III. — Psychologie de l’entraînement intensif
La psychologie de l’entraînement est très complexe, mais elle peut se rapprocher de Certains états psychiques mieux étudiés et expérimentalement créés par l’hypnotisme. Le sujet est vaste, il pourrait fournir matière à une importante monographie.
J’ai essayé d’établir la similitude de certains états psychiques dans l’entrainement, et j’ai voulu mettre en garde nos jeunes générations contre l’abus des sports et en particulier celui des grands records auxquels on sacrifie beaucoup trop de nos jours.
Ce n’est plus à uue renaissance physique que nous
l’entrainement intensif
assistons, mais à une révolution ; en huit ans la progression du mouvement a été telle que ceux-là mêmes qui, comme nous, ont eu l’honneur de le provoquer doivent aujourd’hui l’enrayer . Si nous n’y prenons garde, l’épuisement et les affections sérieuses vont surprendre notre jeune génération déjà trop affaiblie, déjà trop épuisée ! Elle se grise de succès sportifs et trop de jeunes gens rêvent de prix et d’applaudissements.
Il n’est pas permis à tout le monde de devenir un grand coureur, pas plus qu’un grand ténor. Il faut posséder des qualités spéciales, et l’abus de l’entraînement auquel se livrent les illusionnés des sports a une influence désastreuse sur leur santé.
Nous pouvons rapprocher l’ennui, expérimentalement créé, de l’ennui pathologique des dégénérés, et nous demander si la répétition d'un acte provoquant les mêmes effets ne peut créer un état pathologique qui s’établirait d’autant plus facilement que l’hérédité névropathique du sujet serait plus prononcée.
La suggestibilité due à la fatigue nerveuse est une conséquence de l’automatisme recherché et provoqué par l’entraînement.
L’habitude d’accepter la suggestion d’un entraîneur ou de s’auto-suggestionner peut modifier la formation de l’intelligence en faveur de la formation de la volonté ; puis, en atténuant progressivement le pouvoir d’attention, le sens critique, le jugement et toutes les manifestations psychiques supérieures qui composent et fortifient le moi conscient, un longabus pourrait modifier la volonté elle-même.
L’abus des sports deviendrait ainsi une école de suggestibilité ou tout au moins de crédivité exagérée. Il tendrait à provoquer une régression du moi cons-
Ph. Tissié. — La fatigue.
cient vers le moi inconscient, de la volition intellectuelle vers l’aboulie automatique.
Cette tendance à la régression pourrait atteindre l’individu et peut-être môme la société
Cette théorie n’est pas acceptée par M. Dcscourtis. « Au point de vue psychique, dit-il, et d’une façon générale c’est une erreur de croire que l’automatisme est une cause de régression. Tout en nous, depuis le mouvement le plus simple jusqu’à l’association d’idées les plus compliquées, est un phénomène d’automatisme. »
Je doute que nous devions à l’automatisme les beaux travaux des Newton, des Ampère et des Pasteur, travaux basés sur des observations et des associations d’idées très compliquées où l’attention, était absolument nécessaire.
« Un homme, dit encore M. Descourtis, ne s’élève au-dessus de ses semblables que s’il a enrichi son cerveau et sa moelle de plus d’acquisitions nouvelles qui lui permettent de ne pas se dépenser en efforts inutiles, c’est-à-dire de vivre en automate, pendant qu’il consacre toute son attention, toutes ses facultés à l’occupation du moment. »
Le raisonnement est spécieux, l’automatisme du grand savant est l’automatisme vulgaire ; il s’habille, il marche, il mange, il remonte même sa montre par subconscience ; cet automatisme ne diffère en rien, en cela, de l’automatisme banal. Ce c’est pas parce qu’il est un automate supérieur que l’homme s’élève au-dessus de ses semblables, c’est parce qu'il possède au contraire un pouvoir frénateur qui lui permet de contrôler les vues de l’esprit, nées d’associations
(l) Demoor, Massart et Vandervelde. L'évolution régressive en biologie et en sociologie. Taris, Alcan, 1897.
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d’idées que l'attention a provoquées : tel Pasteur. L’automatisme dans les associations d’idées supérieures n’est que superficiel. Parce qu’une idée géniale apparait tout à coup, dans le champ psychique du savant, il ne faut pas croire quelle est née automatiquement. Elle est la résultante d’une série, souvent fort compliquée, de composantes acquises par l’étude, par l’observation, par l'expérimentation avec le concours indispensable de l’attention.
Un travail se fait en-dessous, il reste subconscient tant qu’il n’a pas atteint une intensité assez grande pour déplacer toutes les autres idées ; quand l’intensité nécessaire a été atteinte, il y a déplacement, oscillation et c’est précisément cette oscillation qui constitue la conscience. La marche qui paraît être un acte subconscient ne l’est qu’en apparence. Quand nous marchons, nous réglons au départ notre pas selon la vitesse que nous voulons obtenir, en hauteur, en longueur et en nombre de pas. La machine humaine étant mise en train fonctionne sans le concours du jugement et de la volonté, l’esprit peut être appelé par ailleurs. Les centres psycho-moteurs envoient aux muscles la quantité de force nerveuse pour un acte ainsi réglé d’avance. Mais qu’une cause accidentelle, non prévue survienne, et un double choc nerveux se produit. Si, par exemple, on marche sur un trottoir dont la ligne horizontale s’abaisse tout à coup, même très légèrement, on éprouve une forte sensation de chute, sensation d’autant plus désagréable que l’attention étant occupée par ailleurs est rappelée brusquement.
Cependant l’inclinais on du niveau est peu prononcée, la chute du pied n’est que de 2 à 3 centimètres. Cette chute est à peine sensible quand l’attention est portée d’avance sur le trottoir; si donc elle est telle-
meut appréciable, c’est qu’il s’est passé quelque chose d’anormal. Ce quelque chose, selou nous, est le brusque appel lait aux centres moteurs d’uue force nerveuse supplémentaire pour permettre aux fléchisseurs de soutenir la jambe dans un trajet surajouté de 2 à 3 centimètres . La jambe, ayant emmagasiné « un potentiel » nerveux équivalent à l’élévation et au soutènement de son poids pour la progression sur plan horizontal, se trouve en « faillite » sur plan incliné. Le choc ressenti est double. Il est mécanique par ébranlement de l’organisme, il est psychique par décharge nerveuse due à l'établissement d'un jugement.
Quand l’attention est fixée d’avance, le choc psychique est nul, et le choc mécanique est à peine sensible.
Si la grande fatigue, à quelque cause qu’elle appartienne, atténue le pouvoir frénateur, la petite fatigue, c’est-à-dire la légère lassitude, parait le renforcer après un repos plus ou moins long, ce repos est réparateur, il élève le potentiel nerveux.
La fatigue est individuelle. Elle est en raison du rapport entre les dépenses et les recettes nerveuses de chaque sujet.
L’entrainement méthodique doit être établi d’après ce rapport; il n’y a donc pas un entrainement, mais des entraînements, c’est une faute que de vouloir entraîner tous les tempéraments d’après les mêmes règles. En cette affaire c’est surtout du système nerveux qu’il faut se préoccuper, il faut connaître ses réactions physiologiques autant que psychiques. Un entraînement intensif peut donner plus d’assurance en soi-même, plus d’audace, moins de sensibilité et par ce fait moins de crainte des coups, moins peur de sa peau; il peut aussi fortifier la volonté, tant qu'il ne
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dépasse pas la grande fatigue ; mais s’il continue, c’est assurément au détriment du pouvoir frénateur de l’attention. Or, supprimer ce pouvoir, c’est permettre à l’automatisme de s’établir.
Une certaine somme de volonté n’est pas incompatible avec l’automatisme. L’épileptique, le somnambule nocturne ou diurne, le captivé rêveur qui partent et qui voyagent pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines dans un état second, qui mangent, qui boivent, qui parlent, qui se dirigent, font acte de volonté, mais chez eux le pouvoir de l’attention est atténué. J’endors mon sujet, Albert; je place devant lui, sur une table, un verre plein d’eau qui repose sur un miroir plan, le verre est ainsi reflété de bas en haut. Albert s’étonne alors que l’eau ne tombe pas du récipient, son attention ne se porte que sur l’image, dans la glace, il ne voit pas le verre lui-même. U me demande alors la cause de ce phénomène, qui l’étonne et qui l’intrigue, tout en passant la main sous la table pour bien s’assurer que le verre est renversé.
Sa volonté existe puisqu’il fait acte musculaire et même acte psychique, mais son attention est atténuée puisqu'il ne voit pas le verre et le miroir cause du phénomène, attirée qu’elle est par un reflet qui est plus brillaut que l’objet lui-même, ainsi le jugement est dévié.
Chez Albert, le sommeil hypnotique avait provoque la régression du moi conscient en faveur du moi inconscient, car l’ayant réveillé il aperçut parfaitement le verre posé sur la glace et jugea le reflet pour ce qu’il valait. L’entraînement intensif provoque les mêmes phénomènes psychiques et pathologiques que l’hynoptisme ; il dissocie le « moi » et il augmente la crédivité par fatigue. Il est donc permis d’admettre qu’un entraînement intensif généralisé pourrait avoir
une lâcheuse influence sur l’individu et sur la société elle-même, non seulement par l’abus direct, mais encore par hérédité dans la fatigue, ainsi que nous nous essaierons de l’établir plus loin dans notre théorie sur l’hérédité.
On peut répondre que l’entraînement intensif est sans danger social n’étant pratiqué que par quelques exceptions, par des amateurs riches ou par des professionnels. C’est une erreur, car l’intensité de l’entrainement ne dépend pas d’une quantité fixe de force à dépenser, mais du coefficient du rendement individuel. Or la fatigue est personnelle, c’est pourquoi le degré d’intensité de l’entrainement varie à l’infini. Tout en favorisant l’exercice nous devons donc mettre en garde contre l’abus non seulement quelques personnes, mais la société elle-même.
Une fédération américaine, le Century Road Club, a fondé aux États-Unis un concours en faveur des « mangeurs de route ». Cette fédération décerne tous les ans une superbe médaille à celui de ses membres qui a parcouru la plus grande distance dans les douze v mois. Le gagnant de 1896 est un cycliste de Chicago, qui possède à son actif le total formidable de 34 380 milles, c’est-à-dire de 55 328 kilomètres, franchis en 340 jours, soit une moyenne supérieure à 162 kilomètres par jour. Le record en 1894 n’était que de 34 6o0 kilomètres l.
Tous ceux qui s’occupent de cyclisme ont certainement entendu parler de la fameuse course de six jours et six nuits organisée, il y a quelques mois, à New- York. La fatigue avait été poussée à une telle limite que les coureurs tombèrent de machine et on dut les emporter; deux d’entre eux restèreut comme
(1) Le Vélo, 16 janvier 1897.
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fous pendant vingt-quatre heures. Le dernier jour, Haie descendit de machine en proie à des hallucinations et à des idées délirantes, disant qu’il ne terminerait la course que si on lui donnait « le lit de plumes » (sic) qu’on lui avait promis. D’après son médecin, il serait devenu complètement fou si la course avait duré un jour de plus1. Pendant cent quarante-quatre heures consécutives Haie avait fait 19 100 fois le tour de la piste.
Haie, que nous connaissons pour l’avoir examiné avant une des courses Bordeaux-Paris, est un homme solidement charpenté. La fatigue avait été si grande qu’au dernier coup de cloche, annonçant la fin de l’épreuve, il ne se trouvait plus un coureur sur piste, quelques-uns étaient grièvement blessés ; un autre ayant voulu boire froid était tombé comme foudroyé ; tous étaient malades; tous étaient descendus de machine dans un état de prostration complète, incapables, après avoir parcouru des milliers de tours, d’en compléter un de plus.
Le même surmenage physique a provoqué les mêmes effets chez le marcheur Grandin 2, dont le dérangement cérébral n’a pas été d’ailleurs de longue durée. Les excentricités auxquelles il s’était livré ont cédé à un repos absolu et à quelques soins dans un hospice où la gendarmerie l’avait fait transporter. Hélas ! dès qu’il a été remis, ce nerveux est reparti, poussé par la ludomanie 3 qui le force à marcher toujours et
(1) Voici les distances parcourues en six jours : lre Ilale, 3 073\ 800 ; 2e Rice, 3 028k ; 3e Reading, 2986k ; 4* Foster, 2 943k ; 5» Schock, 2 844k; 6° Pierce2 831k; 7e Smith, 2 824k; 8° Taylor, 2,789k; 9e Ashinger, 2 7 1 4k ; 10° Moore, 2 782k. (Le Vélo du 15 décembre 1896.)
(2) Lacroix du Maine. Grandin n’est pas fou ( Vélo du 27 janvier 1897).
(3) Tissié. Un cas d'impulsion sportive ou ludomanie. Pathologie de l’entraînement. Loc. cil.
quand même. Il s’est dirigé à pied vers l’Ethiopie, les badauds de Paris lui ont fait escorte à son départ. Le cas de Grandin se rapproche de celui d’Albert, à uu degré plus atténué, mais il relève du même processus impulsif.
C’est à la suite d’un surmenage intensif qu’est mort Linton, le fameux coureur gallois, qui, ayant gagné la course Bordeaux-Paris malgré de graves blessures, ne sut pas se reposer ; il s’épuisa et finalement il mourut de pneumonie infectieuse; son système nerveux, ayant rendu tout ce qu’il avait pu donner, avait été impuissant à réagir et à défendre son économie contre l’envahissement bacillaire.
Linton était un affirmatif 1 , sa volonté puissante l'a conduit à la mort, parce qu’elle allait jusqu’à l’obstination et lui donnait ce que les Anglais appellent le « bulldog pluck » (courage de bouledogue). Aux contrôles de la course Bordeaux-Paris, il peut à peine signer, il est méconnaissable, soutenu, entouré, affalé, on le hisse sur sa machine, et il part à nouveau. Un ami l’ayant rencontré sur la route à quelques kilomètres avant d’arriver à Paris supplia « cet amas d'os et de chairs meurtris » de s’arrêter. — « Non, répondit Linton, si j’abandonnais, je ne pourrais plus retourner au pays de Galles2! » Le surlendemain de cette course dans laquelle il avait fait une chute terrible et des plaies sérieuses à la tête, il reste muet, son regard est fixe, comme absent ; il trahit la lassitude profonde de l’être qui a dépassé ses revenus physiques et qui a dû emprunter à son capital de vie.
(1) Paul Hamelle. Connciis-toi toi-même. ( Vélo du 30 juillet 1896.)
(2) Paul Ilamelle. Un « Qu'il mourût! » Vélo du 23 novembre 1896.
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Environ huit jours après sa course Bordeaux-Paris 23-24 mai), Liutou se remit à rentraînemeut à la Seine, et à Buffalo en vue du Bol d’or.
Le 14 juin, il courut à Marseille une course de 50 kilomètres sur piste que gagna sou frère, mais fut non placé.
Le 17 juin sur la route Salon-Arles il battit les deux records de 50 et 100 kilomètres sur route, faisant 1 h. 9 m. 31 s. et 2 li. 29 m. 58 s.
Le 27 juiu il se présenta dans le Bol d’or, mais après avoir tenu la tête durant sept heures, il fut contraint d’abandonner: il était très souffrant. Deux jours après il partait en Angleterre où le 9 juillet il se mettait en ligne à Catford dans la course de 12 heures en trois séances ; il dut encore abandonner le second jour.
Deux jours plus tard, il s’alitait chez lui à Aberamau pour ne plus se relever. »
Il était atteint, paraît-il, d’insuffisance cardiaque, « elle éclatait aux yeux du médecin qui le voyait courir1 ». Le cœur surmené n’avait pas eu la résistance nécessaire pour lutter coutre l’auto-iutoxication et permettre à l’économie d’expulser les toxines.
Un autre coureur, Nieuport, « l’homme de la résistance dans l'effort2, » servi par une volonté énergique, est atteint d’une grave syncope cardiaque à la suite d’un double effort dans deux courses fort vives. « Pâle comme un spectre, » il remonte à bicyclette, il sort vainqueur de la troisième course mais il tombe dans une nouvelle syncope qui cette fois est très grave. Ou galope avec sou cœur.
Les grands coureurs vélocipédiques Laurence Fletcher, Wilson, Edge, Mills et Sborland sont si affaiblis
(1) Dr J. -S. Dauriac. Demi-fond el vitesse. (Paris-Vélo du 22 mars 1897.)
(2) G. Prade. Le prix Zimmerman. (Le Vélo du 26 avril 1897.
par un surmenage prolongé, que leurs médecins leur ont imposé soit le repos absolu, soit un voyage à Madère1. Nous pensons qu’une telle impotence provient de l'abus des exercices intensifs et souvent répétés plutôt que d’un arrêt dans l’entraînement. Il n’est pas bon qu’un homme entraîné s’arrête tout à coup ; l’économie ayant pris l’habitude de travailler, un repos subit peut modifier les échanges. Les réactions sont alors d’ordre nutritif ou circulatoire, telles que mauvaises digestions, empâtement, conges tions sanguines, etc., mais pas d’ordre neurasthénique.
L’entraînement intensif prolongé provoque l’impotence nerveuse par fatigue des centres psycho-moteurs.
C’est au surmenage nerveux, que nous subissons tous plus ou moins, en cette fin de siècle, que sont dues, croyons-nous, les attaques si nombreuses de pneumonie infectieuse bien rares, il y a quelques années, d’après le dire des vieux cliniciens. Le poison existait alors, mais le terrain était réfractaire à l’évolution du bacille pathogène parce que le système nerveux pouvait mieux le défendre. De pareils abus ont pour cause une volonté mal aiguillée peut-être, mais puissante, puisqu’elle peut conduire jusqu’à la mort.
« Nous demandons aux courses deux choses, dit M. Hamelle2, un plaisir émotif et un plaisir intellectuel, une sensation et une idée... Après avoir vibré au spectacle, il nous plaît de juger. Le sport est la recherche des nuances pour les classer... Le marcheur, le sauteur, le nageur, le boxeur opèrent dans des conditions toujours identiques à elles-mêmes, ou
(1) Paul Mamelle Qu'en pense la Faculté ? (Le Vélo du 19 février 1897.)
(2) Paul Hamelle. Les leçons cl’un championnat. (Le Vélo du 31 août 1895.)
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du moins peu variables. Pour le cycliste que d’éléments entrent en jeu, et combien changeants !... Il y a, en particulier, la sensibilité de la machine, je dirais volontiers son impressionnabilité. La bicyclette trahit, en la multipliant, la plus imperceptible variation de l’état physique de l’athlète. La plus légère différence dans la vigueur de l’etlort s’y exprime par des différences de mètres, se répercute sur la vitesse en des proportions inconnues ailleurs... L’individu le mieux entraîné n’est pas exactement le môme tous les jours, s
A côté de ces types à volonté forte, se placent, comme opposition, des fantoches, que chacun de nous a pu rencontrer dans la vie. Les Anglais les désignent sous le nom de Scorcher, du verbe to scorch, bouillir, brûler sans jamais s’allumer. « Ce puissant moteur à vapeur, toujours fumant, toujours effervescent, toujours en pression, dit M. Prade1, est comme une bonne et bourgeoise marmite à pot-au-feu, et, comme elle, il aboutit à peu près au même résultat. Toute cette force, tout cet élan qui gronde avec un bruit assourdissant arrive à soulever un couvercle d’étain. » Ce sont les Tartarins du sport. Ce type impulsif, ce pseudo-affirmatif est connu, c’est le vélocipédard ou pédalard dont la psychologie serait intéressante à écrire, mais elle ne rentre pas dans le cadre de notre étude.
Si les exercices physiques modérés et celui de la bicyclette en particulier peuvent combattre avec grand avantage les pertes nerveuses en facilitant les échanges chimiques plus nombreux et plus rapides de notre économie, leur abus entrave ces échanges ou les modifie.
(1) Georges Prade. Le Vélo , décembre 1896.
Les commot ions politiques et sociales de ce siècle ont eu une grande répercussion sur l’état d’esprit de la génération présente qui s’auto-suggestionne trop facilement par des idées trop vagues et trop générales.
« La préoccupation de ce siècle est de rendre plus utile le travail du cerveau et des bras. Le développement prodigieux de l’industrie et des machines atteint une intensité extrême et la loi de l’épuisement doit nécessairement fixer une limite à l’àpreté du gain l. »
C’est au moment où la fatigue nerveuse est décuplée qu’on cherche un remède dans les exercices physiques.
Le remède est excellent ; mais, comme tout remède, il peut rapidement devenir poison. Sa posologie est à faire.
Voilà pourquoi il est urgent que des cours de psycho-physiologie des exercices physiques soient créés dans les facultés de médecine. Il est nécessaire qu’une instruction spéciale soit donnée aux jeunes maîtres professeurs que nous voudrions surtout voir devenir les professeurs de gymnastique dans les établissements scolaires. Il serait bon que des conférences publiques sur l’hygiène des exercices du corps fussent organisées dans les grands centres parle soindes municipalités et qu’une direction du service de santé scolaire soit établie dans chaque université au même titre que la direction du service de santé militaire attachée à chaque corps d’armée.
La génération présente est née fatiguée ; elle est le produit énervé de tout un siècle de convulsions. Aux grandes commotions de la première Révolution ont succédé les grandes guerres du premier Empire qui,
(1) Mosso. La Fatigue , p. 95.
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bouleversant l’Europe, enlevèrent à chaque nation et surtout à la nôtre le meilleur du sang de ses sujets. Les faibles seuls restèrent au foyer où ils procréèrent. Et quand les forts rentraient pour quelque temps, après les grandes luttes, c’est dans l’épuisement et la neurasthénie que leur procréation se faisait. Des pères cérébraux donnèrent la vie à des enfants qui furent conçus dans le nervosisme maternel, fait d'émotions violentes. Et voilà que tout à coup, au moment même où cette génération affaiblie avait besoin d’un grand repos, surgissent deux grandes révolutionnaires autrement puissantes que l’homme : la vapeur et l’électricité ! Et le tourbillon scientifique succédant au tourbillon guerrier continue à tourner, emportant dans ses flancs de nouvelles générations surmenées! La vie sociale est transformée ! Plus de repos, chaque organisme humain doit extraire de lui-même toute sa force pour avoir le droit de ne pas mourir ! Lutte terrible entre le nouveau minotaure et les victimes affaiblies ! Celles-ci, s’adressant aux excito-moteurs, font des emprunts usuraires à leur économie. Mauvaise spéculation que celle d’une maison de banque peu solide qui emprunte sur des rentrées hypothétiques, la faillite la guette!... Notre génération court à la faillite physiologique L
(1) M. le Directeur de la Pharmacie centrale des hôpitaux civils de Paris a bien voulu, sur notre demande, faire relever les quantités de sels de bromure de potassium, de bromure de sodium, de bromure d’ammonium, ainsi que celles du valérianate d’ammoniaque liquide qui ont été livrées aux hôpitaux civils de Paris depuis l’année 1875 jusqu’en 1895. En vingt ans les médecins ont formulé pour 28.784 kilos de bromure de potassium ; 1.344 kilos de bromure de sodium ; 796k,925 de bromure d’ammonium ; 494k,500 de valérianate d’ammoniaque liquide; plus 10k, 300 de sulfate d’atropine, mais ce sel est le plus souvent employé pour les maladies des yeux, soit un total de bromures et de valérianate de 31. 419k, 425, ce qui donne une
Les excilo-moteurs dont les plus répandus sout l'alcool et la morphine, ne font qu’augmenter le nervosisme et l’émotivité ; ils paralysent l’attention et détruisent le jugement.
Il est temps de réagir. Mais il faut avant tout que les exercices physiques, qui sont justement en honneur et constituent un excellent tonique du système nerveux combinés à l’hydrothérapie, ne contribuent pas à l’augmentation de la fatigue nerveuse.
Les exercices physiques, physiologiquement appliqués, facilitent les échanges organiques en activant la nutrition. Leur action tonique sur le système nerveux est manifeste, et celle-ci doit être utilisée sous forme de jeux éducatifs chez les enfants, de jeux intensifs chez les adolescents, et de sports bien réglés chez les adultes.
Mais l’abus longuement répété des exercices physiques et des sports, de ceux-là surtout pour lesquels un long effort est imposé et où la fatigue nerveuse est grande, peut créer un état d'entraînement à la suggestibilité et à l’automatisme.
Aussi pensons-nous que l’application des exercices
moyenne de 1570k,971 par an. La consommation du potassium, qui en 1875 ne s’élevait qu’à 731 kilos atteignait en 1885 le chiffre de 1886 kilos. De 1881 à 1887, ce chiffre varie entre 1.527 kilos et 1622. Puis la proportion baisse de 1887 à 1895, alternant entre 1.173 et 1.488 kilos. En 189cP, elle était de 1.260 kilos. La consommation du sodium, qui était en 1875 de 4 kilos, s’élève en 1895 à 166 kilos, la progression a été en augmentant. Pour l'ammonium en 1876, la consommation n’était que 0k,125 grammes ; elle a atteint 85 kilos en 1890, elle est de 60 kilos en 1895; la consommation du valérianate qui, en 1875, était de 0k,100, augmente tous les ans jusqu’en 1895, où elle atteint le chiffre de 73 kilos. Quant au sulfate d’atropine, il oscille entre 0k,l52 et 0\835 ; en 1875 elle était de 0k,780 et en 1895 de 0,385.
il ne s’agit que de la clientèle des hôpitaux de Taris. Ce chiffre serait bien plus élevé si la statistique portait sur la clientèle privée et sur les hôpitaux militaires.
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physiques doit être en rapport inverse clu nervosisme de chaque sujet et de chaque nation ; plus l’émotivité est grande, moins violents ils doivent être, car leur inlluence se fait aussi sentir sur le cœur que l’émotivité atteint. Avec les exercices violents la cause du danger est double : elle est mécanique par le travail musculaire intense et prolongé; elle est psychique par l’émotivité créée par l’action musculaire ellemême.
Les exercices qui conviennent à un peuple ne peuvent convenir à tous les peuples indistinctement.
Le jeune Parisien chez lequel la fatigue nerveuse se manifeste plus rapidement que chez le jeune paysan, moins émotif grâce à une vie cérébrale moins intense et à une existence plus calme, s’accommode très mal des exercices violents que le montagnard, par exemple, pratique sans danger.
Ce n’est pas au moment où les pertes nerveuses sont rapides par les efforts constants et pénibles d’une vie sociale nouvelle qu’il faut les augmenter encore par l’abus des exercices physiques.
Nous ne doutons pas cependaut que l’équilibre s'établisse et qu’après avoir sacrifié à l’engoûment des choses nouvelles, l’éducation physique, mieux comprise et surtout mieux appliquée, ne rende la force à notre race française dans une volonté nationale réfléchie et longuement soutenue, sans laquelle aucune grande œuvre humaine ne saurait subsister.