‹ La fayenceChapitre 5 sur 7 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

hantons, Fille du Ciel, l'honneur de la Fayence. {') Quel Art! Dans l'Italie il reçut la naissance, (') Et vint, passant les Monts, s'établir dans Nevers; Ses Ouvrages charmans vont au delà des Mers. Le superbe Plutus, trop fier de sa richesse, Méprisoit de Pallas et le goût et l'adresse : <« L'argent plaît par lui-même, et les riches buffets « A la beauté de l'or doivent tous leurs attraits. » Ainsi parloit ce Dieu privé de la lumière. « Je me passerai bien de ta riche matière, « Dit Pallas; que sert l'or au besoin des humains ? « L'argile la plus vile est prisée en mes mains. » Pallas, dans le Courroux dont son âme est saisie, (^) De deux terres compose une terre assortie,

La prépare avec soin, la place sur le tour, La presse de ses mains qu'elle étend à Tentour ; Elle anime du pied la machine tournante,

Et forme cette argile avec sa main sçavante;

De ce fertile tour (en croirai-je mes yeux !)

Sortent dans un instant cent vases curieux.

Ces vases sont d'abord foibles dans leur naissance ;

Séchant avec lenteur, ils prennent consistance,

(^) Puis, du feu par degrés éprouvant les effets,

Deviennent à la fois plus durs et plus parfaits ;

Ces Ouvrages encor n'ont rien que la figure ;

Il y faut ajouter l'émail =et la peinture,

Cet émail dont l'éclat et la vivacité

Des rayons du Soleil efface la beauté.

Pallas, qui de Plutus dédaigne la richesse,

Compose cet émail par son unique adresse :

(^) Dans i'Étain calciné, dans le Plomb, vil métail,

Joints au Sel, au Sablon, elle trouve un émail ;

Le tout fondu devient plus dur que roche ou brique,

(') Le broyant, elle en fait une chaux métallique.

Un lait, qui n'est -jamais de poussière obscurci ;

Elle y plonge le vase en la flamme endurci ;

Le Peintre ingénieux, de figures légères

Embellit cet émail-, y trace des Bergères ,

Des grotesques plaisans, d'agréables festons,

Des danses, des Amours, des jeux et des chansons,

Des temples, des Palais, de superbes Portiques,

Respectables débris des Ouvrages antiques.

(®) L'illustre Raphaël, des Peintres le Héros,

Raphaël qui traita les sujets les plus hauts,

A daigné quelquefois s'exercer sur l'argile ;

Son immortel pinceau sur un vase fragile

Plaça mille beautés, et, plus habile encor.

Page 1