‹ La féerieChapitre 1 sur 22 · LA F · texte numérisé non relu

LA F

faite aux poètes : ceux qui agitèrent une idée neuve de féerie furent même éconduits un peu rudement, avec leurs belles chimères. On les renvoya, en les appelant, comme dans la page fameuse de Baudelaire: « Sacré b... de marchands de nuages. » — « Surtout, rien de nouveau », disaient, au contraire, les directeurs à leurs fournisseurs. Et ce fut cette ironie que le genre né le plus libre, devant, par essence, être rebelle à toutes les règles, recul aussi ses lois.

La n'erie qui eût pu être souveraine s'accommoda de n'être plus que le prétexte à des artifices de machinerie, et la divine fantaisie fut remplacée par le calembour. Avec le temps, La pompe de la féerie augmentait, au détrimenl de ce qu'elle avait pu garder encore d'esprit.

Cependant, des souvenirs d'enfance nous ont laissé une manière d'attendrissement pour ces pièces à grand spectacle, parmi lesquelles il s'en trouva offrant, d'aventure, quelques scènes amusantes, des trouvailles bouffonnes, des plaisanteries demeurées fameuses. C'est l'enfance de bien des générations qui s'évoque, à certains titres qui brillèrenl sur «les affiches. Jusqu'à <-rs derniers temps, où l'élémenl scientifique, ou prétendu tel, s'est introduit dans les pièces faites pour le plaisir des yeux, chaque génération, en effet, a eu sa féerie légendaire. Mais les merveilles de la réalité ont fait torl aux merveilles imaginaires, l'ancienne formule cède la place à une autre. La foi manquerait aux spectateurs, et riraient-ils encore à l'exclamation fameuse de Lebel : « — Allons bon ! re une étoile dans mon assiette ! » Les mis de is, eux aussi, ont été détrônés, et ils appartiennent déjà à l'histoire.

Forôl de Brocéliande, où Merlin est prisonnier de Viviane, el où Ton voit

L'Enchanteur aux gen n enchanteresse..,

mogonies, des symboles, des légendes qui ont enchanté L'humanité, des mythes qui Font assagie, parfois, des héroïques chansons de geste, de la poésie populaire.

Et il arrivera que, au milieu de calembredaines et de plaisanteries, en oubliant le dialogue — ce dialogue que Théophile Gautier trouvait superflu — on voje s'ouvrir, comme par la magie que garde encore la baguette de ces Puissances tombées, mais qui n'ont peut-être pas été évoquées en vain, un petit coin d'idéal.

Et c'est, sans doute, ce que signifie ce conte charmant de Théodore de Banville où, dans une féerie d'un théâtre consacré aux « grandes machines », une fée — une vraie fée — se mêle aux trois figurantes, suspendues aux frises, dans une apothéose, par un lil. Mais elle, elle n'a besoin d'aucun fil et de rien de ce qui rappelle, dans ces prestiges, les nécessités matérielles. La pauvre fée proscrite vient se rappeler le temps où elle pouvait planer, couronnée de fleurs et vêtue d'une robe couleur de lune, et voltiger au dessus des eaux argentées. Dans la complication de la mise en scène, nul ne fait attention à elle, et il n'y a que le chef machiniste, ayant préparé le vol pour trois 3, qui soit un peu étoiu

C'est parce qu'elle était lu. parfois, insoupçonnée, cette Fée véritable, que, au delà des inventions burlesques de la féerie vulgaire, l'imagination pouvait prendre son essor. T,a Féerie, au fond, valait surtout par ce que chacun de nous ajoutail à son action el metta.i1 de son propre rêve dans la fantaisie de ses enchantements.

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