SCÈNE XIV
EMILIE, Mad. ROBERT, DUBRELTL , ROBERT, PAULIN , PHILIPPE , Matelots , Danseurs , Dan^ sensés au fond.
TOUS
M. Dubreuil.
DUBREUIL
Je ne m'attendais pas h vous trouver en fête.
Monsieur, pardon; il est vrai... j^'^urais du... la joie m'a fait oublier!... c'est mon père !...
DUBTiEUIL.
M. Robert !
MAD. ROBERT
Ail ! venez ajouter au bonheur que nous donne son retour.
ROBERT
Je connais toutes vos bontés pour ma famille, monsieur, et je partage bien sincèrement la l'econnaissance qu'elle vous porte.
DUBREUIL , d'un ton cojicsntré.
En obligeant votre famille, j'ai cru placer dignement ïJies bienfaits ; je désire ne m'ètre pas trumpc.
l'AULiiV , à part.
Quel langage !
DUBREUIL, apercevant Emilie.
V ous, ici, ma liile ! et qu'y faites-i ous '
ilMU.IE.
Mon père I..,
DUEiiEuiL , sévèrenicnf.
Ce u'est jioint ici votre place maintenant.
PHILIPPE, à part.
OiTest-ce qu'il a donc , M. Diibretiil ?
MAD. llOBEftT.
Mademoiselle a pris part à notre Lonlieur ; c'est moi , nionf-ieiir, qui l'ai priée de ne pas nous quitter dans le plus doux moment de notre vie.
w buevu., J'ait un signe d'approbation , pais s'adressant h Paulin s'cchenienl.
Paulin , j'ai besoin de vous parler,
PAULIN
Je suis prêt , naonsienr.
MAD. ROr.ERT.
^ ous êtes ici cliez vous , monsieur, nous allons nous retirer.
DUCKEEIL.
Soit , vous m'obligere/,
MAD. KOEEUT, ttux marins.
Mes amis, nous nous reverrons, (à part ) o mon Dieu î qui peut donc l'agiter ainsi ? ( Les matelots et leurs femmes se retirent et ferment les portes du.fo7id; les autres personnages passent à gauche dans une autre chamhrc. La musi(pi(9 doit peindre lliumeur de Dnhreuil et l in~ (juiétude des autres acteurs ).
SCÈ NEXV.
DLBliELIL , PAULIN.
PAULijy , avec sensibilité.
\ous paraissez bien ému , bien troublé , monsieur; auriez-vous éprouvé quelque nouveau malheur ? DUEKEuiL , dwi ton Concentré.
Ijn malheur !... oui, et le plus grand que je pus^e ledouler ; car je ne sais rien de plus affreux qic tîe ■. oir sh confiance trahie.
PAULIN' , vii'ernc'nt. Comment, monsieur ?
DUBREriL.
Je vons ai dit hier que j'avais plusieurs fois trouvé de» déficits dans ma caisse.
PAULIN , à part.
Il sait tout !
DUBREUIL
Je pouvais m^ètre trompé ; j'ai voulu avoir une certitude entière... je Tai acquise... on me vole, et j'ai la preuve que, depuis très-peu de temps, on est entré dans ma caisse.
PAULirr, à part.
Malheureux père !
DUBREUIL
Cette perte n'est pas ce qui m'afflig^e davantage ; je puis prendre des mesures pour qu'un pareil abus ne se renouvelle pas... Mais vivre dans une défiance continuelle, m exposer h des soupçons injustes, voilà ce que je ne puis supporter. Il faut que tout s'éclaircisse. Paulin, vous pouvez, m'aider beaucoup dans mes recherches.
PAULIN
Moi , monsieur !
DUTîREUIL.
Vous-même. Je n'accuse personne ; mais souvent en rapprochant quelques circonstances, en réfléchissant sur certaines démarches, on peut en tirer des inductions qui conduisent à la vérité.
Les apparences peuvent nous abuser.
DUBREUIL
vSans cette réflexion, déjà, peut-être j'aurais nommé le coupable.
PAULIN
Vous , monsieur ?
DUBREUIL
Je vous en fais juge : que dois-je penser d'un homme que j'avais comblé de marques d'affection, dont je croyais avoir méiitéla tendresse , le dévouement , et qui , à l'instant même où je découvre le crime , se dispose à q liller secrètement ma maison ?
PAULIN , vivement.
Quoi ! Monsieur... vous...
DUBnEUIL.
Son père était esclave ; il fallait une rançon ; il ne pouvait la payer; cependant son père est libre; il est tie retour, et l'on m'en fait un mystère.
PAULir*-.
Yo\iS soupçonneriez ?. . .
DUBREUIL
Mallienrenx ! que veux-tu que je pense ? Qui a brisé les fers de ton père ?
PAULIN
Je l'ignore.
Tu Tignores ?... Et ton départ , tes fausses précautions, ton absence pendant une partie de la journée d'hier, absence dont tu as vainement voulu me cacher le motif ; je sais tout.
PAULIN
Vous savez !...
DUBREUIL
Que tu as passé la nuit entière au milieu de vils escrocs , qui se sont partagé tes dépouilles. Comment expliques-tu toutes ces présomptions qui t'accusent ? quand je t'ai confié la perte que je venais d'éprouver h Toulon , j'ai pris pour un effet de ta sensibilité, le trouble , le désordre où tu éîais ; j'excusais même la terreur dont je t'ai vu saisie lorsque j'ai voulu e:ç»irer dans ma caisse ; mais à présent, à quoi dois-je attribuer l'effroi qui te rend immobile ?
PAULIN
■ Vous vous trompez, monsieur j je ne suis que vivement
affligé.
DUBREUIL
Tu dois l'être , sans doute , si tu as commis une telle bassesse !
PAULIN , a part.
Quel excès d'humiliation !
DUBREUIL
Mais j'espère que tu pourras te justifier, Paulin , ôtc-
moi (riin (]o\iic. qui m'accable, cl que je rmisse encore le presser sur mon cœur !
PAfJLiiv, à pari.
M;iis si je dis un mot , je lui donne la mort !
nUBUETJIL.
Sois sincère ; c'est tout ce que je t« (limande... Si tu avais à te reprocher... je puis pardonner Tme première faute, car je ne soupçonne que trop le motif" qui t'aurait entraîné; la délivrance de" ton père... { Paulin f ail- iin mouvement ) Je ne pourrais te conserver mon estime , mais je ne te perdrais pas, et tes parens eux-mêmes ignoreraient toujours... Allons, parle; ne prolon,<îe pas ce silence qui me lue. {Paulin fait sii^nerjuil ne peut parler^ regarde Dubreuil avec altendrissemcnt , et. se cow^re le visage de ses mains ) Mallieureixx, tu ne sais pas le mal que tu me fais ! j 'aurais supporté avec résignation la perte de ma fortune ; mais me forcer impitovablement h te retirer ma confiance! nie contraindre à te haïr ! moi, qui te cliérissais à l'égal de mon fils ! Moi, qui ne pensais jamais au bonheur de mes enfans , sans te comprendre dans les projets que je formais pour eux ! ( Paulin se précipite aux pieds de Dubreuil, saisit sa main et la baigne de larmes ) Tu parais éiiiu... je sens tes larmes brûlantes !... Paulin, tu sais combien je t aime !... Ah ! que n'ai-je encore cette casseite que l'on m'a dérobée ; je la remettrais dans tes mains ; tu verrais avec quel plaisir je m'occupais du soin de ton avenir ; l'écrit qu'elle renferme
PAULIN, pressant la main de Dubreuil ai^ec traisport.
Ah! je sais tout ce que votre générosité !... DUBREUIL, le repoussant.
Qu'entends-je... Songes-tu qu'après im tel aveu, il ne m'est plus permis de douter de ton crime ?
PAULIJV.
Monsieur ^ je vous jure...
(Comment connaîtrais-tu le contenu de ce billet , si tu n'avais toi-même?. ..
PAULIN
ÎS^on , lion, jo i:c suis point coupable ! ,
DUBUEUIL.
Et je puis encore maîtriser ma colère ! PAULiiv^ se tramant , et clierchanl a arrêter Dubreuil. Monsieur , monsiem* !
DUBREUir-
Tu viens fie mettre un terme à ma ]>atience , crains maintenant de m'irriter davantage, on je vais... PAULIN, se relevant.
Il est dv's momens pénibles on le témoignage de son propre cœur doit suffire... je ne crains ji(!n, monsieur.
nuBREuiL, hors de lui.
Tu ne crains rien? Et quel sera ton sort si je t'abandonne à la justice? Ne sais-tu pas que l'abus de confiance dont tu t es rendu coupable, est un (\es. crimes que les lois punissent avec le plus de rigueur? Ne s;;is-tu pas qu'une mort infamante...