DIX-NEUVIÈME APPLICATION
Le Montpellier-Médical de février 1885 rapporte un cas d'application de l’entomologie, à la médecine légale, dû à MM. Lichtenstein, A. Moiïtessier et D. Jaumes, que nous allons transcrire, carilest très intéressant : c'est M. Jaumes qui parle :
«M. Moitessier et moi avons élé chargés, par M. le Juge d'instruction, de l'examen de débris de fœtus découverts dans l'intervalle compris entre le plafond de l’étage inférieur et le plancher de l'étage supérieur, par des ouvriers procédant à la démolition d’une maison, et qui avaient été déposés, dans mon laboratoire sur l'ordre de l’autorité judiciaire.
« Ces débris comprenaient des pièces isolées (les deux pariétaux, les deux temporaux, un fragment de l'occipital, auquel adhéraient des lambeaux de méninges, les quatre premières vertèbres cervicales, l’avant-bras et la main gauche presque complètement dépouillés de leurs chairs) et une masse principale constituée par le tronc et les deux membres inférieurs. Les chairs de celle masse principale manquaient sur plu-
sieurs points ; celles qui existaient encore élaient desséchées, momifiés, incrustées de terre. Les parois du thorax, déprimées dans le sens transversal, élaient presqu’en contact l'une avec l’autre. La colonne vertébrale, fortement incurvée, représentait un angle dont le sominet, situé à peu près à la partie moyenne de la région dorsale, regardait en arrière et à gauche ; cette double disposition indiquait que le corps avait été comprimé dans le sens transversal et replié sur lui-même. Les parois abdominales étaient desséchées, très amincies, en grande partie détruites. Il n'existait aucun vestige des organes génitaux. Les cavités thoraciques et abdominales contepaient une masse informe, résultant du mélange des tissus avec la terre. Les membres inférieurs étaient repliés sur eux-mêmes et en grande partie recouverts de leurs chairs desséchées, ratatinées et incrustées de terre. Le pied gauche se trouvait en flexion forcée, son dos appliqué contre la face antérieure de la jambe correspondante ; le pied droit était à peu près horizontalement dirigé de droite à gauche, le talon en dehors.
« Ces débris élaient enveloppés dans une chemise de femme en toile blanche, marquée AL, rapiécée, déchirée, rongée et souillée sur presque
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toute sa surface de taches, dont les unes élaient rougeàtres, tandis que les autres formaient une coloration verdâtre.
& Enfin, les restes du fœtus et la chemise étaient parsemés d’un grand nombre de débris d'insectes.
« L’ordonnance de M. le Juge d'instruction nous prescrivait de rechercher : le sexe et l’âge de l'enfant; — s'il est né à terme ou avant terme; — s'il a vécu; — à quelle époque remonte la mort, si cette mort provient d’une cause naturelle el innocente, si elle a été causée par négligence, imprudence, ou omission volontaire, ou enfin si elle est le résultat d’actes de violence; — d'examiner la serviette dans laquelle le squelette était roulé et de rechercher si elle ne porte pas trace de sang, de lochies, indiquant un accouchement récent.
€ I nous a été impossible de répondre à plusieurs de ces questions,
« En ce qui concerne la chemise, les taches rougeâtres traitées par la teinture de gayacet l'essence de térébenthine (réaction de Taylor) ont donné la coloration bleue, mais nous n'avons ensuite obtenu, ni les eristaux d'hémine, ni les bandes d'absorption; nous n’étions donc pas
autorisés à conclure à la présence du sang. Nous
avons, en revanche, constaté dans les {aches verdâtres la présence des éléments caractéristiques du méconium (cristaux de cholestérine, etc.).
€ Quant au fœtus, nous n'avons pu, ni reconnailre son sexe, ni recueillir le moindre indice de son genre de mort, et l’époque de sa mort avant ou après l'accouchement.
€ Mais nous avons acquis la preuve qu’il élait à terme : (lapophyse inférieure du fémur droit manquait; celle du fémur gauche, desséchée, racornie, coiffait l'extrémité de la diaphyse sous forme d'une demi-coque mince, noirâtre et résistante. Pour nous mettre dans des conditions plus favorables eu égard à la constalation du point d’ossificalion, nous avons eu recours à un petit arlifice qui a pleinement réussi. Le membre ayant été plongé dans l’eau pendant quarantehuit heures, Les tissus, et particulièrement l'épiphyse, se sont ramollis, gonflés, et l’on a pu très aisément pratiquer des coupes qui ont révélé l'existence, dans la profondeur de cette épiphyse, d’un point d’ossification de forme à peu près circulaire et du diamètre d’une lentille environ. Ce résullat a été, du reste, confirmé par lexamen des os, qui nous ont offert un degré de développement et les dimensions des os du fœtus à
terme. Pariétal gauche complètement ossilié ; 0,09 de son angle inférieur et antérieur à son angle postérieur et supérieur, 0,08 de son angle antérieur et supérieur à son angle postérieur et inférieur ; pariétal droit : idem ; — clavicule droite : courbures prononcées complètement ossifiées, 0°,035 de hauteur; 0",028 dans sa plus grande largeur; — radius : diaphyse longue de 0®,071, — Llibia droit : diaphyse longue de 0",065 ; — pied gauche long de 0,065 ; ele.). ÇEnfin, pour déterminer le laps de temps écoulé depuis la mort, nous avons naturellement pensé qu'il y avait lieu de mettre à profit la très ingénieuse application que M. le D' Bergeret (d'Arbois) a, le premier, faite des notions fournies par l'histoire naturelle à la solution de ce genre de problème). Le fait actuel reproduisait les circonstances essentielles de celui à l’occasion duquel notre distingué confrère, s'appuyant sur l'étude des métamorphoses des Insectes (!) par-
venait à démontrer que la mort remontait à
(!) Bercerer. — Jnfanticide, momification du cadavre, Découverte du cadavre d'un enfant nouveau né dansune cheminée où il s'était momifié.Détermination de l'époque de la naissance par la présence de nymplhes et de larves d'Insertes dans le cadavre, et par l’étude de leurs métamorphoses (Ann. d'hygiène et de médecine légale, 20 série, 1855 (t. IV. p. 442).
plus de deux ans, qu’elle avait très probablement eu lieu pendant lété et voyait ses conclusions justifiées par l’enquêle judiciaire.
« Dans une circonstance plus récente, le cadavre d’un enfant de 7 à 8 ans, complétement desséché, ayant été découvert dans une chambre de logeur, enfermé dans une caisse, M. Mégnin s’inspirait du précédent créé par M. Bergeret, et prouvait à son tour que la mort de cet enfant datait de dix-huit mois ou deux ans au mainimum (!).
« Notre expertise offrait une nouvelle occasion de recourir à cette source précieuse de renseignements. M. J. Lichtenstein, que sa compétenre spéciale désignait au choix de M. le juge d'instruction, a bien voulu se charger de ces recherches dont les résultats sont consignés dans la note suivante :
« J'ai élé appelé... à examiner le cadavre d’un « fœtus envoyé au laboratoire de médecine lé- « gale, le..., et mon examen a eu lieu un mois « après. |
« Le corps était desséché et complètement mo-
(1) Méanin. — Une application de l’'entomologie à la médecine légale (Gazeite des Hôpitaux, 6 mars 1883, néa7s Di #13
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milié. Il était enveloppé d'un linge en toile, dans les plis agglutinés duquel on voyait un grand nombre de débris d'insectes; on en remarquait aussi, mais en bien plus pelit nombre, sur le cadavre lui-même.
« Après l'examen attentif de cette petite momie et l'étude des débris que M. le Professeur Jaumes voulut bien faire recueillir avec soin, voici ce que j'ai pu reconnaitre.
« Dans les plis du linge :
« 1° De nombreuses pupes de Diptères, toutes vides, ce qui rend impossible la détermination de l'espèce ; mais ces mouches ont appartenu aux genres Phora, Anthomuyia (?) et peut-être T'achina.
« 2° De nombreux fourreaux tissés par des chenilles de micro-lépidoptères, aussi vides, mais paraissant appartenir à la leigne de la graisse, ou fausse teigne des cuirs de Réaumur (PE. 20, mem. 8) aujourd'hui Aglossa pinguinalis Lin.
« 3° De nombreuses dépouilles de coléoptères ouscarabées appartenantau genre Anthrenus et probablement à notre espèce commune l'A. dubius.
« Sur le cadavre lui-même :
« 1° Des élytres et débris d'insectes morts ap-
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partenant à un coléoptère également, le Ptinnus bruneus.
« 2° Des dépouilles de mites ou Acariens microscopiques mêlés à la poussière des os et des parties momifiées.
« Je passe sous silence une ou deux dépouilles d'araignées qui sont sans importance, et un moucheron du genre Culex tout frais et bien conservé, qui n’a pu venir là que fortuitement en dernier lieu, probablement quand le petit cadavre a séjourné dans la morgue de l’École de médecine.
« Voyons, à présent, quelles indications nous fournissent les insectes nommées ci-dessus.
« Rien n'est vivant, et aucune chrysalide même ne se rencontre; cela nous indique, tout d’abord, que la mort du fœtus n’est pas récente et remonte à un temps plus ou moins long. Essayons de calculer ce temps. Les Insectes les derniers venus sont certainement les Anthrènes dont les larves trop connues de tous les entomologistes, dévorent les insectes desséchés ; — si ces larves avaient vécu dans le courant de l'été de 1883, nous retrouverions aujourd’hui, non des dépouilles vides mais des dépouilles contenant des nymphes et devant donner l’insecte parfait au printemps; done,
« c’est tout au plus dans l'été de 1882 que ces « insectes ont pu vivre, sinon plus tôt.
« Ces insectes ont fait complètement dispa- « raître tout débris, soit de diptères, soit de pa- € pillons; or, si le développement des diptères «est assez difficile à apprécier d’une manière un « peu exacte, vu l'influence qu'ont sur lui les « circonstances atmosphériques, nous avons des « données fort exactes sur le développement de « la « fausse teigne des cuirs », tant par Réau- « mur que tout récemment par M. W. Buckler (Enlomologist's Monthly mag. fév. 1884).
Ce papillon, dont la chenille mange le euir où
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la viande momifiée et parcheminée, éclôt en
« juillet ; en août il effectue sa ponte. Les che- «nilles passent l'hiver et se chrysalident au « printemps. — Cela nous reporte en 1881. — « Or, comme ce papillon pond sur la chair mo- « mifiée et parcheminée, il a fallu au cadavre le «temps d’acquérir cet état de momie et nous
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arrivons à reporter la mort à l'année 1880 au
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plus tôt.
« Cette donnée est confirmée par la présence « des Ptinus morts car, eux aussi sont des man- « geurs de chair momifiée, de débris d'insectes et n'altaquent un cadavre que quand il est des- « séché. Ici je ne juge que par analogie, car les
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métamorphoses de cette espèce, en particulier le Plinus brunneus, n’ont pas été observées.
« Nous voyons done que l’entomologie peut nous indiquer qu'il faut remonter à quatre ans au minimum pour l’époque de la mort du fœtus. Cette même science nous indique la saison et peut-être même quelques autres circonstances de la nature.
« Les mouches ne volent pas en hiver : c’est donc dans la belle saison que le fœtus a péri, et l'on peut facilement hasarder l'opinion qu'il a dù être encore à l'état frais, exposé soit sur une terrasse, soit sur le toit, car le genre de Diptères dont on retrouve les pupes, les PAora, les Anthomyria, les Tachina ne vivent pas dans nos demeures, et l'exposition à l'air et au
soleil a dû très probablement précéder le dépôt du petit cadavre dans la cachette où il a été rencontré.
« Les débris d’acariens, si fréquents dans tous les détritus d’animaux et de végétaux, ne me paraissent fournir aucune donnée particulière. « De tout ce qui précède, je tirerai les conclusions suivantes :
«1°1l y a certainement quatre ans, ou peutêtre davantage que la mort de l'enfant ou du
fœtus a eu lieu.
« 2° Que cette mort a eu lieu dans la belle sai- « son ou du moins au printemps, au plus tôt « vers le mois de mai.
« 3° Qu'avant d’être déposé dans la cachette € où il a été trouvé, le cadavre a dù être exposé « à l'extérieur de l'appartement.
€ (?) Je fais des réserves pour le nom du genre « Anthomyia quoique la forme des coques ou « pupes indique un diptère de la famille des An- « thomysides ; ces insectes vivent en général « dans les feuilles et racines des végétaux. Du « reste le nom du diptère ne change en rien les « faits observés et leur signification. »
Nous aurions bien des observations critiques à faire sur la note de M. Lichtenstein qui ne paraît pas se douter de la puissance olfactive et instinclive des diptères sarcophages et des acariens. Ainsi, il conclut, que le petit cadavre a été exposé sur un toit ou sur une terrasse avant d'être enfermé dans sa cachette, parce qu'il à trouvé à sa surface des débris de diptères qui ne sont pas des habitants ordinaires des appartements. Mais les mouches carnassières ont un odorat tellement puissant qu’elles viennent de très loin sur un cadavre en putréfaction, et à travers toutes sortes d'obstacles. Les fissures qui ont permis aux Aglosses et aux Anthirènes de
pénétrer dans la cachette qui renfermait les momies, élaient suffisants pour le Phoras et les Anthomyies, qui ne sont pas des travailleurs de la première heure comme M. Lichtenstein parait le croire.
Quant aux acariens détriticoles on ne les voit jamais sur des cadavres frais, mais exclusivement sur des cadavres en voie de dessication.
Nous bornons là nos critiques que nous pourrions multiplier, car les études nombreuses que nous avons eu l’occasion de faire depuis une quinzaine d'années sur les insectes des cadavres, nous ont appris des choses qui étaient complètement ignorées des entomologistes et que ce travail a pour but de faire connaître.
APPLICATION DES DONNÉES ENTOMOLOGIQUES AU POINT DE VUE MÉDICO-LÉGAL AUX CADAVRES INHUMÉS
Nous n’avons pas encore eu l’occasion de faire une application médico-légale des données entomologiques que nous avons recueillies sur les cadavres inhumés et que nous avons relatées
au Chap. Il, p. 98. Nous pensons que les difficultés seraient beaucoup plus grandes pour déterminer exactement l’époque de la mort et de linhumation, parce que, d’une part, le nombre des espèces d'insectes qui peuvent arriver sur le cadavre, dans ces circonstances, est beaucoup moins grand que celui des espèces qui arrivent sur un cadavre à l’air Libre, et que, d’un autre côté, les causes qui empêchent ou favorisent l’arrivée des insectes qui recherchent les cadavres enfouis, sont beaucoup plus nombreuses ; ainsi, si les terres sont compactes, glaiseuses, les insectes arriveront difficilement à atteindre les cadavres, surtout si ceux-ci sont enfouis très profondément. D'un autre côté, si les terres sont légères, friables, et surtout si le sol est drainé en dessous des bières, comme au cimetière de Saint-Nazaire, il y aura là une voie de pénétration dont profiteront les insectes. Enfin, la solidité de l'enveloppe ou du cereueil peut empêcher complètement l’arrivée des insectes, et les renseignements seront alors très restreints : ainsi, si le cercueil est en plombet bien soudé, 1] sera impossible aux Ophira cadaverina, aux Phora aterrima et aux Rhizophagus parallelocollis, d'arriver au cadavre, soit à l’état adulte soit à l'état de larve.
Cependant, mème dans ce dernier cas, on peut trouver sur le cadavre des restes d'insectes auxquels 1l aura servi d’aliment pendant les premiers mois de son inhumation : c'est quand le sujet, mort pendant l’élé, aura été assailli avant l'ensevelissement par cerlaines mouches qui le recherchent à ce moment pour déposer leurs œufs à sa surfaee et surtout à l'entrée des ouvertures naturelles, nez, bouche, etc. On peut observer que les malades, — hommes ou animaux, — aux approches de la mort, si la saison comporte la présence des mouches, est assaïlli avec persistance par ces insectes; c’est même un signe de l’état très grave du sujet. — Or, ces mouches, dans ce cas, sont poussées par un instinct impérieux : celui de déposer leurs œufs sur une malière animale qui va bientôt entrer en décomposition, et ces mouches appartiennent exclusivement à deux genres : le genre Curtonevra, et le genre Calliphora. L'enseignement à tirer de ce fait et la conclusion à en déduire, c’est que, si On à à examiner un cadavre qui à été inhumé, mème dans un cercueil de plomb, et sur lequel on trouve des coques de nymphes de Curtontvres et de Calliphores, — on trouve même les insectes parfaits, qui ont été enfermés comme dans la bergerie et qui n’ont pas pu en sortir,
on peut en conclure, d’abord, que linbumalion a eu lieu pendant la saison chaude et non pendant l'hiver, saison dans laquelle ces insectes sont absents. On peut en conclure ensuite, si les larves et les mouches sont encore vivantes, que la mort remonte à peine à trois mois, el si les métamorphoses sont complètes et qu'il n’y a plus que des insectes morts, on est en droit de conclure que la mort remonte à plus de six mois, mais à une époque indéterminée, si l'on n’a pas d’autres bases pour apprécier cette époque.
Lorsqu'un cadavre a été inhumé dans un cereueil en bois, surtout si ce bois est constilué par des voliges minces, comme dans ceux du service des hôpitaux de Paris, la poussée des terres ne larde pas à faire gondoler les planches du cercueil, et à les disjoindre sur beaucoup de points; de là de larges baies de pénétralions pour certains insectes qui recherchent les cadavres enfouis dont les émanations traversent les terres et les décèlent à leurs organes délicats. Ces insectes sont des mouches : l’'Ophira cadaverina et la Phora aterrima ; et un Coléoptère le hzz0phagus parallelocollis. Nous avons vu ces deux mouches à l’état de larves et à l’état d'insectes parfaits sur des cadavres d’ur an exhumés au : cimetière de Saint-Nazaire; nous en concluons
APPLICATIONS MÉDICO-LÉGALES a)
que deux mois au moins auparavant, c'est-à-dire lorsque le cadavre avait dix mois d’inhumation, il était déjà recherché par ces deux mouches qui avaient pu arriver à pondre à sa surface.
Sur des cadavres de deux ans exhumés au cimetière d’Ivry, nous avons trouvé à foison des Phoras alerrima à l'état de nymphes et à l’état d’insecte parfait. C’est qu’en effet depuis un an de nombreuses générations de ce moucheron s'étaient succédé et mulliphié sans inlerruption, et nous comprenons l'ébahissement d’Orfila qui, assistant à une exhumation, vit, à l'ouverture de la bière s’en échapper un véritable nuage de moucherons, sans comprendre et se rendre compte de la signification de ce phénomène.
Ce n'est que sur des cadavres de deux ans, très gras, que nous avons récolté des spécimens, à l’état de larve et à l’état d’insecte parfait du Rhizophaqus parallelocolis, et ils y avaient été appelés par un certain degré de fermentation du gras de cadavre qui avait coulé et s’était moulé sur Je fond de la bière comme du suif fondu en répandant une odeur de rance très forte et caractéristique.
Sur des cadavres de /rois ans, exhumés au cimetière d’Ivry, nous n'avons plus trouvé que
des squelettes entièrement décharnés dont les creux élaient remplis d’une matière déliquescente noirätre ou pulvérulente mélés de débris d'insectes et surtout de leurs nymphes, mais aucun de ces êtres vivants; tout ce qui pouvait être consommé par eux l'avait sans doute été. Bien que nous ayons trouvé, une fois, d’autres insectes dans le voisinage des cadavres inhumés tels que : un Staphilin (Philontus ebenus) deux Thysanoures(Achorutes armatuset Templelonia nilida) et une jeune Jule, leur présence n'est pas assez constante pour servir de base pour l'appréciation de l’âge des cadavres, comme les Diptères et le Coléoptère dont nous avons parlé plus haut; nous ne les citons donc que pour mé-
moire.
En résumé, comme on voit, nous avons des bases pour pouvoir apprécier l'âge d’un cadavre inhumé jusqu'à trois ans et plus par larges phases qui ne sont plus que d’un an après la première année. Mais, si la présence ou l’absence des premiers réactifs vivants peuvent nous permettre d'apprécier assez exactement la saison pendant laquelle à eu lieu l’inhumalion, si la présence des autres insectes réactifs, morts ou en vie, peuvent nous permettre de fixer assez exacte-
ment l’année minima de la mort; leur absence n’a pas la même valeur négative très importante que nous leur avons reconnue lorsqu'il s’agissait de cadavres exposés à l'air libre, car elle peut être due à bien des circonstances qui ne se rencontrent pas pour ces derniers el qui nous laissent complètement impuissants, au moins
dans l'état actuel de nos connaissances.
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