CHAPITRE IV
DES MÉTHODES EN GYMNASTIQUE
Resserrant la question et pour en arriver à l’entraînement de la jeunesse française nous devons étudier la valeur des méthodes de gymnastique utilisées soit dans notre pays , soit dans les pays étrangers. Nous poursuivrons ainsi nos recherches qui ont déjà servi à inspirer une thèse inaugurale, soutenue avec succès, devant la Faculté de médecine de Bordeaux et dans laquelle M. le docteur L. Caminade a exposé, sous notre direction, les principes de notre méthode psycho -dynamique l.
Avant d’entrer directement dans le sujet nous devons prévenir MM. les maîtres chargés de l’enseignement de la gymnastique que nos critiques vont s’adresser à une méthode que nous jugeons défectueuse. Il nous est agréable de rendre justice à leurs efforts méritoires, efforts qui sont le plus souvent très pénibles et très peu rémunérés. C’est parce que nous les avons vus à l’œuvre, c’est parce que nous connaissons leur dévoûment à la cause publique que nous rêvons
. (1) Louis Caminade. Du développement thoracique par la gymnastique respiratoire. Contribution à l'éducation physique de la jeunesse (Travaux de la clinique de gymnastique médicale du l)r Ph. Tissié), Paris, Alcan, 1897.
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pour ces maîtres un avenir meilleur. Puissent nos critiques même contribuer à le leur assurer un jour!
Cela dit plaçons-nous devant la machine humaine et considérons ses principales fonctions, d’après sa structure anatomique.
Tout d’abord, quand nous examinons l'homme debout, nous constatons qu'il repose sur le sol sur deux points d’appui; et, que la partie inférieure du corps est plus développée que la partie supérieure, ce développement étant environ dans la proportion de 3 à 1. Entre le train inférieur, les jambes et le train supérieur, les bras, et y adhérant au moyen de deux articulations spéciales, à fonction bien différente, se trouve le tronc, divisé lui-même en deux parties bien distinctes : une supérieure, cerclée par les côtes formant la cage thoracique ; une inférieure, sans soutènement osseux à la partie antérieure qui est libre, mais possédant une paroi osseuse inférieure, très résistante, paroi en entonnoir, c’est le bassin. Si la structure de ces deux grandes divisions diffère totalement, une fonction leur est égale : l’élasticité.
En effet, l’élasticité est nécessaire au jeu de la cage thoracique, qui renferme et qui protège des organes essentiellement élastiques : les deux poumons et le cœur ; elle est nécessaire encore dans l’abdomen où les mouvements péristaltiques des intestins servent au brassement des aliments et à leur transformation; d’autre part, la masse intestinale refoulée de haut en bas par l’abaissement de la voûte diaphragmatique dans l’inspiration et surtout dans l’effort, maintenue d’autre part à sa partie inférieure par le massif osseux du bassin, doit trouver dans la paroi abdominale une élasticité suffisante pour sa projection soit en avant, soit sur les côtés. Les muscles de l’abdomen peuvent donc être considérés commes des côtes musculaires
LA FATIGUE ET L’IïNTUAINEMENT
obliques ou transverses formant une ceinture protectrice et possédant le maximum d’élasticité. Quand l’élasticité musculaire est trop grande, sa résistance n’est pas assez forte ; la masse intestinale déborde comme dans l’ascite, par exemple, le ventre en besace de certains états particuliers, etc.
Le tronc de l’homme peut donc être considéré comme un cylindre creux, à parois élastiques divisé en deux parties par un muscle épais, formant plafond voûté au-dessus de la masse intestinale : le diaphragme.
A ce tronc sont suspendus quatre grands segments accouplés et différemment développés : les deux bras à la partie supérieure, les deux jambes à la partie inférieure. Le point d’attache de ces deux segments est intéressant à noter : il est lâche pour les bras, et très résistant pour les jambes parce que la fonction de l’homme est la marche et accidentellement la course, et que sa station étant bipède les points d’insertion du train inférieur qui porte tout le poids du corps et qui le maintiennent en équilibre doivent être solides et très adhérents, tout en étant élastiques. Nous trouvons ces qualités dans l’articulation du bassin parce que le type de propulsion de l’homme est la marche et non le vol. Le train inférieur doit être plus développé que le train supérieur, parce que c’est le train « social », alors que le train supérieur est le train « individuel ». L’aire d’action des bras est très restreinte, elle ne dépasse pas la circonférence que peuvent décrire ces deux bras de leviers autour de l’articulation de l’épaule tandis que l’aire d’action des jambes est infinie, puisqu’elle s’étend partout où se posent les pieds.
Avant que de saisir la proie, l’homme primitif la poursuivait à la course, et si, plus tard, il a augmenté l’action directe de ses mains par le lancement d’un
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eugiu, pierre, flèche ou balle, qui devance plus rapidement que ses pieds l’animal poursuivi à la chasse, ce n’est qu’arrivé sur l’animal lui-même qu’il utilise ses bras. Il eu est de même dans notre vie sociale. Si donc le rôle du train inférieur est si grand, la fonction organique du cœur et des poumons doit être en rapport avec la fonction organique des jambes.
Plus grand sera le travail du train inférieur, plus 'grande sera la fonction du cœur et des poumons. Si • d’autre part, dans la série animale, nous trouvons la fonction du train supérieur ou antérieur plus développée que celle du train inférieur ou postérieur, nous pouvons affirmer que cette modification organique correspond à une modification fonctionnelle des organes circulatoire et respiratoire.
L'homme étant un bipède qui marche et qui court, nous devons le comparer à un bipède qui court et qui ! marche : l’autruche1. D’autre part, la gymnastique française, faite de suspension en l’air, aux agrès, agit -sur les bras, c’est-à-dire sur le train supérieur ; nous comparerons donc le type de propulsion de la gymnastique française au vol du martinet, dont les ailes i représentent les bras qui prennent leur point d’appui idans l'air.
Ainsi, ayant bien défini les structures anatomiques I le l’homme (type marcheur), de l’autruche (type couveur) et du martinet (type voilier) nous pourrons mieux juger les méthodes de gymnastique employées : usqu’à ce jour.
« Tout d’abord dit M. Caminade, si nous plaçons ’ôte à côte les trois squelettes, de l’homme, de l’autruche et du martinet, nous sommes frappé de la
(1) On ne peut le comparer à un anthropoïde, le singe est qua- Irumane, il possède en outre une queue qui lui sert de uoint l’appui. 1
Pu. Tissié. — La fatieme.
Fig. 1. — Squelette d’autruche. Type coureur , dessin d’après nature. (Muséum d’Mistoire naturelle de Bordeaux.)
1, Clavicule. — 2, Humérus. — 3, Cubitus et radius. — 4, Carpe. — 5, 5', Omoplates. — 6, Sternum. — 7, Fémur. — S, Tète du fémur dans la cavité cotyloïde. — 9, Sacrum. — 10, Tibia. — 11, Péroné. — 12, Tarse. — 13, Métatarse. — 14, Cavité glénoïde. — 13, Cage thoracique avec les côtes sternales, les articulations fibro-carlilagineuses, les côtes et les apophyses costales. — 10, Os du bassin.
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différence énorme qui existe entre ces trois types dans le développement des articulations et des bras de leviers qui s’y appuient. Tandis que chez l'autruche (fig. 1), dont la fonction est de courir, l’articulation glénoïde est sacrifiée à l’articulation cotyloïde, avec une masse résistante très développée dans le sacrum; chez le martinet (fig. 2), c’est l’opposé:
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Fig- -• — Squelette de martinet. Type voilier , dessin d’après nature. (Muséum d’Ilistoire naturelle de Bordeaux.)
i. i\ Omoplates. — 2, 2’, Humérus. — 3, 3’, Cubitus et radius. — 4, Carpe. 3, Prolongement des omoplates dorsaux, 5’ le prolongement gauche est fracturé sur ce sujet, — 6, Sternum avec son bréchet. — 7, 7’, Fémur. — 8, 8’, Tète du fémur. P, Sacrum. 10. Tibia et péroné. — 11, Cage thoracique avec j es apophyses costales. — 12, Tarse.
l’articulation cotyloïde est sacrifiée à l’articulation glénoïde, très renforcée, très profonde,
« Chez l’autruche, le fémur est très court et très épais pour supporter le poids du corps, résister aux chocs violents de la course et, surtout , emmagasiner la force du mouvement en vue de sa transformation en vitesse, que vont lui donner un long tibia et un long
tarse. Chez le martinet, nous trouvons, par contre, un humérus très court, très gros, analogue au fémur de l’autruche pour sa fonction, suivi d’un cubitus et d’un radius très longs, terminés par un carpe non moins prolongé. Si maintenant nous considérons la cage thoracique dans ses grandes lignes périphériques, nous voyons que son schéma serait un ovoïde,
Fig. 3. — Bassin humain en progression en avant. (Tissié. Guide
du vélocipédiste.)
A, Colonne vertébrale. — B, Os iliaque. — C, Sacrum. — D, Tète du fémur. — E, Ischion. — F, Fémur. — G, Col supérieur. — H, Cavité cotvloïde. — 1, Pubis.
dont la portion la plus renflée donnerait insertion aux articulations du train antérieur pour le martinet, et aux articulations du train postérieur pour l’autruche : la partie effilée et la moins lourde étant réservée aux articulations rudimentaires, celles qui travaillent le moins. Cette disposition anatomique est, due au type de propulsiou, le point d’appui devant
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être d'autant plus solide, large et rigide, que le jeu articulaire est plus développé, plus intense.
« Chez l’homme, il en est autrement : l’équilibre, dans le développement des grandes articulations, ne paraît pas rompu; mais, à première vue, on s’a-
Tlsïie
Fig. 4. — Cage thoracique. (Tissié. Guide du vélocipédisLe.)
A, Clavicule. — B, Omoplate. — C, Humérus. — D, Côtes. — E, Sternum. F, Fausse côte. — G, Vertèbre lombaire. — H, Vertèbre cervicale.
perçoit cependant que le train inférieur est plus développé que le train supérieur, et que le massif osseux du hassin se rapproche plus du massif osseux de l’autruche que du martinet (fîg. 3). Le train supérieur est développé; le sternum, comme chez l’autruche, est aplati (fîg. 4), alors qu’il est en proue chez le martinet, dont le bréchet est très prononcé pour donner insertion à des pectoraux puissants L
(1) Nous trouvons une structure analogue chez la chauve-souris qui est un mammifère.
« La clavicule maintient l’omoplate dans un plan presque parallèle à l’axe du corps, en prenant appui sur le sternum. La cage thoracique est lormée de pièces légères, articulées entre elles par des ligaments élastiques; mais elle n’offre pas, cependant, l’élasticité de celle des oiseaux qui sont faits pour des échanges gazeux, rapides et intenses. Le soufflet, chez eux, est spécialement articulé; les côtes sont divisées en deux portions : une portion sternale, une portion vertébrale et, dans leur division médiane, selon l’axe de la respiration, elles sont unies par du tissu fibroélastique. D’autre part, afin de se soutenir entre elles dans les grands mouvements d’inspiration, elles sont renforcées par des expansions transversales, formant dents de peigne, et passant d’un côté à l’autre.
« De plus, l’omoplate se prolonge, par une longue expansion, le long de la cage thoracique, d’avant en arrière, sous la forme d’une côte externe, jouant dans un muscle, ainsi séparée de la cage thoracique, mais la soutenant encore dans le même sens lonsri-
tudinal antéro-postérieur que les apophyses costales en dents de peigne.
« Avec une telle structure osseuse, les pressions atmosphériques internes ou externes dans l’inspiration et dans l’expiration ont peu de prise sur le jeu de la cage thoracique et des organes internes qu’elle renferme : cœur et poumons. Chez l’homme, il en est autrement. Nous ne trouvons pas les mêmes agents protecteurs contre la pression aérienne, pas plus que la même élasticité dans le jeu articulaire sternocostal, costo-costal et costo-vertébral.
« Les surfaces articulaires sterno-costo-claviculaires sont discordantes; le fibro-cartilage inter-articulaire qui les réunit, en se moulant aux deux surfaces eu dedans et en dehors, fait que cette articulation cous-
titue une diarthrose par double emboîtement réciproque. Un vide considérable existe entre le sternum et la clavicule, et, d’autre part, la clavicule déborde le sternum en avant, en haut et en arrière. Cette articulation est faite en vue du jeu thoracique afin de lui donner toute l’élasticité désirable pour la respiration. Elle répond au développement du train inférieur : c’est l’articulation de la marche forcée et de la course eu vue des échanges gazeux. Le type de cette articulation est donc l’élasticité par sa grande mobilité, élasticité et mobilité qui peuvent être supprimées par l’inspiration prolongée et forcée dans le soulèvement du corps , le point d’appui étant pris sur les bras.
« A vrai dire, l’articulation sterno-costo-claviculaire est très lâche, grâce à des ligaments très élastiques et surtout à des surfaces articulaires très mobiles ne s’emboîtant pas absolument entre elles, ce qui donne plus de jeu à la clavicule sur le sternum. Cette articulation est surtout établie en vue du jeu de l’omoplate qui, grâce à elle, peut avoir des mouvements très étendus.
« Il joue par glissement latéral ; tandis que son angle externe s’abaisse, son angle supérieur s’élève, et vice versa. Le moignon de l’épaule suit les mêmes mouvements que l’angle externe.
« Le losange formé par la clavicule et l’omoplate possède des points de jonction très élastiques. Ce losange, envisagé à ses extrémités latérales auxquelles sont suspendus deux bras de levier, les deux humérus, offre l’aspect d’une pince dont le mors antérieur est la clavicule et le mors postérieur l’omoplate. Cette pince prenant son point d’appui sur la cage thoracique sert à l’élévation du bras ou du corps tout entier dans les mouvements de suspension par les mains.
« L’articulation scapulo-humérale est légèrement et élastiquement maintenue. Elle est peu faite pour les grands efforts musculaires; c’est une articulation pour mouvements légers et rapides.
« Si maintenant nous examinons le point de soutènement des articulations du thorax, nous voyons que toutes ces parties sont unies entre elles par des
Fig. 5. — Schéma en Pince du massifarticulaireclaviculo-scapulohuméral. (Tissié. Guide du vélocipédisle.)
A, Clavicule. — B, Tête de l’humérus. — C, Omoplate. — D, Cage thoracique.
E, Humérus. — F, Cavité glénoïde.
ligaments élastiques et mobiles afin de permettre à la cage thoracique de fonctionner comme un soufflet.
« La cage thoracique est faite pour protéger des organes essentiels à la vie et dont l*a fonction est le mouvement constant, par dilatation et contraction, qu’il s’agisse du jeu cardiaque ou pulmonaire, doit être elle-même apte à faciliter de telles fonctions par son élasticité. Il s’ensuit que toute cause qui modifie cette élasticité ou qui la supprime, est nuisible au libre jeu du cœur et des poumons. C’est pourquoi
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ayant à critiquer les méthodes d’éducation physique employées jusqu’à ce jour, nous avons tenu à bien établir la fonction «en soufflet» de la cage thoracique chez l’homme. L’anatomie comparée nous prouve que cette élasticité est encore plus prononcée chez les oiseaux qui supportent des pressions aériennes plus
Fig. 6. — Schéma en Joint universel de rarticulafion coxo-fémorale. (Tissiè. Guide du vélocipédiste.)
A, Colonne vertébrale. — B, Os du bassin. — G, Cavité cotyloïde. — D, Tête du fémur. — E, Anneau formé par le bassin. — F, Ligament rond s’implantant à la tète du fémur et au fond de la cavité cotyloïde.
grandes que l’homme et dont les échanges gazeux doivent forcément être plus intenses et plus rapides. » Gela dit, si nous opposons chez l’homme l’articulation du bassin à l’articulation de l’épaule et que nous comparons ces deux fonctions par leur développement osseux et articulaire, nous constatons que l’articulation du train supérieur possède un jeu de pince (fig. 5), tandis que l’articulation du train inférieur possède un jeu spécial (fig. 6).
Ce jeu qui en mécanique est désigné sous le nom de « joint universel » ou bien encore « d’articulation à rotule » est produit par la rotation d’une sphère dans
une cavité l’emboîtant complètement. Ce jeu permet à la jambe de passer par une infinité de plans autour de la tête du fémur, comme sommet d’un segment de cône; il sert à maintenir le tronc dans une attitude équilibre, sur les pieds, en môme temps qu’à décomposer les mouvements et à atténuer les chocs.
La tête du fémur est fortement maintenue dans la cavité cotyloïde, non seulement par sa surface sphérique, par des ligaments puissants, mais surtout par la pression atmosphérique parfaitement établie par les frères Weber.
En effet, si sur le cadavre, après avoir extrait la tête du fémur de la cavité, on l’y replace, la pression est telle qu’elle suffit à soutenir le poids de la jambe; mais si on perce d’un petit trou le fond de la cavité, la jambe tombe. D’autre part si on applique le pouce sur le trou pratiqué et qu’on replace la tête du fémur dans la cavité, la jambe ne tombe pas parce que l’air ne pénètre pas dans l’articulation entre les deux surfaces osseuses de la tête de l’os et de la cavité ; mais, si on retire le doigt, l’air rentre et la jambe tombe à nouveau.
M. Testut voit dans le ligament rond unissant le sommet de la tête du fémur à la cavité cotyloïde un reste de tendon qui s’est séparé de son muscle dans le cours du développement physiologique.
On le retrouve chez les vertébrés inférieurs notamment chez l’autruche et chez le sphénodon. Ce ligament se continue directement avec un corps musculaire qui est l’homologue du pectiné de l’homme.
Si maintenant nous examinons la circulation veineuse (la circulation de retour est celle qui nous intéresse le plus car la circulation artérielle, circulation d’aller, est assurée par l’intégrité de la circulation veineuse plus peut-être encore que par la
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contraction violente du ventricule gauche), nous constatons que cette circulation est enrayée par tous les agents de suspension quand surtout la suspension est accompaguée de l’effort pour l’élévation du corps aux agrès.
La congestion de la figure, provoquée par l’effort, prouve que la circulation de retour est modifiée, et qu’il y a trop-plein dans les vaisseaux périphériques. Cette accumulation sanguine provient d’une pression veineuse qui s’exerce mécaniquement sur les veines sous-clavières, les veines épigastriques, les veines mammaires et les veines intercostales. Dans certaines attitudes violentes de flexion du tronc d’avant en arrière avec tension forcée des muscles abdominaux la lumière des veines épigastriques est rétrécie par la contraction des muscles droits antérieurs de l’abdomen et tension de leurs aponévroses entre les feuillets desquelles passent les veines épigastriques. Dans les inspirations forcées et prolongées avec large amplitude thoracique et soulèvement des côtes, les veines intercostales sont aussi resserrées par les muscles inspirateurs intercostaux, jouant en forme de ciseaux avec les muscles expirateurs.
Le sommet du losange dans lequel passent les veines dans la gouttière sous-costale, se rétrécit, d’où pression de la veine et ralentissement, dans le débit veineux, des vingt-quatre veines intercostales. Mais c’est surtout une veine très importante, la veine sousclavière, qui est intéressée par le soulèvement des bras et du corps.
Continuation de la veine axillaire, la veine sousclavière (fig. 7) est prise ainsi entre deux os, en haut la clavicule, en bas la première côte. Dans l’inspiration forcée elle est resserrée par la clavicule qui s’abaisse sous l’action élévatrice du grand pectoral,
et par la première cote qui s’élève sous l’action des scalènes antérieurs et postérieurs : ce qui explique la pression plus grande du pouls capillaire dans l’inspiration forcée et la congestion des extrémités; au cou la veine jugulaire est aussi rétrécie dans l’ellort Ceci nous amène à parler du pouls capillaire et des
Fig. 7. — Coupe verticale et antéro-postérieure du cou. (Pratiquée dans le triangle sus-claviculaire, d’après Testut. Anatomie.)
1, Clavicule. — 2, Première côte. — 3, Muscle omo-hyoïdien. — 4, Muscle sous-clavier. — 5, Muscle grand pectoral. — 6, Veine sous-clavière. — 7, Aponévrose cervicale superficielle. — 8, Aponévrose cervicale moyenne se confondant en bas avec la gaine du sous-clavier et fournissant une enveloppe au tronc veineux. — 9, Aponévrose clavi-pectorale.
nouvelles recherches faites à ce sujet par MM. Binet et Courtier. Ces recherches éclairent d’un jour tout nouveau non seulement la question du mouvement musculaire et de l’entrainement physique, mais encore les rapports du moral sur le physique, dans ses diverses manifestations intellectuelles ou émo-
DES MÉTHODES EN GYMNASTIQUE
tives. Nous y retrouverons la fatigue s’accusant par une modification clans le dicrotisme du pouls capillaire. La fatigue est décelée dès sa première manifestation qui est circulatoire; or, comme les vaso-constricteurs sont sous le domaine du système nerveux, toute cause qui décharge le système nerveux doit diminuer la quantité d’influx nécessaire à la contraction des muscles vasculaires, d’où les modifications dans les tracés spliygmograpliiques.
Il est intéressant de constater, par le graphique que j’ai établi pendant la course vélocipédique de vingt-quatre heures, que la fatigue s’accuse par la chute de la courbe quelques kilomètres avant de devenir consciente. La fatigue d’inanition chez le coureur observé s’annonçait par un ralentissement de la fonction musculaire, ralentissement qui se manifestait dans un ralentissement de la vitesse. Celle-ci s’élevait progressivement kilomètre par kilomètre après chaque prise de nourriture ou d’excitomoteur. Mais, tandis que mon graphique indique kilométriquement cette fatigue, les tracés de MM. Binet et Courtier la décèlent dès sa première manifestation dans les profondeurs de l’organisme même.
M. A. Binet, directeur du laboratoire de psychologie physiologique des hautes études, à la Sorbonne, a bien voulu me faire parvenir la communication en même temps que les tracés suivants sur les « effets de L’exercice physique sur la circulation du sang ».
Nous le remercions bien sincèrement ainsi que M. J. Courtier, son distingué collaborateur, chefadjoint des travaux du laboratoire, de l’intérêt qu’il a bien voulu porter ainsi à notre étude.
« Nous avons fait, depuis deux ans, au laboratoire de psychologie de la Sorbonne, m’écrit M. Binet, un grand nombre de recherches sur la circulation capil-
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laire et sur les différentes causes qui modifient cette circulation, telles que la digestion, le repos, la fatigue, l’exercice physique, le travail intellectuel, les émotions, la musique, etc. Nous pensons intéresser les lecteurs de votre livre eu détachant, pour eux, de notre travail d’ensemble quelques lignes se rapportant à l’exercice physique.
« Quand nous avons entrepris nos expériences sur l’exercice physique, nous n’étions guidés par aucune idée préconçue ; nous n’avions même aucun plan bien arrêté ! Nous faisions des expériences pour voir. Il y avait eu déjà une centaine d’expériences faites sur le travail intellectuel ; comme tout travail intellectuel met plus ou moins en activité des muscles, il était naturel de chercher à se rendre compte de l’effet produit par un travail musculaire, qui ne serait accompagné que par un minimum de travail intellectuel. Tout d’abord, nous avons fait serrer des dynamomètres et des dynamographes ; puis nous avons fait soulever des poids très lourds ; nous avons aussi comprimé la main sous une charge de plusieurs kilos ; certains sujets ont été priés de maintenir jusqu’à épuisement une position fatigante du bras ; enfin, pour éliminer complètement de l’expérience toute participation de l’attention, nous avons paralysé les muscles de l’avant-bras. Avant et après chacune de ces expériences, on appliquait à la main divers appareils enregistreurs, et notamment le plethysmographe en caoutchouc de Hallion et Comte, de manière qu’on pouvait se rendre un compte exact de l’influence exercée par ces diverses actions musculaires sur la forme du pouls, Le hasard a joint à ces premiers résultats des observations d’un genre un peu différent. Un jour, un élève en retard monte rapidement l’escalier du laboratoire, et on
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prena aussitôt son pouls, qui paraît intéressant ; cela uous donne la suggestion de prendre le pouls après la marche et après la course, et aussi après des exercices violents comme un assaut d’escrime.
« Nos documents se sont ainsi amassés, petit à petit, et d’eux-mêmes, et nous possédons maintenant une ample collectiou de tracés pris dans les conditions les plus diverses. Ces tracés nous donnent la forme du 'pouls capillaire, quelques explications sont peut-être nécessaire sur ce point. En mettant le doigt
Fig. 8. — Pouls radial sthénique.
Pouls de l’artère radiale, pris au sphygmographe de transmission de Mareys à 1 h. 30”, en sortant de table. Pouls rapide, de grande dimension ; ligne, d'ascension et de descente brusques, dicrotisme placé très bas et accentué. C’est le pouls sthénique.
sur l’artère radiale au poignet, on sent le pouls, le battement du cœur ; c’est le pouls de l’artère. Les artérioles ont également un pouls qu’on recueille en enregistrant les changements de volume d’un organe entier, par exemple la main ; si on adapte la main dans un espace bien clos, plein d’eau ou d’air, les changements de volume de la main pourront agir sur ce milieu et s’inscrire, par l’intermédiaire d’un stylet, sur une bande noircie. Ce qui s’inscrit est ce qu’on appelle le graphique du pouls. Il est composé d’une ligne d’ascensiou, d’un sommet et d’une ligne de descente, sur laquelle se dessine un léger soulèvement qu’on appelle le dicrotisme du pouls. En voilà suffi- ' samment pour comprendre tout ce qui va suivre.
« En examinant avec soin les tracés d’exercice musculaire que nous avions recueillis, nous avons été étonnés de constater que l’exercice musculaire n’agit pas toujours de la même façon sur le pouls capillaire, et que les caractères du pouls capillaire changent beaucoup suivant la nature de l’expérience. Dans la courte description précédente, nous avons eu en vue un pouls moyen ; il faut savoir que le pouls peut devenir très fort, très énergique et indiquer une circulation active, un bon état du cœur, une bonne tonicité des artères. C’est 1 e'pouls sthénique (fig. 8) : on peut
Fig. 9. — Pouls radial asthénique.
Pouls de l’artère radiale pris chez le môme sujet à 7 heures du soir, le même jour que le tracé précédent. Pouls lent, de dimension moindre : ligne de descente ralentie, dicrotisme remonté et amoindri. C’est, relativement à l'état physiologique moyen du sujet, un pouls asthénique.
l’enregistrer pendant la digestion d’un bon repas ; la pulsation, en général, est grande ; la ligne d’ascension et la ligne de descente sont brusques, le dicrotisme est placé très bas sur la ligne de descente, et il a une forme accentuée, rebondie. Dans d’autres circonstances, quand on est à jeun depuis longtemps, qu’on est fatigué, etc., le pouls est faible, asthénique (fig. 9). Nous en donnons un exemple pris à 7 heures du soir, chez un sujet qui n’a pas mangé depuis midi, chez lequel la température s’est abaissée et le cœur et la respiration se sont ralenties. Le pouls est de petite amplitude, les lignes d’ascension et de descente sont longues (cela se verrait mieux si le pouls était pris avec une grande vitesse du cylindre), le sommet de la pulsation
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est ènoussé, le dicrotisme est remonté et a une forme amollie. C’est un pouls d’asthénie. Il faut bien remarquer que tous ces caractères 11e sont pas constamment réunis au grand complet. Beaucoup de recherches nous ont appris que le caractère le plus important de l'asthénie réside dans la forme amollie et la position élevée du dicrotisme.
t En classant toutes nos expériences d’exercice musculaire au point de vue de leur influence sur le type du pouls, nous trouvons qu'on peut en faire deux catégories bien distinctes : les unes produisent un pouls sthénique, les autres un pouls asthénique. Les premières sont les exercices d’ensemble, d’intensité modérée, dont la marche est un exemple excellent. A la suite d’une marche d’une demi-heure, d’une heure, et plus encore, si on met la main dans l’appareil, on obtient un pouls bien différent de celui qui s’inscrivait avant la marche ; le pouls est plus rapide, ce qui tient à une accélération du cœur, accélération partagée par la respiration ; l’amplitude du pouls est variable, selon les sujets et selon les circonstances ; c’est, du reste, un caractère auquel nous n’attachons pas une grande importance ; probablement le pouls rapetissé est le résutat d’un reflexe de constriction qui a son point de départ dans la sensation de froid qui accompagne l’évaporation de la sueur. Ce qui est tout à fait caractéristique, c’est l’abaissement et l’accentuation du dicrotisme; grand ou petit, le pouls est sthénique. On peut se rendre un compte exact de ce changement apporté dans la marche, non seulement en comparant le pouls avant et après, mais en comparant le tracé du jour à celui de la veille pris à la même heure, sans exercice musculaire préalable. De quelque manière qu’on interprète ces résultats — et nous savons combien de difficultés d’interprétation se
présentent dans l’état actuel de la physiologie, — il est bien certain que la marche a favorisé un fonctionnement énergique des divers organes accessibles à notre observation.
« Notre second groupe d’exercices musculaires comprend des exercices locaux (pression au dynamomètre, efforts déposition, faradisation, etc.) qui s’accompagnent en général d’un effort de volonté, qui sont intenses, qui durent peu de temps et amènent à leur suite une fatigue profonde. Le cœur, la respiration sont accélérés, mais beaucoup moins que dans les exercices de la première catégorie ; ce sont là des travaux presque exclusivement musculaires, et non des exercices qui mettent en mouvement tout l’ensemble des fonctions du corps.* Par leur nature, ces exercices nous rappellent certains exercices de gymnastique, qui s’adressent spécialement à un groupe musculaire bien déterminé, et l’effet hygiénique des uns sera vraisemblablement le même que celui des autres. Il est curieux de constater avec quelle rapidité les exercices de ce genre amènent l’asthénie de la pulsation; la rapidité varie nécessairement avec les sujets et la durée de l’effort. Chez quelques-uns une pression de 30 kilos maintenue au dynamographe pendant 10 à 20 secondes suffit à modifier la pulsation et à en amollir le dicrotisme, ce qui est un signe évident de fatigue (fig. 10).
« Il y a des individus dont le tracé capillaire est un réactif extrêmement délicat permettant de déceler la moindre trace de fatigue ; on peut lire clairement sur le tracé le moment où la fatigue se produit et le moment où elle s’efface. Tantôt la pulsation asthénique se rapetisse, tantôt elle grandit. Ainsi, elle se rapetisse quand on a fait un effort de pression avec la main même dont on enregistre le pouls ; elle
s’agrandit au contraire quand l’efïort de pression est fait avec l’autre main. Mais, dans tous les cas, il y a une élévation du dicrotisme avec atténuation, ce qui constitue l’asthénie de la pulsation 1 ».