passe, si le scandale Hauptmann, qui vient d’éclater, ne leur donnait une importance dont le sieur Hauptmann serait justement le seul à profiter. En ce qui nous concerne, nous connaissons trop le caractère et la correction parfaite avec laquelle M'ie Irène de Troie a toujours tenu la bannière de l’Art français à l’étranger pour ne point nous en tenir à l'hypothèse la plus simple : notre Célimène a été soufirante. Elle n’en a rien fait savoir pour ne point nuire aux intérêts de la troupe que le sieur Haupt-

i enée avec elle en Amérique latine, et um mir abusé de ce silence pour promener sur les côtes du Pacifique une Célimène que nous ne connaissons pas, puisqu'elle n'y a eu aucun succés. » Et, in-fine : « Nous avons envoyé, ainsi que quelques-uns de nos confrères, nos reporters au-devant du paquebot qui devait ramener Mie Irène de Troie en France : nous venons de recevoir un télégramme nous annonçant que la grande artiste n’était pas à bord. Elle était descendue à l’escale de Vige en déclarant qu’elle allait prendre quelques semaines de repos en Espagne. »

A ce moment, la femme de chambre frappa à la porte et annonça « qu’un journaliste désirait voir monsieur »,

— Vous direz aux journalistes et à tous autres qui se présenteront, répondit Octave, que je viens de partir pour l’Espagne rejoindre madame et que nous ne serons point de retour avant un mois

La femme de chambre referma la porte. Irène se taisait, regardant Octave qui allait et venait, fébrile, les mains derrière le dos, les paupières sèches, le front dur, Tout à coup, il se retourna vers elle :

— Allons, vite ! fit-il, nous partons !.…

— Oui, partons ï... mais où ?

— En Espagne, puisque tu as choisi l’Espagne. Autant là qu'ailleurs.

— Je veux bien, fit-elle.

Et elle se glissa hors du lit. Mais tout de suite elle bascula. Il n’eut que le temps de la retenir dans ses bras. Elle s’accrochaït à lui, elle grelottait.… elle claquaïit des dents... Elle répétait comme une folle :

— Oui, partons !... partons tout de suite!

Et elle était incapable de tenir debout.

— Je suis un misérable ! dit-il... c’est moi qui deviens ton bourreau maintenant |...

Et il la remit dans ses draps. Elle ne le Iâchait plus. Elle le tenait avec la force d’une femme qui se noie :

-—— Dis-moi que tu me pardonnes !.., dis-moi que tu me pardonnes |...

ul. Mais pas plus qu'avec les autres !.… je te jurel.….

je te jure, Octave !.… Dis-moi que tu me pardonnes |. — Je ne sais plus ! fit-il..

J'ai été coquette avec cet homme,

Elle l’abandonna…

— PPirel mourir, dit-elle.

; es U vas me jurer de me dire toute... toute

— Sur le seigneur Dieu, je te le iur ce planteur, cet indigène enriéhi se Se bre lisés, ne resté un sauvage l... J'avais affaire à un sauvage /.… +6 ne SaVais pas, moil... je me suis montrée peut-être trop aimable... j'ai eu l’air de prendre trop d'intérêt à ce qu’il disait ! Il me racontait une histoire si bizarre : qu il descendait des vieux rois Patagons 1... Enfin, il m'amusait... tu penses !... Le roi des Patagons l... Il est devenu amoureux fou 1... Je ne m’en doutais même pas l... Il montait une grande affaire de plantations, d'élevage, de mines, que sais-je... en Patagonie ! I me proposa de m’emmener avec lui... je lui ai dit que j'avais autre chose à faire en France !.. Le lendemain matin, il me faisait enlever [... Je croyais me rendre à bord du Bahia... Je me trouvais sur son yacht !... Et une comédie !... I1 me déposerait à Montevideo !.… J’en étais tellement persuadée que j’écrivis à Sylvie de venir me rejoindre à bord avec les malles !... Là-dessus l’histoire de l’aviso qui nous poursuit. On nous débarque de nuit, Sylvie et moi, sur les côtes de la Patagonie. Nous étions seules avec lui et un autre sauvage de son pays ! de sa race f... et alors !...

— Et alors, ma chérie... parle... aie du courage... ne me cache rien !...

— Si tu savais !... si tu savais |...

— Je veux tout savoir !.….

— Alors.

Alors elle lui conta tout... tout son incroyable martyre.. Elle lui fit l'historique de toutes ses plaies ES Tiens ! toi qui n’aimes pas les postiches, ils mm ont aITAché les cheveux !.. Cette cicatrice à la jambe, c’est la boleidora des enfants qui me l’a faite l.: Hs mé crachaient au visage... pour s’amuser |... Mes bras que Fe ne pouvais regarder sans admiration ! compte mes plaies compte mes plaies fréé -:— Queile horreur |

— Mais je ne lui ai pas cédé !

} Comment es-tu sortie de cet enfer ? fit-il, les larmes ct à Syivie. Comme il ne pouvait rien obtenir de moi, il s’était rejeté sur Sylvie. Oui ! Sylvie était la reine, et moi je lavais la vaisselle 1... mais ne pleure donc pas... c’est plutôt drôle ce que je te dis là... et quand j'y pense, maintenant 1. Enfin, pour en revenir à Sylvie qui m'avait chipé: toute ma garde-robe, elle n’était pas fâchée de me voir m’éloigner, histoire de garder son roi auquel elle tenait beaucoup L.. Tu penses! Un roi des Patagons!.. Ah! tu souris! Écoute, puisque je ne suis pas morte, mon chéri, rions |

— Quelle femme tu fais, Irène! ,

— Oui! je ne suis pas banale, heïn ?

— Non, ma chérie, tu n’es pas banale, mais tu es bien mal fichue ! |

— Ne parlons pas de ça... et rions tout le temps maintenant ! Mes malheurs sont finis !... Donc, Sylvie, pour être sûre que je ne lui chipe pas son roi, avait préparé ma fuite... qui, du reste a bien failli rater si je n'avais eu là, pour me sauver au dernier moment... devine qui ?

— Je ne sais pas, moi!

— M. le secrétaire perpétuel !

— Keksekqueça ? M. le secrétaire perpétuel ?

— Le grand maître des beaux-arts parti de Rio à ma recherche !.…

— Ah oui!... c’est vrai !... et il était venu te chercher jusqu’au fond de la pampa ?..

— Écoute, mon chéri! je vais te dire encore une chose !... M. le grand maître des beaux-arts serait venu me chercher au bout du monde! Depuis des mois, il parcouraïit toute la pampa avec une troupe de gauchos !.. ,

— Encore un amoureux ?

. “— Encore un amoureux! Et celui-là, au moins, il m'a servi à quelque chose! Un brave homme, tu Sais !... Il a eu bien du courage lui aussi! Il a fini par être lâché par tous ses gauchos !... et nous avons dû revenir tous les deux, tout seuls, à travers la pampa

LE Neuquen ! Oui, mais Ça, Ç’a été une vraie prome- A DE

— Ah!

Octave était redevenu très grave Haute, œn ?

— Où il m'a quittée ? Mais i après ont ss dans le te re — a laissée partir A forts pour te ne ? M ms a ne ne à Lo — Je vais i :

ee ais te dire. Il a raté le train... et je ne l’ai pas — Le pa ? i :

pas Syivie . homme | I n'aura rien eu, celui-là, même Irène releva la tête, puis elle la i la poitrine d’Octave. ile était très lente ans me A : : son . re plus intelligente encore et son cœur Her 14 ui dire que Sylvie avait assez servi pour ce — Tu sais tout, maintenant !... c’est à moi de t’écouter ! Et elle le serra très fort, car, au fond, elle avait très peur.

Il lui releva la tête et plongea ses yeux dans les siens : — Jrène, je t'ai dit de tout m’avouer. Pas une à ta place n'aurait supporté ce que tu as souffert 1. TU e8 sortie, par un miracle, d’un cercle infernal... Si tu es tombée dans ce cercle par ta faute, ou si, pour en sortir, il t'a fallu succomber, je te pardonne à l'avance, mais je veux le savoir !.… Parle, ma chérie l.. tu es pardonnée.…. Il n'avait pas quitté ses yeux. Elle n’avait pas baissé Jessiens.

— Sur ta vie, prononça-t-elle lentement, sur la mienne, je te jure que ces deux hommes n’ont eu rien de moi |. Je te jure que je ne t’ai jamais trompé I Il l'embrassa comme un fou.

— Tu m'aimes donc? T pira-t-elle… — Ah si je t'aime !... gémit-il.… — Pourquoi ne me l'as-tu jamais dit ?

— Parce que je ne le savais pas |

u m'aimes donc ? sou-

LA rAROUCME AVENTURE. 15

Pour eux ce fut alors une douce existence.

FRANÇOIS CoPrée,

Elle fut très malade, huit jours. Il ne quitta point son | chevet. Du reste, elle ne lui permettait plus de s’absenter, Elle disait : : |

— C'est si bon quelqu'un qui vous aime bien! Ils disaient qu’ils m’aimaient, les autres... ils mentaient !.. ce qu’ils aimaient c'était ma beauté, c'était ma gloire! c'était M'e Irène de Troie, de la Comédie-Française.. Maintenant je suis laide!

— Maïs non, tu n’es pas laide!

— Si, si, je suis laide !... je suis mal fichue, comme tu dis ! ... Sérieusement je te demande où elle est, Mie Irène de Troie, de la Comédie-Française !.. Elle est peutêtre avec Hauptmann, est-ce qu’on sait 2... Elle est peut-être à la Comédie-Française.. Tout est possible !.…. Elle doit être dégoûtée des tournées pour quelque temps, la brave dame 1... En tout cas, elle n’est pas ici. Ici, il y a quelqu'un que je connais bien maintenant, qui ne demande qu’une chose, c’est qu’on la laisse bien tranquille avec son Octave 1... qu’on ne parle pas d’elle dans les journaux !... qu’on ne publie pas sa photographie, de face, de profil ou de trois-quarts, ou même de dos !.…. Regarde-moi ce décolleté, hein ? Si Mue de Troie voyait ça, elle en ferait une maladie ! ;

.— Elle la fait 1... murmurait Octave. et je crains . bien que lorsque le décolleté ira mieux...

rs. Tais-toi, impie !.. lorsque le décolleté ira mieux, Je rentrerai dans le rang sans tambour ni trompettes !..

ELA FAROUCHE AVENTURE 225 Je ferai mon devoir co LE mme é :

notre bonne vieille maison ces ds nr Je servirai sans flafla !... et tout le monde ns on vieux Molière revoir, car au fond, je n’ai que de ne heureux de me rades là-bas, et je n’ai jamais été een et bonnes cama- Si l’on rit de mon aventure, j'aurai PRE personne !.… avec les autres !... Mais Octave vie ad HP pe 2 nous rentrerons bien sagement Set ra me chercher et je liquiderai le château ! N’est-ce pa sa petite bicoque.….. Et puis, je te le promets, plus se “de tu désirais ? par exemple, tu me regarderas toujours Fe Mais toi, yeux-là ! Tu n’auras pas l’air de te ficher tous nine de la rer dame !... Ces airs-là, ça fait mal ! be :

— Les flirts aussi, ça fai * “Tab , Ça fait mal! avoua Octave en

— Je te promets de ne plus êt

A rie re coquette |.

— Ma chérie, je ne te gronde HE pas, il n’y a peut-être

pas de ta faute ! Le bon Dieu t’a fait :

seras toujours ! je ru

— Jamais ! Jamais !...

= Promets-moi simplement de l’être un peu moins !

— Beaucoup moins !... ct

— Enfin, ma chérie, tu feras ce que tu pourras... parce que... comprends-moi ! on se dit (on, c’est Octave), on se dit : ces sourires, ces confidences dans les petits coins, ces frôlements indiscrets, tout cela c’est un peu de votre femme que l’on vous prend. c’est un peu de votre femme qui s’en va... qui s’en va peut-être pour ne plus revenir !..…

— Ne me dis plus rien !... ne me dis plus rien !.. je te demande pardon 1... Tu as raison !... moi, je suis revenue de si loin que je ne demande pas à y retourner, je te

juré !.…. Embrasse-moi |

Is passaient leur temps à s’embrasser... Ils finirent par chasser le docteur qui les gênait et dont elle n’avait, du reste, plus besoin... Les trois semaines qui suivirent furent les meilleures qu'ils eussent encore connues.

Et puis, elle réapparut aux Français dans la Mégère apprivoisée, où elle retrouva son succès habituel. Octave redoutait cette rentrée au théâtre. Rien ne fut changé. ‘Ses camarades, qui savaient combien Irène avait souf-

fert, l’entouraient de leur franche affection et se gardaient de faire allusion à l’aventure. En dehors du théâtre elle essayait de passer inaperçue ! C'était difficile à cause de sa beauté retrouvée, mais enfin elle essayaïit et ceci était quelque chose de tout à fait nouveau : « Me Irène de Troie essayant de passer inaperçue !»

Bref, le bonheur d’Octave et d’Irène était parfait et rien ne semblait devoir venir le troubler quand, un soir où elle jouait le rôle d’Elmire, elle aperçut, au premier rang des fauteuils d'orchestre, Rosario !

Elle ne parle plus !.… la foule écoute encore !

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