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et vos codes sont les nôtres; votre système métrique et monétaire est le nôtre; votre langue officielle, votre littérature, vos modes, tout cela est nôtre-, votre Église est notre Église; votre armée, c'est le général Bclliard, à qui vous avez par reconnaissance élevé une statue, qui Fa organisée ; votre constitution, c'est sur la nôtre de 1830 que vous l'avez calquée, et telle qu elle est elle ne nous suffirait plus. Avonsnous besoin d'écrivains, de journalistes, d'artistes, d'ingénieurs, de pamphlétaires? Non : sans déprécier aucunement vos co-nationaux, nous produisons, autant et plus que vous, de tout cela. Qu'avcz-vous donc à nous offrir? Quand les Sabins entrèrent dans l'association de Romulus, ils apportèrent avec eux la religion, les rites, la famille, les lois, la gravité patricienne et des mœurs laborieuses. Certes, nous ne dédaignerions pas une réforme : avez-vous caractère pour une telle mission? Beaucoup de gens parmi nous croient et espèrent en un évangile social : mais la Belgique tout entière, à cette heure, proteste contre lui-, vous-même, Boniface, qui autrefois juriez par Fourier, vous jurez contre Fourier et contre tout socialisme . ce sera à nous de vous spùTWï un /jour la sociale. Seulement, n'ayez crainte: cela se (d erd ïsgps..- an n eStfon .
Au poinlflc \îjb économique, je ne veux pas de l'annexion : Jbelg^et céla fâVir deux raisons très-graves : la première, 'à^quolj^Belgique, tout en partageant nos charges, les fersuTêncore augmenter-, la seconde est que les intérêts devenanfese^daires, ce n'est pas la Belgique qui pourrait
à la France, c'est la France qui serait salue.
de notoriété, — c'est une chose dont on
— lit —
peut s'assurer par la comparaison des différents budgets de l'Europe, — que les frais généraux des Etats ne diminuent pas en proportion de leur accroissement, ils augmentent, * $u contraire, en raison de cet accroissement. Par exemple, dans le canton de Vaud, dont la population est de 200,000 habitants, l'impôt est de 15 francs par tête ; en Belgique, où la population est de près de 5 millions d'âmes, il est de 30 francs ; en France, où Ton compte 37 millions de contribuables, il est de 54- francs. Joignez la Belgique à la France, vous obtiendrez par la péréquation de l'impôt, mais pour quelques années seulement, une diminution légère \ puis l'impôt, suivant sa loi de progression, s'élèvera rapidement à 60 francs. Voilà ce que nous aurions gagné à l'incorporation. La théorie des frais généraux, qui consiste en ce que dans toute entreprise les dépenses générales ou improductives restant à peu près les mêmes, tandis que la pro^ duction et les dépenses, matières premières, instruments et salaires qu'elle nécessite, augmentent, la proportion des premières décroît sans cesse, cette théorie n'est pas vraie pour les États. Et la raison en est simple, c'est que le traitement des fonctionnaires, les frais de décor, représentation, voyages, etc., se règlent, non sur le besoin qu'on en a et la valeur réelle des services, mais d'après l'importance de la population, souvent même d'après un idéal de grandeur et de majesté qui excède la population. La liste civile du roi Léopold est de 2,700,000 fr., soit par tête 0 fr. 54 centimes; — la liste civile de Napoléon III est de 25 millions, ce qui donne par tête 68 centimes. Un ministre, en Belgique, reçoit 20,000 francs de traitement; en France 100,000. L'indemnité allouée au représentant du peuple, en Belgique, est de
4:\0 francs par mois; en France de 750. Je crois même qu'elle a été portée pour l'année à'10,000 francs. Réunissez les deux États, ce sera, pour l'Empereur, 30 millions; pour le ministre 120,000 francs, pour le représentant 15,000 : voilà tout le mystère. Seriez-vous aussi fâché que vous en avez l'air, Joseph Boniface, de voir tripler, par l'annexion, vos appointements? Raisonnez du matériel comme du personnel : et quand vous aurez calculé ce que coûtent la gloire des agglomérations, les nécessités de la centralisation, l'orgueil de la prépotence, le prestige dynastique et la loi de majesté, vous vous direz que cinq millions d'âmes de plus ajoutées à l'Empire rendraient le hudget intolérable, et que si le territoire et la population augmentaient de 50 p. 7°> l a nation ferait aussitôt banqueroute.
En ce qui touche les intérêts privés, il n'est pas moins incontestable que si, en Belgique, on trouve proportionnellement plus de grosses fortunes qu'en France, le paupérisme est aussi proportionnellement plus profond ; que la richesse tant mobilière qu'immobilière, par famille et par tète, est moindre dans le premier des deux pays que dans le second, et le revenu moindre aussi; de sorte que si l'on réunissait ensemble le doit et l'avoir des deux peuples, et que l'on cherchât ensuite la quote-part de chaque individu, c'est le Belge qui aurait gagné et le Français qui perdrait. C'est ainsi que l'Algérie et la Savoie coûtent plus à la France qu'elles ne lui rapportent : l'annexion de la Belgique serait une déception de plus. Ce que je.dis ici n'est peut-être pas d'une charité exemplaire : mais, franchement, nous ne sommes pas assez riches, à cette heure, pour nous montrer prodigues, et il est bien que chacun nourrisse ses pauvres.
Plaçons-nous au point de vue du progrès politique, de l'état général des esprits et de leurs aspirations vers l'avenir. Je vous ai dit que la situation présente du peuple français était une crise de transition, et que le but vers lequel nous tendons dépasse de beaucoup Tordre de choses créé par les chartes de 1814 et 1830. Il s'agit de savoir si le système politique, si le degré de l'opinion en Belgique pourraient nous aider en quelque chose.
Je vois en Belgique, sur une population de près de 5 millions d'âmes, deux tiers de catholiques et un tiers de soidisant libéraux, tant vieux que jeunes. J'établis ma proportion, non sur le rapport des deux partis dans les chambres, puisque le droit électoral n'est accordé qu'aux censitaires payant au moins quarante francs de contributions, mais sur l'affinité naturelle qui existe entre la religion et le paupérisme, entre l'Église et la plèbe, là où celle-ci n'est pas devenue socialiste ou révolutionnaire. De républicains, il n'existe pas parmi vous un sur dix mille; des socialistes, néant. Réunissant donc les catholiques et les libéraux de Belgique aux partis correspondants de France, la population belge étant le huitième de la population française, le parti clérical et le parti doctrinaire se trouveraient renforcés, dans la France agrandie, dans la proportion de douze et demi pour cent, et nous aurions rétrogradé du ministère de M. de Persigny à celui de M. Guizot.
Achevons le tableau.
Naturellement, Wallons et Flamands se montreraient, au moins dans les commencements, sujets peu soumis. La permanence des armées contre le dedans aussi bien que contre le dehors, serait donc maintenue : on vous enverrait gar-
njsop française, qui vous fusillerait sur vos places si vous bronchiez, pendant que vos soldats, incorporés dans nos régiments, fusilleraient de leur côté, le plus bénignement du monde, et non sans une certaine volupté peut-être, nos émeutiers. En même temps, joignant la séduction à la force, on attaquerait dans l'imprenable citadelle de vos consciences ce patriotisme aujourd'hui si brûlant. Alors, Joseph Boniface, reprenant à votre manière les considérations que je fais passer en ce moment sous vos yeux, et les développant dans une de ces brochures qui font les délices de vos amis les libéraux de Bruxelles, vous expliqueriez à vos concitoyens, avec des paroles pleines de tendresse et de chaleureux dévouement, que la fatalité est inévitable et les voies de la Providence impénétrables -, que la résignation à la volonté de Dieu est la vertu du sage-, qu'après tout, les annexions ne sont pas sans consolations, puisque, matériellement, celle de la Belgique à la France serait plus profitable à la première qu'à la seconde, et qu'au point de vue moral et politique elle assurerait le triomphe de vos opinions. Vos confrères de la presse libérale, toute la bohème belge, faisant chorus avec vous, recevraient des emplois, des décorations, des pensions ; vous seriez, pour votre excellent esprit, décoré de la propre main de l'Empereur, gratifié d'une sous-préfecture, ou élu par vos concitoyens, avec la recommandation de l'autorité, au Corps- Législatif; vous recevriez 1,250 francs par mois d'indemnité au lieu de 450, et comme il ne s'agit que de prendre les choses du bon côté, vous seriez, après votre ralliement, député aussi populaire, patriote aussi inflexible, que le jour où vous sonniez la charge contre les Français.
Je connais votre titre, Bonifuce ; je sais de quel esprit vous êtes, et je viens de tracer votre horoscope. Je ne l'ai pas cherché dans les astres -, je l'ai lu tout au long à chaque page de votre pamphlet. Les simples vous admirent, éblouis de vos tirades; mais moi, qui ai étudié les mystères de la conscience dans ses rapports avec la rhétorique; moi, qui sais à quel point celui qui cherche à déguiser sa pensée sous sa parole réussit le plus souvent à se trahir, je vois aussi clair dans votre âme que sur mon papier. Vienne cette annexion, dont vous jouez en ce moment comme d'une cymbale, et Ton vous verra, toujours par patriotisme, fléchir le premier le genou et incliner le front devant votre nouveau souverain. Tandis que moi, après avoir été, grâce à vous, honni en Belgique comme annexionniste, je serai banni de l'Empire, sur votre dénonciation, comme séparatiste. — « Cet homme, direz-vous, nous lavions mal jugé. C'est le génie de la division. N'a-t-il pas écrit : Dieu y cest le mal; La propriété, c'est le vol; Le meilleur des gouvernements, c'est V anarchie? Or, l'Empire, c'est l'unité, c'est la centralisation, c'est l'annexion. Comment lui, athée, ennemi de Dieu, le grand un, serait-il partisan de l'Empire unitaire? Comment, accusateur de l'Eglise une et catholique, aurait-il défendu la suprématie du Pape? Comment ce partageux, qui ne cesse de poursuivre le monopole, l'accaparement, le privilège, et de calomnier la propriété, aurait-il été un annexionniste?... »
N'attendez pas jusque-là, Boniface, pour me rendre justice. Faites-le dès maintenant : vous le pouvez sans perdre le fruit ni de votre patriotisme présent, ni de votre future soumission. Convenez que ce dont je ne veux pas pour l'Italie
- HG —
et que vous soutenez de toute la force de votre éloquence, je n'en veux pas davantage pour la France et la Belgique» je n'en veux à aucun point de vue et pour aucun pays. Toute annexion, selon moi, de sa nature est mauvaise, corruptrice, principe de despotisme, cause de déficit, utile seulement à ces grands acteurs dont le génie étoufferait dans une confédération de villes libres, et à qui il faut des empires de quarante millions d'hommes.