‹ La feé; comédie en un acteChapitre 19 sur 37 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

suis Bas-Breton de naissance, je vous en donne ma parole d honneur Remarquez, Monsieur, qu’il a toutes ses dents A son âge, ça n’est pas

Hector. Morbleu! drôle, te tairas-tu ? Va-t’en si tu as peur !

Mademoiselle de Kerdic. -Bassurez-vous, mon ami • ne voyez-vous pas que votre maître porte tout un arsenal a sa ceinture?. . . .Et à ce propos, monsieur de Mauléon, daignez excuser une provinciale peu au fait du bel usage ; mais est-ce là le costume adopté maintenant à Pans pour emporter d’assaut les boudoirs et les cœurs? Cest commode cela simplifie les procédés

François, de sa voix décrépite.- Eh! eh! c’est cavalier»

(Il remonte un peu le théâtre. Hector les regarde avec surprise.)

Yvonnet.— Es se moquent des armes à feu, Monsieur ... .Je es connais, vous dis-je. . . .je suis né, moi, dans le pays des sorciers et des fées.

François, au fond, d’une voix mâle, en pliant une serviette. — Vous y êtes.

Hector, se retournant vivement. — Qui a parlé? (Mademoiselle de Kerdic travaille tranquillement.)

Yvonnet.— Monsieur, allons-nous-en,— ou ma tête va en craquer.

Hector, s’échauffant.— Stupide poltron!— Je ne serai point dupe. Madame, de puériles jongleries. Je ne partirai pas sans avoir revu sain et sauf un ami qui m’est cher ... je sais qu’il est entré dans cette maison il y a plus d’une heure ....

Mademoiselle de Kerdic.— Et vous a-t-il chargé de IV venir reclamer? S’il a trouvé ici le personnage mysté-

rieux qu’il espérait rencontrer, pensez-vous qu’il vous sache gré de le troubler dans sa bonne fortune ?

Hector. — Le personnage mystérieux?. . .Eh! Madame, je ne crois ni aux fées, ni aux esprits, ni aux tables tournantes, je vous en avertis : il n’y a pas de fée ici, il y a une intrigue — dangereuse peut-être — et dont j’aurai le secret.

Mademoiselle de Kerdic. — Yous ne croyez pas aux fées, monsieur de Mauléon? Si, cependant, je vous donnais la preuve irrécusable que vous êtes en présence d’un de ces êtres supérieurs à l’humanité, que diriez-vous ?

Yvonnet. — Là, Monsieur! me croirez-vous, maintenant! Elle l’avoue .... c’en est une !

Hector, le repoussant. — Je dirais, Madame, je dirais. . . Eh ! c’est impossible !

Mademoiselle de Kerdic. — A deux pas d’ici, je vous donne cette preuve. Je l’épargne à ce garçon qui n’y résisterait pas. ( Elle prend un flambeau.) Suivez-moi, si vous l’osez.

Yvonnet, s'attachant à son maître. — N’y allez pas, Monsieur! sur votre vie en ce monde et sur votre salut en l’autre, n’y allez pas !

Hector, après un peu d'hésitation, repoussant violemment Yvonnet. — J e vous suis ! ( Mademoiselle de Kerdic sort par

la porte latérale de gauche, Hector la suit.

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