‹ La fascination de GulfiChapitre 41 sur 103 · DEUXIÈME PARTIE DE L'OIVRAGE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE DE L'OIVRAGE

1. Un roi, Gulfi (norr. Gylfi), gouverna des contrées là où est ce qu'on appelle maintenant la Nation -Svie. On rapporte de lui qu'à une Femme-ambulante, il abandonna, en récompense de son divertissement, autant de terre labourable, dans son domaine, que quatre bœufs laboureraient en un jour et une nuit. Or, cette femme en était une de la race des Ases; elle est nommée Gàfion (norr. Gefiun, Aime - l'Abîme) ' ; elle prit au Nord, au Séjour-des-Iotnes (norr. lötun-heim), quatre bœufs, issus d'un lotne et d'elle-même, et les attela à la charrue. Mais la charrue alla si fortement et si profondément, que le terrain fut arraché. Les bœufs entraînèrent ce terrain dehors, dans la Mer, vers l'ouest, et ils firent halte dans un détroit. Là , Gàfion fixa ce terrain et lui donna un nom, et l'appela Bocage-de-Mer (norr. Sœlund). Et à l'endroit où le terrain avait été arraché , il y eut , après, de l'eau ; c'est ce qu'on appelle maintenant le Lac (norr. Logr) chez la Nation-Svie ; et , dans cp lac , les enfoncements correspondent aux promontoires dans Bocage-de-Mer. Voici ce qu'énonce le skalde Bragi le Vieux :

«A Gulfi, libéral de son Roux de l'Abîme, Gâfîun , enleva, joyeuse, «L'Accrue de la Marche-Dane, si bien qu'ardents à courrir ils fumaient, «(En trottant devant la vaste Dépouille, matière de l'Ile agréable) «Ces bœufs, portant, avec huit lunes-frontales, quatre têtes.» (1)

1. Notre traduction, devant être la reproduction fidèle du texte norrain, évitera, par rapport à l'explication des noms propres, de faire paraître Snorri ni plus savant, ni moins savant qu'il n'a été réellement. C'est pourquoi toutes les fois que nous jugeons que cet auteur a connu la signification d'un nom propie, nous mettons Vexplication de ce nom dans notre traduction, et nous ajoutons, entre parenthèse , le nom norrain. Au contraire , lorsque nous avons lieu de croire que Snorri a ignoré la signification d'un nom propre , nous maintenons à sa place le nom norrain et nous ajoutons, entre parenthèse , notre explication de ce ïiom.

2. Le roi Gulfi était un homme avisé et versé en magie. Il s'étonnait beaucoup que la bande des Ases fût tellement versée , que toutes choses leur allaient à souhait. Il examina en lui-même si cela tenait à leur propre nature, ou si les Divinités puissantes, auxquelles ils sacrifiaient , en étaient la cause. Il entreprit un voyage à Enclosdes-Ases (norr. Asgardr), et il partit en secret, et revêtit l'extérieur d'un homme vieux, et se déguisa ainsi. Mais les Ases étaient d'autant plus prévoyants qu'ils usaient de divination , et ils s'aperçurent de son voyage avant que lui-même ne fût arrivé ; et ils préparèrent contre lui des illusions de vue. Aussi, quand il entra dans l'Enceinte, il y vit une halle tellement haute , qu'à peine il put voir jusqu'audessus d'elle; le toit en était formé de boucliers d'or, à l'instar d'un toit de bardeau. Voici comment Thiôdôlf de Hvin énonce que la Halle-des-Occis (norr. Valhöll) était couverte de boucliers :

«Attaqués, qu'ils étaient à coups de pierres, les Héros précautionnés, «Firent reluire , sur leur dos , les Écorces de Bouleau de la Salle de

Svafnir. » (2)

Gulfi vit, sous la porte de la Halle, un homme qui jouait avec des couteaux à main, dont il avait en l'air sept à la fois. Celui-ci, tout d'abord, lui demanda son nom. Il déclara se nommer Piétonneur (norr. Gangleri) et arriver des Sentiers détournés (norr. Rœfilsstigur). Il demanda qu'on lui assignât un gîte pour la nuit, et il s'informa à qui appartenait cette halle. L'autre répond : que c'était à leur Roi. «Je puis même t'accompagner pour te le faire voir; alors, toi-même, «tu pourras lui demander son nom.» Là-dessus, cet homme, se retournant, alla, devant lui, dans l'intérieur de la halle, et l'autre le suivit; et aussitôt les portes se fermèrent sur son talon. Là, celuici vit mainte allée et mainte bande; les uns jouaient, les autres buvaient, quelques-uns étaient en armes et combattaient. Alors il examina tout, autour de lui; et maintes choses, qu'il vit, lui parurent incroyables; alors il se dit :

«Toutes les entrées, avant qu'on n'avance,

«Doivent être explorées ; «Car on ne peut savoir , pour sûr, s'il n'y a pas d'ennemis

«Embusqués dans la demeure. » (3)

Il vit trois sièges élevés et placés l'un au delà de l'autre, et trois hommes y siégeaient, un dans chacun. Alors il demanda quels étaient

GULFi; sublime; père universel. 79

les noms de ces Chefs, Celui qui l'introduisit répond : que celui qui est assis dans le siège élevé le plus proche, était le Roi; qu'il se nomme Sublime (norr. Hdr) ; que celui qui est le plus près de lui se nomme Equi-Suhlime (norr. lafnhâr) , et que le plus éloigné se nomme Troisième (norr. Thridi). — Alors Sublime demande à l'Arrivé quelle est, principalement, son affaixe, puisque le manger et le boire lui reviennent de droit comme à tout le monde, ici dans la Halle du Très-haut (norr. Hâvi). Celui-ci déclare qu'il veut surtout examiner s'il y a ici quelque homme savant. Sublime lui déclare qu'il ne sortira pas sain et sauf, à moins qu'il ne soit le plus savant, et:

«Tiens-toi debout, pendant que tu interroges; «Celui qui répond restera assis.» (4)

Page 1