‹ La fatigue intellectuelleChapitre 33 sur 79 · REPOS · texte numérisé non relu

REPOS

TRAVAIL

intellectuel.

DIFFÉRENCE

Quantité totale deTurine en 24 heures

1 518 cc.

1 678 cc.

Densité de l’urine

Quantité de chlore

Soufre total en acide sulfurique

Acide phosphorique total. .

Chaux

Magnésie

Azote total en urée

Urée

Acide urique

On voit par le tableau précédent que le travail intellectuel augmente le volume de l’urine, il augmente la quantité de magnésie et surtout celle de chaux ; il diminue la densité de l’urine et la quantité d’acide sulfurique. Les autres substances ne présentent pas de variation bien nette ; il faut noter que l’acide phosphorique total ne varie presque pas sous l’influence du travail intellectuel; mais il est probable que les composés phosphoriques changent ; ainsi il est probable, d’après Fauteur, que la quantité des phosphates terreux augmente, tandis que celle des phosphates alcalins diminue.

Si maintenant on compare les résultats trouvés par différents auteurs, on voit qu’ils ne concordent pas les uns avec les autres ; cela tient d’abord à ce que chaque auteur

ECHANGES NUTRITIFS

a choisi un régime alimentaire différent, puis il est probable que les différences individuelles doivent être considérables; enfin les méthodes d’analyse employées n’ont pas toujours été assez précises1.

La conclusion générale qui résulte de ces expériences est que le travail intellectuel influe sur la composition de l’urine d’une manière assez notable ; cette influence est très complexe; il y a d’abord, comme l’ont trouvé tous les auteurs, une augmentation de la quantité totale de l’urine et une diminution de la densité de l’urine. Il faut rapprocher cette augmentation de la quantité de l’urine des expériences faites sur la pression du sang par Binet et Yaschide, qui ont vu que la pression du sang augmente dans la main après un travail intellectuel (voir chap. v). Si cette augmentation de la pression du sang dure pendant la journée entière et existe aussi bien pour les vaisseaux sanguins qui entourent les reins, il en résulterait une augmentation de la quantité totale de l’urine, comme le montrent les expériences de physiologie faites sur des animaux. Mais hâtons-nous de dire que rien ne nous permet d’affirmer que la pression du sang dans l’artère rénale augmente en même temps que la pression dans les vaisseaux sanguins de la main.

La plupart des auteurs ont, de plus, observé que sous l'influence d'un travail intellectuel la composition des phosphates de l’urine change ; il semble que les phosphates alcalins diminuent de quantité, tandis que les phosphates terreux ne varient pas ou augmentent un peu.

Les recherches précédentes n’épuisent guère la question de l'influence produite par un travail intellectuel sur la composition de l’urine; il faut poursuivre des expériences sur cette question2 et cherchera discuter les résultats avec plus de soin qu’on ne l’a fait jusqu’ici. Ces expériences ne

1 Ces différences individuelles ont été constatées par Stcherbak. Arch • de médec. expérim., 1893.

4 L’un de nous (V. Henri) poursuit en ce moment des recherches en ce sens.

peuvent certainement être faites que dans des laboratoires sur un nombre limité de sujets ; il semblerait donc qu'elles ne peuvent pas avoir de portée générale pour la pédagogie; ce serait là une conclusion erronée ; en effet, on peut espérer par l’examen des urines arriver à déterminer les influences que le travail intellectuel produit sur la nutrition de l’organisme ; on peut même, en poursuivant ces recherches, déterminer les procédés qui doivent être employés pour réparer aussi bien que possible les modifications produites par le travail intellectuel dans la nutrition générale ; ce sont là des questions d’une portée générale dont la résolution doit avoir un retentissement sur l’hygiène scolaire.

Une erreur générale commise par tous les auteurs qui ont étudié l’influence produite par le travail intellectuel ysur la composition de l’urine, est qu’ils ont pris l’urine totale rendue en vingt-quatre heures et ont fait l’analyse de cette urine totale ; or, sur ces vingt-quatre heures il n’y en avait que sept ou huit pendant lesquelles l’individu faisait du travail intellectuel; il est donc probable que la composition de l’urine varie d’une manière différente suivant les heures de la journée. Il faudrait, dans les recherches de ce genre, recueillir l’urine d’heure en heure, noter toutes les heures ce que l’on avait fait et analyser les quantités d’urine rendues toutes les heures; de cette manière on verra d’abord avec quelle rapidité l’influence du travail intellectuel se fait sentir sur la composition de l’urine ; de plus, on pourra suivre pas à pas la marche de cette influence et voir après quel intervalle de repos l’urine reprend sa composition normale. Voilà des questions urgentes, qu’il est facile d’étudier puisque l’on connaît les méthodes qu’il est nécessaire d’employer, et il est possible que l’étude de ces questions permette de jeter quelque jour sur la question si importante du surmenage intellectuel. En effet, en discutant la question du surmenage intellectuel, la première chose que l’on se demande est le mode et la rapidité de la réparation des effets produits par le travail intellectuel ; il

ÉCHANGES NUTRITIFS

faut donc, pour chaque fonction physiologique et psychologique, étudier quel est le repos nécessaire pour ramener l’état de cette fonction à sa valeur normale. Il faut en effet se rappeler que le surmenage survient dans des cas où l’individu ne s’étant pas reposé suffisamment reprend le travail.

Ces études de laboratoire sur la composition de l’urine doivent aller parallèlement avec les études sur la consommation des élèves dans des écoles qui ont un internat. Nous passons aux résultats obtenus par Binet sur la consommation du pain.

Consommation du pain. — Ce ne sont encore que des résultats partiels ; les renseignements recueillis jusqu’ici proviennent des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices, écoles qui existent en France dans chaque département ; ce sont des internats ; l’âge des élèves est en moyenne de seize à dix-huit ans; les études durent trois ans; elles comprennent les lettres, les sciences, la gymnastique ; on travaille onze à douze heures par jour, on n’est admis à l’école qu’après un examen sérieux; il y a à chaque fin d’année un examen de passage, et l’examen de sortie est un concours dont le résultat présente pour les élèves une importance pratique de première ordre ; en sortant de l’école ils sont nommés instituteurs primaires; les notes de l’école ont une grande influence sur leur placement.

Nous avons demandé dans quatre de ces écoles normales supérieures un relevé exact de la consommation du pain pendant toute la durée d’une année scolaire, depuis octobre jusqu’à juillet. Les documents nous ont été fournis de la manière suivante : pour l’école normale d’instituteurs de Versailles, directement par l’économe, M. Provost, que nous connaissons personnellement et qui nous a donné la première idée de ces recherches; pour l’école d’institutrices du même département, par. l’intermédiaire de l’inspecteur d’académie ; pour les deux écoles d’un département des

Vosges, par l'intermédiaire de l’inspecteur d’académie l. Chaque école nous a fourni le relevé du pain pendant deux années.

Voici sous quelle forme les calculs ont été faits :

11 faut d’abord savoir que le pain est donné à discrétion aux élèves; on calcule la consommation totale du pain pour un mois, et on divise ce total par le nombre de jours du mois, on a de cette manière la quantité consommée par jour; ce dernier chiffre étant divisé par le nombre des élèves, on obtient la consommation moyenne par tête. Pour que le calcul soit exact, on tient compte des absences, des congés, des maladies, des demi-jours de congé où les élèves n’ont pris qu’un repas sur deux.

Dans le nombre total des personnes ayant consommé figurent les professeurs et les domestiques, qui sont nourris à l’école ; il ne peut en être autrement puisque les professeurs mangent à la table commune, et que d’autre part on ne tient pas un compte spécial de la quantité de pain consommée par les domestiques. C’est donc une cause d’erreur, mais elle n’est pas considérable, caries professeurs et domestiques ne représentent guère plus qu’un dixième des élèves ; ainsi dans une école de soixante-quinze élèves, le personnel enseignant qui est nourri à l’école, joint aux domestiques, forme un total de sept personnes.

Une autre cause d’erreur à redouter, et qui serait infiniment plus grave que la précédente, serait l’inexactitude des documents qui nous ont été fournis. Nous avons attiré spécialement l’attention de MM. les inspecteurs sur ce point délicat, et ils nous assurent que le travail qu’ils ont fait faire est absolument consciencieux et digne de toute confiance. Du reste, nous avons entre les mains un moyen de contrôle; nous n’avons qu’à comparer entre eux les divers documents, puisqu’ils parviennent de sources tout à fait

1 Nous prions MM. les inspecteurs d* Académie et MM. les économes de Versailles et des Vosges de bien vouloir accepter nos vifs remerciements.

ECHANGES NUTRITIFS

différentes ; nous avons eu la satisfaction de constater que la concordance existe.

Nous avons pris le pain comme exemple de la consommation, d’abord parce que le pain a toujours joué un rôle important dans l’alimentation des internats, ensuite parce (|ue c’est un aliment d'une composition connue, qui change peu suivant les époques de l’année, et enfin et surtout parce qu'il était impossible de faire l’analyse des autres aliments servis aux élèves.

Nous mettons sous les yeux du lecteur quatre courbes : deux proviennent de documents fournis par l’école d’instituteurs de Mirecourt, et deux par l’école d’institutrices d’Épinal; les courbes formées de lignes pleines se rapportent à l’année 1895-1896, et les courbes formées de lignes pointillées correspondent à l’année 1896-1897; ces dernières sont incomplètes, les deux derniers mois font défaut; ils n’avaient pas encore été calculés au moment où les documents nous ont été adressés.

La consommation moyenne du pain, telle qu’elle ressort de ces courbes, a été de 750 grammes par jour pour les garçons, et de 550 pour les filles. Ces chiffres sont un peu supérieurs à ceux qui récemment ont été calculés par Lapicque et Richet1 en prenant pour base des calculs la consommation totale de pain à Paris ; ces auteurs trouvent en moyenne 520 grammes de pain par jour pour chaque personne.

La direction générale des deux courbes est la descente ; la diminution de la quantité consommée est d’environ 200 grammes pour les garçons et de 100 grammes pour les filles. Cette diminution se fait graduellement, avec quelques irrégularités que l’on peut attribuer à des changements de température, ou à d’autres causes inconnues; mais si grandes qu’elles soient ces irrégularités ne masquent nullement la direction descendante des courbes ; et

* Dictionnaire de physiologie de Richet, art. Aliment , t. I. p. 29 i-381 .

comme la descente commence avec l’année scolaire, en octobre, et atteint son maximum vers la fin de 1 année

Fig. 74. Graphiques de la consommation du pain dans les écoles normales d’instituteurs et d’institutrices pendant une année scolaire. Le trait plein correspond à l'année 1895-96, et le trait pointillé à 1 année 1896-97. On voit que les courbes descendent depuis octobre jusqu’en juillet, c’est-à-dire que la consommation du pain diminue pendant l’année scolaire.

Êïnnburôb IDictorlan Club,

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