‹ La faune des cadavresChapitre 19 sur 55 · DISCUSSION CRITIQUE DU RAPPORT DE M. BERGERET · texte numérisé non relu

DISCUSSION CRITIQUE DU RAPPORT DE M. BERGERET

Le Rapport de M. Bergeret, comme on vient de le voir, est très complet au point de vue médico-légal, dans ses réponses aux quatre premières queslions, mais 1] laisse fort à désirer au point de vue de l’entomologie et de ses applications. Il est évident que l’auteur n’avait que des notions très générales sur les métamorphoses des Insectes et nous allons voir qu’il en fait une mauvaise application à des cas particuliers.

Ainsi il dit, dans sa réponse à la 5° question, p. 122. € Ces métamorphoses exigent pour se compléter la révolution d’une année entière. La femelle pond ses œufs pendant l'été et ceux-ci devenus larves conservent cette forme pendant l'hiver pour se transformer en nymphes au printemps ». Autant de mots, autant d'erreurs : les œufs seuls peuvent passer l’hiver, et non les larves. Si le cycle évolutif des lépidoptères est, pour la généralité, d’une année, il est loin d’en être ainsi pour les coléoptères des cadavres et surtout pour les diptères : celui des mouches carnassières

n’est que de trois à six semaines, comme nous le disons p. 30.

Nos études nous ont montré que le rôle des travailleurs des deux premières escouades, c’està-dire des mouches carnassières, ne dépasse pas le premier et, au plus, pour les grands cadavres, le deuxième trimestre; ils sont remplacés par les travailleurs de la troisième escouade aussitôt que se forment les acides gras, c’est-à-dire plus ou moins longtemps avant la fin du deuxième semestre ; ces travailleurs sont : le Derinestes lardarèus etl'A glossa pinguinalis ; celle-ci est certainement l’auteur des « vers blancs de 7 à 8 millimètres de long, pleins de vie, qui se sont creusés des galeries dans les chairs dont elles se sont nourries », dit M. Bergeret dans son Rapport p- 116-117. « L'épaisseur des bras et des cuisses «en présentent en grand nombre. Les parties « charnues de ces régions ne sont encore dé- « truites qu’en partie. Il en reste encore sur plu- « sieurs points, une couche de plusieurs milli- « mètres d'épaisseur, d’une consistance analogue «à celle du savon, pouvant s'écraser sous le « doigt, offrant de l’analogie avec ce qu’on a ap- « pelé : gras de cadavre ».

Ces vers chenilles observés en masse provenaient d'œufs pondus à la fin de l'automne pré-

cédent, au moment même où se terminait l'évolution des mouches carnassières, évolution qui a même été interrompue pour deux sujets trouvés morts dans leur coque de nymphe, tués sans doute par l’arrivée de l'hiver.

Avec ces documents, il n’était pas possible de faire remonter la mort de l'enfant à plus de dix mois à un an, c’est-à-dire à l'été de 18/49.

L'erreur de M. Bergeret, qui fait remonter celte mort à l’année précédente, est due, nous le répétons, aux fausses notions qu'il avait sur la durée

des métamorphoses des mouches carnassières,

Page 1