‹ La fascination de GulfiChapitre 17 sur 103 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ORIGINE ET TRANSFORMATIONS DES MYTHOLOGIES OU DES RELIGIONS NATURELLES.

§ 3. Origine des Religions et des Mythologies. — On désigne, habituellement, sous le nom de Mythologies les anciennes religions naturelles, qui ne passent pas pour avoir été révélées, et qui, par conséquent , au point de vue des religions positives et supposées révélées , sont considérées comme une doctrine humaine et partant erronée , soit comme un exposé ou un recueil de fables (gr. muthologia). Mais, au point de vue de la Science^ toutes les Religions, comme toutes les Mythologies, sont é%úeme\\i naturelles ^ c'esi-à-dire d'origine humaine. Car, dans le monde métaphysique aussi bien que dans le monde physique^ tout ce qui existe a une origine naturelle^ c'est-à-dire que tout existe en vertu des lois de la nature physique ou métaphysique qui sont, en quelque sorte, la volonté immuable de Dieu. Ce qu'on appelle surnaturel^ ou bien n'a d'existence que dans notre conception erronée , ou bien , s'il a une existence réelle , il porte improprement le nom de surnaturel, qui devrait être échangé contre celui de métaphysique. Toutes les religions , quelles qu'elles soient, ne sauraient donc être autre chose que des religions naturelles, car toutes sont les produits de la nature intellectuelle et morale des sociétés humaines ; les hommes les ont conçues et créées naturellement, spontanément, successivement, pour y trouver les moyens de satisfaire leurs besoins religieux. L'Homme est porté invinciblement à la religion par tout son Être , c'est-à-dire par toutes les facultés de son Âme : d'abord par le sentiment inévitable qu'il a de son insuffisance physique, pour se protéger lui-même contre les forces ennemies , brutales et inexorables de la Nature et contre les hasards et les accidents de la vie ; ensuite par le sentiment de sa

4 INTRODDCTION.

faiblesse intellectuelle pour comprendre la réalité , la vie et le monde dans leur essence et leurs causes; enfin, par le sentiment de son impuissance morale pour satisfaire à la loi de justice qui s'annonce impérieusement dans sa conscience. Il éprouve donc le besoin de s'appuyer sur quelque Être qui soit physiquement plus puissant que lui-même, qui soit la clef de voûte de son système plus ou moins scientifique, et qui soit, enfin , la sanction des lois qui se révèlent dans sa conscience morale. Aussi longtemps qu'il y aura des hommes , ils aspireront -^evsV Absolu; et dans ce sens la Religion est éternelle comme l'Absolu lui-même. Les religions appelées naturelles ne diffèrent, quant à leur origine, des religions appelées positives ou révélées , qu'en ce qu'elles sont nées par la coopération des masses et des générations successives et ne s'appuyent que sur la tradition nationale , tandis que les religions dites révélées sont conçues par des hommes supérieurs dont les inspirations religieuses ont passé pour des révélations surnaturelles et qui ont transmis leur vie et leur foi religieuses à des disciples, ou ont consigné leurs dogmes et leurs préceptes dans des livres considérés comme sacrés , fondant ainsi des religions appelées positives, parce qu'elles ne sont pas spontanées , mais imposées et basées sur la foi en l'autorité du révélateur. La vérité et la justice étant d'essence divine^ les religions naturelles, comme les religions pos?/i>es, sont plus on moïn?, divines, selon qu'elles renferment plus ou moins de vérité et de justice.

§ 4. Transformations des Religions et des Mythologies. — Il n'y a d'immuable que Y Absolu. Tout ce qui existe, dans le monde physique, intellectuel et moral, est sujet, tant qu'il vit, au développement, et par suite au changement. L'âme humaine, toute la première , plus elle est douée d'une vie énergique , plus son développen^ent sera progressif et plus ses facultés subiront des métamorphoses incessantes. La Religion, étant le produit naturel de l'âme aspirant d'une manière plus ou moins consciente vers V Absolu , participe aussi , si elle vit , au développement progressif de l'âme et subit, s'il n'y a pas d'empêchement, les métamorphoses incessantes des idées et des sentiments qui sont ses principes générateurs. Il est vrai que, ï immutabilité éiani l'attribut de l'Absolu, des castes sacerdotales ont cru imprimer ii la religion un caractère plus divin , en la rendant immobile, du moins autant que cela pouvait dépendre d'elles; mais en agissant ainsi , par un zèle inintelligent, elles n'ont

HISTOIKE DES RELIGIONS. 5

fait que discréditer la religion positive dans l'intelligence et dans le cœur des hommes religieux. La religion , abandonnée à son développement spontané et naturel, déploira toutes les ressources de sa riche nature , dans les différentes phases de son développement incessant.

La Science ne connaît la nature d'une religion que quand elle en connaît entièrement toutes les différentes phases de son développement historique. Par conséquent , pour connaître , d'une manière complète, la Religion ou la Mythologie Scandinave, il faudra l'étudier dans toutes les périodes de son existence, depuis son origine jusqu'à son extinction. Mais où trouver, dans l'histoire, les origines de la religion des Scandinaves ? Cette religion n'est pas née chez les peuples du Nord ; ces peuples l'ont reçue traditionnellement de leurs ancêtres , chez lesquels, par conséquent, il faut en chercher les origines. Quels sont les ancêtres des peuples Scandinaves? Nous avons prouvé* que les Scandinaves sont issus des peuples du rameau gète, qui était sorti lui-même de la branche Scythe, laquelle se rattachait , dans l'origine , à la souche iafétique. Il y avait donc une filiation généalogique des Scythes aux Gètes et des Gètes aux Scandinaves , de sorte que Scythes , Gètes et Scandinaves n'ont formé proprement qu'une seule nation dont les générations successives , se continuant les unes les autres , ont porté ces différents noms de peuple , aux différentes époques de leur existence. Mais si ces peuples n'ont formé qu'une seule lignée continue, qu'une seule nation, il n'y a eu également en eux qu'une seule vie morale , intellectuelle et religieuse , qui , tout en se développant et en se spécialisant dans chacun d'eux, a fait de cette race une unité , une individualité , une personne, et a produit les phénomènes qui sont les expressions de cette vie morale , intellectuelle et religieuse et constituent les caractères individuels de cette personne. Or , s'il y a eu continuité généalogique entre les Scythes , les Gètes et les Scandinaves , il y a eu aussi continuité organique entre eux par rapport à leur religion , de sorte que la religion des Scythes a trouvé sa continuation naturelle dans celle des Gètes et que la religion des Gètes a été , à son tour , continuée par celle des Scandinaves. La Mythologie des Scythes , des Gètes et des Scandi-

1 . Voir Les Gètes ou la filiation généalogique des Scythes aux Gètes et des Gètes aux Germains et aux Scandinaves , etc.

b INTRODUCTION.

iiaves forme donc une seule et même religion , qui a eu son origine dans la religion des pères des Scythes, s'est ensuite continuée dans la religion des Gètes, et enfin a trouvé sa fin à l'époque de la conversion des Scandinaves au Christianisme. Pour faire connaître la Mythologie Scandinave depuis son origine jusqu'à son extinction» nous aurons donc à retracer les différentes phases par lesquelles elle a passé successivement dans la religion primitive de la souche iafétique et dans celle des Scythes , des Gètes et des Scandinaves jusqu'à l'époque de l'introduction de l'Évangile dans le Nord.

§ 5. Transformations de la Mythologie Scandinave depuis son origine jusqu'à sa dissolution. — Pour faire connaître la nature de la Mythologie Scandinave , il est nécessaire de montrer quelles sont les principales phases par lesquelles cette religion a passé depuis ses commencements primitifs jusqu'à l'époque de sa dissolution. Or, comme la Religion est un produit de l'esprit humain (voir p. 3), les phases qui se manifestent en elle sont déterminées par les diverses formes de cet esprit humain qui l'engendre. C'est donc d'après ces formes , qui déterminent et modifient successivement les caractères de la Mythologie , qu'on divisera l'histoire du développement de ces religions anciennes. Nous partagerons l'histoire de la religion Scandinave en trois périodes, d'après les trois modes de conception qui se révèlent dans toutes les manifestations de l'esprit humain, et marquent le commencement, le milieu et la fin de son développement. Ces trois modes de conception sont Vintuition qui conçoit , la Raison qui développe , et V Intelligence qui épure la Religion; ce sont ces modes qui déterminent les trois phases ou trois périodes principales par lesquelles passe la Religion, savoir la première période, appelée la période de V Intuition, pendant laquelle la Religion prend naissance et se forme ; la seconde, appelée la période de la Raison , où la Religion atteint son développement logique le plus complet, et, enfin, la troisième période, appelée la période de V Intelligence, où telle ou telle Religion tombe en décadence , parce que l'Intelligence substitue aux anciennes conceptions religieuses des conceptions nouvelles plus vraies et d'un ordre plus élevé. Cependant, ni dans les individus. ni dans les races, l'esprit humain ne passe, d'une manière absolue et en quelque sorte abrupte, d'un mode de conception à un autre. L'Esprit humain n'est jamais uniquement Intuition ou Raison ou

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