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DES CANADIENS-TRANCAIS 127
Peut-être n’a-t-on pas oublié qu'il y a deux ans, à Montréal, ces derniers forcèrent, par leur attitude menaçante, le commandant d'un vaisseau de guerre allemand qui, pour l'anniversaire de Sedan, avait fait pavoiser son bâtiment, de cesser sur l'heure touté démonstration blessante pour la France.
Personne parmi nous ne saurait s'étonner de voir les Canadiens des Etats-Unis engagés dans une alliance avec les Allemands, puisque, par suite d’un singulier contraste avec ce qui se passe en Europe, cette alliance est précisément conclue dans l'intérêt de la nationalité française et de la religion catholique.
L’entente fructueuse que nous venons d'indiquer à fortifié la cause de nos compatriotes en cour de Rome, dans la plupart des cas où ils y élevaient des réclamations contre les atteintes portées à leurs usages religieux, inséparables de leurs prérogatives nationales.
Comme on le voit, c'est à leur Association Saint-Jean-Baptiste, c’est aux sages mesures prises par elle pour la défense de leurs intérèts, que les Canadiens des Etats-Unis doivent de ne pas avoir été absorbés et dénationalisés, depuis longtemps déjà, par l'élément anglo-saxon de ce pays.
Ferdinand Gagnon poursuivit, avec une indomptable énergie, jusqu’à sa mort, survenue en 1586, son œuvre admirable, que ses successeurs ont encore développée.
Aujourd'hui, on compte aux Etats-Unis environ quatre cents sociétés Saint-Jean-Baptiste qui sont unies par le lien fédératif le plus solide, et nomment régulièrement des délégués à des conventions qui se tiennent, à date fixe, dans l’une ou l'autre des grandes villes de l'Est américain. Ces sociétés obéissent avec une discipline parfaite aux décisions prises, dans leur intérêt commun, par les conventions qu'elles ont élues.
En présence des résultats féconds obtenus au Canada et aux Etats-Unis par l'Association Saint-Jean-Baptiste établie dans chacun de ces pays, il était facile de comprendre quelle force immense la nationalité française pouvait reurer de l'union de ces deux fédérations.
Nous allons voir que d’éminents patriotes sont parvenus à la réaliser.
GÉNÉRALE DES GANADIENS- FRANÇAIS DE L AMÉRIQUE BRITANNIQUE ET DES ÉTATS-UNIS
Ce fut Ferdinand Gagnon, le fondateur de l'Union nationale des Canadiens-Français ces États-Unis, qui prit l'initiative d'une alliance
entre tous ses compatriotes du nouveau monde, en soumettant, en 1880, puis en 1884, aux délégués des Sociétés Saint-Jean- Baptiste du Dominion et de l'Union américaine, le projet d'une fédération générale.
Malheureusement, ces délégués ne purent s'entendre, parce que les uns voulaient restreindre, les autres favoriser l’'émigration canadienne aux États-Unis, et que personne ne consentait à transiger sur ce point.
Aussi, en présence de difficultés sans cesse renaissantes, les plus ardents partisans de l'alliance tommençaient-ils à se décourager, lorsqu’en 1886, l’année mème où mourut Ferdinand Gagnon, la Fédération française du Canada choisit comme président l'une des personnalités les plus marquantes de ce pays. M. Adolphe Ouimet, bien connu en Amérique, non seulement comme ardent patriote, mais encore COMME littérateur de grand talent.
On lui doit, en effet, un certain nombre d'ouvrages fort intéressants, écrits dans une langue excellente et qui ont obtenu le
lus vif succès. Il a, notamment, publié sur la guerre entreprise, en 4885, par les Anglais contre les métis, des pages très documentées dans lesquelles il s’est révélé historien hors ligne.
Dialecticien émérite, orateur éloquent, M. Ouimet était plus à mème que tout autre de conclure enfin cette alliance générale des Sociétés Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, si ardemment souhaitée par tous les patriotes, mais qui rencontrait tant d'obstacles.
IL prouva que cette lourde ‘iche n'était ças au-dessus de ses forces. Sans retard, il élabora, avec l'aide d’un comité nommé par les sociétés nationales du Dominion, un projet d'alliance qui donnait, dans la limite du possible, satisfaction aux intérêts les plus opposés, puis il attendit l'occasion de le soumettre à l'approbation des délégués américains.
Justement, sur ces entrefaites, les Canadiens des États-Unis invitèrent la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal à prendre part à la grande convention nationale qui devait avoir lieu à Rutland, dans l'État de Vermont, en juin 1886.
Cette invitation fut naturellement acceptée et la Société de Montréal décida que le comit
projet d'alliance assisterait en corps à la convention. Cette assemblée s’ouvrit avec la plus grande solennité, et fut l'occasion d’une imposante manifestation nationale.
Eu ellet, 650 délégués, choisis parmi les citoyens les plus notables de la population franco-américaine, y représentèrent dix États de la grande république et S00 000 de leurs concitoyens.
Le premier soin du congrès fut d'examiner le projet d'alliance
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élaboré par le comité de Montréal, et qui offrait un intérêt si exceptionnel pour l'avenir de la race française en Amérique. À l'unanimité, les délégués l’adoptèrent sans changement, tant il correspondait bien aux aspirations de tous les intéressés.
Ainsi, grâce à leur tact et à leur habileté, M. Ouimet et ses collaborateurs réussirent à aplanir les difficultés qui avaient jusqu’alors retardé la conclusion définitive de l'alliance, et paraissaient, à première vue, presque insurmontables.
Ce sera, pour ces éminents patriotes, un éternel honneur et un titre impérissable à la reconnaissance de leurs concitoyens.
La « résolution » votée par le congrès portait que la fédération générale, ainsi créée, prendrait le nom d’A/ance nationale des Sociétés Saint-dean-Baptiste d'Amérique, et aurait pour but, comme les fédérations particulières du Dominion et des États-Unis, de favoriser l'essor de la nationalité française et de la religion catholique dans le nouveau monde.
A cet effet, elle devait principalement s'appliquer à créer de nouvelles paroisses françaises, à fonder des écoles où l’enseignement serait exclusivement donné dans notre langue, à pourvoir de prêtres, de médecins, d'artisans appartenant à notre race, les centres de population canadienne, à aider les Français dans leurs essais de colonisation dans le Dominion ou aux États-Unis, ct, par contre, à leur fournir, le cas échéant, des secours pour reyenir au pays natal.
Ainsi se trouvaient aplanies les difficultés relatives à la colonisation ct qui avaient, en grande partie, amené l'échec des négociations antéricures.
L'Alliance comprenait trois divisions territoriales : la province de Québec, les autres provinces du Dominion, les Etats-Unis.
L'administration de chaque division devait appartenir à un bureau élu par les délégués des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, et la direction générale de l'Alliance était confiée à un comité exécutif investi des pouvoirs les plus étendus et nommé par les membres des bureaux divisionnaires.
Enfin, le congrès désignait le 24 juin de chaque année comme jour de fête nationale, et fixait à Montréal le siège de la Fédération.
Telles furent les principales conditions du traité d'union conclu en 1886, ct toujours en vigueur.
Depuis cette date, plusieurs autres congrès sont venus consolider l'édifice dont l'assemblée de Rutland avait posé les premières assises.
Ainsi, en 1888, à Nashua dans le New-liampshire, la 17° convention des Canadiens-Français des Etats-U»\" acclama de nouveau 25 aour 1897. A4
le principe de l'alliance générale, ct prit diverses mesures dans le but de hâter son organisation effective.
Dans cette convention figuraient 1100 délégués représentant tout à la fois onze Ftats de l’Union américaine, 360 Sociétés nationales et une population française d’un million d’âmes. Parmi ces délégués, on remarquait 90 membres du clergé catholique, 25 propriétaires-rédacteurs de journaux français, et un grand nombre de citoyens occupant de hautes situations.
Enfin, l'importante convention tenue à Chicago, en 1893, à permis de concevoir les plus brillantes espérances sur l'avenir de l'Alliance nationale.
Toutefois, l'organisation de cet immense syndicat est tellement compliquée, qu'il ne fonctionne pas encore aussi régulièrement qu’on pourrait le désirer.
Comment pourrait-on s'en étonner quand on songe que la Fédération englobe des milliers de sociétés, qu’elle étend son action sur toute l'Amérique du Nord et que, sauf dans la province de Québec, les centres de population française sont isolés et souvent séparés les uns des autres par des distances considérables ?
En tous cas, l'Alliance existe, et son organisation définitive, son fonctionnement régulier, ne sont plus qu'une question de temps.
Tiers de leur œuvre, les Canadiens de l'Amérique britannique et des Etats-Unis désirent vivement qu’elle soit connue : appréciée en France comme elle mérite de l'être.
« Faites-nous bien connaître en France, écrivait dernièrement à l'auteur de ces pages l’un des plus hauts dignitaires de l'Alliance Saint-Jean-Baptiste. Faites bien connaître notre œuvre à tous les Français, car si notre ancienne mère-patrie voulait bien s'occuper de ce que nous faisons, nous nous sentirions puissamment encouragés, et la réussite complète de notre gigantesque entreprise serait, à nos yeux, tout à fait assurée. Il ne faut pas que le vieux pays se désintéresse de ses fils d'Amérique. »
Que les Canadiens ne concoivent aucune crainte à cet égard; qu'ils soient bien assurés que le « vieux pays » applaudira toujours avec émotion aux efforts qu'ils font pour conserver leur religion, leur langue, leurs institutions.
La France admire et encourage de ses vœux les plus ardents les vaillants patriotes qui, en créant l'Alliance générale des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, ont groupé trois millions d'hommes autour du même drapeau, du drapeau tricolore qui est, comme Île nôtre, celui de tous les Canadiens-Français.
Caniille DEROUET.