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III. Moyens physiques. — Le meilleur traitement à

appliquer aux a fatigués » est, avec une bonne hygiène, le traitement physique dans lequel le grand air, le soleil, l’hydrothérapie, l’électricité, le massage et la gymnastique médicale donnent d’excellents résultats.

Tous ces agents s’adressent directement au système nerveux central par les terminaisons nerveuses périphériques. Ce que nous savons sur l’évolution de l’embryon et de ses feuillets nous permet de considérer la peau et les organes sensoriels, qui proviennent de l’ectoderme ainsi que le cerveau et la moelle épinière, comme un prolongement périphérique des centres nerveux, une annexe cérébro-spinale dont la fonction serait de tamiser, et de dissocier les impressions extérieures avant de les transmettre aux centres psychiques par l’intermédiaire des nerfs sensitifs.

Les centres psychiques emmagasinent, analysent par association d’impressions, et réagissent par les centres psycho-moteurs auxquels ils transmettent l’impression qui, dans ces derniers, se transforme en énergie. Les nerfs moteurs transmettent ensuite cette énergie aux muscles pour l’accomplissement de l’acte volontaire.

Il serait intéressant d’observer les athlètes, qui sont des moteurs par excellence et de rechercher si chez eux les images sont purement motrices ou si elles sont aussi visuelles ou auditives. Il faudrait savoir si leur pensée s’identifie avec leurs mouvements comme chez les sourds-muets par exemple, ou chez certains orateurs dont les représentations sont redites par les articulations. Le Midi nous fournit le type Numa Roumestan; sa pensée s’identifie avec le mouvement, sa parole naît de l’action musculaire, pour penser il faut qu’il agisse.

La relation entre la peau et les poumons, entre la

LA FATIGUE ET l’eNTIUINEMENT

fonction cutanée et la fonction respiratoire, est intime. Une large brûlure modifie la respiration, qui devient alors un acte volontaire.

La fonction du feuillet externe reste la môme dans l’embryon, dans le fœtus et dans l’homme avec des adaptations plus ou moins accusées selon le milieu dans lequel est placé le sujet. C’est le cas de répéter ici l’adage : la nature ne fait pas de saut, car ce serait aller contre les lois de l’évolution que d’admettre une solution de continuité absolue entre la peau sensorielle et les centres céphalo-rachidiens. La pathologie, la thérapeutique, la physiologie et la psychologie nous fournissent des observations positives de cause à effet et d’effet à cause sur la relation intime qui existe entre la peau sensorielle, les sens et les centres nerveux. On peut admettre que le développement intellectuel de l’homme a pour cause initiale la sensibilité spéciale de l’ectoderme embryonnaire et plus tard de la peau sensorielle. Ainsi, le développement du cerveau serait dû à une fonction plus grande des sens et de la peau, annexes périphériques, car plus ces annexes seraient mises en action par les impressions extérieures, plus réagiraient les centres céphaliques et plus ils se développeraient; la fonction ferait l’organe.

Si, au point de vue strictement histologique, anatomique et physiologique, la peau sensorielle et les organes des sens sont des annexes très importantes des centres cérébro-spinaux, au point de vue philosophique de l’évolution de l’être, il est permis de les comparer à un « cerveau périphérique ». Pour M. Bouchard la nutrition est en rapport avec la surface cutanée, à chaque décimètre carré de cette surface doit correspondre un poids déterminé d'albumine vivante. La désassimilation et la consommation

sont donc tributaires de la surface de la peau. Pour M. Fouillée la base des tempéraments est chimique, par intégration et désintégration, de la cellule. M. Féré vient d’établir une relation entre le caractère et les papilles du pouce. Les organes des sens proviennent de bourgeonnements de l’ectodenne.

L’œil, par exemple, contourne les objets et les place •sur leurs plans respectifs par une éducation spéciale et :assez longue : les peuples primitifs ignorent la valeur des plans, leurs dessins n’ont pas de perspective. Les mouvements du globe oculaire sont imprimés par les muscles de l’œil qui facilitent le passage du centre optique par l’axe des pupilles et du cristallin ; la fonction de ces muscles est fort délicate, plus délicate par exemple que celle des pédieux ; ils sout d’ailleurs placés à portée des centres nerveux, à quelques centimètres; ils peuvent donc réagir plus rapidement que les muscles éloignés de l’économie. L’œil ayant pris connaissance de la forme retient la couleur par dissociation de tons; enfin l’éclairage de la chambre devant être plus ou moins intense, selon que l’objet est plus ou moins éloigné ou rapproché, les muscles ciliaires entrent en fonction, d’ou la notion de distance par équivalence de sensation musculaire et d’impression lumineuse pour l’accommodation. L’œil est formé par un bourgeonnement du feuillet externe ainsi que l’organe auditif et olfactif.

« L'ectoderme, dit Herwigt1, leur fournit l’épithélium sensoriel, c’est-à-dire la partie la plus importante tant au point de vue physiologique qu’au point de vue morphologique. L’organe est affecté à la sensation visuelle, auditive ou olfactive, selon que les cellules

(1} Herwigt. Traité d'embryologie de l'homme et des vertèbres ,

Trad. 3e éd. allemande, 1891, p. 418.

Pu. Tissié. — La fatigue.

de son épithélium sont des cellules visuelles, acoustiques ou olfactives. D’autre part, au point de vue morphologique, l’épithélium sensoriel constitue encore la partie la plus importante de l’organe. C'est à la forme qu'il prend dans le cours du développement qu’est due la forme de l’organe des sens. »

Le feuillet unique de la blastula, d’uue part; la peau sensorielle et les organes sensoriels, de l’autre, délimiteraient ainsi les deux points extrêmes de l’évolution de l’être humain. D’ailleurs un même agent important, le neurone, existe dans la cellule de l’ectoderme, dans les organes sensoriels, dans les terminaisons intra-épidermiques et dans la substance cérébrospinale. La théorie du neurone récepteur par excellence, d’après M. Renaut, de Lyon, vient à l’appui de celle de la peau sensorielle, « cerveau périphérique ».

L’état perlé du neurone est considéré par M. Renaut comme l’attitude d’activité dans les filaments terminaux des nerfs sensitifs. Il explique la notion des neurones couplés par certaines sommations de force nerveuse comparables à celles de l’électricité. Il semble en être de même pour les ondes nerveuses.

« Une vérité, dit-il, qu’on ne saurait trop avoir présente à l’esprit: c’est, en effet, que les fonctions font les organes, et qu’en vue de celles-ci, — c’est-à-dire en somme pour vivre — les éléments anatomiques, même ceux tout à fait disposés à la parfaite individualité, subissent des flexions morphologiques très étendues l.

Peut-être faudrait-il faire remonter au neurone la cause initiale de la fatigue ; de son endurance orga-

(1) Renaut. Contribution à l’étucle de la constitution , de l'articulation et de la conjugaison des neurones. (Conférence.) Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France. Bordeaux. 1895. Comptes rendus, p. 195.

uique dépendrait alors la force de résistance de chaque individu.

Grand air et lumière. — Le soleil a été mis lui même à contribution, c’est ainsi que M. Rickli a imaginé une méthode d’endurcissement qu’il pratique dans une station des montagnes de Carnioie, près de Trieste, à une altitude de 800 mètres; il expose ses neurasthéniques nus en plein air et en plein soleil. 11 paraît qu’il obtient de bous résultats avec sa cure dite de lumière. Ce traitement qui agit sur les centres nerveux psychiques par l’intermédiaire de la peau l’aguerrit en la rendant moins excitable, au même titre que l’hydrothérapie.

Hydrothérapie. — La plus grande aptitude du corps humain à mieux supporter le froid que le chaud, si bien établie par M. Bouchard ‘, explique les bénéfices que les neurasthéniques, les débiles nerveux, les & fatigués », etc., retirent de l’hydrothérapie. La fonction des capillaires périphériques est augmentée par une modification rapide de la pression sanguine ; à leur contraction provoquée par le froid succède une dilatation de réaction, si toutefois la douche n’a pas duré trop longtemps ; cette durée doit dépendre de l’élasticité des parois capillaires, afin que la réaction puisse se faire rapidement. Le froid extérieur augmente la thermogenèse et tend à restreindre la déperdition.

D’autre part, la douche a, par son choc, une action directement mécanique sur le système nerveux. En général, les sujets « fatigués » n’acceptent pas sans fatigue le jet plein, quand sa pression est trop forte.

(1) Ch. Bouchard. Loc. cil. (Congrès de Rome.)

L’ébranlement est trop grand surtout quand l’action du jet est localisée sur la colonne vertébrale. En hydrothérapie, il faut tâter chaque sujet et graduer la force du jet, la température de l’eau et le temps de la douche selon la puissance de réaction individuelle, le moment où la douche est prise, etc. Il ne peut exister de règle fixe à ce sujet, la seule est qu’il ne faut jamais fatiguer, à moins que la fatigue soit un moyen de traitement, ce que nous n’admettons pas.

Et par fatigue nous entendons la décharge nerveuse qui provoque de l’abattement, de la lassitude généralisée et prolongée, de l’excitation ou de la dépression, du dégoût, quelquefois même des psychoses, un besoin irrésistible de repos et de sommeil. Cependant une petite fatigue provoquée par une douche prise, par exemple, le soir avant dîner pousse l’économie à la réparation, dans le repos et le sommeil de la nuit; les bénéfices de cette petite fatigue sont incontestables. En résumé, après une fatigue musculaire et surtout une fatigue intellectuelle, une douche peut tonifier, déprimer ou exciter selon qu’elle répond au moment de chaque sujet, c’est-à-dire à sa puissance de résistance à ce même moment. Voilà pourquoi le doucheur ne devrait pas être un manœuvre plus ou moins intelligent, mais un médecin compétent, car, pour beaucoup de médecins même, la douche, c’est de l’eau froide ; il y a bien autre chose ! On confond trop souvent la sensation avec l’ excitation. « On interroge, dit M. Guimbail, la sensibilité du sujet au lieu d’interroger ses réactions neuro-motrices et trophiques... Le neurone est partout semblable à lui-même dans le centre aussi bien qu’à la périphérie : le point de départ de ses réactions est l’excitation '. s

(1) Guimbail. La Douche. La Thérapeutique nouvelle par les agents physiques et naturels, n° 7-15 octobre 189(1, p. 3.

M. Guimbail utilise indistinctement, dans certains cas, la douche froide à 8° ou la douche chaude à 48°, mais très rapide, d une à deux secondes, subite et généralisée.

La douche froide est excitante, les hystériques la supportent généralement bien; les douches tempérées et prolongées en jet brisé ou en pluie doivent être surtout réservées aux neurasthéniques atteints d’éréthisme nerveux. Les enfants sont moins sensibles au froid que les grandes personnes.

Une directrice des postes supportait très bien les douches froides, survinrent des élections législatives qui provoquèrent chez elle un surcroît de travail et un grand surmenage. Ayant voulu reprendre les douches froides elle ne put les supporter, elles l’énervaient, l’abattaient; elle se trouva très bien des douches tempérées prolongées. Les réactions sont diverses d’après le moment, chaque sujet possède une idiosyncrasie dont il faut tenir grand compte. Les vieux hydrologistes constatent que l’hydrothérapie est plus difficile à appliquer aujourd’hui qu’autrefois. Nous pensons qu’il y a là un phénomène de cause à effet ; le système nerveux fatigué ne peut réagir. L’explication pourrait bien en être donnée par les modifications du dicrotisme dans le pouls capillaire de fatigue aiusi que nous le verrons plus loin.

Electricité. — U électricité est mieux connue parce qu’elle est appliquée par des médecins ; nous avons vu qu’elle peut, comme tout agent physique, provoquer des désordres chez les « fatigués >.

Massage. — Quant au massage, son action, étant localisée, ne provoque pas de fatigue ; les muscles peuvent être courbaturés, mais non fatigués. Le sujet

ne lait pas acte de volonté, sa passivité laisse les centres psychiques au repos. Mais selon le lieu d’élection et selon le mode de massage, les chocs, s’ils sont trop violents et trop prolongés, peuvent transmettre leurs vibrations au cerveau. Ces vibrations désagréables ébranlent, mais ne fatiguent pas, au sens absolu du mot.

Exercices physiques. — Il me reste à parler, en terminant, des exercices physiques. Comme pour l'hydrothérapie, leur application jusqu’à ce jour a été généralement défectueuse; l’empirisme et surtout le peu d’acquit scientifique des maîtres de gymnastique chargés de les diriger les ont fait dévier vers la parade, la lutte, l’acrobatie ou le mercatilisme. Le plus grand désordre a régné dans leur application, parce qu’elle ne reposait que sur des bases empiriques. On ne voit encore dans les exercices physiques qu’un motif à concours. Certes, nous sommes partisan de l’émulation, il faut des concours, mais nous estimons aussi que l’éducation physique doit être donnée aux enfants à l’école au même titre que l’instruction intellectuelle par des pédagogues dirigés par des médecins. Jusqu’à ce jour, on a sacrifié au mot plus qu’au fait ; la gymnastique, longtemps considérée comme un art d’agrément, n’a pu donner les bénéfices qu’on est en droit de lui demander, parce que le temps qui lui est consacré dans l’enseignement, est insuffisant; son emploi est en général mal réparti par le fait même d'une méthode que nous considérons comme mauvaise. Nous avons établi que le pouvoir d’attention est en raison directe de la fatigue, qu’une petite fatigue l’augmente, mais qu’une fatigue plus grande le diminue quand il ne le supprime pas. L’intensité ou la durée de l’exercice physique doit être en raison directe de l'émotivité

de chaque sujet chez les « fatigués », les dégénérés, les épileptiques, les hystériques, etc.; la fatigue peut provoquer des névroses ou des psychoses. L’euphorie d’origine musculaire est un trompe-l’œil; dès qu’elle devient trop intense, il faut se méfier ; la réaction dans l’impuissance est proche. L'intensité de cette euphorie est quelquefois si grande que la plénitude de vie constitue une douleur. Le travail musculaire automatique tel que la marche, la bicyclette, etc., délasse plus le système nerveux que le travail musculaire volontaire, tel que les haltères, les appareils de suspension, l’escrime, etc.

Pour les enfants et pour les débiles nerveux, tout exercice intellectuel qui appelle fortement l’attention provoque une fatigue qu’un exercice physique « volontaire » ne fait que renforcer. La promenade et le jeu sont les meilleurs toniques. La rapidité avec laquelle l’économie reprend son équilibre, tant au point de vue de la température que de la fatigue, après un exercice musculaire, doit servir de base à l’application de l’éducation physique. On doit éviter les trop grandes oscillations, en même temps que veiller sur leur durée. Dans certains cas pathologiques la température rectale peut fournir de précieuses indications. La mer provoque la fatigue qui devient rapidement du surmenage quand on y ajoute la fatigue musculaire ; celle-ci renforce souvent une fatigue intellectuelle ou émotive, acquise dans le cours d’une année scolaire, mondaine ou d’affaires. Le choix d’une plage dépend donc du degré de résistance ou de fatigue de chaque sujet.

IV. Moyens psychiques. — Suggestion. — Le traitement psychique des psychoses provoquées par la fatigue est un adjuvant précieux au traitement physique. On utilise la suggestion à l’état de veille ou à

l’état d’hypnose. Chaque sujet réagit selon son tempérament, son caractère, son éducation, etc. La posologie est délicate, mais ici encore il ne faut jamais fatiguer la malade, en dosant la suggestion selon l’émotivité des sujets qu’on peut diviser en passifs, affectifs ou affirmatifs , d’après leur manière de réagir. L’application de ce traitement ne rentre pas d’ailleurs dans le cadre de cette étude.

Conclusion.

La fatigue se transmet par l’hérédité. A ce titre, elle est un facteur important en sociologie, surtout dans les démocraties.

Un pays où l’opinion gouverne en maîtresse absolue doit avant tout s'attacher à lutter contre tous les agents de fatigue qui l’énervent. Il atténuera ainsi les soubresauts trop violents qui l’ébranlent et qui retardent sa marche en avant. La fatigue peut exalter certaines qualités brillantes, telles que la mémoire, l’imagination, l’association heureuse des idées, etc., et donner ainsi le change, mais elle diminue le pouvoir d’attention, elle abolit la continuité dans l’effort et la volonté, elle provoque l’ennui.

Chez les « fatigués » , l’esprit de critique souvent très développé, tue l’esprit de décision. Pour un recteur, que de rhéteurs ! que de dilettantes ! mais combien peu d'hommes de caractère, de volonté et d’action !

« Le savoir, l’expérience, le jugement, la finesse, sont des qualités qui se cachent, tandis que l’ignorance, la présomption, la témérité font bon ménage avec l’éloquence J. »

(1) Jules Llela fosse. Le général Trochu et ses Mémoires (le Gaulois du 26 octobre \ 896),

Les hommes de génie qui unissent tous ces dons, plus la volonté à l’éloquence, sans qu’ils s’entre-clioquent et s’annihilent, sont rares.

Une nation, comme un individu fatigué, est toujours prête à ohéir au maître qui s’impose fortement, brutalement. Ayant le sentiment de sa faiblesse, elle a besoin d’un tuteur; incapable d’attention et de volonté prolongées, elle abdique dans la suggestibilité et le snobbisme.

Sans maîtrise de soi-même, pas de liberté.

La presse est le cerveau des peuples libres, dont les éléments nobles et supérieurs, d’attention, de jugement, de réflexion, de volonté, doivent pondérer les émotivités de la foule, nécessaires cependant à l’évolution des nations.

La raison doit primer la passion, mais la fatigue exacerbe la passion et atténue la raison.

Combattre les agents qui provoquent la fatigue, tels que le surmenage intellectuel, émotif et physique ; l’abus des excito-moteurs et le plus dangereux de tous, l’alcool, c’est accomplir un devoir social auquel nul n’a le droit de se dérober.

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