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Fig. 11. — Pouls capillaire.
Même tracé agrandi.
Dans une lettre particulière qu’il nous adressait, M. Binet ajoutait : « Je crois pouvoir maintenir comme justes ces données générales; la fatigue produit une diminution du tonus vasculaire qui se traduit par un amollissement du dicrotisme.
« Vous voyez en même temps que nous sommes con-
(1) Voir dans V Année psychologique , avril 1897 (Paris, Alcan) l’exposé complet de ces expériences.
cluits à faire une distinction entre le travail localisé des muscles (qui ressort de la gymnastique et de l’athlétisme) et le travail général plus doux, qui se rapprocle du jeu et des exercices physiques. Cette distinction, vous devez l’avoir faite vous-même à d’autres points de vue. Mais je me hâte d’ajouter que nous n’avons jusqu’ici que des expériences de laboratoire. T>
Les expériences de MM. Hallion et Comte et de MM. Binet et Courtier expliquent suffisamment les congestions violentes dans les mouvements de gymnastique de suspension avec agrès1.
J’assiste depuis cinq ans à la paralysie envahissante chez un professeur de gymnastique. Héréditaire, son père avait été frappé de paralysie; ce gymnaste a été atteint, par deux fois, d’ictus apoplectiformes pour lesquels je lui ai donné mes soins. Puis un jour il se plaignit de ne pouvoir plus rouler sa cigarette avec le bout du pouce et de l’index de la main droite; c'était, disait-il, une sensation de pression comme produite par une bande de caoutchouc serrant les doigts, et plutôt un malaise qu’une vraie douleur. Peu à peu surviennent les contractures des fléchisseurs des doigts de la main droite et des fléchisseurs de l’avantbras, puis l’incoordination des mouvements des jambes avec parésie des muscles lombaires. Cette incoordination coïncide avec l’amnésie des mouvements coordonnées du train supérieur et l’obnubilation de l’intelligence musculaire qui se manifeste par l’incapacité de comprendre du premier coup le mouvement à exécuter. Si, par exemple, je lui dis de lever les bras, il ne sait ce que cela veut dire, il faut que je le lui
(1)L. Hallion et Ch. Comte. Sur les variations du volume des extrémités en rapport avec les mouvements respiratoires. Archives de physiologie, 1896, n° 1, p. 216.
lève pour qu’il finisse par reproduire le mouvement et cela après plusieurs commandements accompagnés de plusieurs mouvements semblables. A part cette amnésie musculaire, le malade comprend parfaitement tout ce qu’on lui dit; il parle avec facilité ; il se rend compte de son affection, qu’il attribue à l'enseignement de la gymnastique dans un gymnase très achalandé. La force musculaire a considérablement diminué ; elle est tombée pour la main droite à 14 kilo- g ram mes, pour la main gauche à 21 et pour les lombes à 60. Si on veut lui faire exécuter quelques mouvements passifs, les muscles sont aussitôt atteints de tremblement.
Puis, progressivement survient l'envahissement paralytique des muscles du train inférieur, l’intelligence baisse en raison de l’augmentation de la paralysie musculaire. Le malade devient très émotif, il ; pleure et il rit inconsciemment, il a des rêves hallucinatoires, il croit être dédoublé, la paralysie gagne les muscles de la langue. Aujourd’hui le jeu du diaphragme est compromis, la respiration est pénible, le malade a la sensation d’être enserré dans un corset en caoutchouc. La mort est proche ; elle sera une délivrance pour ce pauvre homme, victime professionmelle d’une gymnastique violente et congestive et qui s’effrite lentement depuis cinq ans, sous l'action d’une sclérose cérébrale gagnant de proche en proche ces noyaux du bulbe.
Son fils, ayant voulu le remplacer au gymnase, fut dteint de congestions violentes, avec hémorragies lasale et conjonctivale, tournements de tête et phénomènes congestifs de la rétine. Sur mes conseils il a tbandonné la gymnastique aux agrès, depuis il se iorte bien.
Je dois dire que pour ma part la gymnastique de
LA FATIGUE ET l’ENTR AINE MENT
suspension que j’ai pratiquée dans les gymnases afin de me livrera des recherches sur l’éducation physique m’a tellement fatigué que j’ai été obligé de l’abandonner. Mon cas, d’ailleurs, est celui de plusieurs de mes confrères qui ont constaté la même fatigue sur euxmêmes. Par contre, un d’entre eux, arrivé à un âge très avancé, s’entraîne tous les jours aux anneaux et au trapèze ; mais ici nous avons affaire à une exception physiologique, la preuve en est dans la rareté même du cas.
Trois méthodes principales sont utilisées en gymnastique, on les désigne sous le nom du pays où leur emploi est le plus répandu: la méthode suédoise, la méthode française qui est la méthode allemande dégagée de sa théorie plus philosophique que pratique, la méthode anglaise. Chacune de ces méthodes se différencie par la mise en fonction spéciale d'une portion de l’organisme.
La gymnastique suédoise est plastique, elle a surtout pour objet le développement des muscles selon les principes établis par son fondateur Ling. La gymnastique française, enseignée à l’école militaire de Joinville-le- Pont, est violente; elle ne repose sur aucune donnée scientifique, elle s’adresse surtout au train supérieur par les mouvements de suspension sur un point d’appui instable pris sur la mobilité du trapèze et surtout des anneaux. La gymnastique anglaise ou jeux de plein air, connue sous le nom de sports, met en fonction les poumons et le cœur en provoquant une respiration et une circulation plus actives par la course ou par la lutte; elle place l’homme en face de son semblable en même temps que devant la nature. A ce titre cette gymnastique est récréative. Nous verrons aussi que cette gymnastique est altruiste, alors que la gymnastique suédoise et surtout la gymnastique française sont égoïstes.
DES MÉTUODES EN GYMNASTIQUE