CHAPITRE XII Le Surmenage
« Je me suis abîmé par sept années d'études folles et désespérées au moment où j'allais me former et où il fallait assurer ma constitution. » Ces quelques paroles de Jacques Léopardi résument merveilleusement tout ce qu'on peut dire sur le surmenage cérébral. Son âme souverainement bonne voulait éviter chez les autres un mal dont il avait tristement souffert pendant sa jeunesse. C'est ainsi qu'il se lamentait à vingt ans, quand, après, être sorti de son petit domaine de Recanati, et après avoir abandonné la demeure solitaire de ses aïeux, où il avait passé sa jeunesse, il se trouvait sans élan, épuisé par la méditation, affaibli par la lecture et ses nuits d'insomnie.
Alexandre de Humbold disait de lui-même. « J'avais dix-sept ans, et je ne savais rien ; mes maîtres ne présageaient rien de bon sur mon avenir; mais, si j'avais adopté leurs méthodes, et si je m'étais plié à leurs exigences, mon corps et mon intelligence auraient été ruinées pour jamais. »
J'ai cité ces deux exemples parce qu'on y voit, nettement appréciée, l'influence désastreuse du surmenage dès le début de ce siècle. Et cependant ce n'est que dans ces dernières années que l'attention des médecins et des hygiénistes s'est tournée spécialement sur les désastres que le surmenage cérébral peut amener dans le cerveau dr
DOS enfants. Je crois que c*est en 18/7, au congrès d'hygiène de Nuremberg, que Ton vit pour la première fois Fattention des savants attirée sur ce point par le professeur Finkelnburg. La conclusion de cette discussion au congrès fut que l'éducation allemande troublait le développement du corps et principalement celui de la vue, et que, d'autre part, le surmenage cérébral, qui était excessif, arrêtait le développement des enfants.
Les Allemands, grAce à la facilité qu'ils ont dans leur langue de créer des mots nouveaux^ appelèrent ces excès de travail intellectuel, Veherbuerdung, comme si on disait surcharge de Tesprit.
Les Anglais l'appelèrent overstrain et averwork, et les Français, en empruntant ce terme à la médecine vétérinaire^ Surmenage^ auquel ils ajoutèrent Tépithète d'intellectuel. A rheure actuelle, nous ne possédons pas en italien de terme usuel pour désigner les excès intellectuels, probablement parce que l'attention de nos compatriotes n'a pas été tournée aussi fortement sur ce problème que dans les autres pays, parce que chez nous Fépuîsement du cerveau est plus rare et moins manifeste. n me semble que Texpression Strapazzo del cervello pour, rait répondre à l'idée que nous voulons exprimer. 11 ne s'agit pas ici de discuter l'excès des études : c'est laissant la cause ; nous ne désirons étudier que les effets du surmenage sur le cerveau, à la suite d'un travail qui excède ses forces.
Les enfants arrachés h la vie tranquille qu'ils menaient 'dans leur famille et envoyés à l'école ne sentent pas au début un grand malaise et ne s'épuisent pas par le travail intellectuel, parce que la nouveauté des choses les distrait; mais, èila fin, leur attention longuement fixée commence à les fatiguer et à les épuiser d'autant plus que leur constitution est plus débile; nous pouvons nous en rendre llosso. — La Fatigue. il
182 LA FATIGUE nrrCLfiECTUiXIfi ET PEYSIQUE
compte en vojrsnt lapiUecnr remplacer lebeau teint rosé de cet ftge; les MfailtB ^tovieiment mome vifs, moin joyeux; ils perdent Tappétit, 41b ^▼lenneilt pluA oveitabdes et plus trtsies'ét se plaignent de raam de tftte.
Le professeur Frsk^borg -a résumé •ainsi lea points priflcrpaux de la quoslion : « Troubles de la nrue «t principalement 'myerpie ^*- «ongestion cérébntle se ilécelant par des maux ée^ttte-- hémorragies oasaftestet-iner tiges — tendances À ^feriir voûté ^ inappéCenee et digestions mauvaises «— prédisposition aux afTections puimonarres — déviation He^lavolomie vertébrale — ^^ maladies cérébrales — nervosisme — dfxei les Jeune» "filtes troirbles menstruels, n»
Apeioe cette question était-elle soulevée, que congrès, «oadémies, parkÂnents, ^commissions en quantité innrombrabto s'occupèrent du problème ainsi «gité. Ilexiste ^sor tsepoint déjà'toute une littérature. H y a 'même des journaux spéciaux, commeeéloi queEctelmamn publiera Hambourg chez •Vo8s,'qui'8\)ecupent exclusivement d'hygiène scolaire. Â runiversitô de Berne, il y a même >un cours spécifil -sur ce sujet.
Axel Key/professeurdephysidlogieà Stockolm,«'p%fblié là-dessus un ouvrage très 'important, et «es recherches faitesen Suède démontrentd'une façon irréfutable que l'enseignement devenait ^trop Icttigirant «t quil s'agissait du salut des ^enfeffts. Gomme il arrive dans todtes iesifuestions, il se produit sur le surmenage cérébral des -enfants qui sont à Técole, des affirmations et des négations. On soutient et on attaque sans avoir réuni au préalable les matériaux suffisants pour avoir une opinion âéfiaîitive» Certaines statistiques publiées réeemmont sont oartainfi* ment exagénéaa.
.Asel Key montre ;quo a» qui nuit surtout anxisniante «lestrimmobliité jprolongée, 'detène «orte qu^ilfaadraît leur accorder an temps .plus long )pour courir iitoemeat et un^tempsiplus 'loorgjansaipour leur digestion.
L& SUBMB»AfiËi 183
De cette enquête,, faite, d&asi Ifis éeoiLes suédoises» il résulte que la moitié, saalemenltdea» élèves^ était parfaitementi saine;. Uae: diffieulté: iasuriiieQniakblo se: présente dans cette question : c'est que nous ne savons pas combien il y auraàt'dÈf niaLaàespajriniiGe& enlaatfisi; atKîan n*allait àl^école. Ce qui manque, c'est la notion de: La moyenne normale^ Tidéa type de renCant sain, qui ne serait oei&upé qii-à végéter et à croître. Il ne serait cependant pas- raisonnable de supprimer comiplètem^ntcbez eux. Fécole; pour noas permettre.de: faire ces étndes.
En Suède;, les enfants des classer- supérieures travaillent de onze & douze heures ; 36 0/0 de: cesr enfants sont ciilorotiques^^etlO 0/0 de ces enfants ont la colonne vertébrale déviée:. En faisant abstraction de^ la- myopie, Axel Key a trouvé qnc' 40 0,'() des enfants- en Suède et en Danemark sont atteints d'affections, chroniques;, col épuisement et cette détérioration des enfants sont attribués par lui au surmenage occasionné par des devoirs trop difticiies et trop fatiguants. En Angleterre, bien qiie ce pay& soit supérieur à tous les autres au point de vue de rhygiène, la jeunesse souffre aussi du travail cérébral excessif auqu<^ on la soumet. Ballantyne, professeur: des midadies des en: fants à.runiversité d'Edimbourg^ a fait paraître il y a peu de temps: dans la Lancette, une étude sur le surmenage cérébral en Angleterre. Il dit que,. suivant lui, l'idéal à atteindre dans^une école serait une répartition de temps^ égale: entre le travail et les jeux,, entre l'éducation . physique et l'édiioation corporelle. U po^opose. d'envoye£ les enfants à la campagne quand les^parents avertissent q,u'ils dorment' au milieu de leurs devoira-. Voici, les conclusions de cet important article du docteur Ballantyne: compléter les. dispo&itionshygiéniques. de l'école et consacrer plus d'attention au développement physique des écoliera. — Insiruetion très- variée, pour tenir en haleine rattenttoD des élèves^ heures fixes et alternatives de jeux et de leçons — dispositions pour que les enfants ne soient
pas exposés à suivre la leçon avec les pieds humides ^ changements fréquents de local pour les classes. — Usage dé tableaux explicatifs, — abolition des devoii*s pendant les vacances.
Une des meilleures expériences à citer est celle qu'a faite Ch. Paget en Angleterre. Peu content des progrès d'une classe, il imagina de la scinder en deux sections. Une de celles-ci suivit les errements anciens^ l'autre eut son temps divisé également entre les jeux et le travail. Au terme de la session scolaire, la section qui avait son temps également réparti entre les jeux et le travail surpassait l'autre section et comnâe diligence et comme savoir. C'est surtout dans les gymnases et dans les lycées que le surmenage fait des victimes. A l'université, sauf au moment de la période des examens, on peut dire que le repos ne manque pas dans le cours des études.
Diogène de Lacrte raconte que Théophraste, à son lit de mort, répondit à ses élèves qui lui demandaient s'il n'avait pas quelque dernière recommandation à leur faire : « Vivez heureux, et laissez là les études qui demandent une grande fatigue; ou cultivez-les avec ardeur, car elles rapportent de la gloire. » Voici un conseil que ne devraient jamais oublier les pères et les maîtres. Que les enfants qui ne peuvent fupporter le surmenage cérébral embrassent un métier ou une profession où le cerveau ne soit pas exposé à des fatigues trop fortes pour ses forces, tout s'en trouvera mieux.
La rigueur des examens d'entrée pour les lycées est aussi nécessaire que l'examen médical qui interdit le régiment aux conscrits qui ne sont point aptes aux fatigues des armes.
La physiologie ne peut dire encore avec certitude quel est le degré de fatigue cérébrale que l'on ne doit point dépasser et quel est le degré de résistance que le cerveau
offre au surmenage, suivant les différents âges de la vie, sans qu'il en résulte du danger. Avant sept ans, il n*est certes pas bon de fatiguer un enfant à Técole. D'autre part, un exercice modéré est favorable au développement du cerveau, car les physiologistes disent que la fonction fait Torgane. Il y a là un réseau enchevêtré de causes et d'effets qui agissent réciproquementles uns sur les autres; . on pourrait écrire sur ce sujet tout un ouvrage. On peut dire aussi que l'école est un des moyens les plus efficaces de combattre le crétinisme là où il existe à l'état endémique, n faut cultiver un cerveau comme un champ, pour ne pas le laisser revenir à l'état sauvage. Pourtant, dès que l'effort cérébral épuise, il cesse d'être utile. Il faut fatiguer son cerveau, mais jamais l'épuiser.
Pour se régler judicieusement en ce qui concerne la fatigue intellectuelle, il faut tenir compte de soi-même et non de ce que peuvent faire les autres. Dans les limites physiologiques, on peut certainement dire que le travail est utile au cerveau, comme le prouvent les statistiques fournies par Beard, qui a écrit un chapitre important ^r la longévité de ceux qui travaillent du cerveau.
L'histoire des progrès humains, dit Beard, de l'état de sauvagerie à l'état de barbarie et de la barbarie à la civilisation, c'est-à-dire des états les plus inférieurs à ceux les plus élevés est l'histoire de l'augmentation de la moyenne de la longévité humaine, augmentation qui est propor«tionnelle au nervosîsme qui l'accompagne.
L'humanité est devenue à la fois plus délicate et plus résistante, plus sensible à la fatigue et plus capable de travail, plus irritable, mais plus apte aussi à supporter de foKes excitations. Nous sommes faits d'une trame plus délicate, qui semble plus fragile, mais qui en réalité dure plus que les fibres grossières; de même qu'un tissu riche et coûteux dure souvent plus que l'étoffe commune et grossière.
1^6 LA FATIGUE WrEUMBTVWUX ET PHYSIQUE
Genwrtes^ qusinl il'vinit* ren«h*9fbii Deii'Qtiicliioite, ]fi fait lire beaucoup* et dhemrrpeu : le eerveau s^afll^atbiitv et adfeo le jagementMin. C%8t à> partir de ce mmaeai- «que^oomineneent lesp ewiilliiiet enttwagaivces^qaQ tout lèi monde connaît:
Le svrmcDa^o céiiéfiTBi est nioms' fréquent cttfl» le» lettrée qu'on' ne ïb croit gétiérallBmenti paroe^ qv» lliomnie^^étudë penl'se reposer qnandUlest'/àtîJB^êl te» hommes qui' expérimentent et Ihs artistes- qui peuvent^ faire* ailerneple tVwvairnnrmiôrot Ife tt^vaiP montai, qui] peuvent lire et ébrire' tour- à* tour; serttxmvefltidmrs^da» condition» fkvevablès^ Min», même' càezles artist&ss je connaiis^ dés exemples authenUqupes- dle^ surmanage* C» fatigue des yeux est one graYc eomplioatian* qaij Ionsqu'elle peut être' é^imméle} simplifie beaaoonp; rétiSEdier de la fôligoe cérébrale. Jb* racrappellë le^eas- d'un» de» mw amis qui so' traitait' à' Hirsenic pour-nn maPde^tdtequî le tourmentait très péniblement depuis un an' envirtm. Ew consultant un collègue^ il lui vinFt' subitenrent'à'respnt qn'il s'était feftigné la voe et qu^l' était atteiirt d'iûme pre»^ bytie préceee-r il- oessa* Hussge d& Férrsenicj s^beti^ une pafre^db' lunettes' et Aat subitenvent^ guéri db" son' maPde tète.
Le surmenage est fréquent chee tes gens- d^afifftim^eti tes hommes politiques» PonrlèpFouTer^on'n'a'qa'firappeler un dès' effets les p!u9 ternblbs derêpuîsement cérébral : la folie. André Verga, dbns son ouvrage intitulé Le Bêlttfi dé la FoHe en Ikiliei donne le relè^vé de' cette sfFeefibn de 1674 à ISSB-et^trouveqneles Ië<raéfites formentla^ma^ jeure partie dli total; puisquer le* chiffre' qu'ils fournissent dépasne-treis'pour miÔe. Ge^ pfaéliomène' se retrouve amev les mêmes caractères dans tous les États européens et doit être attribué à la tensien cérébrale avec laquelle cette
LEI ScUBDiELfAGE. 187
foirtQ et inieUigaileraeeisénkit^ua.aait seftintéfét»4 MUS les poHUdensi américains: dépuMeat àt battufioup^ à cft; p0int:dft: vae, lès Israélites >diBuiofe<;^DjuiAle^ diatriet iédér ni de Gokimbie^ il a 5v2Q^/o* dda casrdefblio. J>ai netnanvé. cfir duffre daD& les tBbles^ statistiques de Sehribner» et jMgaore les gbusbs* dJune propMMstion si énorme d'aliéna* lion* Bientalfe. L*£tat de Yennoni» qoi vieat immédiate^ raentt apnès, oomme. fréquence; dai la^ folie en a: 3/ Vtot> ett dans le Texas et lestautces-Etàts^ce chiffre torabe.à.O|))kVf« efeO^ V^-
PincU.lefoiidateiinde!la}pagM^â(rte:raoderneàla un do» 8Bècle.piéBédeDt^a.mojrtFé UinflaoBoe désaatreusequ-exerr çaienliDGepaint . de. yuej ans iine. natmni lea oommoiions. politiques. La dernière guerre civile des États-Unis (gnerre de sécesâon), aété une triste: et grandiose oonûrmation de oa fait 3w«ncé:psr-le:i»éd€eînvfffançais PineL
La. sdéros& peut envahir le oervean èb. lai suite d'émotions morales prolongées et< de suvmeoage oérébiaL II se produit .dnioôtéduicerveau< ce que. x'aÀ yu.ohez un homnàe à la snite; de marches fadgiiastea trop ppolengées* Je reviendist la-dessust quasid jet mettrai plus partkulièrcment' en negardrune de llÀulm 1» fatigue miiae«ilain& et 1« fiatiguB> cérébrale»
Presque tous lea homm:e9 polilîqoea s'usentiOt sa déténoFHit rapideroeat.
La coivespendaoce épistoiaîre de Casroor est pleine d^allnsiona à: des nuita dliatomnie et de plaintes sa.r FoBura'prefonde dm corpaet de; 1/esprit que lui coûtaient ses luttes politiques* A.pcine avaiit-otn voté la loi qui abolîs5aitileBricorpapatfOBS.reli^onae6 (pour citer un exemple entrai' niille)^ qn!iL écrivait. ta. lettre- suivante à M. delà Rive.
« Âpe&sL une luiletachamàe^.liMtle) soutenue dansle Par*
188 LA FATIGUE INTELLEGTUfXLE ET PHYSIQUE
lement, dans les salons, à la Cour comme dans la rue, et rendue plus pénible par une foule d*événements douloureux, je me suis senti à bout de forces intellectuelles, et j'ai été contraint de venir chercher à me retremper par quelques jours de repos. Grâce à Télasticité de ma fibre, je serai bientôt en mesure de reprendre le fardeau des affaires, et, avant la fin de la semaine, je compte être revenu à mon poste* » Dans les lettres de Cavour, j*ai trouvé une expression heureuse, dont il s*est servi plusieurs fois pour indiquer une loi physiologique, c'est-à-dire la nécessité du repos après un travail cérébral excessif. U disait qu'il fallait mettre le cerveau en jachère, comme un champ qu'on laisse reposer pour le semer ensuite l'année suivante.
J ai interrogé sur le surmenage plusieurs de mes amis qui font partie du gouvernement. Un de ceux-ci m'a écrit que sa fatigue la plus grande, étant ministre, était de donner audience. Lorsque le soir, épuisé, il lui fallait lecevoir de nombreuses visites, et talonner son esprit et sa mémoire sur des choses depuis longtemps écoulées, cet effort lui devenait insupportable. Pour plus d'exactitude, je vais rapporter un fragment de sa lettre. « En peu de mois, mes cheveux de noirs sont devenus blancs. J ai souvent ressenti une véritable douleur au cerveau, bien différente des névralgies dont je souffre parfois. C'était une douleur sourde, obtuse, une pesanteur douloureuse que j'attribuais à l'épuisement de mon cerveau. Le fait le plus saillant était l'insomnie, ou un sommeil agité et dans lequel j'exhalais des plaintes, de telle sorte que plusieurs fois ma femme s'est levée croyant que je me trouvais mal. Mon estomac était atone, sans trace d'ap« petit, les désirs génitaux étaient supprimés. »
J'ai prié un de mes amis qui a été plusieurs années ministre, de me donner quelques renseignements sur ses conditions de santé, durant la lutte très vive et très longue qu'il dut soutenir pour faire passer un projet de loi. Voici
sa réponse : « Mon caractère s^était beaucoup modifié; je souffrais d*une excitabilité nerreuse extraordinaire. Au lieu de l'humeur tranquille et affectueuse que je montrais au sein de ma famille, j'étais devenu taciturne, irritable, et peut-être les choses seraient-elles allées en empirant si^ averti par les miens, mes amis ne m'avaient pas forcé de passer quelque temps à la campagne.
c Mon appétit avait diminué, mais non ma force musculaire; cependant le soir il me semblait que je ne pouvais plus bouger de mon siège. Ma vue était atteinte, et j'avais des secousses nerveuses qui survenaient à Timproviste. »
Il est d'autant plus précieux de connaître les effets d'un travail excessif et continu qu'il s'agit d'un homme d'une très grande capacité, très énergique, qui se trouvait au pouvoir à la fleur de l'&ge et déjà aguerri aux luttes parlementaires.
Pour avoir encore d'autres documents sur le surmenage chez les hommes politiques, j'ai dû m'adresser à l'amabilité de quelques confrères qui ont eu l'occasion de traiter ces genres de malades.
Les maladies de cœur, la neurasthénie s'aggravent rapidement chez les députés qui prennent part à la vie parlementaire. Je rappelle quelques faits qui m'ont été racontés par les médecins de ces personnes.
n s'agit d'un député très actif, mais qui de temps en temps succombait à la fatigue cérébrale et devait recourir à Tassistance médicale.
Les premiers phénomènes du surmenage cérébral étaient chez lui l'insomnie et le mal de tête ; cela ne suffisait pas pour arrêter son activité brûlante. Il continua jusqu'à ce que, je ne sais plus dans quelle séance, il oublia ce qui avait été dit au commencement, n était continuellement membre actif dans les discussions de la Chambre et dans les commissions d'affaire, et ces préoccupations le poursuivirent même pendant son sommeiL
C'est là un des plus graves symptômes de l'épuisement
190 LA FATIGUB IUTTOLGCTUELEE ET PHYSIQUE
eéréliral, 6C,quAiiâili80 produit et.qn^on se jneirouve fati*gué au réweîu IL a'eai pan même: bêactîn' da; constiU^ uq médBoin.: il faut aeidisifaîne ou eraindraiofrcoœpUeitiioAa las pltia.grayaa^.
Un attU» dàputé»',qiie le&traflraiixcpapleinciitairea anwûnl beaucoup' fatigué,, sa trouvant, à.nit badEiquetoffkàeLntki U aurait voulu prendrelm panole,.ftitpria. d» telles palpiter tioua quiili iie;pBtpronanier 8on:di8eouis etdut^e boraer à pronoDcer uae allboution de queues mots. A partir de ce moment» lea^ paipitatioaa ae. répétèrent plusimura lois, et il avait des. iiaxraéûff> qoasd il sa mettait; à. sa: tabla de iravaiL Eétaît priaxl!inaoBinia.«t de.tremblesients:n&iablcs desmainael.defii piedaigaii survenaient par aecèsi prtneipalementi(|naad.il setronvait dansiune réunion publique. Un jour, peodant^nUliaiaaîtiUi&diaaoursv il: dut s'asseoir, tant il était gêné par le tremblement de ses j^nbeSb. La plus petite- erreur de régime était suime: d'unie dianrfaée qui durait deux > ou trois ^iv&i
Ces phénamÀnea sont d'autant plus canatériatiqpes qu'il s*agit d'un bomme jouissant d'une excellente conatitutioD) nlayani pas d'Antéeédenia héréditaires,, et qui jouisaail d-ane: banne santé avant, d'entrer duis la vie politique) Hi se: plaignait: à son médecin d'élr& devenu irritable. Il lui arrivait,, à. lui» qui était boni affable, de se mettre dans^des colères qn!il regrettait profondément.
N'ayiuit pasile couragad'inlerroniipre ses pénibles occu* pations et de se porter malade, son étal alla en empiraii|l« eti bientôt, ses discaurs; si^ea vessentirent. Sa parole était plus rapide; il lui arrivait de sauter des syllabes et même des mots sans s!en douter. Sa mémoire lui paraissait moins sûre, les pensées se pressant en foule: dans sa tète et disparaissant rapidement,. et c'était un véiitable su|^ plice pour lui, dont Uimagioation se trouvait éebaufféeet pleine d'images,, de: ne pouvoir s'exprimer q|ie mal et d'une manière conftise-,, ei^eneertaini&.moment&il.précir pitttit tellemient son disoous^ que^ sans- qu'il y eût des
LE SURNENAGIL tDi
indices bien manifestes, on comprenait, à l'entendre, que cet homme ne se trouvait plus dans son état normal lorsqu'on observait son mode de prononciation et l'incertitude de ses expressions. En peu de temps, son poids diminua de 15 kilos. La nuit, il était pris d'insomnies et de sueur? profuses. Il suffit d'un mois de repos pour faire disparaître ces symptômes et améliorer l'état général.
in de mes amis qui n'est pas médecin, mais qui savait que je réunissais des matériaux sur la fatigue intellectuelle, me raconta l'histoire d'un député qui retournait de Rome chez lui et avec lequel il fit le voyage. Ce député lui paraissait si surmené et si épuisé cérébralemen* que mon ami me demanda s'il ne s'agissait pas d'une grave maladie cérébrale amenée par des excès de travail. Lorsqu'il conversait avec quelqu'un, ce député perdait constamment le fil de ses discours. La digression la plus petite suffisait pour le laisser interloqué, sans qu'il lui fût possible de rattraper ses idées. Il se démentait luimême à peu d'intervalles; mon ami l'en avertit à plusieurs reprises en plaisantant, puis, pris de pitié, il n'insista plus. Je sais que ce député a été nouvellement réélu ; il ne s'agissait donc pas d'une grave maladie cérébrale, mais bien plutôt de surmenage cérébral.
Un de mes amis m'a fait remarquer que les hommes politiques succombent rapidement aux maladies infectieuses et meurent jeunes, ce que Ton doit attribuer à la dépression du système nerveux.
J'aurais encore bien des choses à dire sur la fatigue des muscles et du système nerveux; mais la longueur, déjà considérable, des matières que contient ce volume aurait pu indisposer le lecteur.