‹ La fascination de GulfiChapitre 22 sur 103 · ODINN, ROI DES TROYENS · texte numérisé non relu

ODINN, ROI DES TROYENS

§ 14. Odinn réputé d'origine troyenne et roi des Troyens.

— L'identification du nom de Turks avec celui de Thrdkes amena , au Moyen âge, une nouvelle combinaison historique et ethnologique, d'après laquelle les Scandinaves furent considérés comme descendants des anciens Troyens, Plusieurs raisons plus ou moins plausibles, contribuèrent à faire adopter cette idée singulière. D'abord, en s'appuyant sur l'homonymie ou ressemblance des noms de Thrdkes et de Teukres , on arriva à se persuader que les Troyens , fils de Teucer, étaient Thrâkes d'origine. Ensuite, les pays de la mer Noire , que l'on se figurait comme occupés anciennement par l'Empire des Troyens, étaient désignés vaguement, au Moyen âge , sous le nom de Turquie et de Thrace. Or, comme suivant la tradition , beaucoup de tribus gotes et germaniques se disaient originaires de ces pays ou de l'ancienne Thrace, et l'étaient effectivement, on pouvait aussi dire qu'elles étaient sorties de la Turquie ou de l'Empire des Troyens; ce qui fit supposer qu'elles rfgscmí/fl/ewí généalogiquement des Troyens. Enfin, ce fut surtout la vanité nationale des peuples de l'Europe au Moyen âge, qui trouvait de quoi se satisfaire, en s'attribuant une origine aussi héroïque que l'était leur prétendue parenté avec les Troyens. En effet, les peuples keltes et germaines, longtemps en lutte avec les Romains, avaient appris à estimer dans ce peuple vainqueur, sa puissance et sa bravoure; et, lorsqu'ils entrèrent plus étroitement en rapport avec lui, ils préféraient plutôt passer pour les frères de ce peuple , que d'être considérés simplement comme ses sujets, appartenant à une autre race. V Enéide de Virgile, le seul poème latin généralement connu au Moyen âge, répandait chez les peuples d'origine kelte et germaine, les traditions, réputées historiques, sur la guerre de Troie et la fondation de Rome par les Troyens, et fournissait ainsi aux chroniqueurs , le moyen de faire également passer leurs compatriotes pour les frères des Romains , en tant qu'issus , comme eux, de quelque héros troyen fugitif, venu en Europe après le sac de Troie. C'est ainsi que les Arvernes se glorifiaient de leur origine troyenne (Pharsal. 4 , 427); les Vénètes (Énètes), selon la tradition , étaient venus en Italie sous la conduite d'Anténor le Troyen (Plin., 6,22); Prosper d'Aquitaine, au cinquième siècle, Fredegem le Scolastique, f 658, Grégoire de Tours, et, d'après eux, beaucoup de chroniqueurs rapportaient qu'après la prise de Troie , Priant s'établit en France, qyie Franco, fils de Hector, se retira

d'abord dans la Scythie, où il fonda la ville des Sicambres; que, dans la suite, les Sicambres se sont divisés, sur les bords du Danube ou en Thrace, en deux branches: en Turches (Turks, Thuringes), ainsi nommés d'après leur roi Turchot, et en Francs, nommés ainsi d'après leur fondateur Franco ; que les Francs se sont établis ensuite sur le Rhin, où ils ont fondé la ville de Xanten, dont le nom devait d'abord rappeler celui de la rivière du Xanthe, et qui, ensuite, portait encore le nom plus significatif de Petite-Troie. Gailfrid de Monmouth rattacha l'origine des Bretons à un prétendu descendant d'Énée, à Brut, le fondateur présumé de la ville de Tours. Les chroniqueurs Scandinaves, imitant les chroniqueurs anglo-saxons, établirent la généalogie de leurs nations depuis Adam et lâfèt , et firent descendre leurs rois, et par suite, leurs nations, de Tros (cf. Tirds) ou TVor, fils de Memnon, le gendre de Priam (voy. Ættar Harallds frà Adami). D'après les chroniques normandes (voy. Du Chesne, Hist. norm. script., p. 63), les Danes se disaient issus, comme les Vénètes , d'Anténor. Il semble même que, pour indiquer l'origine troyenne des peuples européens, quelque géographe du Moyen âge ait employé exprès le nom archaïque de Enea, pour désigner V Europe, en donnant à ce nom la signification de Terre d'Enée, soit Terre des Énéades ou des descendants d'Énée. Ce nom, qu'on ne retrouve plus dans aucun des auteurs anciens présentement connus, répond au nom grec Aïneia, et désignait, sans doute, dans l'origine, le Pays où se trouvait la ville d'^mos, qui existait déjà du temps des Homérides. Or, le nom de Aïneia (District d'Ainos) paraît avoir été employé, par quelque poète ionien, pour désigner la Thrace h roccident de l'Ionie , et il fut étendu ensuite à tout l'Occident en général, ou à l'Europe , situé à l'occident , par rapport à l'Ionie asiatique.

Bien que Snorri, on ne sait d'après quel auteur de l'Antiquité ou du Moyen âge, donne, dans son ouvrage intitulé Z/e Cercle du Monde, à l'Europe le nom de Enea , il n'a cependant jamais considéré les Scandinaves comme issus des Troyens. Il semble même avoir complètement ignoré l'existence des Troyens, Il n'en parle pas dans son ouvrage historique , bien que l'occasion de le faire se fût naturellement présentée. L'idée de la parenté entre les Scandinaves et les Troyens s'est formée seulement à la fin du treizième siècle, après la mort de Snorri. L'auteur du Prologue et de l'Épilogue de VEdda de Snorri, que ce soit Hvitaskald ou quelque autre érudit, s'ingénia

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