ODINN, ROI DES TURKS
Slaves) et les Turks (Turks et Madjars) s'étendaient , de son temps , jusqu'à la Ruzzia (Russie méridionale) ; et suivant V Histoire abrégée des dynasties (arabe Târîkh moktassar ad-daul) , de Grégoire , surnommé Père de la Joie (ar. Abou-'l-faradji), les pays grecs (Bas- Empire) étaient séparés des pays romans (Italie) , par les peuples turcs, c'est-à-dire par les Hongrois ou Madjars. Les Hongrois euxmêmes , tenant à honneur de porterie nom de Turks, firent graver en caractères grecs , sur la couronne de Hongrie, comme titre des rois madjars, les mots de Kralès Tourkias (Prince de Turquie). Les Huns, ayant succédé aux Goths dans l'ancienne Thrace, et les Madjars, appelés Turks, ayant succédé dans ces contrées aux Huns, on conçoit comment quelques chroniqueurs , partant de l'idée que les Scandinaves descendaient des Gètes appelés Thrâkes, ont pu dire également qu'ils descendaient des Turks (norr. Tyrkir).
Une autre combinaison historique contribua encore à faire donner aux ancêtres des Scandinaves le nom de Turks.
Les Turcs, qui entrèrent en Europe avec les Madjars, étaient sortis des vastes steppes à l'est de la Sarmatie ou des contrées qu'on désignait, dans l'Antiquité et encore au Moyen âge,. sous le nom général de Scythie. On donnait donc également aux Turcs et aux Madjars le nom de Scythes , d'autant plus que les érudits ou chroniqueurs au Moyen âge , affectaient de désigner les peuples par leur nom géographique, archaïque et synecdochique, plutôt que par le nom de race ou leur nom national, alors même qu'ils connaissaient celui-ci. C'est au point que Kanlakuzène, dans ses Mémoires, donnait aux Bulgares le nom de Myses, aux Serbes celui de Trihalles et aux Turcs de l'Asie-Mineure celui de Perses. Le nom de Turks, étant ainsi devenu synonyme de Scythes, on appliquait aussi aux Turcs, ce qui dans l'histoire ancienne était attribué aux Scythes. \\ arriva donc tout d'abord que les Turks, après avoir été appelés Scythes, furent confondus avec les Thrâkes, qui, eux aussi, avaient été confondus avec les Scythes. Car, non-seulement le nom de Scythes (c'est-à-dire de Habitants de la Scythie), que les auteurs grecs Numphodôros ,, Agtoitas, Herodôros et Timon ont donné mal à propos aux peuples Kimméro- Thrâkes qui habitaient le littoral tout autour de la mer Noire , a amené cette confusion (voy. Les Amazones , p. 1 7) , mais l'identité des Scythes et des Thrâkes semblait encore être confirmée par le nom archaigue de Scythes, qu'on donnait souvent aux Gète%
appelés Thrâkes, leurs descendants. D'un autre côté, l'identité des Thrâkes et des Turks semblait prouvée aux chroniqueurs du Moyen âge, d'abord par l'homonymie des noms de Terkeiát Irak, ensuite par la circonstance que les Turks ou Huns étaient sortis de la Scy- Ihie, considérée comme la patrie primitive des Thrâkes , autrement appelés Scythes; enfin, par l'identité des lieux occupés, en Asie, par des peuples thrâkes^ et plus tard, par les Turcs Seldjoukides, et en Europe, d'abord par les Thrâkes proprement dits, et plus tard par les Madjars appelés Turks. Les Turks ou Scythes ayant été ainsi confondus, au Moyen âge, avec les Thrâkes^ on assignait aussi aux Turks la même origine qu'aux Thrâkes. En effet , les géographes et historiens arabes islamites, ayant appris (sans doute dans des livres écrits en syriaque par des juifs ou des chrétiens) que, selon la généalogie de la Genèse, Tîrâs , fils de lâfèt, passait pour le père des Thrâkes (voy. p. 22), le prirent également, ainsi que lâfèt, pour la souche de leurs coreligionnaires les Turks ; et , dès lors , changeant le nom de Tiras en celui de Terk, ils considérèrent Terk , le fils de lâfèt , comme le Père des Turks et des Gentils (arabe abou'l Terki ifal-adjimi). Ensuite, les érudits turcs ont adopté des arabes cette généalogie fictive; mais pour satisfaire davantage leur vanité nationale, ils ont considéré Turk comme Vaine ou comme le plus distingué parmi les fils de lâfèt, et c'est pourquoi ils l'ont appelé simplement le Fils de lâfèt (turc Yâfith ôglân) , et ont désigné lâfèt par l'expression honorifique de Père de la race de Turk ( turc abou âli Turk).
Le nom de Turc ayant été si généralement substitué à celui de Thrâke et de Scythe, on donnait aussi ce même nom aux ancêtres des Scandinaves ou aux compagnons d'Odinn, parce qu'on considérait ceux-ci comme les descendants des Thrâkes (voy. p. 23) ou des Scythes. Aussi, au treizième siècle, les chroniqueurs, surtout les Anglo-Saxons, et, d'après ceux-ci, les Scandinaves, admettaient-ils ([Me les Normands fussent les descendants des Turks (Langebek, Script. Rer. danic, II, p. 35, 36). Enfin, l'idée que les Gotes , et, par suite, les Germains et les Scandinaves, descendaient des Turks, fut cause que l'on a substitué le nom de Turks ou de Turcilings (Issus des Turks) au nom homonyme de Turings (Thuringes), et (jue l'on a attribué, dans les chroniques, aux Turcs, ce que la tradition rap portait, nu sujet des Thuringes de l'Allemagne.