PHARAMOND, GHISLAIN, G1SETTE
PHARAMOND, parlant aux villageois pendant qu'ils sortent.
, C’est ça, mes enfants : allez au-devant de M. le majordome, car il représente aujourd’hui monseigneur le comte Magnus, notre haut et puissant maître, et il vient tout exprès de sa part pour faire un discours aux fiancés. C’est un honneur dont je suis fier, j’ose le dire... (a quelques-uns qui sont restés.) Quant à
vous, camarades, un dernier verre de bierre, afin de vous disposer à écouter convenablement le discours du vieux majordome, quoiqu’il ne doive vous servir à rien, (il les conduit à sa maison dans laquelle il les fait entrer comme s’il allait les suivre. Revenant sur ses
pas.) Le plus beau jour pour un père est certainement celui où il se débarrasse de sa fille. Vois-tu, Ghislain, ce n’est pas pour dire, mais c’est une riche affaire que tu fais là, en épousant Gisette. (i.s montrant.) C’est petit, c’est mince, ça ne paye pas de mine; mais c’est vif comme un écureuil, franc comme le cœur d’un jeune chêne, et gai comme nos buissons au mois de mai. Ça rit dès le matin, ça flâne toute la journée, ça ne demande qu’à jouer et à ne rien faire. Aussi son départ va me causer un bien grand vide! C’est égal : c’est un beau jour! (il va pour rentrer chez lui.)
GHISLAIN, le retenant.
Et vous lui reconnaissez quarante écus d’or en la mariant?
PHARAMOND
Ce n’est pas moi, c’est la comtesse, sa marraine, qui les lui
donne. (Fausse sortie.)
GHISLAIN
Avant son décès?
PHARAMOND
De qui?
GHISLAIN
De la comtesse.
PHARAMOND
Mais ce soir, bêta! à minuit !.. après le mariage,qui aura lieu par faveur dans la chapelle du château, (il entre chez lui.)
GHISLAIN, se frottant les mains.
Tout de suite après? comptant? quarante écus d’or!., je vais être richeül... (Allant tout joyeux à Gisette.) Ah! mais, dites donc, Gisette, si c’est comme ça, et que vous aimiez à rire, il ne faudra
E as vous gêner avec moi. (cisette rit.) Si vous aimez à jouer, eh ieil ! IIOUS jouerons, (il la pousse légèrement. Gisette lui répuud par un soufflet qui le fait pirouetter.) Oh!., nous jouerons, (il ta pousse de l'autre côté, second soufflet qui le fait rereuir à sa première place.) Oll ! PHARAMOND, sortant de chez lui.
La ! qu’es-ce que je t’avais dit? est-elle gaie?
" GHISLAIN
Ah! mais, Oui. (Ou entend la cloche.)
PHARAMOND
Bon! déjà la cloche! c’est M. le majordome qui arrive! (Appelant.) Ohé! vous autres, dépêchons-nous! Allons, les fiancés en tète ! ...
GHISLAIN
Voilà!... C’est vrai qu’elle est joliment gaie, votre fille.
PHARAMOND
Ah! lu en verras bien d’autres. C’est un beau jour! (ils disparaissent. Cris nombreux et prolongés dans la coulisse : « Vive le majordome! rive les flaucés! s Le théâtre reste vide, la cloche continue de tinter. Tout i coup ou voit apparaître au loin une petite vieille qui se bâte et accourt de son pas le plus pressé.)