SCÈNE I
Le Comte, fixant sur lui un regard attentif. — Que veuxtu dire?
François, son accent de vieillard se marque d’une nuance de fermeté dans cette fin de scène. — Qu’un chrétien qui se noie ne vaut pas mieux qu’un chien.
Le Comte, violemment. — Comment sais-tu que je veux me noyer ? Tu es aposté .... tu es payé pour me dire cela ! . . . .
François. — Yous vous parlez tout haut a vous-même : il ne faut pas être sorcier pour deviner vos projets. . . . Eh! Seigneur! on a bien raison de le dire: Chaque temps a ses mœurs .... Le grandpère et le père de Monsieur se sont fait tuer sur quelque champ de bataille, — pour leur pays, — et Monsieur va se noyer dans une mare, — pour son plaisir. , . .Voilà ce qu’ils appellent le progrès .... eh ! eh !
Le Comte, menaçant. — Misérable vieillard !
François. — Eh ! oui sans doute, je suis un misérable vieillard .... un misérable vieillard qui a eu dans sa longue carrière plus d’une belle occasion de maudire l’existence et de jeter sa défroque sur la route; — mais qui n’en a jamais eu la pensée, Monsieur, parce que, s’il a manqué de pain quelquefois, il n’a jamais manqué de cœur.
Le Comte. — Drôle !... Qui es-tu ? Qui t’a payé, encore une fois, pour me parler ainsi?. . . . Mais tu n’es qu’un agent subalterne dans l’intrigue qui m’enveloppe .... ce n’est pas à toi que je m’en prendrai. . . .j’irai jusqu’aux machinateurs de cette outrageante comédie . .ils sauront qu’il en peut coûter cher de rire à mès dépens . . . Où est ta maîtresse?** .... Maintenant, je veux la voir. . , .
* Le comte, François.
** François, le comte.
François. — La voici, jeune homme. (La porte latérale de gauche s'ouvre: mademoiselle de Kerdic paraît .)