DANS LES PHRASES
Huit mots
Une syllabe
Cinquante lettres
Quatre parties de lettre. . . .
Six points à la lin de la phrase.
Total
Les chiffres précédents montrent que les mots entiers sont plus souvent oubliés que des syllabes, les lettres plus souvent que des parties de lettre. La plupart des lacunes portent surtout sur des lettre, il y en a eu 50. Parmi ces 50 lacunes il y en avait 26 au milieu des mots et 24* à la fin ; pas une seule lettre n'a été oubliée au commencement des mots; or les lettres terminales des mots sont bien moins nombreuses que les lettres du milieu, par conséquent on peut conclure qu’il y a une tendance à oublier les lettres de la fin : c’est le premier signe de l’affaiblissement de l’attention.
Sur les 26 lettres oubliées au milieu des mots il y a 23 consonnes et seulement 3 voyelles ; c’est une observation qui a aussi été faite par Sikorski. En étudiant les lettres oubliées, l’auteur trouve que ce sont les lettres qui ne sont pas bien prononcées par les enfants dans leur langage familier qui sont le plus souvent oubliées ; par exemple is au lieu de ist9 nich au lieu de nicht , etc. L’enfant, en écrivant la phrase que le maître vient de lui dire, la prononce à voix basse lui-même, et en la prononçant à voix basse il commet des erreurs de prononciation; lorsque l’attention de l’enfant est encore éveillée, il se rend bien compte que ce qu’il écrit différé un peu de ce qu’il prononce, mais lorsqu’il est fatigué et que son attention ne peut plus être fixée avec autant d’énergie qu’au commencement il écrit involontai-
rement les mots tels qu’il les prononce; il y a donc une tendance à assimiler les mots et les sons employés par le maître à ceux que l’enfant est habitué à employer lui-même.
En somme, le travail de Hopfner confirme les conclusions trouvées par Sikorski et montre que la méthode des dictées peut être employée dans les écoles avec profit.
L’étude la plus méthodique de toutes qui ait été faite par la méthode des dictées est celle de Friedrich \ parue en 4896. L’auteur a fait des dictées à des élèves d’une classe de 51 élèves, dont l’âge était de dix ans en moyenne ; chaque dictée se composait de 12 propositions, et chaque proposition de 25 lettres, la durée d’une dictée était de trente minutes. Les dictées étaient faites aux heures suivantes :
1° Le matin, à 8 heures, avant les classes ;
2° Après une heure de classe le matin ;
3° Après deux heures de classe, avec une récréation de huit minutes entre les deux heures ;
4° Après deux heures de classe sans récréation ;
5° Après trois heures de classe le matin, avec deux récréations de quinze minutes chacune entre la première et la deuxième et entre la deuxième et la troisième classe;
6° Après trois heures de classe, avec une seule récréation de quinze minutes entre la deuxième et la troisième heure ;
7° Après trois heures de classe sans récréation ;
8° A 2 heures, avant les classes de l’après-midi ; les classes du matin se terminaient à 11 heures, et le jour où on faisait les expériences les élèves n’avaient pas de devoirs à faire pour les classes de l’après-midi, de sorte qu’ils avaient trois heures de récréation (de 11 à 2 heures) ;
9° Après une heure de gymnastique, l’après-midi;
10° Après deux heures de classe, F après-midi, avec une récréation de quinze minutes entre les deux heures ;
1 Friedrich. Untersuchungen über die Einfliisse der Arbeitsdauer and der Arbeitspausen auf die geislige Leistungsfahigkeit der Schulkinder. Zeitsch. f. Psycholog. und Physiol. der Sinnesorgane, vol. XIII, p. 1-53.
MÉTHODE DES DICTÉES
11° Après deux heures de classe, F après-midi, sans récréation entre les classes.
Le meme jour on ne faisait jamais deux épreuves, et toute l’étude embrasse une durée de six semaines.
Les résultats obtenus sont représentés par le graphique 88 : on voit par exemple qu’avant les classes le matin
Fig. 88. Expériences de Friedrich. Nombres d’erreurs dans les dictées faites à différentes heures de la journée dans une classe de 51 élèves.
on a fait 47 fautes dans toute la classe de 51 élèves, après une heure de classe on en a fait 70, etc.
Il y a eu d’autant plus de fautes que le travail intellectuel a été plus long, et surtout on remarque une augmentation du nombre de fautes lorsque entre les classes il n’y avait pas de récréation ; ainsi par exemple, après deux heures de classe avec récréation entre la première et la deuxième heure, il y a eu 122 fautes ; après deux heures sans récréation, il y en a eu 158 ; après trois heures de classe avec deux récréations, il y a eu 112 erreurs ; après trois heures
de classe avec une récréation entre la deuxième et la troisième heure, il y en a eu 172, et enfin après trois heures de classe sans interruption il y en a eu 183. Les récréations ont donc une influence considérable qui se fait sentir meme une ou deux heures après.
L’un des résultats les plus intéressants est celui qui ressort de l’examen de la courbe de l’après-midi. On voit d’abord qu’à 2 heures de l’après-midi, lorsque les élèves n’ont pas eu de classe de 11 heures à 2 heures, c’est-à-dire après trois heures de repos, le nombre de fautes était égal à 62, tandis que le matin avant les classes il n’était que de 47 ; par conséquent les élèves n’étaient pas aussi reposés à 2 heures que le matin, un repos de trois heures n’a pas suffi pour rétablir complètement leur activité mentale ; c’est un résultat important au point de vue de la question du surmenàge intellectuel ; en effet, on considère en général comme nécessaire, pour éviter les effets de surmenage, que le repos de quelques heures ramène l’activité mentale à son état normal ; dans le cas présent cette condition n’est pas remplie ; nous y reviendrons plus loin en parlant du surmenage mental.
Un autre fait important, qui ressort de l’examen de la courbe de l’après-midi, est l’influence produite par une heure de gymnastique; en général on considère la gymnastique comme un repos pour l’esprit, l’expérience présente prouve nettement le contraire ; avant la classe de gymnastique le nombre de fautes était de 62, et il est monté à 132 après une heure de gymnastique ; c’est une augmentation plus considérable que celle produite par une heure de classe ordinaire. Ce fait vient confirmer avec beaucoup de force le résultat obtenu dans les laboratoires par Mosso et Bettmann ; on aurait pu peut-être croire que les expériences de laboratoire sont faites dans des conditions artificielles qui ne peuvent jamais se présenter à l’école, et que chez les élèves les effets seraient différents; mais, dans le cas présent, d’abord on a une classe de gymnastique ordinaire telle
MÉTHODE DES DICTÉES
qu’on la fait toujours ; en outre, pour éprouver la fatigue intellectuelle, on fait faire aux élèves un exercice qui leur est bien habituel, c’est une simple dictée d’une demi-heure, et sur cet exercice habituel on remarque une influence très forte. Il serait temps que les pédagogues et les instituteurs fissent attention à ce fait important ; qu’ils se rappellent bien ce résultat démontré maintenant, et dans les laboratoires et sur des élèves à l’école, que tout effort physique prolongé diminue l’activité mentale de l’individu et peut même amenerune fatigue intellectuelle, que pour se reposer après un travail intellectuel il ne faut jamais faire de grands efforts physiques, comme on le fait encore souvent en vertu d’une tradition bien ancienne ; cette tradition, il faut la combattre continuellement.
Friedrich a aussi fait l’examen individuel des copies, il a compté le nombre d’élèves qui ont écrit la dictée sans fautes, puis le nombre de ceux qui ont commis une erreur,