‹ La féerieChapitre 12 sur 22 · LA I · texte numérisé non relu

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destinées de l'Ambigu et y laissa une légende de parcimonie, Champfleury entrepril de renouveler la pantominie. Chanîpfleury qui. «unis sa carrière littéraire, toucha à tant de choses, et souvent en initiateur, pensa que, puisque Deburaû n'était pas remplaçai >le,

Paul Legrand (Dana le Brin Noir.)

il fallail trouver une autre formule que celle où sa disparition se constatai] trop sensiblement. Il mil, dans la pantomime un soupçon de philosophie, quelques poignées d'ironie, voire un grain de macabre. Il se contentait, d'ailleurs, des personnages et des éléments traditionnels, et ce furent Pierrot, valet <(<• la mort, Pierrot pendu, Monsieur et Madame Polichinelle nu Souffrances d'une âme en peine, la Fée. Le bon public des Funambules comprit-il bien la pensé." de

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notamment, est-il changé en salsifis. Une sorcière, heureusement, s'intéresse à lui et lut- donne le moyen de triompher de son ennemie : il se débarrassera de ses sortilèges en lui arrachanl un cheveu — rouge, naturellement. Et Pierrot feint une réconciliation avec son ennemie et lui l'ail même la cour. La reine des Carottes ne laisse pas d'être flattée, permet à Pierrot quelques privautés, avec coquetterie, et, dans le temps qu'elle minaude avec lui, il lui arrache le cheveu convoité. Il y avait sans doute là aussi un sens profond à ces plaisanteries, mais il faut avouer qu'il est perdu. Vers la fin de sa vie, Champfleury était devenu assez morose et assez chagrin. La pantomime ressuscitait, alors, mais il voyait sans beaucoup d'intérêt refleurir cei art qu'il avait aimé dans sa jeunesse. Il était désabusé de la pantomime, comme il l'était de presque tout. Après les Deburau, Paul Legrand illustra encore la pantomime. Je l'ai naguère connu, très âgé et appa-

int encore, quand il trouvait un engagement de quelques soirées, sur des scènes de café-concert où on n'appréciait guère son jeu discret, perdu dans ces

s salles. Il n'avait pas eu cette placidité de Deburau sur laquelle le moindre pli avait une expression fi un sens, mais il avait de la finesse et une sorte de bonhomie assez particulière. Il avait fait aussi une part, au temps de son succès, à la féerie. Telle était celle du Diable dupé, où j'ai retenu cette scène assez jHonnante : Satan invité par Pierrot à dîner, se laissai! griser et commettait cette impardonnable étourderie, pour un diable, de prendre le bout de sa queue et de la tremper dans son verre, croyant tenir un biscuit, et de la mordre à pleines dents. Mais il y avait une manière d'ingénuité cordiale dans les pantomimes Composées par Paul Legrand, e1 son diable ne pouvait être qu'un assez bon diable.

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bertés et ils leur prêtèrent même des sentiments bien médiocres, parfois, pour des immortelles. La susceptibilité des habitants du royaume des Esprits était-elle émoussée ? On ne dit point qu'ils aient été, dans leur

tisans. Tartaglia, fils du roi de Carreau, se meurt d'ennui, pour avoir été abreuvé de drames larmoyants et de traductions fastidieuses. Une. léthargie chronique s'est emparée de lui. Comment arriver à faire naître sur ses lèvres le sourire qui le guérirait? Pantalon et Brighella, pour chercher à le distraire, multiplient leurs lazzis, et ils criblent de plaisanteries, une vieille femme qui passe : celle-ci les menace de sa canne, et, en les menaçant, elle tombe, mais d'une façon si grotesque que Tartaglia éclate de rire. Cependant, la vieille femme n'est autre que la fée Morgane. « — Oui, dit-elle, le prince est guéri de sa léthargie, les mauvaises pièces n'auront plus d'effet sur lui, mais si son esprit est débarrassé des poisons, son cœur restera malade, et il ne goûtera plus de repos tant qu'il ne possédera pas les trois oranges d'or. » Après ce prologue se déroulait la féerie propremenl dite, tantôt bouffonne et tantôt sentimentale.

Le Vénitien, dit Gozzi, a le goût du merveilleux. » Gozzi lui en donna à souhait avec le Corbeau, le Roi Cerf, Turandot (que traduisit Schiller et qu'il répandit en Allemagne), la Femme terpent, la Zobêïde, le Monstre bleu, l'Oiselet vert, Zéim, roi des génies. C'est un mélange savoureux de poésie et de farce. Nos fabricants de féeries se serviront des mêmes éléments, mais ils oublieront le charme bizarre et prenant de Gozzi par où, fût-ce en de rapides improvisations, apparaît un tempérament d'ar- 11 y a des scènes charmantes dans la Donna serpente : le prince Faruscad poursuit une biche à La chasse : elle lui échappe en se précipitant dans une rivière. Une étrange curiosité pousse le pri n<e à plonger, a sa recherche. Il se trouve dans une grotte magnifique où la biche s'est métamorphosée en une belle prin il jure de ne pas la questionner, et, â cette condition, il auprès d'elle un parfait bonheur. Mais l'heure vient où il lui adresse une question, et Faruscad est aussitôt rejeté sur la terre. Il pleure Kerestane (c'est le nom de la princesse métamorphosée). Elle lui apparali pendanl la nuit, lui faisant promettre, s'il veut la retrouver, de ne s'étonner de rien. Mais, dès île le poursuit de si cruels tourments, qu'en une heure de •ir, il la maudit. •< Malheureux, s'écrie i elle, c'était la dernière épreuve que je devais te faire subir, sur l'ordre des doutant ii<' ton amour pour moi... \ présent, n<>us sommes séparés à jamais. » Et Kerestane prend la forme d'un ■erpent... Cependant, la Fée Farzane protège Faruscad, et elle hii donne le moyen de triompher de mille dangers pour faire et enchantement. Mais raconte-ton une féerie! Celb presque 'lu pathétique. Les antres ont, pins constam de la malice et de la gaîté. — Voir, sur Gozzi ses tf< J et le Théâtre Fiabesque d'Alphonî

si bas dans la i

cier quelques inventions bouffonnes dignes de l'estime des connaisseurs.

Avant d'arriver aux « classiques », vous plaît-il que nous évoquions quelques vénérables féeries, quelques doyennes, dont le souvenir est resté moins robuste dans la mémoire des hommes ?

Peut-être est-ce sans injustice qu'on a oublié le Sylphe d'or, de Lemoine-Montigny, futur directeur du Gymnase, Meyer et Lefort (Gaité, 13 avril 1839, acteurs : Francisque aîné et Francisque jeune, Pradier, Charlet, Rey, Brazier, Edouard, Aimes Clarisse, Céza, Amy, Léontine, Mélanie). On devait la revoir, d'ailleurs, cette féerie, sous un autre titre, les Sept châteaux du Diable, car c'est le même thème. C'est la féerie sentimentale et morale, avec des couplets qui paraissent aujourd'hui prétentieux et moroses. Le mineur Cyprien délivre, d'un coup de pioche, le sylphe d'or, qui désormais est à son service et lui permet de disposer d'inépuisables trésors. Mais le génie « Thésaurin », dont la surveillance a été mise en défaut, car il avait emprisonné le sylphe, prendra sa revanche en appelant à son aide « toutes les mauvaises passions », et elles rendront Cyprien si malheureux qu'il regrettera sa pauvreté. Rien de plus édifiant, avec ballets et apothéose.

Clarisse — Clarisse Miroy — était alors dans tout l'éclat de cette beauté qui avait inspiré une forte passion à Frédérick-Lemaître. On raconte que le grand comédien lui avait exprimé ses sentiments d'une façon assez singulière ; ayant la liberté de quelques soirées, il se rendait tous les soirs, à la Gaîté, installé au même fauteuil, et, au même moment, il laissait tomber sa canne. C'est ainsi qu'il attira l'attention de l'actrice... et, bientôt, il n'eut plus besoin de continuer ce mai Clarisse Miroy eut son plus grand succès dane la Grâce de Dieu. D'ex-jeune première, elle était devenue duègne comique, et elle mourut, en 1870, sur la brèche, en

un peu, rien ne nous empêche de redevenir femmes, c'est plus commode pour causer.

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