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À quelle cause faut-il attribuer la désuection des habitants de la province de Québec pour le sol de leur pays, si connu pour sa fertilité, et leur émigration en masse aux États-Unis?
À une raison bien simple, à la difliculté que Îles cuitivaieurs, qui forment la grande majorité de la population française du Canada, y rencontrent pour vendre leurs récoltes.
En effet, par suite du régime protectionniste en honneur aux États- Unis, le marché américain leur est à peu près complètement fermé, et, d'autre part, ils écoulent difficilement leurs produits en Europe.
Ils préfèrent donc gagner au loin de bons salaires comme ouvriers de fabrique, plutôt que de vivre misérablement dans leurs fermes du Canada.
Sobres, laborieux, polis, moins exigeants à tous égards que les travailleurs yankees, ils sont très recherchés par les industriels américains. Mais, loin de rester isolés sur la terre étrangère et de se noyer dans les flots de la population anglo-saxonne les Canadiens-Français émigrés aux États-Unis se groupent les uns avec les autres, forment des centres de population à part, des centaines de petites républiques, et conservent avec un soin jaloux leur religion, leur langue, leurs institutions.
lis s'organisent par paroisses, possèdent des églises à eux seuls, des écoles particulières, n'acceptent que des prêtres, des médecins, des instituteurs d’origine française, et n’achètent qu’à des compatriotes les objets nécessaires à leur subsistance. Enfin, ils ne lisent guère que les journaux spécialement rédigés pour eux dans notre langue.
Dans chaque paroisse, le curé gère presque sans contrôle les biens de son église, surveille les écoles, rédige les actes de l'état civil, sert d’arbitre dans les différends d'intérêts survenus entre les habitants, cumulant ainsi, en dehors de ses attributions sacerdotales, les fonctions d'inspecteur de l’enseignement primaire, de maire, de juge de paix.
Dans les campagnes, les Ganadiens-Français éloigaent par leur étroite cohésion les Yankees de leurs villages; dans les villes, ils se groupent dans un seul quartier que les Américains eux-mêmes appellent le quartier français.
En un mot, ils imitent un peu ces fils du Céleste-Empire qui vivent d’une existence à part dans les pays étrangers, et n’entretiennent avec les populations qui les entourent que les rapports de voisinage strictement nécessaires.
Actuellement, les colonies canadiennes des États-Unis, puisant sans cesse de nouvelles forces dans leur propre développement et
dans l'immigration, forinent la majorité dans différentes villes manufacturières de l’Union amérisaine et constituent un dixième de la population des États où elles ont pénétré.
Enfin, les différents centres canadiens de la grande république sont reliés entre eux par une fédération puissante, semblable à celle qui existe dans le Dominion, et dont le but est également de défendre la religion catholique et de maintenir parmi les émigrés la langue et les institutions françaises.
L'initiative de cette fédération fut prise, il ; a un quart de siècle, par Ferdinand Gagnon, un des plus vaillants champions de notre race et de notre religion sur la ierre d'Amérique.
Animé d’un ardent patriotisme, orateur entraînant, écrivain distingué, Ferdinand Gignon commença par fonder, en 1872, un grand journal, le Travailleur de Worcester, dans lequel il se fit l’éloquent apologiste de l'union fédérative qu'il projetait de créer. Ensuite, quand son idée fut devenue populaire, il entra résolument daas la période d’action.
Partout, à sa voix, les groupes de Canadiens disséminés dans les villes et les campagnes de la Nouvelle-Angleterre et de l'État de New-York, formèrent des sociétés patriotiques établies par paroisses sur le modèle de celles qui fonctionnent au Canada, et placées comme ces dernières sous la protection de saint Jean-Baptiste.
Quand ces sociétés furent suffisamment nombreuses, elles nommèrent un congrès qui établit entre elles les bases d'une ass0ciation nationale.
Ce congrès décida, notamment, qu'à l'avenir une assemblée générale des délégués des Sociétés Saint-Jean-Baptiste des États- Unis se réunirait périodiquement pour veiller à la défense des droits de la nationalité française trop souvent mis en péril.
Le foit est que les Américains voient d'un très mauvais œil les efforts tentés par les Ganadiens pour résister à ‘assimilation anglo-saxonne, et combattent le plus possible leurs tendances pe ‘‘cularisies.
Ainsi, les gouvernements de plusieurs Etats font ouvertement la guerre aux émigrés français, et opposent toutes les entraves possibles 2a développement de leur autonomie.
Fans le Maine, par exemple, des lois antiibérales ont été votées pour forcer les Ganadiens à envoyer leurs enfants aux écoles publiques et à y recevoir une éducation exclusivement américaine.
La Fédération s'applique sans relâche à dissiper les injustes préventions des Yankees contre Îes Français, à faire abroger les lois nuisibles aux intérêts de ces derniers et à prévenir toute mesure nouvelle qui leur serait contraire.
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On est heureux de constater, que souvent elle réussit dans cette tâche difficile.
Parmi les plus redoutables ennemis des Canadiens des Etats- Unis, on doit compter en première ligne les Irlandais, établis, comme on le sait, en nombre considérable dans le nouveau monde depuis un demi-siècle.
[ls sont d'autant plus à craindre pour nos anciens compatriotes, qu'ils poursuivent contre eux une guerre acharnée toit à la fois sur le terrain politique et sur le terrain religieux.
Par une inexplicable aberration, alors que, pour de si nombreux motifs, ils devraient se montrer les plus fidèles amis des Français, jamais ces fils dégénérés d'O’Connel ne manquent de s'unir aux descendants des anciens colons anglais pour porter atteinte aux institutions canadiennes et nuire à l'enseignement de notre langue.
Les prêtres et les évèques d’origine irlandaise, qui forment l'élément le plus considérable et le plus influent du clergé catholique d'Amérique, se font particulièrement remarquer par leur hostilité à l'égard de notre nationalité.
Ainsi, l’épiscopat irlando-américain s'efforce d'empêcher la création de paroisses françaises, refuse sans motifs plausibles de nommer des prêtres de notre race dans les centres canadiens, et cherche à imposer à nos compatriotes l’usage exclusif de la langue anglaise pour la confession, le catéchisme, la récitation des prières. Enfin, il encourage de toutes ses forces les mariages entre émigrés et indigènes.
On ne saurait oublier que le dernier congrès catholique des Etats-Unis qui eut lieu à Baltimore en 1890, et qui était en grande majorité composé de prêtres irlandais, s’éleva très vivement conire les tendances particularistes des Canadiens, et fit tous ses efforts, sans résultat d’ailleurs, pour déterminer nos compatriotes émigrés dans l'Union américaine à renoncer à leurs conventions nationales.
C'est l'archevêque de Saint-Paul, dans l'Etat de Minnesota, Mgr Ireland, dont le nom seul indique l'origine, c’est ce prélat bien connu en France, où il est venu, il y a quelques années, exposer ses doctrines démocratiques sur le rôle du christianisme dans la société moderne, qui se montre l'un des adversaires les plus résolus de notre nationalité aux Etats-Unis.
S'il est vrai que Mgr Ireland aime les Canadiens, comme "n $e plait à le répéter, il faut reconnaitre qu'il les affectionne à sa manière, en s'efforçant de les américaniser par tons les moyens possibles. C’est principalement en leur faisant perdre l'usage de leur langue qu'il espère obtenir ce résultat.
Précisément, le Catholic World Magazine, de New-York,
organe du clergé irlando-américain, a publié, dans son numéro du mois de mai dernier, un article dans lequel il préconise l'unification des différentes races établies dans l'Amérique du Nord, engage les prètres et l’épiscopat catholiques à collaborer activement à cette œuvre, et applaudit aux efforts qu'ils ont déjà tentés dans ce sens.
A propos de Mgr Ireland ct de la tâche qu’il s’est particulièrement imposée d’américaniser Îes catholiques n’appartenant pas à la race anglo-saxonne, le Catholic World Magazine s'exprime ainsi : « L'archevèque Ireland à accepté cette tâche aussi délicate que nécessaire dans la pleine mesure du devoir d'un citoyen patriote, et n’a pas hésité, pour amener ce résultat, à employer l'influence que lui donne sa position et son autorité dans l'Eglise. »
L'attitude hostile du clergé irlandais à l'égard des Canadiens émigrés aux Etats-Unis a amené, de la part de ces derniers, non seulement les plus vives protestations, mais encore des actes de rébellion contre l'autorité diocésaine. Ainsi, des prètres d’origine anglo-saxonne ont été chassés des paroisses où ils avaient êté nommés, et ces paroisses sont restées longtemps Sans desservants.
Les luttes auxquelles l'hostilité de l'épiscopat irlandais donna naissance prirent même, dans certaines localités, notamment à Fall-River, un caractère tellement aigu, qu'elles finirent par jeter le trouble dans le monde catholique d'Amérique.
Dans ce déplorable conflit, l'Association Saint-Jean-Baptiste sut rendre à la cause française un immense service, en assurant la défense des Canadiens en cour de Rome.
Pour arriver à ce résultat, les hommes les plus marquants de la Fédération provoquèrent, sur le terrain religieux, l'alliance des Français avec les catholiques d'origine germanique.
Cette alliance était toute indiquée, parce que les Allemands d'Amérique exercent à Rome une influence considérable qui contrebalance celle du clergé irlandais.
Très puissants dans certains Etats de l'Union américaine, ils sont généralement desservis par des prêtres de mème origine qu'eux, possèdent plusieurs évèques de leur nationalité et entendent, eux aussi, conserver leur autonemie religieuse.
Momentanément réunis par des intérèts identiques, Francais et Allemands se sont donc tendu la main sur la terre d'Amérique.
Cette alliance n'indique d’ailleurs nullement que nos frères du nouveau monde aient oublié leur origine première, et soient devenus indifférents aux malheurs subis par la France en 1870.
Les Canadiens établis aux Etats-Unis ont conservé, pour leur ancienne mère-patrie, un attachement égal à celui dont leurs congénères du Dominion font preuve à notre égard.
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