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LE CRÉPUSCULE DES GRANDEURS

§ 153. Le Terrible Hiver. — La Mythologie Scandinave, comme les mythologies anciennes en général, ne concevant pas l'idée de V infini, laquelle résulte seulement de la réflexion philosophique , ne pouvait pas, non plus , admettre Y éternité du Monde, ni celle des Dieux (voy. p. 162). Le Monde et les Dieux étaient éternels, seulement dans ce sens, qu'ils existaient pendant un nombre innombrable de siècles. Mais, par cela même

336 COMMENTAIRE CRITIQUE PERPÉTUKL.

que le Monde avait commencé , il devait aussi finir, et se renouveler ; et comme les Dieux étaient nés dans le temps (voy. p. 1 82) , ils devaient aussi périr à la fin des siècles ,j)Our être remplacés par leurs descendants, ou leurs Renaissances. Ces idées résultaient naturellement de l'observation qu'on avait faite sur la succession et le parallélisme de la Vie et de la Mort, du Jour et de la Nuit, de l'Été et de l'Hiver. La Mythologie Scandinave, en parallélisant la vie diurne, qui est \ejour, avec la vie annale , qui est Véféj et avec la vie séculaire ou cosmique, qui est la durée du Monde , arrive aussi , par analogie , à paralléliser la mort diurne , qui est la 7iuif, avec la mort annale , qui est l'hiver, et avec la mort cosmique ou séculaire , qui est la ýin du Monde. Considérant ensuite l'origine du jour, de l'été, et de la vie du monde, sous l'idée de V aurore diurne (norr. âr, commencement), annale, ou séculaire, la Mythologie était aussi amenée à symboliser le dépérissement du jour , de l'année, et des âges, par le soir ou le crépuscule (goth. riqis ; norr. rök). De là le nom de Crépusculedes-Grandeurs (norr. Ragna-rökr) , pour désigner le temps , où les Grandeurs , c'est-à-dire les Puissances conservatrices du monde , ou les Jses (Soutiens) , vont périr avec le Monde entier.

D'après laMythologie Scandinave, le 6>ejöW5cw/e-cíes-Granc?ewr5 a pour signe précurseur la dépravationmov^XtdiQs hommes. Cette idée est significative et surprenante , et mérite , par conséquent , que nous en examinions la raison et l'origine. La philosophie moderne , surtout depuis Herder, a considéré le développement moral et historique , ou le progrès de l'humanité , comme la suite , la continuation de la Création ou du développement joAy^/g'î^e de la Nature. L'histoire est, pour ainsi dire, une création morale , faisant suite à la création physique , de sorte qu'il existe, sinon une solidarité, au moins une connexité entre le monde physique et le monde historique. Le développement de l'ordre moral., pçur être possible , suppose donc l'établissement préalable de l'ordre physique ; et, une fois l'ordre moral établi , l'ordre physique est , par lui , garanti, maintenu , et rendu durable. De là il suit que, si la création physique ou le Monde doit périr, il ne le pourra que quand, préalablement, l'ordre moral se sera dépravé et perverti. Cette idée du rapport entre l'état moral de l'humanité et l'état physique de la Nature , a-t-elle été exprimée, ou seulement entrevue dans le mythe Scandinave ? Cela n'est guère probable , car cette idée ne pouvait pas naître dans la pensée des Scandinaves , parce qu'elle n'y trouvait aucuns tenants ni aboutissants. Ce n'est donc pas en elle qu'il faut chercher la raison ni l'origine de cette idée du Mythe , d'après laquelle la destruction du monde physique est précédée de la dépravation morale des hommes. — Faut-il admettre que le Mythe ait considéré la fin du monde comme devant arriver quand l'humanité aura atteint le plus haut degré de civilisation , et supposer qu'il ait identifié la civilisation avec la dépravation A^s» mœurs? Il est vrai que déjà dans l'Antiquité, la Science, source de la civilisation , est considérée comme l'opposé de l'innocence ou de la simplicité des mœurs; cette idée est déjà renfermée dans le mythe hébraïque sur l'Arbre de la Science , qui est, en même temps , sinon la cause , du moins l'occasion du péché ; et , dans la Mythologie grecque, cette idée est exprimée allégoriquement par cette boîte áe Pandore, qui ,

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renfermant tous les dons de la civilisation, devient aussi la cause de tous les maux terrestres. Ce rapport, mis, à tort ou à raison, entre l'intelligence et l'origine du mal , ne pouvait cependant pas se présenter à l'esprit des Scandinaves, qui n'étaient pas assez éloignés de l'état de nature, ni assez avancés en civilisation, pour établir ou pour sentir seulement la différence , en bien ou en mal, qui existe entre l'état de nature , considéré comme l'état d'innocence , et l'état de civilisation , considéré comme l'état de raffinement, ou de dépravation. Ce rapport ne pouvait donc être, non plus, la raison et l'origine de l'idée, d'après laquelle le Mythe norrain fait précéder la fin du monde physique, de la dépravation Diorale des hommes. — Il reste une troisième manière d'expliquer le Mythe en question; c'est de supposer que la destruction du monde est considérée comme un malheur universel, mais comme un malheur mérité, en d'autres termes , comme la juste punition de la dépravation des Dieux, et des hommes. Le Mythe assignant pour motif à cette punition, la dépravation morale des hommes, celle-ci précède naturellement celle-là, de même que, selon le dogme hébraïque et chrétien, le péché a précédé la mort. Cette explication est, sans doute, la véritable; seulement il faut encore admettre que, chez les Scandinaves, la partie du Mythe relative aux péchés, qui provoquent la punition , a été conçue sous l'influence des idées chrétiennes sur la Chute de l'homme , et sur le Déluge et le Jugement dernier. Ce qui met cette influence hors de doute, c'est que les péchés, qui, selon notre Mythe, amènent la Destruction du monde, sont des péchés qui sont plutôt abhorrés d'après le génie du Christianisme, que d'après la morale du Paganisme Scandinave. En effet , d'après une strophe de la Vision de la Louve, ces péchés sont, d'abord, la guerre, qui alimente les bêtes féroces, les loups, et pour laquelle on invente toutes sortes d'armes meurtrières, telles que des haches d'armes, des framées; c'est, ensuite, le meurtre, même entre frères, et entre cousins; c'est, encore, la cupidité, qui fait qu'on est cruel envers les tenanciers , qu'on les pressure; c'est, enfin, la paillardise. Ces péchés, on le voit, ne sont pas précisément de ceux qui révoltaient principalement le sentiment moral des Scandinaves païens; et bien qu'il soit vrai que le progrès change souvent les mœurs d'un peuple, et lui fait abhorrer même ses défauts nationaux, et bien que la poésie et la morale religieuse, visant à \ idéal, s'élèvent naturellement au-dessus des mœurs réelles d'une nation, il est cependant nécessaire , pour expliquer ces sentiments moraux chez les Scandinaves, d'admettre, dans le Mythe en question , l'influence des idées chrétiennes. Ce Mythe renferme donc un fond essentiellement Scandinave, mais modifié, en certaines parties, par la morale chrétienne, qui a pu y exercer son influence, on le conçoit, bien longtemps avant que le Christianisme ne fût adopté oflBciellement dans le Nord ; et, d'ailleurs, ce Mythe sur le Crépuscule-des- Grandeurs n'appartient pas au fond primitif, ni même ancien , mais à la période la plus récente de la Mythologie Scandinave.

g 154. Les Scènes successives du Drame terrible. — Le récit de 5«orW ne suit pas l'ordre de la succession des différentes péripéties de cette grande tragédie du Crépuscule- des- Grandeurs. Il importe donc de rétablir l'enchaînement des faits, que même les anciens chants, et notam-

ment la Vision de la Louve, ou bien ne semblent déjà plus avoir connu, ou bien, avoir négligé, comme une entrave à la liberté de la poésie, ou comme un accessoire qui n'avait pas une grande importance.

Voici la succession des scènes de cette tragédie cosmique. D'abord le Loup Skoll, qui avait poursuivi Sol, et le Loup Hati (voy. p. 209), qui avait poursuivi Mâni, pendant des siècles, parviennent, enfin, à s'emparer de leurs proies. Ainsi le soleil et la lune disparaissent du ciel; et, par conséquent, le malheur de la mort de Baldur, c'est-à-dire l'enlèvement des sources de vie et de chaleur, se répète, de cette manière, dans lemonde, sur uneplus vaste échelle. Alors non-seulementladistinctiondes jours et des nuits cesse, dans ce règne absolu de l'obscurité, mais encore, le soleil ne répandant plus sa chaleur, il s'établit un hiver continuel, comme il y en avait un, au commencement des siècles, sous le règne de Ör-Gelmir , et de ses descendants (voy. p. 186). Cet hiver est nommé V Hiver-de-l'Étourdissement (norr. Fimbulvett'),0[i le Terrible Hiver. Alors les ouragans furieux sévissent; c'est VJge-des-Tempétes. Ces tempêtes secouent le ciel, au point qu'il se fend; elles secouent le Frêne dTggdrasil , l'Arbre de Vie, qui tremble à l'approche des Puissances de la mort; elles ébranlent la terre, qui est agitée, et ainsi met en émoi les Dvergs, qui habitent les cavernes de la terre. Par ces secousses et ces tremblements, tout se disloque; et les liens les plus forts sont brisés. Alors les Monstres iotniques, qui, pendant l'été cosmique, ou la vie du monde, avaient été enchaînés par les ^se^^ et qui, jusque-là, avaient été retenus par des liens, redeviennent libres (voy. p. 335). Le Loup igné de Fenrir, appelé par excellence Vlotne, qui avait été enchaîné parles Dieux , dans l'île de Bruyère (voy. p. 289), se déchaîne; son frère, le Fer ou la Coulœuvre, c'est-à-dire le Serpent /orwww^awrf (voy. p. 286), qui avait été dompté par Thôr^ s'agite, soulève les flots, et fait déborder l'Océan (voy. p. 327). Le père de ces monstres , Loki, qui avait été attaché aux rochers de Hveralund (Bois-des-Thermes) , redevient libre et s'apprête à remplir son rôle de Clôtureur , par rapport au Monde entier. Garmur (Hurleur), le Cerbère Scandinave, qui avait été attaché au Rocher de Gnipi, comme son prototype Fenrir l'avait été au rocher du Bois-des-Thermes, est délivré, et présage, par ses hurlements (voy. p. 209), l'approche de grands malheurs. L'aigle Hræsvelg (voy. p. 242) bat de ses ailes, et produit les vents qui soufflent du Nord-Est. Alors les Thurses- Givreux et les Géants-des-Montagnes , sous la conduite de Hrymr (voy. p. 134), arrivent, de l'Orient, à V Enclos- Mitoyen. Les autres lot^ 7ies, conduits par Loki de l' Enclos- Extérieur , s'embarquent sur le Navire d'Ongles iyoy. p. 199) qui, venant d'être achevé dans Niflhel, est transporté au Séjour-des-Iotnes , et lancé à la mer. Les fils de Fifl ou ú'Œgir (voy. p. 303), ayant avec eux le Loup de Fenrir, s'y embarquent également avec Loki, le Parère de Bileyst {yoy. p. 285). Enfin, les Fils-de- .WMspz7(voy. p. 174) arrivent du Sud, en traversantl'air, sous la conduite de Surtur. C'est ainsi que l'air, l'eau et le feu se déchaînent , et se ruent sur le Monde, qui va périr. Toutes ces Puissances ennemies des Dieux et des hommes, après avoir envahi Y Enclos- Mitoyen, tâchent de pénétrer d'ici dans le ciel, pour y livrer bataille aux Dieux, dans l'immense plaine, nommée

N° (49) (p. 1 37 , 1 38) ; renaissance de la terre et du ciel. 339

Tremble -au- Combat {Vig-ridur, cf. sansc. Vi-Krita, zend. Vaé- Kereta)^ parce qu'elle tremble sous la masse et les etforts des combattants. Les fils de Muspil , sur leurs montures de flammes, frayent le passage au ciel, en traversant le feu flambant fnorr. vafurlogi) du pont de Bifröst (voy. p. 211), qui s'écroule sous leur impétuosité. Quand les ennemis tentent de passer le Pont-des-Jses , et de pénétrer dans le ciel , alors Heimdall, le Gardien des Dieux (voy. p. 277) , sonne fortement l'alarme ; les Asesei les Compagnons á'Odinn, les Troupiers-Uniques (v.p. 306), se préparent au dernier combat. Cette rencontre terrible a lieu dans Tremble-au-Combat. Odinn, le Chef des. ^«e^^ et le Père du monde et de la vie , lutte contre le Loup de Fenrir, le Représentant du Feu terrestre, et le symbole de la destruction. Thôr, le Protecteur de la Terre (voy. p. 286) , lutte contre l'ennemi le plus dangereux de la Terre, le Serpent lormungand, le Représentant du Déluge. Frey, qui préside à l'air, à l'eau, et au feu, utiles aux hommes, n'ayant plus son épée (voy. p. 305), lutte sans succès contre Surtiir, le Représentant du Feu destructeur du Monde. Tyr, le manchot et la doublure à' Odinn, combat Garmur, qui est la doublure de Fenrir, et le présage de la mort (voy. p. 338). Heimdall, le Dieu du Commencement des Choses, combat contre LoÆz; le Dieu de la Fin des Choses. Dans ces différents combats , les monstres iotniques Fenrir, lormungand, Garmur, et Loki périssent ; s'ils continuaient à exister , un monde nouveau ne pourrait pas renaître ; mais avec ces monstres périssent aussi les anciens Dieux Odinn, Thôr, Fretjr, Tyr, et Heimdall. L'ancien Monde , n'ayant plus ses protecteurs , périt irrévocablement; la Terre et le Ciel sont brûlés, à la fois, par le Feu céleste (Surtur) , et par le Feu terrestre (Fenrir) ; puis la Terre est engloutie par l'Océan. Selon la Mythologie Scandinave, Surtur, qui a existé avant les créatures du monde, au commencement (cf. elldr, voy. p. 173), subsistera encore , quand tous les autres monstres auront péri. — Le seul document mythologique qui nous reste, renfermant la description du Crépuscule-des-Grandeurs, c'est la Vision de la Louve, dont la composition date du huitième siècle. La description qu'il donne est essentiellement poétique, et, par cela même, elliptique, quelquefois obscure, et intervertissant l'enchaînement épique des faits (voy. Poëmes islandais , p. 149-239).

(49) LA renaissance du ciel, de la terre, des dieux, et des

hommes.

§ 155. Renaissance de la Terre. — Dans le Crépuscule-des-Gra?ideurs, tout a brûlé. Ciel et Terre. Mais de même que, d'après les idées des Anciens, le brûlement des morts ne détruit pas entièrement le corps du défunt , mais l'épure et le retrempe , de même le ciel et la terre ne sont pas entièrement détruits, mais leur substance est épurée, et ils renaissent de leurs éléments plus beaux, et rajeunis comme Sæhrimnir (voy. p. 308). Snorri, mêlant ses idées chrétiennes sur le Ciel , l'Enfer, et le Jugement dernier, avec les traditions du Paganisme norrain sur le Crépuscule des Grandeurs, admet que les Scandinaves aient cru, qu'après la destruction du monde , les Justes continueraient à vivre , dans les Séjours célestes , et les Réprouvés , dans les Séjours de l'Enfer. Mais ces

Séjours, agréables ou terribles, qui figurent dans la Mythologie norraine, existent indépendamfnent de la Fin du monde , et ne sont pas destinés , comme le croiiSnorri, à servir d'habitation aux bons , pour les récompenser, ni aux méchants, pour les punir; le caractère, gai ou triste, de ces Séjours, dépend de la nature particulière aux races mythologiques, qui sont censés les habiter. Une nouvelle Terre sort de l'Océan , où l'ancienne s'est abîmée ; elle est belle , car elle renaît après l'Hiver du monde, dans J a saison du printemps, où les cascades, longtemps enchaînées par la glace de l'hiver , tombent de nouveau en murmurant , où la verdure redevient touffue , où l'aigle , de nouveau , ouvre, pour ainsi dire , la saison de la pêche (voy. p. 263) , après l'hiver long et rigoureux. Bien que cette Terre vierge n'ait pas été labourée ni ensemencée , elle produira cependant, du moins cette première année de la renaissance, une moisson abondante. Voici ce qui est dit dans la Vision de la Louve : « Elle voit surgir de nouveau, " Dans l'Océan, une terre d'une verdure touffue, «Des cascades y tombent; l'aigle plane au-dessus d'elle, « Et du haut de l'écueil, il épie les poissons.

« Les champs produiront sans être ensemencés. » 11 est hors de doute que, dans l'origine, le Mythe considérait cette Terre nouvelle comme entièrement semblable à l'ancienne, et qu'il supposait que tout s'y passerait comme précédemment. Plus tard seulement, sous l'influence des idées chrétiennes , on a rattaché à cette Terre nouvelle des idées paradisiaques et millénaires, et on a expliqué la tradition norraine comme si elle énonçait que , sur cette nouvelle Terre, les champs produiraient à tout jamais , sans être ensemencés; qu'il y régnerait une Paix éternelle , au point que les aigles , ne trouvant plus à dévorer les cadavres des guerriers tués à la guerre, seraient forcés de se nourrir de poissons ; que cette nouvelle Terre serait un Jardin délicieux (Eden) , avec une verdure toujours toufifue , et avec des cascades qui murmureraient agréablement ; enfin que tout mal physique et moral en disparaîtrait.

§ 156. Restauration du Ciel. — Il se forme un ciel nouveau , exactement semblable à l'ancien, avec VEnclos-des-Ases (voy. p. 213), les Sanctuaires des Dieux , et les Enclos de Hroptr (voy. p. 248). Les Ases rajeunis , ou les Fils des anciens Dieux , reviennent dans la nouvelle Plaine d'Idi (voy. p. 213). Ces Ases sont Modi (Courage), et Magni (Pouvoir), les Personnifications des énergies (sansc. çaktyas, v. p. 244), c'est-à-dire du Courage d'âse (norr. As-modr) et de la Force d'Ase (norr. âs-megin) de leur père Thôr, dont ils sont les dédoublements ou les Renaissances. Les fils á'Odinn, savoir Baldur, et son meurtrier involontaire , Hödur, reviennent aussi , et vivent ensemble heureux et en paix. Voici ce qui est dit dans la Vision de la Louve : « Tout mal disparaîtra : Baldur reviendra , « Pour habiter, avec Hödur, les Enclos de Hroptr,

« Les Demeures sacrées des Dieux-Héros

Les Ases nouveaux auront la science des Mtjstères (norr. rûnar, voy. p. 298) de leurs pères; ils n'auront plus à craindre les Puissances enne-

>°(49)(p.i37, 138); lanouv.raceiiumaine;lenouv. SOLEIL. 341

mies ; le Serpent lormungand , et le Loup de Fenrir, n'existent plus que dans le souvenir, et dans la tradition , qu'ils se plairont à se rappeler par le récit des mythes. Les Ases sont heureux , comme on l'est dans la jeunesse, comme on l'est au printemps , à la renaissance, à la résurrection. Ils reprennent leurs occupations de jeunesse, ils se mettent à jouer aux tables, comme l'ont fait leurs pères, lorqu'ils étaient encore jeunes, à l'aurore des âges (voy. p. 213).

l 157. La nouvelle race humaine; le nouveau Soleil. — La race des hommes, qui périront dans la catastrophe du Crépuscule-des-Grandeurs, sera remplacée par une génération nouvelle, provenant de Lz/thrâsir (Désir de Vie), et deZ,|/'(Vie). Cette paire , dont les noms expriment la vitalité indestructible de l'humanité , s'était mise , pendant le Crépuscule des Grandeurs, à l'abri tant des flammes de Surtur, que de la submersion sous la mer, produite par lormungand , en s'enfermant dans la Buttede-Hoddmimir. Cette butte est, à la fois, une butte tumulaire, et comme une matrice où les germes de l'énergie vitale, représentée par cette paire, sont enfouis , et reposent en sûreté , comme le grain de blé dans le silo ou la serre d'hiver (v. h.2\Livintarkasfo;cï. norr. nestbaggi)^ en attendant la résurrection , ou la renaissance au printemps. Le nom de Hodd- Mimir (Ruisselant de Trésors) est synonyme de Hring-Mimir (Ruisselant de Richesse) , et désigne, à la fois, l'Océan terrestre ou la Mer renfermant de l'or et des richesses (voy. p. 443), et l'Océan céleste (sansc. Varounas ; gr. ouranos) , ou le Ciel , dont les pluies et les rosées produisent les riches moissons dorées (voy. p. 330). La Butte de Hodd-Mimir est donc synonyme de Butte-du-Cee/^ et désigne une montagne tellement élevée qu'elle touchait au ciel, et qu'elle pouvait préserver, des flammes et de l'inondation, les germes précieux qu'elle renfermait dans son sein. Cette butte, semblable a peu près à ce qu'on appelle aujourd'hui, en Suède, /aitestuga (poêle d'Iotne)^ ou/aííe^ra/(tombeau d'iotne), était en quelque sorte le tombeau de Lîfthrâsir et de Lif, lesquels y reposaient comme l'embryon dans la matrice. Ils y étaient alimentés par les rosées du matin , et dormaient jusqu'à leur résurrection , semblables à Skalmoskis dans sa demeure souterraine [Hérod. IV , 95 , 96), à Freyr dans sa butte tumulaire {Ynglingasaga, chap. \%), et ^Frédéric Barbe-Rousse , dans la montagne de Kyfhæuser. Suivant la Mythologie indienne, la Déesse Bhavani, le Symbole de la Nature qui détruit et reproduit, fait rentrer dans sa matrice les semences de toutes choses, pour les y préserver de la destruction, dans la conflagration générale, à la fin des siècles.

Sol , qui a été dévorée par Sköll (voy. p. 209), a laissé une fille, qui, dans le Monde nouveau , la remplace au ciel. C'est ce qui est énoncé dans la strophe des Dits-de-Vafthrûdnir, citée par Snorri. Soi porte aussi le nom poétique et épithétique de Rousse-des-Jlfes, à cause de l'éclat roussâtre de son disque; et ce disque est attribué aux Jlfes, ou consacré aux Génies de lumière (voy. p. 239).

D'après la Mythologie norraine, le Monde renouvelé n'est pas une création faite sur un plan tout nouveau ; c'est le renouvellement de l'ancien Monde, ou sa reproduction . moins quelques imperfections qui y exis-. talent.

(50) ÉPILOGUE DE SUBLIME ; REPRISE ET FIN DE l' HISTOIRE DE

l'encadrement.

§ 158. L'Épilogue de Sublime. — A toutes les époques, les savants et les érudits, pour tirer gloire de leur science et de leur érudition , tâchent de faire ressortir, d'une manière ou d'une autre, l'originalité et la supériorité de leurs écrits. Dans l'Antiquité, dans l'Orient , et au Moyen âge, où les préfaces n'étaient pas encore en usage, l'auteur mettait son éloge ou à la fin de son œuvre ou dans le corps de l'ouvrage. C'est ainsi que l'auteur de la Rhapsodie mythologique , intitulée Chant d'Hymir , énonce qu'il est le plus savant des mythologues, en disant, dans la strophe 38 :

« sur cela qui des Mythologues

« Pourrait en savoir davantage. » Par une tournure de phrase analogue, Snorri, pour énoncer qu'aucun auteur n'a été plus complet que lui , dans l'exposition de la Mythologie norraine, fait dire à Sublime que jamais il n'a entendu à personne pousser plus loin le récit sur les destinées du monde. Une autre manière, par laquelle l'Auteur donne satisfaction à son amour-propre, c'est de faire remarquer au lecteur l'importance et l'utilité de l'enseignement renfermé dans son ouvrage. C'est ainsi que les légendes des Hindous, connues sous le nom de Pourânas (Antiquités) , finissent ordinairement par la recommandation de bien méditer ces traditions légendaires. Les Lois de Manou se terminent par le çloka suivant :

« Ainsi, le voilà ; le Bis-né qui lit ce Code promulgué par Bhrigou, « Sera toujours vertueux, et obtiendra la félicité désirée. » Dans les Proverbes de Salomon on trouve plusieurs passages semblables à celui-ci (chap. VII, 4,2):

« Mon fils , observe mes paroles , « Garde mes préceptes dans ton cœur; « Suis mes commandements, et tu vivras heureux; « Mon enseignement , qu'il te soit cher comme ton œil. » Dans le Poëme eddique intitulé : Dits de Sublime (norr. Hâvamâl), Odinn, sous le nom de Sublime, fait précéder chacun de ses Dits, de cette recommandation :

«Je te conseille, Loddfafnir! — accepte ce conseil; « Il te profitera , si tu l'acceptes. — » Snorri, employant une recommandation analogue, fait dire à Piétonneur par Sublime :

(( Jouis donc maintenant de ce que tu as appris. » § 159. Gulfi enseigne en Suède ce qu'il a appris de Sublime. — L'exposé de la Mythologie norraine , renfermé dans les réponses faites par Sublime aux questions de Piétonneur,, étant terminé, Sfiorri reprend et achève l'histoire, qui fait l'Encadrement de la Fascination de Gulfi (voy. p. 70). Dans cette conclusion de l'ouvrage, il fait encore ressortir accessoirement deux idées, auxquelles il attache une certaine importance : la première, que l'Odinisme est une religion de mensonge; la seconde, que cette religion de mensonge avait son siège et son centre principal en

NUMÉRO (50) (p. 138); épilogue. 343

Suède. Il montre que les Ases étaient de grands magiciens, que , par leur magie, Piétonneur, ou GuIJi, dès son arrivée à Odmseîj (voy. p. 145), a été fasciné, et qu'à la fin, par un eifet de cette même magie, le palais de Sublime a disparu en un clin d'œil. Cette disparition magique est un trait qui se retrouve dans beaucoup de traditions mythologiques et de contes romantiques (voy. p. 425). Snorri, comme tous les auteurs de l'Antiquité, de l'Orient, et du Moyen âge, pour accréditer la tradition ou leur science, aiment à en indiquer la source, l'origine et les garants (voy. Chants de Sol, p. 40). Pour indiquer la filiation de la tradition mythologique, il insinue que toutes les traditions mythologiques, répandues dans le Nord, proviennent de ce que Guljî, après les avoir apprises de Sublime, les a transmises, après son retour chez lui, en Suède, à d'autres, qui les ont propagées en Scandinavie. C'est donc la Suède qui a été le principal berceau de la superstition odinienne ; et cette opinion , Snorri Ta encore développée plus tard dans son ouvrage historique intitulé Ynglinga-saga, en montrant que Odinn et XtsJses, venus du Sud et après s'être établis successivement en Saxe et en Danemark, se sont flxés définitivement en Suède, à Upsalir, et à Sig-tûn, que la plupart d'entre eux sont morts dans ce pays , et que d'eux sont issus les rois suèdes appelés les Ynglings (Issus d'Yngvin , voy. p. 266), qui tous ont été , avec leurs sujets, des adorateurs d'Odinn et des Ases.

(A la page 21.)

Malgré les progrès accomplis, l'histoire n'est encore généralement considérée qu'au point de vue des fsí'ús eætérieur s et âes événements joolitiques. D'après l'idée, l'histoire universelle doit être l'exposé de l'action et de la réaction des idées, des idéaux et des intérêts dans le domaine social, moral, intellectuel et religieux de l'humanité. L'histoire, comme toute science , doit traiter à la fois des faits et de la raison des faits constituant son domaine; et comme les faits historiques n'ont de véritable intérêt que par les idées qu'ils représentent, on comprend que l'histoire, à moins qu'on ne veuille s'amuser au spectacle et au récit des faits seuls, se confondra de plus en plus avec la philosophie de l'histoire, c'est-à-dire avec l'étude de la raison des faits produits parles idées, les idéaux et les intérêts dans le domaine social, moral, intellectuel et religieux.

De même que, de nos jours, on ne peut déjà plus publier une encyclopédie générale qui soit actuellement à la hauteur des différentes sciences, mais qu'il faut s'en tenir à des encyclopédies spéciales pour les différentes sciences, de même un ouvrage d'histoire universelle réellement scientifique et philosophique n'est plus possible : il faut le partager en plusieurs histoires spéciales composées toutes en vue de l'histoire universelle et d'après le plan, la méthode et le but ci-dessus indiqués de la philosophie de l'histoire.

Dans l'antiquité, au moyen âge et même jusqu'au dix-neuvième siècle, les études et le point de vue historiques étaient trop bornés et trop exclusifs pour permettre de concevoir une histoire universelle réellement jö/«7osophique. Les Grecs et les Romains ne s'intéressaient qu'à l'histoire de leur nation et tout au plus aux rapports politiques que leur histoire avait avec celle de leurs voisins, alliés ou ennemis. Les Hébreux, aussi exclusifs que les autres nations, se considéraient comme le Peuple élu de Jéhovah, destiné à régner un jour, par son Messie, sur toutes les autres nations de la terre. Aussi l'auteur qui, du temps d'Antiochus Épiphane et sous le nom du prophète Daniel, a composé ses Visions résume-t-il ce qu'il sait de l'histoire ancienne, d'après les livres hébreux et d'après les grecs, dans son tableau des quatre empires païens ennemis d'Israël, l'empire babylonien, l'empire médo-perse, l'empire macédonien et l'empire syrien, qu'il représente par quatre bêtes sauvages, le lion, l'ours, la panthère et l'animal aux dents de fer. Ces quatre monarchies violentes et brutales, qui ont pour emblèmes quatre animaux féroces, disparaîtront, d'après le prophète, pour faire place à l'empire universel du Messie, qui, contrairement aux quatre bêtes, aura la figure humaine. Cette conception de l'histoire

fut adaptée par la théologie chrétienne au système dogmatique de ce qu'on a appelé r Economie du salut, d'après laquelle l'ancienne Alliance (religion de Jéhovah) dont les païens des quatre empires se sont détachés, est continuée, d'après le plan de Dieu, dans la nouvelle Alliance (la religion du Messie ou du Christ) , laquelle réunit de nouveau Israël et les Gentils dans l'Église chrétienne universelle. Aussi, dans cette conception historique, les historiens chrétiens ont-ils dû substituer l'empire grec et l'empire romain à l'empire macédonien et à l'empire syrien de la vision de Daniel; et l'empire romain, devenu la Monarchie de la chrétienté, fut continué directement, d'après ce système, par le Saint Empire romain germanique; de sorte que, pour le moyen âge, l'histoire universelle du paganisme et de la chrétienté pouvait encore, pendant quelques siècles, se renfermer dans le système historique, orthodoxe, mais étroit, des quatre monarchies ou des quatre empires de Daniel. Ce ne fut cependant qu'après la chute du Saint Empire romain germanique, et lorsque, par cela même, la division de l'histoire universelle en quatre monarchies fut évidemment devenue insuffisante et sensiblement incomplète, que des auteurs comme Jean Corion, Jean de Sleiden et Bossuet ont entrepris, avec plus ou moins de talent, de traiter l'histoire universelle en la divisant encore généralement au point de vue des visions de Daniel. Jean Corion, né dans le Wurtemberg en Í499 et mort à Berlin en 1538, a composé son histoire universelle sous le titre de Chronicon, qui a été revu et amendé par Philippe Mélanchthon et qui fut traduit en français par Jean Leblond, Paris, Í556. Jean, fils de Philippe, naquit en 1506 à Sleiden, endroit situé entre Cologne et Bonn, et d'après lequel il est nommé généralement Sleidanus. 11 fut professeur de droit et d'histoire à Strasbourg, où il mourut en 1556. Il a composé, en latin et en trois livres, un abrégé de l'histoire universelle sous le titre de Compendium de quatuor Monarchiis. Cet ouvrage, dédié à Eberhard de Wurtemberg, doit, comme dit l'auteur, guider la jeunesse dans l'étude de l'histoire: il a été, pendant assez longtemps, le manuel en vogue dans les écoles, et a eu un grand nombre d'éditions.

Écrit avec plus de talent que les deux ouvrages précédents, \e Discours sur U histoire universelle, de Bossuet, ne leur est pas supérieur quant à la conception du fond de l'histoire. Se renfermant dans un cadre orthodoxe , mais étroit et insuffisant, Bossuet n'a pas pu maintenir ce cadre pour l'histoire plus moderne, et il a dû s'arrêter dans son exposé aux temps de Charlemagne.

(A la page 80.)

Dans Les Gètes (p. 128) j'ai rattaché le mot norrain i^a/c? au verbe germanique schallen (sonner, faire de la musique), de sorte que, comme terme neutre et abstrait , il aurait proprement signifié sonnerie.

Un nouvel examen du mot skald m'a amené à la conviction que ce terme n'appartient pas originairement aux langues de la branche gète, mais à celles de la branche sarmate. En effet , le radical sklad, qui signifie

disposer, arranger, composer, est essentiellement slave. Du radical slave s-klad s'est formé le mot russe sklade (arrangement), le polonais skladacz (compositeur, auteur), et le tchèque skladatel (poëte, compositeur). (Voy. De l'Influence exercée par les Slaves sur les Scandinaves da?is V Antiquité. Colmar, 1867, p. 8-9.)

iiO

\\\ , (A la page 73.)

""tes auteurs orientaux, surtout ceux de l'Inde, aiment assez, comme GTiatakarparas, indiquer, d'une manière indirecte et énigmatique, leur nom dans le titre qu'ils donnent à leurs ouvrages. Ainsi, pour citer un exemple plus moderne, l'auteur hindoustani, du nom de Surur (joie), a donné à sa traduction hindoustanie de l'abrégé du Shah-nama persan , le titre de Surur-i-Sultani (la Joie royale). (Voy. Garcin de Tassy, les Auteurs hindoustanis et leurs ouvrages d'après les biographies originales, 2«édit., Paris, 1868.)

(A la page 81.)

Les femmes nommées Föbir, moitié magiciennes, moitié devineresses, étaient à peu près, historiquement ou sur terre, ce que les iSornes représentaient mythologiquenient dans le ciel. Ce nom, dont le singulier est vala ou vöiva, dérive d'une forme plus ancienne, Valliava, qui ne s'explique ni grammaticalement, ni étymologiquement dans la langue norraine, mais trouve l'une et l'autre explication dans les idiomes slaves. (Voy. De l'Influence exercée par les Slaves sur les Scandinaves dans l'Antiquité. Colmar, 1867, p. 10-12.)

(A la page 185.)

Le dieu Vili s'est spécialisé comme dieu des richesses chez les Germains du Nord, sous le nom de mHo, fVilo , ï^Falo. (Voy. MuUenhof, Nordalbingische Studien, 1, p. M et suiv.)

(A la page 194.)

A la tradition populaire en Saxe et en Thuringe, d'après laquelle les enfants, surtout les filles, croissent aux arbres, correspond un conte oriental qui nous est transmis par des géographes arabes. D'après Ba^ kouï et Ibn-Tofeili , il y a, à l'extrémité orientale de la terre connue, des îles Aommées fVaqiuaq, si riches en or , que les singes y portent des colliers d'or. Il y a de plus dans ces îles l'arbre qui crie waqwdq à ceux qui y débarquent;, et cet arbre porte à l'extrémité de ses branches, au

lieu de fruits, de belles filles, qui sont un objet d'exportation et de commerce. Elles sont désignées, par Masoudi Khotb-eddîn, sous le nom de ^raqwaquiermes. (Voy. Alexandre de Humboldt, Examen critique de l'histoire de la géographie du Nouveau-Continent^ I, 52, n.)

Ce qui me fait penser que ce conte de l'île des filles et de l'arbre criant waqioâq et portant des filles, pourrait bien être originaire de l'Inde, c'est d'abord la particularité que les singes de ces îles , comme les compagnons de Ravana, chef de Lankâdvipa (Taprobane), ou Sinhaladvipa (Ceyian), portent des colliers d'or. Ensuite, V Ile-aux-Filles pourrait bien être l'île de iTowTwarí (Ceyian), dont le nom signifie Filli , et dont la pointe méridionale porte encore aujourd'hui ce nom (le cap Comorin).

Je trouve dans le dictionnaire arabe Kamous (Océan), que Waqwàq est le nom de l'arbre d'où se tire la couleur d'encre. Ce nom de waqwâq pourrait bien être d'origine indienne, beaucoup d'arbres de l'Inde ayant des noms composés avec le mot Vak^ qui signifie courbé, penché. D'ailleurs, ce mot signifie aussi vociférant, ce qui pourrait expliquer pourquoi , dans le conte , il est dit que l'arbre vaqvâq vocifère à l'approche des marchands abordants dans l'île.

(A la page 195.)

•;vf;b 9'ioaiio iíJíío^ .

Les arbres ^íÆr (Frêne) et Embla (Orme) étant, d'après la mythologie, les parents primitifs des hommes, on comprend que, dans le langage poétique des Skaldes, le nom d'un arbre quelconque pouvait servir à désigner l'homme et la femme , au même titre qu'en poésie , par exemple, le nom de Francs peut désigner les Français issus des Francs. Aussi est-il dit dans le Traité du Langage skaldique (Skaldskaparmâl) de l'Edda de Snorri, page 827 :

«De quelle manière faut-il désigner V homme?... Les Skaldes ont « appelé l'homme d'après \e frêne ou le tilleul, d'après le bois ou d'autres «noms d'arbres du genre masculin.)) — Et page 127 — « La femme a a pour désignations tous les noms d'arbres du genre/e/Timm. »

L'auteur de ce traité, au lieu de rappeler le mythe d'Askr et d'Embla, et de le considérer comme la cause première de ces désignations poétiques, préfère expliquer ces expressions par une espèce de quiproquo ou de calembourg; ce qui, il est vrai , était assez dans le goût et les habitudes de la poésie skaldique, qui aimait et préférait en fait de style le recherché, l'obscur (ôliost.) et le caché (folgit).

Ainsi, d'après notre auteur, l'homme était appelé reynir vâpnanna (éprouveur d'armes) ou vidr vîganna {^màni les combats), parce que reynir signifie, à la fois, éprouveur et arbre, et que vidr signifie, à la fois, aimant et arbre.

D'après le même système, rautent* dit que la femme peut être appelée selia vins (procuratrice devin) ou lôg drychiar (distribuant la boissoni, parce que le mot selia signifie à la {o\s procuratrice et saule^ et que lôgn signifie, à la fois, distribuant et souche d'arbre. Les Skaldes

avaient l'expression de rekit (poussé loin) pour désigner l'emploi recherché de ces termes à double signification.

Les Grecs, bien qu'ils aient eu, comme les Scandinaves, des mythes sur la provenance des hommes de certains arbres, n'en ont pas eu dans la suite ni souvenir ni pleine conscience. Aussi, c'est par une pure infuition poétique, comme l'était celle de la mythologie elle-même, qu'ils représentent, dans leur poésie, des rapports ingénieux de ressemblance et d'analogie entre l'homme et l'arbre. Voici un exemple pris dans une ode anacréontique , traduite par P. J. Proudhon: De la Justice dans la Révolution et dans l'Église, étude X, p. 69.

«Rafraîchissez, ô femmes, de vin doux, ma gorge desséchée; rafraî- «chissez de roses nouvelles ma tête brûlante I Mais, qui rafraîchira mon « cœur incendié par les amours?

« Je m'assoirai à V ombre de Bathylle, le jeune arbre à la ver- « doyante chevelure. Auprès de lui coule et murmure la fontaine de per- « suasion. C'est là, voyageur épuisé, que je prendrai une nouvelle force. ...»

Proudhon ajoute : « La comparaison de Bathylle à un arbre jeune et ver- « doyant est familière aux Orientaux : ces vers d'Anacréon semblent tra- « duits, mot pour mot, du Psaume i, v. 3-4; « « Il en sera de V homme « «vertueux comme d'un arbre planté au bord d'une eau courante, et « « qui donne son fruit dans sa saison : son feuillage ne séchera pas et « « toutes ses œuvres seront prospères. » »

Proudhon aurait pu ajouter, pour faire sentir encore davantage la poésie des vers anacréontiques, que, dans les pays chauds de l'Asie, on aimait se rafraîchir à l'ombre d'un arbre placé près d'une fontaine. Aussi choisissait-on généralement, pour les consacrer aux dieux, de beaux arbres touffus, placés près de fraîches fontaines, et élevait-on, de préférence, dans de tels endroits, des sanctuaires et des temples. (Voy., p. 230 , la Fontaine de Mimir et Y Arbre de Mimi,)

aainifi b \iO V,\o<i ai gôlijt; 1> , : (A la page 208.) 'jtqt. b B;

'• té' tíökáe 5e2'rf?ëre%ifr (Porte-crible) désignait îésmagiciens portant le crible qui leur servait d'instrument de magie. Le crible ordinaire opère la séparation de ce qu'on conserve comme bon et de ce qui passe pour mauvais et qu'on rejette. Or, la destinée fait aussi le partage du bien et du mal. C'est pourquoi le crible est devenu le symbole du destin; et cribler était une opération magique par laquelle on était censé produire, selon l'intention, des effets bons ou mauvais. Le mot norrain seidr paraît imité du slave sito (crible), et l'opération magique , produite par le crible, a passé probablement de la pratique des Slaves dans celle des Scandinaves. (Voy. De l'Influence exercée par les Slaves sur les Scandinaves dans l'Antiquité, p. 12-18.)

(A la page 235.)

Nous avons préféré, par les raisons indiquées, comme nom de l'Écureuil mythologique, la leçon Ratakostr, signifiant Compagnon du Rat, à

NOTES ADDITIONNELLES. $t^

la leçon jusqu'ici restée inintelligible de Ratatoskr, qui a été admise par Mobiusj dans son Edda Sœmundar hins Fróda^ Leipzig, 1860, p. 36. Si cependant cette dernière leçon ou celle de Ratatoskr devait être la vraie, voici comment je crois qu'il faudrait l'expliquer.

Le mot toskr n'a rien de commun avec le mot allemand Tasche (poche) ou l'italien tasca^ qui proviennent d'un thème signifiant enlever, emporter. (Voy. Diez, Etymol. fVörterb., p. 343.) Le mot toskr provient de toskr, comme le français sol (seul) provient de solo. Toskr dérive de taskur, le a radical s'étant obscurci ou changé en o par l'influence de Vu final. Taskur est une métathèse de iaksur, comme, par exemple, le Scythe skaïs (p. 277) est une métathèse de ksaïs (sanscr., kchayas). Taksur correspond exactement à une forme latine, tacsus (blaireau), qu'on ne trouve pas dans les auteurs, mais qui doit avoir existé dans le langage populaire, puisqu'en italien elle s'est changée en tasso, qu'on ne saurait dériver directement de l'allemand Dachs. Taxus et ses correspondants ont dû se trouver non-seulement dans les langues aryennes, mais aussi, sans doute par emprunt, dans les langues sémitiques. En effet, l'hébreu tachash, l'arabe tochas, correspondent au latin taxvs et désignaient probablement, comme lui, le taisson. A la forme allemande, Dachs, semble avoir correspondu anciennement une forme gotique^ thahs (p. thahsus).

Le nom tacsus dérive d'un thème verbal taks, qui signifie toucher à plusieurs reprises (cf. lat. taxare et tagere)^ piquer, fouiller, tailler (sanscr. takch). Tacsus désigne donc comme fouilleur, le blaireau, que les Suédois nomment grâfsvin (porc fouilleur), tandis qu'ils donnent le nom de takse au chien basset{^\\. Dachs).

Au mot masculin allemand Dachs, correspondait un mot féminin, Dehsa (taissonne), qui, combiné avec egi (serpent, gr. echis), a formé le composé egidehsa (taissonne-serpente), signifiant lézard (ail. ei-dechsé). En effet, le lézard est un serpent 2L\ec quatre pieds; il est bas sur jambes, et a les pieds de devant tournés en dehors comme le taisso7i et le basset; de plus, il est fouilleur comme le taisson, et a sa retraite dans un trou, comme le blaireau. (Voy. Les Gètes, p. 226.)

Dans la langue norraine toskr, dérivé de l'ancien taksus, paraît avoir eu , comme le latin tacsus, la signification de taisson. Dans le nom Ratatoskr il se trouve composé avec Rati, qui signifie corrodeur, rongeur, rat, si on dérive ce nom de gratter (lat. radere, rodere), ou rôdeur, si on le dérive de rôder (goth, vraton; norr. rata). La première signification de rongeur, rat, semble appuyée par le sens du composé Ratamunnr [Museau-de-Rati) , nom qui a été donné au merveilleux rat rongeur, dont Odinn s'est servi comme d'une tarière pour percer un trou dans la paroi de la demeure de Gunnhlöd. (Voy. p. 290, Hâvamal, str. 107.) Dans ce cas, le nom de Ratatoskr (Taisson de Rati) aurait été donné à cet animal mythologique , parce que l'écureuil ne vit pas seulement dans une bauge sur l'arbre, mais aussi dans un terrier, comme le taisson; de plus, il tient du rongeur, du rat ou de Rati, parce qu'il appartient essentiellement , comme le rat, à l'espèce des rongeurs. Mais

sll'on donne à Rati la signification de rôdeur, alors récureuil mythologique aurait eu le nom de Ratatöskr (Taisson du rôdeur), parce qu'il est à la fols /ouilleur et rôdeur, qu'il pénètre partout, et va et vient sans cesse, depuis le sommet jusqu'aux racines de l'arbre d'Yggdrasill, pour remplir son rôle de messager et de rapporteur.

Les conceptions en mythologie reposent généralement, comme celles de la poésie , sur des intuitions ou sur l'observation plus ou moins vraie ou scientifique des phénomènes de la nature. Aussi , ces intuitions se relrouvent-elles assez souvent à la fois sous forme de mythes et sous forme de conceptions poé%wes. Telle est, par exemple, la conception du mythe de Thor, buvant la mer, soit du Soleil , surnommé Papis (buveur), dans la mythologie hindoue d'un côté, et, de l'autre, la conception poétique du soleil qui boit la mer, dans l'ode anacréontique suivante, intitulée Le Buveur:

Le noir terreau boit;

Dans lui les arbres boivent;

La mer boit les vapeurs jqgfj^^-iji^j^,

Le soleil boit la mer;

La lune boit le soleil.

,, , ,, Pourquoi me gourmander, amis!

■ ' "'^' . , . Y Si moi aussi je tiens à boire.

*'Voy.' £a m*a^è/e dans les différentes littératui^es anciennes et modernes, p. 20.

(A la page 274.)

Le sanglier ou verrat était le symbole du soleil (voy. p. 204) ; il y a évidemment un rapport mythologique direct entre le dieu héros Iring (Verrat) , le nom de Chrysodonte (Défenses d'or) donné à Heimdall, et le sanglier consacré à Freyr. Le sanglier figure dans plusieurs traditions des anciens /^rancí; nous les avons expliquées dans un mémoire intitulé : Origine et signification du nom de Franc (oifert à M. Bopp pour sa fête du 1 6 mai i 866), Strasbourg et Colmar, 1 866.

Nous avons montré dans ce mémoire (p. 13) que le mot grec héros correspond au sanscrit t-ara/ias et signifiait originairement combattant, guerrier, héros. Cette explication se confirme encore par ce que nous avons dit de l'origine des noms Scandinaves de larles (Aigles, comtes, p. 184) et de Barons (Ours, p. 306).

(A la page 341.)

,jC'étaitune croyance ancienne que les hommes sont nés de la terre, ou que la terre était la mère ou la matrice du genre humain. (Voy. Les Gètes^ p. 173, note 1.) Plus tard s'introduisit l'usage d'enterrer les morts

OU de rendre à la terre ses enfants. La sépulture fut donc considérée comme la rentrée, après la mort, dans la matrice terrestre. En sanscrit, le mot garbhas (réceptacle) signifle la matrice, et il a une parenté éloignée avec le mot germanique grab (creusé) qui signifie tombeau. Cependant, le rapport entre les deux mots ne paraît pas avoir été reconnu d^ns l'antiquité; on voyait seulement la terre d'où le genre humain était sorti, et le tombeau où l'homme rentrait après la mort. C'est celte idée générale qui est exprimée par rapport à la terre par ce vers de Lucrèce: Omniparens eadem rerum commune sepulchrum.

Plus tard, lorsque la croyance à l'immortalité et à la renaissance après la mort se fut développée, le tombeau fut considéré comme une matrice terrestre, dans laquelle s'opérait la renaissance. Aussi, pour exprimer ou représenter une renaissance morale quelconque, a-t-on eu recours à un acte symbolique qui énonçait que tel ou tel individu avait subi une renaissance en ce qu'il était sorti de nouveau de la matrice symbolique terrestre. Pour représenter à l'œil cette matrice terrestre , on pratiquait une ouverture dans la terre, en soulevant une longue et large bande de gazon [torfa long; iardar men) qu'on étayait au milieu par une lance.

L'acte symbolique de la renaissance consistait à descendre sous cette bande comme dans un tombeau, pour en sortir ensuite, comme d'une matrice, rendu à la vie et renouvelé physiquement ou moralement par cette seconde naissance. C'est ainsi que deux guerriers qui n'étaient pas déjà frères par naissance, devinrent frères d'armes par un acte de renaissance. Ils descendaient, tous deux, sous la bande de gazon , s'y tenaient accroupis el s'entrelaçaient de leurs bras comme des jumeaux dans l'utérus; ils suçaient ensuite quelques gouttes de sang l'un de l'autre pour indiquer par làridenlité ou la communauté de sang comme frères utérins (voy. Flérodote, IV, 70) ; enfin ils sortaient de cette matrice artificielle ou symbolique comme par une nouvelle naissance ou renaissance au moyen de laquelle ils étaient devenus /rères utérins. Comme frères ils étaient dorénavant les protecteurs nés et obligés ou les souteneurs {fratres) l'un de l'autre, comme l'énonce le nom même At frère (frater qui vient de ferre, soutenir); ils étaient ainsi devenus, à la vie et à la mort, frères d'armes (slav. pobratimi; voy. Les Gètes, p. 118).

Dans les pays Scandinaves on se soumettait assez souvent à cette cérémonie de la renaissance quand on voulait prouver qu'on était devenu moralement un autre homme (cf. Évangile de Jean, m, 4). Ainsi, ceux qui reconnaissaient leur tort pour se le faire pardonner, se justifiaient en subissant la cérémonie de la renaissance ci-dessus décrite. La réconciliation entre hommes, qui avaient été des adversaires , s'opérait également par cette même cérémonie, laquelle indiquait que ceux qui antérieurement n'avaient pas été frères par leurs sentiments, le devinrent par cette nouvelle naissance. C'est ainsi que doit s'expliquer cette cérémonie symbolique de la sortie de dessous les bandes de gazon, dont quelques exemples sont rapportés par Grimm {Rechtsalterthumer, p. 118-149).

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REPERTOffiE GENERAL ALPHABÉTIQUE^

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