I. Cité par M. Du Broc de Ségange
Voici maintenant les prix que Ton trouve à Tarticle Maîtres fayanciers dans VÉtat de Paris
Prix de leurs marchandises en ij53.
Fayence de Nevers^ bleu ordinaire^ à 6 liv, 10 s. la douzaine en plats, assiettes, pots à Feau^ etc. \
ï.État de P^m (par le s' J...., avocat). Paris, lySy, in-8.
2. On lit dans le Guide des Amateurs, etc., de Thiéry (1786) :
Magasin de la manufacture de fayence de Nevers,
« Le magasin de la manufacture de fayence, cristaux et verreries, est établi sur le quai de la Tournelle, entre les deux issues qui conduisent à la halle aux veaux, »
La fabrique de Nevers devait avoir perdu beaucoup de son importance vers la fin du siècle dernier, si Pon en croit Bosc d'Antic : w On ne connaît en France que deux manufactures de faïence qui aient de la réputation :
Le segond . .
Le troisiesme
Fayence de Rouen, appelée broderie \ vaut II liv. la douzaine; dite fine, à 24 liv. la douzaine. »
Citons, pour finir,, quelques articles d'un prix courant des marchandises en faïence des « manufactures de Rouen, imprimé en 1792, le tout par douiaine de pièces : »
choix. 2» choix.
Liv. Liv.
Les vases et les seaux à laver, bleus et blancs 22 20
Les fontaines, soupières, blanches ou brodées i5 i3
Moustiers et Rouen; et leur mérite est moins dû aux principes sur lesquels elles sont établies, qu'à des circonstances locales. » [Observations sur Vart de la faïencerie, mémoire lu à l'Académie de Dijon en 1780.)
i.Le mot broderie était employé à Rouen pour désigner un genre d'ornement particulier aux faïences, et qui offre, en effet, beaucoup d'analogie avec les broderies.
Saladiers^ plats à barbe^ pots à l'eau brodés, et toute la broderie^ ainsi que les salières 12 II
Assiettes en broderie . . . lo 8^
Les prix en brun étaient encore inférieurs, aussi bien pour les faïences de Nevers que pour celles de Rouen.
La fabrication de Rouen, ajoute M. Pottier, n'a jamais entretenu de peintres ou de dessinateurs proprement dits parmi ses artistes habituels^ qui étaient de purs ornemanistes.
Que dire, après cela, des folies dont la faïence est aujourd'hui le prétexte? Ne voit-on pas chaque jour des forcenés du
I. M. André Pottier, dans son Histoire de la Faïence de Rouen, donne de curieux renseignements sur le salaire des peintres, qui était ordinairement de 12 liv. par semaine, et s'élevait rarement à plus de 5oo liv. par an.
Ces prix étaient proportionnés, du reste, à la finesse des peintures; il y avait quatre divisions bien tranchées
genre couvrir d'or^ à THotel Drouot, des assiettes et des plats que les anciennes fabriques vendaient à vil prix?
Saint-Simon^ qui parlait de la malproprêté de la terre, rirait bien s'il revenait parmi nous : il pourrait voir, occupant la place d'honneur dans plus d'un salon élégant, bien des faïences enlevées aux dressoirs des plus modestes auberges.
Et Molière pourrait répéter, au sujet de certains vases que ne craignent pas d'acheter quelques amateurs de faïences scatologiques , vases bien dignes de figurer parmi les accessoires du Malade imaginaire :
Ils sont bons tout au plus à mettre au cabinet.
dans le travail des peintres, qui était réglé comme suit
dans tous les ateliers :
Le très-fin y bleu ou couleurs, était payé, la grande
douzaine 9 liv. » s.
Le demi-fin 4 »
La broderie, bleu ou couleurs 2 5
Le commun i »
En sommC;, la tocade de la faïence (un récent académicien s'est servi de ce mot) n est qu'une des innombrables manies des collectionneurs. Les assiettes populaires^ et jusqu'aux brocs à cidre n'ontils pas eu tout récemment d'ingénieux historiens? Eh bien, cette tocade a son bon côté : elle conserve pour les siècles futurs bien des reliques du passé, insignifiantes souvent, mais parfois fécondes en renseignements utiles et sérieux.
Et si vous voulez savoir le bonheur que peut donner cette douce manie, lisez d'un bout à Tautre le chapitre du charmant Livre de J. Janin, où le délicat bibliophile raconte comment ce toute une famille d'honnêtes gens a vécu cinquante ans heureuse, libre et contente, au milieu d'une collection de poteries. »