La faune momifiée de l'antique Égypte
Le Musée du Caire est le [)remier musëe consacré aux antiquités é^jyplipnnos qui puisse montrer toute une collection de squelettes composée au moyen de momies d'animaux, néanmoins la série est encore l)ien incomplète par suite du court espace de temps dans lequel elle a été préparée. Depuis la fondation du Musée, les vitrines renfermaient un certain nombre de momies de cette espèce, bœufs, moutons, oiseaux, crocodiles, exposés simplement pour montrer les divers modes d'emmaillotement et pour donner une idée de la variété des animaux que les Ejjvpliens prenaient la peine dombaumer et de conserver avec le même soin qu'ils avaient des corps bumains. On sait en effet que presque dans cba({ue nécro|)ole, on trouve à côté des toml)es des parties réservées à la sépulture des animaux. Le plus célèbre de ces cimelières est le Sérapéuni de Sakkarab, qui n'a du reste rien donné à notre collection, puisque Mariette lavait fouillé avant la fondation de Boulaq et qu'il n'y avait trouvé, dans les tombes des Apis, que des débris d'os qui n'ont pas été conservés. Mais à Sak.karjali.meme, et à la nécropole contiguë d'Abousir, des fosses énormes, des sout^iTaiks immenses, des puits profonds, renferment des milliers de bœufs, de niôutons, de cbiens, d'oiseaux, etc. et il en est de même dans un grand nombre d'autres localités : Mendès avait surtout des béliers, Rubastis et Béni-Hassan des cbals, Lycopolis des cbiens et des cliacals,etc.; les crocodiles aujourd'bui disparus de ItHgypte et de la Nubie sont déposés en quantités innombrables à Maabdeb et à Kôm-Ombo. Le plus souvent les animaux ainsi conservés étaient des individus consacrés aux grandes divinités de la ville ou du nome, mais parfois on ne comprend pas le nmlif qui a poussé les prêtres de telle cité à inbumer une espèce déterminée d'animal, sans rapport visible avec le culte connu de la localité. La majorité de ces sépultures ne semble pas remonter au delà de l'époque saïte ou ptolémaïque, cependant la coutume est ancienne et dans certaines tombes on a trouvé conjointement avec les momies des objets tels que boîtes, vases, pectoraux, amulettes, papyrus, qui datent certainement de la XYIIL ou XIX'' dynastie. Quelques pièces de la collection proviennent de dé{)(jts d'aliments faits dans les tombes de personnages; sous le Moyen empire il n'était pas rare qu'on déposât dans le sarcophage des fragments
plus ou moins complols (ruii ou plusieurs bœufs; dans les tombes royales de la WIII*' dynastie, on plaçait non loin de la momie du pliaraon toute une provision de viande de bouclierie.
Dès 1882, M. le docteur Lortet, doyen de la Faculté de médecine de Lyon, avait proposé à M. Maspero de faire préparer au Muséum de Lyon des squelettes pouvant montrer la richesse de la faune qui nous a été ainsi conservée et fournir en même temps des documents précieux pour la comparaison des races animales qui vivaient dans la vallée du Nil il y a plus de deux mille ans avec celles qui y subsistent de nos jours; mais celte proposition, bien qu'elle eût été accueillie favorablement, n'eut pas de suites immédiates et c'est en 1901 seulement qu'elle reçut ses effets pratiques. Les momies exposées anciennement à Boulaq et à Ghizeh, dont l'équipement funéraire n'offrait pas un intérêt spécial, ainsi que les animaux trouvés depuis dans les différentes nécropoles en partie aux frais de l'Université de Lyon, lui furent confiés et c'est grâce à ses soins que la collection s'est rapidement formée. Elle est forcément incomplète pour le moment car il n'a pas été possible de réunir des échantillons de toutes les espèces zoologiques renfermées dans les cimetières de presque chaque ancienne ville d'Egypte; mais les recherches continuent et elles permettront d'en combler promptement les lacunes.
Le catalogue se divise en trois sections : La première comprend les squelettes, entiers ou fragmentés et les parties solides du corps des invertébrés, comme les coquilles; la seconde section renferme les animaux encore emmaillotés, tels qu'on les retire du sol , isolés ou en paquets , enfin la troisième partie donne la description des objets de toutes formes et de toutes matières qui ont servi à renfermer les momies d'animaux, soit que ces cercueils aient été faits intentionnellement, soit qu'on ait utilisé pour l'inhumation des meubles, vases ou coffrets destinés primitivement à un tout autre usage.
Au cours de l'impression de ce volume la collection s'est enrichie d'un certain nombre de pièces curieuses, et pour donner un inventaire aussi complet que possible , on a ajouté la description de ces pièces en dehors du rang qu'elles auraient dû occuper dans une classification méthodique. Nous espérons que les lecteurs voudront bien être indulgents pour ces défauts, causés par le désir de leur fournir le plus grand nombre possible de documents.
Ci,. Gaillard et G. Daressy.