RÉGION OCCIPITALE
Gauche .
Droite. ^
Moyenne.
! Gauche.
Gauche. ^
Moyenne. ^
Broca . .
Gray. . .
Asile de
Reggio .
Maraglia-
no. . .
Ces tableaux montrent que, quoique les chiffres des différents auteurs différent souvent de plusieurs degrés, il y a constamment une élévation de température plus forte dans la moitié gauche de la tête que dans la moitié droite.
Lombard, Broca, Maragliano, Amidon ont étudié chez l’homme la température crânienne pendant le travail intellectuel, et ils ont tous constaté que pendant le travail intellectuel la tête s’échauffe, surtout dans les régions antérieures. Mais cet échauffement du cuir chevelu con-
corde-t-il avec une augmentation de la température du cerveau? Les précédents auteurs Font admis sans grande difficulté ; et cette concordance a paru si bien prouvée à Fun d’eux, Amidon, que cet auteur s'est fait fort de délimiter J es centres moteurs, corticaux en explorant la surface de la peau du crâne avec un thermomètre. Voici quelle était sa méthode : il maintenait pendant longtemps en contraction volontaire un membre, par exemple le bras gauche, et il trouvait que pendant cet effort la tête s'échauffait et que le maximum d’échauffement se produisait dans la moitié droite de la tête, en un point correspondant au centre moteur du bras gauche.. Il a publié dans son travail une figure dans laquelle la topographie des centres moteurs corticaux est établie par cette méthode.
Bien que les résultats d' Amidon soient présentés avec l'appui d’un nombre très considérable d'expériences, leur exagération même a mis en garde les plus sceptiques, et on a senti le besoin de soumettre toute la question à un examen critique sérieux; François-Franck1, et ensuite Istamonoff2, ont recherché expérimentalement dans quelle mesure une augmentation de chaleur du cerveau peut se transmettre à la surface extérieure de la tête ; et ils ont trouvé qu'il faut une augmentation de 3° de la température du cerveau pour élever d’un dixième de degré seulement la température de la tête. Or, comme une augmentation de 3° dans la température du cerveau est infiniment improbable, il en résulte que le thermomètre appliqué sur la tête ne peut rien nous apprendre sur les variations thermiques du cerveau.
11 paraît avéré que les vaisseaux sanguins du cuir chevelu se comportent d’une manière indépendante des vaisseaux sanguins du cerveau.
L'influence du travail intellectuel sur les autres températures périphériques et notamment sur celle de la main est une question qui a été un peu négligée, parce que les
1 Art. Encéphale du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
2 Pflilger’s Arch., Bd. 38, 1886, p. 113.
TEMPÉRATURE DU CORPS
expérimentateurs ont eu l’idée préconçue que la température périphérique n’a rien de fixe, et qu’elle présente d’un sujet à l’autre, d’un moment à l’autre, et suivant les influences thermiques extérieures, des oscillations énormes. Cependant L. Couty1, après une étude consciencieuse sur la température palmaire, qu’il a mesurée chez des étudiants en médecine et des infirmiers militaires, arrive à la conclusion que cette température, quoique très variable avec les divers individus, oscille pour chaque individu entre des limites assez étroites et constitue pour lui — Couty ne prononce pas le mot, mais il en a l’idée — une caractéristique physiologique. Le même auteur admet que le plus ou moins d’élévation de la température palmaire moyenne de chaque individu ne dépend ni de la constitution, ni du tempérament, ni de l’état de vigueur ou de faiblesse du sujet; seul, le plus grand développement nerveux et intellectuel a paru avoir une action constante sur l’état de la température périphérique. Cette affirmation est si curieuse, si inattendue, que nous avons tenu à la rapporter en employant les termes mêmes de l’auteur ; mais nous nous hâtons d’ajouter qu’elle ne nous paraît pas confirmée par les chiffres de son article. Il compare en effet, au point de vue intellectuel, un premier groupe de sujets, composés d’élèves en médecine et d’étudiants engagés volontaires, avec un second groupe formé d’infirmiers de visite et d’infirmiers d’exploitation, et il constate que la température palmaire des premiers est en moyenne plus élevée que celle des seconds, qui sont tous des individus moins instruits ; il oublie de remarquer — ce que ses tableaux montrent — que la température des premiers et des derniers n’a pas été prise aux mêmes époques de l année et que les observations sont peu comparables.
Influence du travail intellectuel sur la température centrale.— Une demi-douzaine d’expérimentateurs ont étudié
1 Arch. de physiologie, janvier et mars 1880.
l’influence du travail intellectuel sur la température de l’aisselle et celle du rectum, et ils sont arrivés tous à peu près à la meme conclusion, à savoir que des efforts d’attention soutenue, le calcul mental ou simplement la lecture, déterminent une augmentation de chaleur ; mais cette augmentation est toujours très légère ; Davy n’a observé qu’un demi-dixième de degré ; Speck a noté une augmentation d’un dixième et meme de deux dixièmes. Une des expériences les plus complètes a été faite par Gley1 sur lui-même, au lit, en prenant sa température rectale au moyen d’un thermomètre à mercure, dont la cuvette était assez grosse et dont la tige coudée montait assez haut pour que le sujet pût suivre lui-même la montée de la colonne de mercure ; le thermomètre était gradué de 35 à 42°, et chaque degré était divisé en 25 parties. Voici deux expériences faites avec ce dispositif :
La première commence au lit, à 7 h. 30 du matin ; les températures suivantes sont observées :
Repos.
Lecture.
Repos.
1 Richet, La chaleur animale, p. 98.
TEMPÉRATURE DU CORPS
Dans cette expérience la lecture a coïncidé avec une augmentation de température égale à 1 dixiéme de degré ; la température a continué à augmenter quand le travail intellectuel était terminé. (Tl consistait à lire un article de la Revue philosophique.) Puis la température est devenue stationnaire et enfin elle a commencé à redescendre. A 9 h. 50 elle était à 36° ,36, et l'auteur refit une seconde expérience, consistant aussi dans une lecture de la Revue philosophique .
Voici les températures :
11 li. .
Les deux lectures successives qui ont eu lieu dans celte seconde partie do l’expérience ont chacune élevé la température du rectum. En résumé, ce travail intellectuel a provoqué une production de chaleur égale en moyenne à 15 centièmes de degré.
Ce résultat, comme tous ceux que nous donnons dans ce chapitre, n’a qu’une valeur empirique, car on ne sait
36ü36 Repos.
30°44 > Lecture.
Lecture.
pas au juste par quel mécanisme un travail cérébral produit un échauffement dans le rectum. Du reste, il paraît aujourd’hui démontré que la température du rectum peut rester stationnaire alors que la température du cerveau s’élève ; c’est ce qui ressort des expériences récentes de Mosso, qui a introduit des thermomètres à la fois dans le rectum et dans l’intérieur du crâne, en contact avec le cerveau ou les méninges, et a constaté à maintes reprises que les deux courbes de température ne se développent pas parallèlement.
Les recherches de Mosso, que l’on trouve exposées dans plusieurs recueils1, ne sont pas faciles à résumer, parce que l’auteur leur a donné la forme d’un compte rendu très précis de toutes les observations qu’il a faites, et il semble avoir craint de condenser ses observations en quelques propositions générales. Il a employé pour mesurer la température du cerveau des thermomètres à mercure dont le réservoir cylindrique ne contenait que 4 grammes de mercure : sur ces thermomètres on pouvait lire avec des loupes spéciales le 0,002 d’un degré. Les expériences ont été faites sur des animaux et sur l’homme. Nous n’avons à parler ici que de ces dernières (p. 128 à 182 de l’édition italienne). Elles ont porté spécialement sur une petite fille de douze ans, Delphina Parodi, de Suse, qui venait se faire soigner à l’hôpital de Turin pour une fracture du crâne siégeant dans la région fronto-pariétale, et mettant à nu les méninges sur une longueur de 3 à 4 centimètres ; la plaie n’était pas saine, elle avait un aspect fongueux ; sur un point la dure-mère était perforée, et 3Iosso put profiter de la perforation pour y introduire une sonde jusqu’à une longueur de 8 centimètres ; ensuite un thermomètre fut poussé jusqu’à la scissure de Sylvius et mis en contact avec la surface même du cerveau : le thermomètre était plongé dans le crâne à une profondeur de
1 La temperatura ilel cervello. Studi termomelrici , Milano, 1894. — Die Temperatur des Gehirns. Leipzig, 1894. — Philos. Trans. of the R. Soc. of London , 1892, vol. 183. — Gonf. I. Soury, Rev. Philos ., 1897, XLIII, p. 388.
TEMPÉRATURE DU CORPS
5 centimètres. On introduisit en même temps un autre thermomètre dans le rectum.
Deux ordres d’expériences furent faits sur cette enfant : d’une part, on étudia pendant son état de veille quel effet produisaient sur sa température cérébrale des mouvements, des actes d’attention ou des états émotionnels ; d’autre part, on l’a observée pendant qu’elle dormait et on a constaté l’influence des excitations extérieures sur la température de son cerveau. Les premières recherches ont donné de bien petits résultats, et cela n’est pas étonnant, les conditions expérimentales étaient si mauvaises. La malheureuse enfant était en proie à une terreur profonde quand on la transportait dans la salle d’expériences et qu’on commençait à enfoncer un thermomètre dans son crâne ; aussi, les petites opérations mentales qu’on la priait d’accomplir, comme de compter, et les mouvements qu’on lui disait de faire avec ses bras, dans l’espoir de faire élever la température de son cerveau, ne donnèrent aucun résultat appréciable parce que la malade y trouvait un soulagement à sa peur; elle se disait sans doute que pendant qu’elle s’occupait à compter, on ne ferait pas sur elle quelque nouvelle opération chirurgicale. Cette remarque et cette interprétation appartiennent à Mosso ; cela suffit pour nous prouver qu’on ne pouvait faire aucune observation précise sur cette enfant pendant l’état de veille.
Nous donnons cependant, d’après l’auteur, le graphique de la température du cerveau et de celle du rectum pendant une partie d’une matinée. A 8 h. 35, le thermomètre est enfoncé de 5 centimètres dans la brèche crânienne, et aussitôt après un second thermomètre est enfoncé dans le rectum. La température du cerveau est enregistrée à 8 h. 45, soit dix minutes après l’introduction; elle monte de 0°,20, tandis que le rectum se refroidit. Cet échauffement est dû peut-être à l’irritation mécanique produite par l’instrument, peut-être aussi à la peur. En A, la malade raconte son histoire, pendant deux minutes ; le cerveau continue à
s’échauffer, et il y a un léger échauffement du rectum. En B, contractions de la mâchoire; la température du cerveau reste stationnaire ; en C,la malade parle, la courbe du cerveau monte de 0°,01 ; en D, la malade serre avec les deux mains, point d’effet; en E, on annonce à la malade qu’on va ouvrir sa plaie, point d’effet; en F, la malade compte jusqu’à 100, légère élévation de 0°,01 ; en G, on
Fig. 58. — Température du cerveau et du rectum prise par Mosso sur une tille de douze ans. Le tracé supérieur correspond au rectum.
menace la malade de la chloroformiser, il y a une élévation de température de 0°,01 pour le cerveau et pour le rectum. On voit par ces chiffres que l’influence de ces excitations a été très faible et souvent problématique.
La seconde expérience que nous relaterons a été faite la nuit, la malade endormie; elle dormait depuis une demiheure, le thermomètre dans le crâne, quand on prit les températures. Cerveau et rectum tendent d’abord à se refroidir ; les deux courbes descendent rapidement avec de petites oscillations. En A, la malade fait une inspiration profonde ; le refroidissement du cerveau se ralentit un peu, puis reprend. En B, un chien aboie, et le bruit est assez fort, mais ne réveille pas la malade ; la courbe thermique cérébrale monte de 0°,08 ; la courbé du rectum montre une élévation plus tardive et bien plus petite. En C, un assis-
TEMPÉRATURE DU CORPS
trs
as
PS
htO
que le sujet dormait (Mosso).
tant tousse; la courbe du cerveau monte encore. En D, nouvel aboiement du chien ; la courbe du cerveau monte de 0°,01, mais la courbe du rectum ne varie pas. En E, la malade ronfle. En F, la malade est interpellée, et elle se réveille un peu ; le cerveau se réchauffe ; mais elle s’endort de nouveau à 11 h. 30, et la courbe du cerveau monte quand même, ce que Mosso explique en disant que le sommeil était devenu moins profond qu’avant. Cette seconde observation est incontestablement bien plus probante que la première.
On voit par ce qui précède que l'influence du travail intellectuel sur la chaleur animale reste une des questions les moins étudiées. Tout ce qu’on sait est que le travail intellectuel augmente vraisemblablement la température du cerveau. Du reste, la question est, tant au point de vue théorique qu’au point de vue expérimental, une des plus compliquées de la physiologie. La chaleur animale que l’on mesure au thermomètre est une résultante de beaucoup de fonctions qui agissent tantôt dans un sens, tantôt dans un autre ; et c’est bien à propos de l’enregistrement de la chaleur que l’on comprend tout ce qu’il y a d’empirique à se borner à l’étude de la température dans un seul point. Tout d’abord la production de chaleur dans un organe en particulier est en relation avec l’intensité de fonctionnement de cet organe ; une glande s’échauffe pendant qu’elle sécrète, un muscle pendant qu’il se contracte. La combustion interstitielle des tissus est en outre modifiée par plusieurs facteurs, comme la richesse des matériaux nutritifs apportés par le sang à l’organe qui fonctionne, et aussi l’influence que le système nerveux exerce sur cet organe ; tout cela modifie dans une certaine mesure la production de chaleur. Après la production, une autre fonction intervient, la répartition de la chaleur entre des organes différents, ayant des températures différentes ; l’agent principal de cette répartition est le sang, dont la température est constamment très élevée ; le sang, par son
TEMPERATURE DU CORPS
afflux dans un organe, peut en élever la température, à moins, bien entendu, que cet organe présente une température plus élevée que le sang. Enfin, après la distribution de la chaleur, il faudrait pouvoir tenir compte de son émission au dehors, de sa propagation dans les milieux extérieurs, l’organisme pouvant soit rayonner une grande partie de sa chaleur, soit au contraire la conserver. La régulation de cette fonction importante se fait par les nerfs vaso-moteurs et par la respiration ; la dilatation vasomotrice des petits vaisseaux de la périphérie provoque un afflux abondant du sang à la périphérie, d’où résulte un refroidissement par rayonnement, tandis que dans une vaso-constriction réflexe, le sang est chassé des extrémités et conserve mieux sa température; la respiration est aussi une fonction thermique; en précipitant ses mouvements, elle provoque une augmentation dans le dégagement de vapeur d’eau, et un refroidissement du corps.
Les détails très simplifiés que nous venons de donner suffiront à montrer que l’étude de la température et des changements de température pendant le travail intellectuel présente un très grand nombre de difficultés.