‹ La fatigue intellectuelleChapitre 51 sur 79 · JOURS AVEC REPOS · texte numérisé non relu

JOURS AVEC REPOS

de

contrôle.

Calculés.

Obtenus.

lre demi-heure. . . .

Dans le tableau précédent, tous les jours de contrôle et tous les jours avec repos sont réunis; on voit que les nombres d’additions faites en réalité diffèrent peu des nombres calculés ; il semble qu’on devrait en conclure que le repos de quinze minutes n’a pas d’influence ; l’auteur se contente de différences aussi faibles, qui n’atteignent même pas 1 p. 100, pour en déduire que le repos de quinze minutes a une influence nuisible. Nous ne croyons pas que l’auteur soit en droit de faire des conclusions pareilles fondées sur des chiffres aussi faibles et aussi artificiels ! Il oublie la règle générale enseignée par le calcul des probabilités, qu’il faut prendre des nombres de détermination aussi grands que possible et qu’il existe une limite pour toute précision ; pourquoi n’a-t-il pas calculé l’erreur pro-

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bable dans chaque cas et n’a-t-il pas étudié de plus prés si les écarts observés dépassent l’écart probable ou ne le dépassent pas ? Si on se sert du calcul de probabilité dans le calcul de la moyenne, il faut aussi mener les calculs à bout et voir la valeur de la précision ; on n’a pas besoin de faire de calculs pour voir que l’erreur probable dépassera de beaucoup les écarts observés. C’est un manque de méthode grave, qui se rencontre dans tout le travail d’Amberg et aussi dans celui de Hivers et Kraepelin.

La plupart des résultats énoncés plus haut sont déduits de différences très faibles, ne dépassant qu’exceptionnellement 8 p. 100; le nombre d’expériences est trop faible pour permettre d’appliquer avec autant de précision le calcul des probabilités. En somme, les résultats énoncés plus haut peuvent peut-être être considérés comme probables ; mais dans aucun cas ils ne peuvent être considérés comme sûrs ; il faudrait, pour les démontrer, calculer dans tous les cas les valeurs des erreurs probables et voir si les écarts obtenus les dépassent.

Nous avons calculé pour le cas précédent la valeur de l’erreur probable pour l’augmentation moyenne des premières demi-heures dans les jours de contrôle (sans repos) ; la valeur de l’augmentation moyenne pour les premières demi-heures est pour les jours de contrôle égale à 101, ce sont les 10 p. 100 du nombre d’additions faites la première demi-heure (= 1021). La valeur de l’erreur probable calculée est égale à 50, ce sont les 5 p. 100 du nombre d’additions faites la première demi-heure ; par conséquent, lorsque les augmentations observées de jour en jour sont comprises entre lOdzo p. 100, c’est-à-dire entre 15 p. 100 et 5 p. 100 du nombre d’additions du premier jour, il y a une plus forte probabilité que ces écarts sont dus au hasard qu’à une cause quelconque. En se servant de la valeur de l'augmentation moyenne, on trouve comme nombre d’additions qu’on devrait s’attendre à obtenir dans les premières demi-heures des jours avec repos 6 407 addi

lions, et Terreur probable est égale à db 290 ; c'est-à-dire que, si on trouve en réalité un nombre d'additions compris entre G 1 1 7 et 6 697, on pourra, avec une probabilité supérieure à 4 5 affirmer que ce nombre est dû au hasard ; or, l'auteur trouve un nombre d'additions égal à 6 484.

La critique précédente s’applique aussi au travail de Rivers et Kræpelin ; ces auteurs ont aussi calculé les nombres d’additions qu’il faudrait s’attendre à obtenir et de la divergence entre ces nombres calculés et les nombres observés en réalité ; ils ont déduit des conclusions très générales sur la fatigue et le repos ; or, ils n'ont pas calculé les erreurs probables ; par conséquent, les résultats ne peuvent pas être considérés comme démontrés ; il est vrai que les écarts observés dépassent en général ceux d'Amberg, mais les auteurs déduisent leurs conclusions aussi bien des écarts grands que des écarts faibles ; c'est une erreur grave qui diminue de beaucoup la valeur de leur travail.

Amberg explique ses résultats en admettant qu'indépendamment de l'exercice et de la fatigue il existe un troisième facteur que Ton peut appeler X entraînement ; c’est l'état dans lequel on se trouve lorsqu’on fait quelque travail pendant un temps assez long avec beaucoup d’énergie ; il faut un certain temps pour acquérir cet entraînement; ce temps est probablement dans le cas présent supérieur à cinq minutes, voilà pourquoi dans la deuxième série un repos de cinq minutes intercalé après chaque cinq minutes de travail est défavorable. D’un autre côté, cet état émotif est intimement lié au travail même, et si on interrompt le travail pendant un temps assez long, l'entraînement acquis disparaît ; c’est ainsi que l’auteur explique pourquoi un repos de quinze minutes après une demi-heure de travail a une influence défavorable.

Cet entraînement subsiste tant que la fatigue n’est pas très développée, mais à mesure que la fatigue augmente l’entraînement disparaît, et à ce moment un repos de

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quelques minutes sert à faire diminuer l’état de fatigue; c’est ainsi qu’un repos de quinze minutes après une heure de travail est favorable.

Tels sont les résultats obtenus par Amberg'; l’explication précédente que l’auteur donne est intéressante et mérite d’être notée ; mais répétons encore une fois qu’il y a eu trop peu de sujets, on a fait trop peu d’expériences, de sorte que les résultats énumérés plus haut ne doivent servir (jue comme l’indication d’une direction à suivre pour des recherches ultérieures.

Un travail analogue au précédent a été fait par Ri vers et Kræpelin 1 ; seulement, au lieu d’étudier l’influence des pauses courtes de repos, ils ont cherché à déterminer l’influence produite par un repos d’une demi-heure ou d’une heure entière après un travail d’une demi-heure. Dans la première série, se composant de huit jours successifs, le sujet devait, les jours impairs (premier, troisième, cinquième, septième), faire des additions pendant une demiheure, puis se reposer une demi heure, puis calculer de nouveau pendant une demi-heure, se reposer encore, puis calculer encore pendant trente minutes, se reposer et enfin calculer pour la dernière fois pendant une demi-heure. Les jours pairs (deuxième, quatrième, sixième, huitième) servaient de contrôle ; le sujet ne devait ces jours-là faire des additions que pendant une demi-heure.

Dans la deuxième série, qui se composait de six jours, les pauses de repos étaient de une heure entière, le reste était identique à la disposition de la première série.

Les résultats obtenus sur un seul sujet sont assez nets : lorsqu’on compte les quantités d’additions faites par quart d’heure, on remarque d’abord que dans le deuxième quart d’heure on a fait plus d’additions que dans le premier ; puis vient un repos de trente minutes; après ce repos le travail fait pendant le quart d’heure qui suit le repos est supérieur

1 Rivers el Kræpelin* Ueber Ermüclung und Erholung (Psychologischc Arbeiten). I, p. (>27-678.

au travail fait dans le quart d’heure avant le repos ; le repos de trente minutes a donc eu une influence favorable ; par conséquent on a fait plus de travail dans le troisième quart

Fig. 79. — Expériences de Rivers et Kræpelin montrant 1 influence des pauses de repos de 30 minutes sur la vitesse des additions.

d’heure que dans le deuxième. Pour plus de clarté nous donnons un schéma de la durée de l’expérience avec division en quarts d’heure :

Premier quart d’heure, deuxième quart d’heure, repos de trente minutes , troisième quart d’heurç, quatrième quart

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d’heure, repos cle trente minutes , cinquième quart cl heure, sixième quart d’heure, repos de trente minutes , septième quart d’heure, huitième quart d’heure.

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demi-heure

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Séjour 3-ejour 1®-r jour*

Fig. 80. Expériences de Rivers et Kraepelin montrant l’influence de

pauses de repos de 1 heure sur la vitesse des additions.

Pendant le quatrième quart d’heure on a fait moins de calculs que pendant le troisième, par conséquent il y a eu une influence de fatigue pendant la deuxième demi-heure de travail.

Après le deuxième repos pendant le cinquième quart d’heure on a une fois sur trois gagné un peu sur la quantité

de travail faite pendant le quatrième quart d’heure. La deuxième demi-heure n’a pas suffi pour faire disparaître la fatigue ; enfin le dernier repos ne suffit pas non plus puisque pendant le septième quart d’heure on a fait moins de calculs que pendant le sixième.

Ces résultats sont représentés sur le graphique 79, dans lequel les lignes verticales indiquent les moments de repos.

Des résultats un peu différents ont été obtenus dans la deuxième série avec des pauses de repos d’une heure. Ces résultats sont représentés sur le graphique 80.

La différence essentielle est que lorsque après une heure de repos on calcule pendant une demi-heure, la quantité de travail fait pendant les premières quinze minutes est moindre que la quantité de travail fait pendant les dernières quinze minutes, par conséquent la fatigue ne prédomine pas sur l’exercice vers la fin de la demi-heure de travail. Nous avons vu que lorsque le repos n’était que de trente minutes, la fatigue prédominait vers la fin delà demi-heure. On peut facilement constater ce résultat sur le graphique 80 ; toujours, à une exception près, il y a eu plus de travail fait pendant les quarts d’heure d’ordre pair que pendant les quarts d’heure impairs ; tandis que dans le graphique de la figure 79, si on ne compte pas les deux premiers quarts d’heure qui sont au commencement, sept fois dans les quarts d’heure pairs on a fait moins de travail que dans les quarts d’heure impairs, et seulement deux fois l’inverse a eu lieu.

Si on examine les courbes du graphique 80 on voit que le maximum de travail est atteint dans le quatrième quart d’heure, tandis que dans le graphique de la première série (fig. 79) le maximum était atteint dans le troisième quart d’heure.

Ces résultats indiquent assez nettement qu’il y a une différence entre un repos de trente minutes et un repos d’une heure; que la première fois, après trente minutes de calcul, le repos suffit pour rétablir les effets de fatigue, mais après

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deux demi-heures de calcul ou plus ce repos ne suffît déjà

plus.

Ces expériences de Kræpelin et de ses élèves nous montrent qu’il se produit pendant un travail intellectuel des modifications assez fortes de la vitesse de travail ; ces modifications peuvent nous indiquer si l’individu est plus ou moins fatigué, enfin elles peuvent servir en quelque sorte de caractéristique pour un individu, puisqu’elles nous montrent s’il se fatigue vite ou non et s’il gagne beaucoup ou peu par l’exercice. Tous ces points sont loin d’être élucidés complètement par les recherches précédentes ; elles constituent simplement des indications pour d’autres recherches nouvelles qu’il faut entreprendre sur un grand nombre de sujets en variant autant que possible la nature des travaux intellectuels.

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