‹ La fatigue intellectuelleChapitre 58 sur 79 · EXPÉRIENCES DANS LES ÉCOLES MÉTHODE DES DICTÉES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES DANS LES ÉCOLES MÉTHODE DES DICTÉES

Nous passons maintenant aux recherches faites dans des écoles pour mesurer la fatigue intellectuelle produite par différentes leçons. Pour étudier la fatigue intellectuelle des élèves on choisit un certain exercice, par exemple une dictée, un calcul, un problème, etc., et on fait exécuter cet exercice avant les classes et après les classes ; les variations dans la vitesse d’exécution et dans le nombre de fautes commises indiquent le degré de fatigue intellectuelle des élèves.

Ces expériences sont en général faciles à faire, puisqu’on peut les faire collectivement; par exemple on fait une dictée à toute une classe, on donne des calculs à faire à toute la classe, on obtient de cette façon une trentaine de copies en très peu de temps.

En examinant les résultats on peut procéder de différentes manières ; la plus simple est de calculer le nombre de fautes commises dans toutes les copies, on obtient ainsi une moyenne, et lorsque après une certaine leçon cette moyenne change, on peut dire que les élèves de cette classe ont été plus ou moins fatigués suivant que le changement est plus ou moins fort. Dans cette moyenne les résultats individuels sont effacés ; mais il se peut très bien qu’il y ait des élèves qui, après la leçon, ont fait l’exercice aussi bien

qu'avant, qui n'ont par conséquent pas été fatigués ; ces exceptions disparaissent dans cette manière de calculer les résultats.

Cette méthode indique le degré de fatigue intellectuelle pour toute la classe en général ; c'est cette méthode qui doit être d'ahord employée, puisqu'il importe avant tout de connaître comment la plupart des élèves d’une classe se fatiguent.

Pour l’examen individuel, on procède autrement : on examine la copie de chaque élève, faite avant la leçon, et celle après, et on peut répartir les élèves d’une classe en plusieurs groupes : ceux qui après la leçon ont exécuté l’exercice mieux qu'avant, ceux qui l'ont exécuté de la même manière dans les deux cas, et enfin ceux qui l’ont fait moins bien après la leçon qu’avant. On peut ensuite examiner de plus près quels sont les élèves de chacun de ces groupes, s’il n'y a pas quelque rapport entre la place dans la classe des élèves et le groupe auquel l’élève appartient, etc. ; c'est en somme un examen tout spécial qui indique les différences individuelles dans le degré de fatigue produite par une leçon déterminée .

Lorsqu’on choisit l’exercice qui devra servir d’épreuve pour le degré de fatigue intellectuelle, il faut prendre quelques précautions. U faut d’ahord autant que possible que cet exercice présente une difficulté presque égale pour les différents élèves ; ainsi on peut bien admettre qu'une dictée présentera pour tous les élèves d’une classe une difficulté peu variable d'un élève à l’autre, mais cette même dictée sera bien plus difficile à faire pour les élèves des classes inférieures que pour ceux des classes supérieures. Or il est probable qu’une même fatigue intellectuelle influe plus sur un exercice difficile que sur un exercice facile.

Par conséquent, si on trouve qu'après une certaine leçon le nombre de fautes dans la dictée a augmenté plus chez les jeunes élèves que chez les plus âgés, on ne peut pas en conclure que les jeunes élèves ont été plus fatigués que les

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autres ; la différence peut tenir simplement à ce fait que l’exercice présente plus de difficulté pour les premiers que pour les derniers ; la fatigue intellectuelle peut être la même chez les élèves jeunes et âgés, seulement cette fatigue a une influence plus forte sur un exercice difficile que sur un exercice facile. Nous insistons sur ce point parce qu’aucun auteur n’a remarqué cette cause d’erreur; on a commis cette erreur un grand nombre de fois et on en a déduit que les élèves jeunes se fatiguent plus que les élèves plus âgés ; c’est une conclusion qui n’est pas encore prouvée.

Il faut que l’exercice que l’on choisit puisse être fait sans trop de difficulté technique, et surtout qu’on puisse facilement compter le nombre de fautes et apprécier la valeur de chaque copie. Si l’exercice est très compliqué, par exemple si c’est une composition à écrire sur un sujet quelconque, il est très difficile et souvent impossible d’exprimer par des nombres la valeur d’une copie ; l’appréciation de la valeur de la composition est très subjective et deux personnes différentes ne classeraient pas de la même façon une série de copies pareilles.

D’un autre côté, il faut que l’exercice présente une certaine difficulté pour l’élève, puisque, s’il est trop facile, on ne fait de faute ni avant la leçon ni après.

Les épreuves que différents auteurs ont choisies sont les suivantes : des dictées faites à toute une classe ; des calculs d’arithmétique tels que des additions et des multiplications que l’on fait faire à des élèves d’une classe ; la mémoire des chiffres ; la méthode de composition d’Ebbinghaus, consistant à faire remplir les lacunes d’un texte ; enfin la sensibilité tactile; nous passerons successivement en revue les différentes méthodes en indiquant les résultats obtenus.

La méthode des dictées a été employée la première pour l’étude de l’épuisement des élèves; l’initiative appartient à

Sikorsky 1 ; cet auteur faisait faire à des élèves de différents âges des dictées pendant un quart d’heure le matin, avant les classes, et puis à 3 heures de l’après-midi, après les classes. Les expériences étaient faites en Russie, où les classes ont lieu de 9 heures du matin à midi et de 1 heure à 3 heures de l’après-midi. L’âge des enfants de la première classe est de neuf à dix ans et celui des enfants de la sixième classe de quinze à dix-sept ans.

Quinze cents dictées ont été faites; en les corrigeant l’auteur ne tenait pas compte des fautes dues à l’ignorance des élèves, il ne marquait que les fautes « involontaires ou inévitables qui sont les méprises du langage et de l’écriture ».

Nous reproduisons dans le tableau suivant les nombres de ces fautes commises par les élèves le matin, avant les classes, et ensuite après les classes, à 3 heures de l’aprèsmidi :

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