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CHAPITRE II La réforme du mariage

SOMMAIRE

I. — Récriminations féministes contre lbs moeurs et contre les lois^ — Sont-elles fondées ? — La « loi de l'homme ». — Exagérations dramatiques.

II. — Jugement porté sur l'oeuvre du Code civil. — S'il faut la détruire ou la perfectionner. — Améliorations désirables.

III. — Entraves excessives. — Ce que doit être l'intervention des parents. — Sommations dites « respectueuses ». — Mariages uiPROvisÉs. ~n Fiançailles trop courtes.

IV. — Une proposition extravagante. — Le « concubinat légal ».

Il est d*habitude chez les féministes de récriminer amèrement contre le mariage. Leurs doléances sont de fait et de droit ; elles accusent à la fois les mœurs et les lois. Nous les suivrons dans cette double argumentation lamentable.

L'histoire du mariage n'est, parsdt-il, que le martyrologe des femmes. Quoi de plus navrant que la vie d'une femme malheureuse en ménage? Elle s'est mariée par coquetterie ou par amour, séduite par le brillant avenir d'un esprit fort ou seulement par l'élégance soignée d'un joli garçon. Son ignorance du monde ne lui permettait point d'apercevoir l'insignifiance de l'un ou l'égoïsme de l'autre ; et elle s'est laissé prendre au miel

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des paroles caressantes et des prévenances attentives. Et une fois le mariage consommé, l'amoureux a disparu et le maître est resté. Plus de tendres propos, plus de douces fleurettes. Et après les désenchantements du cœur et les angoisses de la maternité, sont venus les soucis journaliers d'une vie médiocre, les regrets de rindépendance perdue, les calculs étroits du ménage, mille combinaisons laborieuses pour « faire durer la livre de beurre un jour de plus ou payer la viande et le sucre quelques sous de moins. » Et la fraîche beauté de la jeune mariée s'en est allée et, avec elle, la paix, le contentement et la gaieté.

Qu'opposerons-nous à ce triste tableau, sinon qu'il serait injuste d'en conclure que tous les maris sont des tigres ou des ânes ? On doit se dire, après tout, que les femmes mal mariées ne sont pas la majorité, même en France; que l'homme n'est pas toujours le tyran et qu'il est souvent la victime ; que le cas n'est pas rare où la frivolité prodigue et la sécheresse cruelle d'une femme ont brisé et avili toute une existence masculine; qu'ils sont nombreux les commerçants, les employés, les fonctionnaires que pressent et assiègent les inquiétudes et les soucis du ménage à soutenir et du budget à équilibrer ; bref, que la loi du travail s'impose à l'homme comme à la femme et que, pour mieux en supporter l'écrasant fardeau, il n'est que d'associer leurs vies et d'unir leurs forces et leurs dévouements. S'il y a des femmes malheureuses, il y a des maris qui souffrent tout autant. A qui la faute ? Ces époux mal assortis devaient s'unir avec plus de circonspection.

« Vous en parlez d'un cœur léger, me dira-V-on. Vous oubliez que les infortunes de la femme sont aggravées et sanctionnées par les lois. Les hommes ayant fait le Gode de leur seule autorité, il est inévitable qu'ils l'aient conçu et fabriqué à leur seul avantage. Au vrai, le Gode Napoléon n'est pas la loi, mais leur loi. »

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Rappelons-nous, en effet, la Loi de Vhx>mme, cette pièce de M. Paul Hervieu qui a remporté un si beau succès auprès des dames : on ne saurait trouver un exemple plus curieux des inégalités et des injustices accumulées contre la femme par notre législation draconienne. Toute épouse qui n'a pas en main les preuves flagrantes et brutales requises pour assurer le divorce, est absolument désarmée. Que si, n'écoutant que sa dignité, elle se résigne à une séparation amiable, le mari peut s'y opposer et la contraindre au besoin à réintégrer le domicile conjugal. Donne-t-il son consentement : à défaut d'un contrat prudent, l'épouse qui s'éloigne n'a aucun moyen de reprendre sa dot. Et enfin, quand il s'agira de marier les enfants nés de cette triste union, en cas de dissentiment entre les époux séparés de fait et non de droit, l'acquiescement du père l'emportera sur le refus de la mère. Telles sont les infamies, nous dit-on, qui se peuvent commettre sous le couvert de la loi de l'homme, en un siècle qui se vante de sa civilisation. Le Gode français livre la femme au mari pieds et poings liés. Et l'on prétend que le sexe fort ne s'est pas taillé la part du lion ?

Nous répondrons que, n'en déplaise aux âmes dramatiques, tout cet assemblage d'énormités est accidentel et systématique. Qu'à la rigueur, une femme désolée de s'être mal mariée ou une fille navrée de ne point l'être, s'en prenne aux lois et à la société, la première du mauvais ménage qu'elle a fait, la seconde du bon ménage qu'elle aurait pu faire : rien de plus naturel. Au lieu de s'accuser soi-même, il est bien plus simple d'accuser tout le monde. Seulement, dans la vie réelle, ces cas sont de pures anomalies. Ce n'est point par les accidents qu'il faut juger d'une loi, mais par les situations, communes et normales. Rien de plus simple et de plus Injuste que d'imaginer des exceptions cruelles qui révoltent les cœurs tendres. Et puis, renversez les

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rôles, donnez à réponse la totalité des droits qui appartiennent présentement à Tépoux : la tyrannie n'aura fait que changer de tète. Gomme Ta dit M. Brunetière à M. Paul Hervieu lui-môme, « si la Loi de la Femme se substituait à la Loi de VHomme^ que croyez-vous qu'il y eût de changé dans le monde (']? »

En réalité, notre Gode civil ne mérite ni la colère des uns, ni l'admiration des autres. Nous croyons môme qu'il occupera dans l'histoire de la condition féminine un rang honorable. Avant lui, certains vieux auteurs poussaient la rudesse masculine jusqu'à déclarer la femme « battable », mais pour un juste motif et à condition de ne point l'estropier. En maintes coutumeSjl'exhérédation des filles était partielle ou totale. D'ordinaire, les sœurs n'étaient point admises à partager l'héritage paternel avec leurs frères. Dans le droit féodal, là noblesse n'admettait pas qu'aux enfants, qui avaient môme part dans leur affection, les parents pussent laisser môme pai't dans leur succession. Les mâles étaient privilégiés. C'a été une des meilleures inspirations du Gode de généraliser l'égalité roturière et de reconnaître aux filles, comme aux garçons, la plénitude de la capacité héréditaire, en n'accordant toutefois à l'un ou à l'autre époux survivant, mari ou femme, qu'une vocation subalterne que la loi du 9 mars 1891 ajustement améliorée. En tout cas, notre législation successorale a tenu la balance égale entre les deux sexes. La loi réparatrice, que nous venons de citer, a môme eu pour objet d'empôcher la veuve d'être plongée dans la

(1) Réponse au discours de réception de M. Paul Hervieu à rAcadémie française.

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misère par la mort du mari qui lui assurait, de son vivant, le luxe ou l'aisance.

Ce n'est pas une raison dé soutenir que notre vieux Gode civil est un monument intangible. Nous avons déjà reconnu que, dans les relations respectives des époux, il a exagéré les pouvoirs du mari sur la personne et sur les biens de la femme. Ses rédacteurs n'ont point échappé à l'esprit de l'époque et à l'influence de Napoléon, qui affirmait cavalièrement que « la femme est la propriété de l'homme comme l'arbre à fruits est celle du jardinier. »

A ces exagérations de pouvoir, nous avons proposé d'importantes restrictions, convaincu que la civilisation d'un peuple se mesure au degré de justice et d'huma* ni té. dont la loi des hommes entoure la condition des femmes. Là où la faiblesse est une cause de déchéance, on peut être sûr que le législateur, étouffant le cri de la pitié, n'a obéi qu'à son égoïsme; ce qui revient à dire que là oti la femme est méprisée, l'homme lui-môme est méprisable. « Rappelez-vous, disait Fouché à M"*« Récamier, qu'il faut être douce quand on est faible. » — « Et qu'il faut être juste quand on est fort, » répliqua celle-ci. Ces deux paroles méritent de vivre dans la mémoire des hommes et des femmes.

Investis de fonctions également nécessaires à l'espèce, . les époux doivent jouir, non pas de prérogatives identiques qui engendreraient la confusion, mais de droits équivalents qui assurent l'ordre dans la famille en donnant satisfaction à l'équité. Point d'égalité niveleuse, mais une juste « péréquation ». Certains féministes, hélas! n'y songent guère. En 1896, dans son assemblée générale annuelle, la Ligue pour le Droit des femmes avait discuté les « divers modes de contrats de mariage, » et W^ Pognon, qui présidait, venait de formuler ainsi la conclusion : « Le Gode est mauvais ; donc il faut le brûler et en refaire un autre. » — « Non pas, réclama un

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assistant. Il faut le brûler et ne point le refaire. » Et la séance fut levée sur cette parole anarchique.

Il n'est donc pas superflu de recommander aux femmes de rester femmes, de ne point modifier, déformer, dénaturer leur sexe par des nouveautés malséantes, mais de s'appliquer simplement à améliorer le sort de celles qui peuvent souffrir d'une législation quelque peu vieillie, en corrigeant, en amendant, en complétant le Gode civil, au lieu de le jeter au feu avec de grands gestes et de grandes phrases. Signalons à ce propos l'existence d'un « féminisme matrimonial » dont les vues sont dignes d'approbation* M"^ Glotilde Dissard en a fort bien exprimé l'esprit dans la Revue féministe : « Nous pensons que la véritable unité sociale, c'est le couple humain. L'idéal que nous poursuivons, c'est l'organisation plus parfaite, plus achevée de la famille, la coopération plus harmonieuse de l'homme et de la femme à l'œuvre commune, la division des fonctions suivant les aptitudes de chaque sexe, naturelles ou acquises par l'éducation. » Nous tâcherons de ne point oublier ce principe en étudiant les droits et les devoirs respectifs des époux.

Lorsqu'une institution n'est plus d'accord avec Jes mœurs, il faut, de toute nécessité, ou réformer les mœurs ou modifier l'institution. Recherchons d'abord les modifications susceptibles de rajeunir le vieux mariage monogame, quitte à rechercher, en finissant, si la réforme morale ne serait pas plus désirable et plus efficace que la réforme légale.

On se plaint de ce que certains mariages se concluent trop laborieusement, et que d'autres, — les plus nom-

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breux, — s'improvisent trop légèrement : deux griefs qui ne manquent point de gravité #

On parle surtout de multiplier les facilités de se marier. Vous savez de quelles précautions la bourgeoisie française entoure le mariage de ses enfants. Il ne suffit point qu'un jeune bomme et une jeune fille s'agréent mutuellement pour que l'union se fasse sans plus de cérémonie ; il faut encore que les convenances de la famille soient satisfaites. Et celle-ci pèse avec soin les situations, les fortunes, les espérances, non moins que les qualités et les inclinations des personnes en cause. Gbe2 nous, la jeune fille est l'objet de la sollicitude inquiète et jalouse de ses parents. Ne convient-il pas de la protéger contre les épouseurs avides qui rôdent sournoisement autour du cber trésor?

Rien de pareil en Amérique, du moins dans les classes moyennes. Jeunes gens et jeunes filles se fréquentent librement pour mieux se connaître; et comme ils n'ignorent rien de là vie, la famille ne se mêle pas de leurs petites affaires de cœur. Point de dot d'ailleurs à la cbarge des parents qui, ayant moins d'obligations envers leurs enfants, sont moins tentés de les accabler de leur sollicitude. C'est pourquoi le mariage est une opération toute simple qui ne regarde guère que les intéressés.

On ne se dit pas qu'une fois mariée, l'Américaine renonce difficilement à ses habitudes de club et de libre mouvement pour se vouer modestement aux soins du ménage. Indépendante elle reste après comme avant, malgré le sacrement. La vie domestique lui pèse. L'ouvrière elle-même, au dire de M"« Bentzon, exige de son mari qu'il s'occupe du « baby ».

Mais, sans s'inquiéter de savoir si la Française émancipée copiera les gestes de ce joli modèle, on nous propose de libérer les justes noces des autorisations sévères qui en défendent l'accès. Un député en soutane.

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le bon abbé Lemire, — désireux d'amener au mariage un plus grand nombre de jeunes gens que les facilités de Tamour libre entraînent trop souvent vers les unions irréguliéres, — s'emploie de son mieux à aplanir les obstacles et à émonder les formalités qui encombrent la jcérémonie nuptiale. A quoi Ton pourrait objecter que, si complaisante que soit la loi, le mariage ne sera jamais aussi facile que le concubinage. Ceux qui aiment leurs aises répugneront toujours à se lier pour la vie, fût-ce avec accompagnement d'encens, de fleurs et de musique. Il ne faut pas, évidemment, que la célébration des unions légitimes soit bérissée de conditions trop diffîcultueuses. Par contre, à diminuer toutes les garanties de sagesse et de réflexion, on ne fera peutrôtre que permettre aux emballés de commettre plus facilement des sottises. La fondation d'une famille est un acte plus grave qu'une amourette. On ne saurait trop y réfléchir avant, si l'on ne veut pas trop le regretter après. Et les parents, qui ont charge d'âmes, ont bien le droit de dire leur mot en cette afî'aire. Pour favoriser le mariage, gardons-nous d'affaiblir l'esprit de famille. Ces réserves faites, nous reconnaissons volontiers que l'influence des parents gagnerait à s'interposer adroitement, sous forme d'observations affectueuses et insinuantes. La jeunesse est plus touchée d'une remontrance douce et tendre que d'une injonction tranchante et vexatoire.

Notre loi française s'est-elle conformée à ces vues conciliantes et diplomatiques? Dans l'article 448, qui est toujours en vigueur, le Gode civil dispose que « le fils qui n'a pas atteint l'âge de vingt- cinq ans et la fille qui n'a pas atteint l'âge de vingt et un ans accomplis, ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leurs père et mère. » Et l'ancien texte des articles 151 et 152 ajoutait que, « depuis la majorité fixée par l'article 148 jusqu'à l'âge de trente ans pour les fils et de vingt-cinq ans accomplis pour les filles, » l'assen-

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liment des père et mère doit être sollicité par trois « actes respectueux » renouvelés successivement de mois en mois. On voit que le Gode Napoléon a pris soin d*édicter des mesures de protection plus longues pour les garçons que pour les ûUes, par apprébension probable (6 rinjurieuse inégalité!) de la coquetterie et de la séduction dangereuses du sexe féminin.

Nous n*bésitons pas à reconnaître que ces formalités préventives étaient véritablement trop sévères et trop minutieuses. La sagesse et Tbabileté font une loi aux parents (nous y insistons) de n^éxercer leur autorité que sous forme d*avis et de conseils. Dans les affaires de cœur, la persuasion vaut mieux que la contrainte. Lorsque l'opposition des père et mère va jusqu'au veto impératif, l'expérience démontre qu'elle fait plus de mal que de bien. Rien de plus pénible surtout que ces sommations ironiquement dénommées « respectueuses », qui équivalent à une déclaration de guerre et n'ajournent la rupture que pour la rendre définitive. Pourquoi ne pas les supprimer? La loi du 20 juin 1896 n'est pas allée jusque-là. Des trois actes respectueux, elle a maintenu le premier; et le nouvel article 151 stipule qu'un mois après, « il pourra être passé outre au mariage. »

La même loi de 18% a introduit, par ailleurs, d'beureuses simplifications. On n'ignore point que la multiplicité des formalités exigées à la mairie, la nécessité des papiers à produire et des démarcbes et des publications à faire, créent, surtout pour la jeune fille du peuple et son fiancé, des difficultés inextricables dont ils trouvent plus simple de sortir en se passant du maire et du curé. Les membres de la Société de Saint-François Régis, qui s'occupe du mariage des indigents, en savent quelque cbose : simplifier les formalités légales, c'est supprimer une des causes du concubinage. Notre législation matrimoniale a été faite pour la classe moyenne beaucoup plus que pour la classe pauvre.

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Dans le peuple, où Ton fait moins de façons pour se mettre en ménage, il est bon que le mariage soit facilement accessible. Pour les ouvriers et les ouvrières, dont la plupart des parents ne s'occupent guère, la production de certaines pièces est souvent gênante ou impossible* La loi du 20 juin 1896 a restreint les exigences formalistes du Gode, en diminuant les actes à fournir pour le cas fréquent du prédécés des ascendants.

Ces simplifications ne sont pas du goût de tout le monde. « Qu'on les multiplie, nous dit-on, et nos enfants se marieront à la légère !» — A quoi je répliquerai que l'intervention impérieuse des parents n'est pas toujours, bêlas I une garantie de clairvoyance et de réflexion. Dans la bourgeoisie, le mal vient surtout de ce que les fiançailles d'aujourd'bui ne sont plus dignes de ce nom. La période en est trop courte. Rarement la jeune fille est mise à même de choisir en pleine indépendance d'esprit, en pleine connaissance de cause. On la marie hâtivement. Et pourtant, plus de prudence avant assurerait plus de constance après. Et aussi plus de liberté consciente de la part de la fiancée entraînerait plus de reconnaissance affectueuse de la part du fiancé. Sans doute, il ne faut pas se flatter de supprimer tous les accidents conjugaux. Mais faisonsnous bien tout ce qu'il faut pour les réduire au minimum ? Que d'unions improvisées I Que de mariages « bâclés » ! Ce ne sont pas les visites aux parents, au notaire, au tapissier, qui permettent aux fiancés de s'étudier et de se connaître. En fait, quand arrive le jour des noces, trop d'époux s'ignorent l'un l'autre.

Et que de femmes en ont souffert ! Pourquoi s'étonner que des protestations s'élèvent de toutes parts contre cet usage déraisonnable de notre société française, qui cloître et isole nos demoiselles à marier, et abrège, autant que possible, la préface si charmante et si instructive des fiançailles? Je ne puis qu'admirer une

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jeune fille qui, mettant le bonheur dans le devoir, dans la noblesse de .la vie, dans les vraies affections, — car il n'est que là ! — nourrit la prétention de se marier à son gré, c'est-à-dire d'épouser Thomme de son choix, et veut être aimée pour sa personne et non pour son argent, comme elle entend aimer son mari pour luimême et non pour sa situ^^tion.

« C'est une tête romanesque, » diront les gens pratiques. — Mon Dieu ! les âmes élevées et tendres ont presque toujours un grain de poésie — ou de folie, comme on voudra. Où est la femme généreuse et fiére qui ne soit un peu romanesque? Une jeune fille sentimentale n'est pas nécessairement chimérique. Elle veut un homme à son goût : c'est son droit. Donnons-lui donc le moyen de le choisir et le temps de l'étudier, et pour cela prolongeons les fiançailles, qui sont le prologue nécessaire des mariages sérieux.

Ces retouches et ces corrections ne suffisent point à l'esprit novateur qui tourmente ou affole un trop grand nombre de nos contemporains. C'est ainsi que des hommes ont réclamé la création d'un « concubinat légal.» Il faut dire quelques mots de cette étrange proposition.

Et d'abord, on a parlé de créer à côté du mariage, pour ceux qui trouvent cette union trop rigide et trop gênante, une sorte d'union parallèle, un type légal plus simple et plus souple, quelque chose comme l'ancien « concubinat » des Romains. On se flatte, par cette restauration d'une institution païenne, de régulariser, de légaliser, de relever dans l'opinion publique, le concubinage mal famé qui fleurit dans l'atmosphère malsaine des mauvaises mœurs parisiennes.

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Disons tout de suite que cette expérience n*a pas tourné précisément à Thonneur de Tancienne Rome. Puis, la reconstitution de cette espèce de sous-mariage ne me paraît pas d'esprit très démocratique. Fractionner rinstitution conjugale, c*est appeler forcément la comparaison entre le mariage d'en haut et le mariage d'en bas. Les Romains n'ont jamais traité avec la même faveur la concubine et la matrone. Il y aura le mariage des honnêtes gens et celui des autres. Enfin à quoi bon investir ce dernier d'une sanction légale? Nous savons le peu de considération dont le faux ménage est entouré : on le tolère, on le plaint, beaucoup lui jettent l'anathème. A coup sûr, ce n'est pas l'estampille de l'État qui le réhabilitera dans l'esprit des Français.

J'estime pourtant que, parmi ces unions irrégulières, contractées sans l'intervention des autorités religieuse et civile, il en est qui méritent le respect. De longues années de vie commune et de fidélité réciproque ont lié si fortement ces unions libres, qu'il ne leur manque plus que le sceau officiel du mariage légal. Mais alors ces faux ménages auraient tort de se plaindre des privilèges attachés à l'union régulière. Libre à eux d'en solliciter la consécration. Pourquoi refuseraient-ils d'élever leurs enfants naturels à la dignité d'enfants légitimes? Pourquoi hésiteraient-ils à se reconnaître pour mari et femme devant le représentant de la loi ? De deux choses l'une : si le mariage leur fait envie, qu'ils se marient. Le mariage civil n'a rien qui puisse effrayer une conscience incrédule. Que si, au contraire, le mariage leur répugne, rien ne les force à s'unir devant ,M. le Maire. Accessible à tous, le mariage n'est obligatoire pour personne. Les récriminations des mécontents n'ont donc pas la moindre raison d'être. Cherchons autre chose.

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