‹ La feé; comédie en un acteChapitre 13 sur 37 · SCÈNE IY · texte numérisé non relu

SCÈNE IY

Tontes me paraissent se ressembler entre elles an point que je les confonds désormais dans nne commune indifférence. . . Bref ... il n’y a pins à mes yeux qu’une femma sur la terre .... et je ne l’aime pas !

Mademoiselle de Kerdic. — Fort gracieux pour nous^ tout cela. . . .

Le Comte. — J6 n’avais pas l’honneur de vous connaître, remarquez bien. . . . Enfin, ajoutai-je, j’en suis là, mes. amis; il est donc clair que je ne peux plus vivre.

Mademoiselle de Kerdic, versant le café. — C’était clair, en effet, attendu que la vie n’a d’autre fin, évidemment, que de cueillir les fleurs et d’aimer les dames .... Un peu de sucre, monsieur de Comminges ? .... et au bout de. cela, vous ne vous tuâtes point, décidément. ( Elle boit.}

Le Comte, se récriant vivement, avec beaucoup de sérieux * — Pardon!. , .c’est-à-dire je demeurai inébranlable dans ma résolution, et je l’aurais exécutée dès le lendemain^ si cette soirée n’eût eu des suites tout à fait imprévues. . . (Il boit.)

Mademoiselle de Kerdic. — Ah !

Le Comte. — Dans cette suprême expansion des adieux, j’avais osé confier à mes amis une bizarre pensée qui tourmentait parfois mon esprit, et qui touchait à la démence. ... Je songeais souvent en effet que j’aurais voulu vivre au temps de ces heureuses superstitions qui permettaient aux hommes l’espoir d’un amour surnaturel... au temps des dieux et des nymphes .... des génies et des fées. . . .(Il s'exalte.) Je sentais qu’alors je me serais rattaché à l’existence par l’ardente ambition d’une de ces liaisons enchantées qui charmèrent tout à tour les jeunes bergers de la fable et les jeunes chasseurs des légendes .... Oui . . . une fée seule eût été capable encore de me faire espérer, aimer et vivre! (Se levant comme.

inspiré.) Je sentais que mon cœur, assouvi cVamours terrestres, pouvait se ranimer et palpiter encore sous un de ces regards étranges, et plus qu’humains, au froissement de ces robes de vapeur, au contact de ces mains immortelles !

Mademoiselle de Kerdic. — Mais c’est de la folie !

Le Comte , froidement, se rasseyant. — Je vous l’ai dit. — Le lendemain, dans la matinée, comme j’achevais d’écrire mes dernières dispositions, un inconnu remettait chez moi ce billet jDarfumé. (Il tire de son sein un billet qu'il donne à mademoiselle de Kerdic . — François est rentré en scène , et écoute.)

Mademoiselle de Kerdic. — Voyons donc. (Elle lit.) “ Mortel, tu te crois un fou parmi les sages, et tu es un sage parmi les fous. Entre la terre et le ciel, il est une région intermédiaire peuplée d’êtres supérieurs à l’homme, inférieurs à la divinité. Je suis un de ces êtres. Je suis une fée. Tes secrets hommages m’ont touchée. Mon destin m’appelle loin d’ici. Mais de ce jour en trois mois, à la naissance du crépuscule, trouve-toi seul, si tu en as le courage, dans la vieille forêt armoricaine de Brocelyande, près de la fontaine de Merlin. J’y serai.” (En achevant cette lecture , mademoiselle de Kerdic souriL François fait entendre un ricanement singulier. Le comte les regarde. Mademoiselle de Kerdic reprend :) Mais c’était une mystification manifeste ! (François se retire. Ils se lèvent et viennent au milieu.)

Le Comte. — Je n’en doutai pas plus que vous, Mademoiselle, et cependant . . . telle fut la curieuse faiblesse de mon esprit que j’attendis, et que me voici. (Il reprend sa lettre.)

Mademoiselle de Kerdic. — Et êtes-vous venu seul à ce rendez-vous redoutable ?

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