SCÈNE XII
PAULIN, ÉDOUAKD, LE PRÉSIDENT, ÉMII.IE.
EMILIE, a part.
Mon pauvre frère! il est bien heureux d'en être quitte jour cela! ,
LE PRÉstDENT, s' animant pal' dc^ré.
Mon ami, vous affiliiez votre père; savez-vous bion ce qn est un véritable né-ociant? il est le bienfaiteur de la soc.ete; tout ce qui est agréable, utile ou nécessaire, il le procure aux bomnies. L'œil lixé sur tons les pavs de la terre il porte h l'un ce qn"il tire de laiitre; soji zclc infatiî^able entrelient Tindu-strie, occupe l'artisan, utilise les m^isdu pauvre, et centuple par ses entreprises le-, liciiesses de son pavs.
PAULIN, à part.
C est singulier comme en ce moment cette voix me rappelle!...
EMILIE
Oh ! que mon père ne peut-il l'entendre !
Sa réputation fondée sur Tlionneur, sur l'utilité publique. Je rend citoyen de toutes les nations; son nom seul est une monnaie courante qui n a besoin d'aucune valeur réelle; il signe, et le plus léger papier devient le numéraire de l'univers.
EMILIE, à Edouard.
Entends-tu , Edouard ?
PAULIN, à part, considérant 3Iojitesquieu. Ce n'est point une illusion 1
LE PTiÉSIDENT.
Que les peuples soient divisés p.nr la guerre, ces désordres, cet épuisement qu'elle cause, qui les répare à la paix? n'est-ce pas le commerce? Oui, tandis que le guerrier quitte ses armes et se repose, le négociant agit encore, et il devient à son tour l'homme de la patrie.
PAULIN, dans la plus grande agitation.
A part. Je ne me trompe pas. Dieu! ^)uis-je assez heureux ! (i) [haut, f't s' approchant du président). Painlon, monsieui", pardon si j'ose vous interromj)re, mais je ne puis m'abuser!... c'est vous, homme généreux, c'est vous! ah ! que je bénis le ciel de vous offrir enfin h ma rcconoaissance !
(i) Edouard, Paidin , le P résident , Kinilie.
LE PKÉsiDEKT, h part.
Comment éviter.?.
EMILIE
Que dit-il?
PAULIJV.
Eh! quoi! m'avez-vous ouMic?... Ce jeune batelier, ce nial'ieiueux que vous avez si généreuseiueut secouru, c'est moi !
EMILIE
Un batelier !
LE PllÉSIDEiVT.
Vous êtes dans l'erreur.
PAULIJV.
Quoi! crtte promenade dans le port, notre entretien, le récit de mes maliieurs, l'intérêt que vous avez dai.:^né me témoigner, vous auriez oublié?... Ali! cette soirée sera tau joiu-s présente à ma niéinoire! Mon cœur, en tressaillant de joie, vi<Mit de vous recomi titre. Hélas! mes yeux ne purenl voir vos traits; mais le son de votre voix, vos paroles consolantes, votre ])ienrait; tout est là, tout.
EMILIE, à parL Je ne reviens pas de ma surprise !
LE pratsiDENT, à part.
Qui^l moyen de me dérober?... {Il fait un pas pour s'cloig/ier).
PAULIJV.
Vous me fuyez!... Ah! ma reconnaissance ne veut pas être imporlime. Restez, monsieur, restez. Je saurai me contraindre... Je saurai respecter...
LE PRÉSIDENT
Si j^éfais votre bienfaiteur, je vous dirais : Paulin, ce n'e.st pas seulement par de vaines démonstrations que vous devez me prouver votre gratitude; c'est en fesant un digne usage de mes bienfaits. En vous arrachant au désespoir, j'ai voulu conserver un honnête homme h la société , ne trompez pas mon attente. Que mes dons profitent il vous et a votre famille, qu'ils servent à vous assu- 1er un état honorable, et non h satisfaire de funestes peachans.
2B EMILIE
Quel langage!
EDOUARD, à pari Jl va tout découvrii !
PAULIN
Monsieur!...
LE Pr.ÉSIDFNT.
Evitez les faux anjis, les connai.ss-nices daugei-eisc^. Songez quil est des lietui qu'on ne peu; iVéqueuier SiUiss"evposer au déshonneur.
ÉDouAnr), h jinrt.
II me fait frémir !
LE PEÉSIDEM'.
Songez enfin qu'on ne recouvre jamais une réputation qu'on a perdue pai' sa faute.
PAULIN
Aliî monsieur, croyez bien!...
LE PUtsiDENT, aucc douceur.
Remettez-vous, il ne m^^ppal■tient pas de vous tenir un pareil langage. Votre bienfaiteur aurait seul 1« droit de vous donner de semblables conseils; mais je suis persuadé qu'il se croirait heureux, s'il était sur que vous voulussiez; en profiter.
Je puis vous jurer...
LE PRÉSIDENT
(.'est assez, je vais joindre Dubreuil; j'ai quelques mots encore à lui dire. J'espère, mademoiselle, ne pas quitter cette maison sans avoir le plaisirde vous revoir. Sans adieu^ Ldouard. (à Paulin , d'un ton ferme , mais avec douceur ) Ne me suivez pas. ( Il sort par V escalier j Paulin reste accablé, il s'appuie sur la rampe et semble le suii^re des yeux. Philippe entre par le fond ).