‹ La Fédor; pages de la vie. Illus. de FabrèsChapitre 14 sur 32 · GARDANT LEURS BÊTES, JOUER ENTRE EUX A LA SCOPA · texte numérisé non relu

GARDANT LEURS BÊTES, JOUER ENTRE EUX A LA SCOPA

Les Sanguinaires 173

par les feux intermittents d'un grand phare. au li un. en face de moi. Soudain une main se posa sur mon épaule, et j'entendis la voix railleuse du papa Yogin. un des anciens du Cercle, qui avait connu .Mérimée :

— Eh bien, monsieur le continental, que regardez-vous avec cette attention r

— Je regarde la lumière du phare, monsieur Yogin. elle me fait envie.

Les minces lunettes du bonhomme filtrèrent un sourire de malice et de compréhension.

— C'est vrai que vous seriez mieux là pour travailler qu'à Ajaccio.

Et tout de suite il ajouta :

— Le phare des Sanguinaires est dans mon service d'ingénieur. Il s'y trouve une chambre, que j'occupe quand je vais en inspection. Disposez-en si le cœur vous en dit. Justement, demain matin, la barque des Ponts et Chaussées va porter là-bas les vivres réglementaires et le gardien de rechange. Partez avec elle. Je vous donnerai une lettre pour le gardien chef. Dans dix jours, la barque retournera aux Sangui-

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naires, elle fait le voyage trois fois par mois. Si au bout de dix jours la solitude vous ennuie, vous reviendrez. Dans le cas contraire, vous resterez au phare aussi longtemps que cela pourra vous être agréable. Le lendemain, au point du jour, la chaloupe m'emportait avec mon bagage. Au départ, il faisait un temps radieux, mais vers midi, la tramontane se leva et, pendant plus d'un mois, souffla dans la même trompette. Le phare devint inabordable, j'étais bouclé. A plusieurs reprises, la barque des Ponts et Chaussées parut au large de l'île, montrant sa carène blanche sur la mer soûles ée. Nous échangions des gestes désespérés, des paroles dispersées par le vent. Tout le mois de décembre et la première semaine de janvier se passèrent ainsi. La réclusion, à la longue, me semblait lourde. Eparpillé dans l'infini du ciel et de la mer. je ne travaillais guère plus qu'à Ajaccio. A peine si j'avais le courage de jeter mes impressions de chaque jour sur un de ces petits cahiers qui, déjà dans ce temps-là. m'accompagnaient partout; notations ra-

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