‹ La FédorChapitre 18 sur 26 · ET NOUS TRINQUONS A I.A PROVENCE · texte numérisé non relu

ET NOUS TRINQUONS A I.A PROVENCE

Les Sanguinaires 207

« C'est pas la négrrure « C'est pas ça qui le fait pleurer, a C'est que l'imposture

« Du vieux péché.

Là-dessus, rasades nouvelles suivies d'un autre Noël, l'arrivée des bergers et leu offrande au petit Jésus :

Ils laissent à terre deux ou trois bons fromages Ils laissent à terre une douzaine d'œufs ; Joseph leur dit : Allons, so3'ez bien sages, Tournez-vous-en et faites bon voyage.

Bergers Prenez votre congé.

Nos voix montent, sonnent sous les voûtes, et à mesure c'est dans tout mon être une douceur, une détente. Ces chansons, ce vin du pays... Je ne suis plus au phare des Sanguinaires, mais dans la cuisine d'un grand mas de Provence, aux murs crépis, au sol pavé de larges dalles. Dehors, au lieu des huées du vent et de la mer, je distingue très bien dans la nuit d'hiver le carillon de la messe de minuit. Je me figure, derrière les vitres allumées, les ombres qui passent et repassent. Des nuées

Les Sanguinaires

d'étincelles montent des toits en fête et vont se perdre dans le ciel froid, criblé d'étoiles.

Allègre! allègre! Que Notre-Seigneur nous allègre !

La chanson est finie. Le vieux Trophime

Les Sanguinaires 209

s'est levé, détendu, lui aussi, et rayonnant. Il taille une tranche de pain, du beau pain de Noël qui embaume l'anis et la pâte chaude, remplit à ras bords un verre de vin doré, pose le tout sur une assiette et clignant vers moi ses petits yeux bridés :

« Dinelli dort trop bien pour qu'on le réveille, mais l'autre, le Bertolo, sa pipe lui donne soif... Je m'en vais trinquer avec lui. »

Brave homme! J'entends ses lourdes bottes monter le petit escalier, puis le vitrage de la lanterne qui s'ouvre, et des rires, des éclats de voix heureuses dont le phare n'a pas l'habitude. Ils boivent, là-haut; faisons comme eux. Allègre! allègre! Sur le rocher des Sanguinaires, Noël a tué la haine, au moins pour toute une nuit.

iS.

Le Brîse-Cailloux

Le Brise-Cailloux

Lorsqu'après Waterloo, l'Empereur Na poléon passa à l'île d'Aix, à la veille de se livrer aux Anglais, un lieutenant de vaisseau nommé Vildieu lui proposa de l'emmener en Amérique, à travers les lignes anglaises. Ce Vildieu était un bonapartiste ardent, excellent marin, ayant tout spécialement étudié la direction des petites embarcations en pleine mer; il répondait de son Brise-Cailloux et se chargeait d'aller avec lui jusqu'au bout du monde.

L'Empereur l'écouta longuement, marchant à grands pas sans rien dire ; à la fin,

Page 1