POULS
RESPIRATION
Avant.
Pendant.
Après.
Avant.
Pendant.
Après.
55 sec
Pi . . .
Ph. . .
Quelques auteurs ont observé que lorsque l’attention (Fune personne est fixée par une excitation extérieure, il y a un léger ralentissement delà respiration; mais les observations qu’on a faites sont encore peu nombreuses.
Forme de la respiration. — Outre le nombre des respirations par minute, on étudie le rythme et la durée des différentes phases de la respiration ; cette étude se fait en recueillant la courbe du mouvement respiratoire au moyen d’appareils spéciaux, appelés pneumographes ; ces appareils enregistrent les déplacements de la cage thoracique pendant l’acte respiratoire, ou les mouvements de l’air expiré.
Il suffit d’entourer le thorax d’une ceinture et de placer entre la poitrine et cette ceinture une ampoule de caoutchouc communiquant par un tube avec un tambour à levier enregistreur, pour constituer un très simple et très bon pneumographe ; à chaque inspiration, la poitrine s’élargit et presse l’ampoule de caoutchouc; à chaque expiration, c’est l’effet contraire qui se produit, la poitrine se resserre et l’ampoule se dilate; ces actions déterminent donc des
poussées d'air en divers sens qui font mouvoir la plume du tambour et inscrivent les diverses excursions du thorax. Les pneumographes de Bert, de Marey et de Laborde sont fondés sur un principe analogue, avec une différence dans la disposition de l’ampoule de caoutchouc; cette ampoule, qui est, suivant les appareils, un cylindre, un tambour ou un cône, est fixée aux deux extrémités de la ceinture entourant le thorax, de sorte que le mouvement d’expansion du
Fig. 60. — Pneumographe de Marey. La ligne pointillée représente le thorax ; lorsque le thorax se soulève pendant l’inspiration, la ceinture qui entoure la poitrine tire sur les leviers ; cette traction est transmise par l’intermédiaire d’un système de leviers à la membrane de caoutchouc du tambour. (Marey.)
thorax pendant l'inspiration produit une traction aux deux extrémités de l’ampoule et augmente le volume de celle-ci, tandis que dans le dispositif que nous avons décrit plus haut la dilatation du thorax produit au contraire une compression de l’ampoule; mais les tracés ne diffèrent pas sensiblement.
Ce qui est essentiel, c’est que le sujet en expérience ne soit pas trop serré dans la ceinture et que la compression ne produise pas une gêne qui pourrait altérer le rythme naturel de sa respiration. 11 faut qu’on ne sente pas le pneumographe et qu’on respire comme si on n’en avait pas.
Un tracé de pneumographe, pris sur un adulte dont la respiration est calme et régulière, montre que tout acte respiratoire se compose de trois périodes : l’inspiration, l’expiration et la pause. En général, la durée de l’inspira-
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tion est un peu plus courte que celle de l’expiration; la proportion est de 6 à 7 ; mais il y a beaucoup de variations individuelles. L'expiration et la pause expiratoire se relient Tune à l’autre d’une manière insensible, et on aurait de la peine à dire exactement où finit l’expiration et où commence la pause. Cette incertitude a fait admettre à quelques auteurs qu’il n’existe pas de véritable pause expiratoire. Le tracé du pneumogramme est parfois lisse, sans accidents ; parfois on y rencontre des irrégularités, dont les unes sont respiratoires, — par exemple l’interruption du tracé par la déglutition de la salive, — dont d’autres tiennent à ce que le pneumographe a enregistré des battements de cœur énergiques, ayant fortement ébranlé le thorax. Un déplacement des bras, un tressaillement réflexe peuvent aussi altérer le tracé, et on comprend qu’il faut exiger du sujet une immobilité absolue.
Le pneumogramme 1 de la figure 62 a été pris sur un adulte de vingt-cinq ans, avec le pneumographe de Marey appliqué sur la poitrine, à 2 centimètres au-dessous de la hauteur des seins. Le pneumogramme représente donc la respiration costale, il a enregistré le mouvement de soulèvement des côtes. Chez la femme, c’est le type costal de la respiration qui prédomine, tandis que chez l’homme c’est d’ordinaire le type abdominal ou diaphragmatique, ce qui tient à ce que le diaphragme joue le rôle le plus important. Au-dessous du pneumogramme une ligne droite, la ligne des temps, marque des repères toutes les cinq secondes, d’où on peut voir que la respiration était de 18 par minute. Le tracé se lit de gauche à droite. Les inspirations se marquent de haut en bas; elles sont un peu plus brusques que les expirations ; les expirations se terminent insensiblement, mais on ne pourrait dire s’il existe réellement une pause expiratoire.
La longueur des lignes tracées sur le cylindre dépend de beaucoup de facteurs ; d’abord de la longueur de la plume (cette longueur était de 12 centimètres et demi dans
le tracé précédent) et des dimension du tambour inscripteur ; ensuite de la profondeur des respirations et de la pression exercée par le lien autour de la poitrine. Par suite de cette complexité de conditions, dont beaucoup restent indéterminées, on renonce le plus souvent à traduire en mesures les lignes d’un tracé ; nous ne pouvons dire par exemple que sur notre graphique une ligne d’inspiration de 3 centimètres correspond à une augmentation du diamètre transversal de la poitrine égale à tant de centimètres. Par conséquent, un tracé respiratoire ne peut même pas nous apprendre-si la respiration d’un sujet a été superficielle ou profonde ; cette incertitude est très fâcheuse. Tout ce ({ue le tracé nous apprend, ce sont les changements de profondeur qui se produisent au cours d’une expérience, les appareils restant en place. Si par exemple les inspirations ont été au début de 3 centimètres, et qu’à un certain moment elles n’aient plus été que de 2 centimètres, si d’autre part il ne s’est produit aucune fuite dans le tambour et le tube, si le sujet n’a pas changé de position du corps ou des bras, on pourra conclure du tracé ({lie la respiration est devenue à un certain moment plus superficielle.
Le pneumogramme 1 de la figure 62 présente un caractère frappant, la régularité ; bien que la succession d’actes respiratoires qui le composent ne soit pas rigoureusement identique et n’ait pas des graphiques superposables, néanmoins il y a de grandes analogies de forme et d’amplitude. On ne peut inscrire une respiration aussi régulière que chez un sujet bien dressé, habitué à se surveiller. Chez le premier venu, l’application du pneumographe produit un état d’émotivité qui rend la respiration rapide et surtout irrégulière ; même quand cette première émotion s’est dissipée, la respiration ne retrouve pas nécessairement son rythme normal ; il suffit à un novice de fixer son attention sur la respiration pour respirer irrégulièrement ; il ne sait plus respirer s’il se regarde respirer (fîg. 61).
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Le mieux est alors de distraire le sujet et d'attirer son attention sur un autre point.
Fig. 61. — Tracé respiratoire donné par un débutant. On voit que les courbes sont très irrégulières ; cette irrégularité devient encore plus frappante si on compare ce tracé au tracé respiratoire de la figure 62, pris chez un sujet habitué à ce genre d'expériences.
Avant d’indiquer l'influence du travail intellectuel sur le rythme respiratoire, rappelons très brièvement quelle est l’influence du travail physique. Nous donnons sur la ligure 62 le pneumogramme 3 du même adulte de vingtcinq ans, après une course de vitesse ayant amené l'essoufflement. Le tracé a été pris avec la même longueur de plume et le même tambour que dans la figure 62, tracé supérieur. On voit tout de suite que la respiration a subi deux modifications, l'une de vitesse, l'autre d'amplitude. Au lieu de 18 mouvements respiratoires par minute, il y en a 23. L’amplitude a beaucoup augmenté, mais nous ignorons dans quelle mesure exacte l’ampliation du thorax a augmenté, le tracé ne nous permet pas de la calculer. En s’amplifiant, la respiration est devenue plus régulière. Ce changement ne se lit pas clairement ici, parce qu'il s'agit d’une personne qui avait à l’état normal une respiration très régulière; il en serait tout autrement pour un individu qui, n’étant pas habitué aux expériences, donnerait une respiration irrégulière pendant un état de repos; l'essoufflement régularise la respiration et la soustrait à tous les
changements d’influence psychique. La course de vitesse a produit une autre modification respiratoire, elle a égalisé l'inspiration et l’expiration ; cette dernière est devenue aussi rapide que l’inspiration et la pause a été supprimée.
Nous ne nous attarderons pas sur les effets que l’effort physique local produit dans le mécanisme des mouvements respiratoires, la question est trop complexe pour être traitée ici accessoirement ; nous passerons tout de suite à l’étude du travail intellectuel. Cette question a été étudiée par plusieurs auteurs, Delabarre1, Lehmann2, Binet et Courtier 3 et enlin Mac Dougall 4 ; on a surtout envisagé les effets d'un calcul mental.
Nous mettons sous les yeux du lecteur le tracé 2 de la figure 62, qui a l’avantage d’avoir été pris sur le même sujet, avec le même pneumographe, le même tambour et la même plume que les tracés de repos et de course. De cette manière, la comparaison du travail intellectuel avec le repos et la course est beaucoup plus facile. On commence par prendre la respiration normale. Le tracé, comme toujours, se lit de gauche à droite; la ligne des temps porte des repères marqués toutes les cinq secondes. Au point marqué d’une croix, on donne au sujet la multiplication suivante : 32 X 69 ; et il commence aussitôt à la faire mentalement. Ce travail lui a paru très pénible. Voici son observation, rédigée par lui-même aussitôt après :
« Lorsque j’entends les nombres dont il faut faire le produit, la première question que je me pose est de savoir comment je dois faire la multiplication ; quelques secondes suffisent pour décider de calculer d’abord le produit de 30 par 70, puis de retrancher 30 de ce produit, ce qui donnera le produit de 30 par 69 ; ensuite calculer le produit de 2 par 69 et l’ajouter au produit précédent.
* Revue philosophique , 1892.
2 Philosophische Studien , 1894.
3 Année psychologique, II.
x Psychological Review, 1896, mars.
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loi
(' Au commencement le calcul était facile : je trouve 30 par 70 égal à 2 100, puis en retranchant 30 je trouve 2 070; ensuite je calcule sans grande difficulté 2 fois 69 = 138; c'est à ce moment qu'est survenue une certaine émotion, parce qu'il m'a semblé que j'avais oublié le premier produit partiel ; un effort est nécessaire pour le retrouver, et cette partie du calcul est la plus difficile. »
Le travail a duré soixante-dix secondes, au bout desquelles la solution a été indiquée, soit 2 208. Pendant ces soixante-dix secondes, la respiration a été modifiée, et il est facile de se rendre compte de cette modification en comparant la respiration avant, pendant et après le calcul mental. D'abord, la respiration a été accélérée, elle a été de 26 pendant ces soixante-dix secondes, ce qui fait environ 22 pour une minute, alors que la respiration calme de ce sujet est de 18. C'est une accélération analogue à celle que produit une course de vitesse. En outre, l’amplitude du mouvement respiratoire est bien réduite ; les inspirations deviennent beaucoup 'moins profondes. Sur le graphique, la réduction d’amplitude est de moitié, mais nous avons dit pour quelle raison il est impossible d'en conclure que l'ampliation de la poitrine a diminué dans la même proportion. Le tracé permet seulement d’affirmer que la respiration est devenue beaucoup plus surperficielle. Ce caractère est un de ceux qui distinguent le mieux les effets respiratoires du travail physique et ceux de l’activité intellectuelle. Toutes les fois qu’on fait un calcul mental, il y a une tendance à la suspension de la respiration, entrecoupée parfois par une inspiration profonde ; le thorax se meut beaucoup moins. Chez quelques personnes, la respiration peut devenir tellement superficielle qu'elle cesse presque de se marquer sur le tracé ; la figure 9 en est un exemple.
Enfin, après le calcul mental, le sujet précédent a eu une respiration augmentée.
La diminution d’amplitude de la respiration pendant le calcul mental a été signalée par Delabarre et Lebmann ;
l’un (le nous, en collaboration avec Courtier, en a donné plusieurs exemples. Nous montrons dans la figure 63 un exemple de cette modification de la forme de la courbe respiratoire, qui a été le seul effet visible du calcul mental chez le sujet.
Fig. 63. — Modification dn rythme respiratoire pendant le travail intellectuel. Expérience sur M. G... Multiplication mentale entre les deux verticales. La respiration, pendant l'effort intellectuel, devient plus rapide et plus superficielle ; la cage thoracique s’agrandit moins. Le tracé supérieur est celui de la circulation capillaire ; celui de dessous est celui du pouls radial ; ces deux tracés présentent des modifications à peine sensibles pendant le calcul mental.
On remarque encore, dans quelques tracés, que le travail intellectuel produit une modification du type respiratoire consistant dans une altération de la longueur ordinaire des périodes. L’expiration tend à se raccourcir et la durée de la pause post- expiratoire se raccourcit aussi. Cetle modification ne se voit pas nettement sur la figure 62.
Dans un travail récent, très instructif, mais qui manque malheureusement de figures, un psychologue américain, Mac Dougall, a mesuré la durée des différentes périodes de l’acte respiratoire pendant le travail intellectuel et pendant
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l’état de repos. Nous donnons ci-joint le tableau qui contient ces mesures :
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