‹ La fee Carabosse operacomique en trois actes, avec prologueChapitre 9 sur 62 · ACTE f, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE f, SCÈNE III

Me fait accourir.

D'un futur je sollicite Uo simple baiser ;

Par malheur aucun n’hésite A me refuser.

Entre amants point de querelle,

Pas même un ennui!

Jamais on ne fut fidèle Autant qu’aujourd’hui!

En vain Carabosse,

Au bruit d’une noce Veut se réjouir :

Impuissant désir !

Vieillesse ni bosse,

Rien ne peut partir.

Dois-je dévorer sans cesse Mes chagrins profonds ?

Sans retrouver ma jeunesse > Et mes cheveux blonds?

Bien souvent, les yeux h.umides.

Je gémis tout bas ;

Si mon visage a des rides.

Mon cœur n'en a pas.

Je suis Carabosse :

.Au bruit d’une noce On me voit venir.

Trottiner, courir.

Quand paraît ma bosse C’est que deux amants bientôt vodI s’unir.

Je suis Carabosse,

Le bruit d’une noce Me fait accourir.

Voyons! qui se marie ici? Bast! quelque jeune gars bien infatué de sa future et qui. pas plus que ses devanciers, ne sera tenté du désir de m’embrasser. Que serait-ce donc s’il savait ce

3 ne pourrait lui couler un pareil baiser, et qu’il échangerait souain contre ma vieillesse et mes cheveux gris ses vingt ans et ses joues rosées !.. Oh! c’est alors que j’aurais peu de chance de réussir! Les hommes sont si égoïstes! Mais aussi! m’avoir condamnée à séduire un fiancé! Si c’était un mari, je ne dis pas... Un mari, c’est un lendemain... mais un fiancé ! ce n’est pas même le jour... c’est la veille, et la veille on est toujours fidèle à sa femme, plus ou moins. Allons ! je ne le sens que trop, je m’en retournerai encore cette fois comme je suis venue. (Elle s’anied.) Et pourtant... je n’ai jamais tant soupiré qu’aujourd’hui après mes fraîches années... jamais ! Et quand seule, dans la montagne, il m’arrive d’essayer quelque passage de mes chants bien-aimés... quand l’écho semble les rajeunir pour me les rapporter frais et purs comme autrefois... je sens mes yeux se remplir de larmes et mon cœur s’élancer vers le

\A LA. FÉE CAftABOSSrE.

passé. Le passé... n’est-ce point l’avenir plutôt que je devrais dire?.. L’avenir sans les rides, sans les bosses... tel qu on me l’a promis si ces rides je parvenais à les faire effacer par un baiser, si ces bosses un second fiancé consentait à les acheter... L’avenir rayonnant, heureux, jeune, éternel... avec lui !.. que le hasard un jour a conduit de mon côté, dans la montagne, et qui m’a entendue, et qui revient tous les jours à la même place pour m’entendre encore... Albert! oh! c'est pour lui maintenant, pour lui seul que je voudrais rajeunir, pour lui dont le cœur me cherche, m’appelle, sans que j’ose, hélas! me montrer à ses yeux, pour lui que j’ai... Eh bien! eh bien! si on m entendait !... A mon âge! voilà qui est joli... Ah ! fi 1 fi donc.

Page 1