‹ La féminisme françaiseChapitre 25 sur 67 · VIE DOIT ÊTRE UN PERPÉTUEL AMUSEMENT · texte numérisé non relu

VIE DOIT ÊTRE UN PERPÉTUEL AMUSEMENT

III. — Sus AU MARIAGE ! SUS A LA FAMILLE ! — CITATIONS DÉMONSTRATIVES.

— Les destructions RÉVOLUnONNAIRBS.

IV. -— Derniers griefs. — Les « nuisances di l*union libre ». — Le

MAJUAOt PSUT-IL DISPARA ÎTIUB ? -^ ApPSL AUX HONNÊTES OBNS.

U est rare que Thomme s'arrête à mi-chemin d'une idée fausse, surtout lorsqu'elle lui permet de donner carrière à ses appétits sensuels. L*union libre nous en est un exemple. Non contents de plaider subtilement en sa faveur, certains écrivains, libérés de tout scrupule et résolus aux pires audaces, revendiquent, avec une crudité cynique, Témancipation des sens et la liberté de l'instinct. Avec ces publicistes, — anarchistes pour la plupart, — qui poussent l'idée du libre amour jusqu'à ses conséquences les plus effrénées, la discussion est inutile. Il suffit d'exposer, même avec discrétion, leurs sophismes et leurs paradoxes, pour que ceux-ci éveillent dans l'âme des honnêtes femmes tout le mépris et toute la rancœur qu'ils méritent,

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On connaît le mot de Saint-Just : « Ceux-là sont époux qui s*aiment et aussi longtemps qu'ils s*aiment. » Les partisans du libre amour, — gens de peu de scrapule, — prennent cette formule à la lettre. Voici le programme qu'ils assignent à T « union future j» de leurs rêves.

Il faut, premiërraotent, qu'on y pénètre et qu'on en sorte à volonté, sans tracas, avec la plus entière facilité. L*union libre sera donc « miiltiforme ». C'est une de-* meure que chaque couple se construira selon ses goûts, un refuge, un abri, que chaque conjoint pourra modifier ou abandonner à sa guise. Ensuite, il est bien entendu que « toutes les manifestations de l'amour seront également respectables, même les plus imprévues. » Et puisque le temps présent nous offre déjà de bons exemples de « bonheur à trois, » il va sans dire que « la polygamie ou la polyandrie consentie sera parfaitement admissible. »

Dans ce monde nouveau, la femme est émancipée, comme il convient, jusqu'à la licence. Elle a « le droit de n'être mère que lorsqu'elle le veut ; elle ne se laisse pas imposer, malgré elle, le fardeau de la maternité. » Et comme la transmission de la vie doit être volontaire, on va jusqu'à revendiquer pour elle « le droit officiel à l'avortement »(>). On nous affirme même qu'en restaurant les temples, que les anciennes époques de beauté avaient élevés à Éros et à Vénus, il s'établira peu à peu une « Science de l'Amour », grâce à quoi 1' « Union future », cessant d'être un mystère douloureux, ne répandra sur les humains que des joies

(1) La Faillite du mariage et l'Union future, par M. Joseph JlpNAUD, pp. 187, 190, 193, 194, 195, 20i et 205.

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ineffables (*}. Plus prosaïquement, un romancier coutumier de toutes les audaces, M. Paul Adam, a émis cette conclusion dénuée de lyrisme, que « Vamour n*a pas une importance autre que le manger et la marche, » et que « les peuples finiront par reconquérir le droit de reproduction (>). »

Que ces idées étranges soient émises par des hommes, on doit en gémir assurément, sans qu*il faille toutefois en marquer un grand étonnement. Ces extravagances licencieuses sont une de ces revanches de la Béte contre TEsprit, que toutes les époques ont vu se produire avec plus ou moins de violence et d'éclat. En cela, du moins, notre temps est particulièrement éprouvé, puisque le dévergondage des mœurs ne le cède en rien au dévergondage des idées. Et ce qui le prouve bien, c'est que les revendications les plus osées peuvent se lire en des livres, — - rares encore. Dieu merci ! — èenia par des mains féminines. Quant à Tesprit de cette littérature, nous croyons devoir l'indiquer ici dans sa simplicité toute nue.

Pour une certaine catégorie de femmes sans préjugés, dont le désir et la curiosité enfièvrent les sens, Témancipation consisterait à s'abandonner librement à ses inclinations amoureuses, afin d'affirmer à la face du monde qu'on est maître de soi, de son âme, de son cœur — et du reste. En se donnant volontairement, une femme ne prouve-t-elle pas qu'elle s'appartient totalement? En conséquence, pourvu qu'elles soient raisonnées et consenties, les défaillances chamelles sont la marque d'un être libre, et les faiblesses du cœur ellesmêmes attestent l'indépendance de l'esprit. On s'élancera donc dans l'amour libre, avec une décision renseignée, exempte de pudeur, de scrupule et de timidité.

(1) La Faillite du mariage et l Union future,^p. 178, 181 et 183.

(2) L'Année de Clarisse^ chap. viii.

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Nous connaissons ce genre de liberté. G*est la liberté cynique du viveur ; et il serait triste, en vérité, que toutes les études, tous les efforts, toute la culture de la « femme nouvelle » ne servissent qu'à Tenflammer du désir d'égaler la plus vile et la plus misérable des libertés masculines, la licence du libertin. Qu'elle vive donc en garçon, — pardon ! en fille, — qu'elle se fasse régale de Tbbmme, non par en baut, par le travail qui bonore, mais par en bas, par l'immoralité qui dégrade ! Seulement qu'elle sacbe bien que, cela fait, elle ne pourra plus être la femme qu'on épouse. Qu'apporteraitelle à son mari? Une âme flétrie et un corps souillé. Et quel bonnéte homme la voudrait prendre ? Plus de sécurité pour lui, plus de respect pour elle. Lindépendance de la fille aura tué, en sa personne, la dignité de la femme.

Mais le mariage est une gène, un frein, une entrave. Il contient le désir, il discipline l'amour. « Mais le mariage veut mater la nature ! » c'est le gros grief de M. Sébastien Faure ; et comme il le développe avec grâce ! Comprenez-vous un jeune homme et une jeune fille qui, s'aimant pour le bon motif, ont l'insanité de se lier pour toujours ? Pauvres nigauds ! « C'est ce « toujours » qui, nouveau d'abord, fatigant bientôt, obsédant enfin, vous enlèvera la fougue des exubérants désirs, vous laissera quelque temps à la routinière gymnastique des exercices matrimoniaux, puis vous fera connaître, avant qu'il soit longtemps, la satiété des monotones caresses, l'écœurement des sensations invariées, le dégoût des mêmes baisers, dans le même décor, sur la même couche, avec le même complice. » Et quels complices ! « Un petit crétin dressé à rougir des

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surprises de la chair, des éveils délicieux de la virilité, de raffirraation brutale des désirs, — et digne femelle de cet imbécile, la jeune iSUe qui, crevant d'ardeurs inassouvies, torture son cœur, supplicie ses sens, baisse les paupières pour feindre la pudeur. » J'abrège, et pour cause ! Retenons seulement l'apostrophe finale : « Allons I couple de fous ou de coquins, après ce noviciat de l'hypocrisie supporté dans le couvent familial, vous êtes dignes de prononcer les vœux solennels et irrémissibles que reçoit, au nom de la Loi, le farceur tricolore!*). »

Je demande pardon au lecteur de cette citation, pourtant expurgée ; mais il n'est pas mauvais qu'il sache de quelle haine on poursuit, dans certains milieux, le mariage auquel nous devons des siècles d'honneur familial et de progrès humain. Et à cette fin, il importe de rappeler encore une fois aux honnêtes gens, qui seraient tentés de l'oublier, que la passion est une chose et que le mariage en est une autre. Si exquise que soit la première, le monde ne saurait vivre sans le second.

On peut bien voir dans l'union libre une idylle d'étudiant, un caprice des sens, un jeu de grâces plein d'embrassades et d'agenouillements. Les jeunes mariés, d'ailleurs, n'ignorent point le charme de ces premières caresses. Mais quand ce joli sensualisme s'est refroidi, quand celte fièvre délicieuse et délirante est tombée, le mariage nous apparaît alors pour ce qu'il est, à savoir la chose la plus sérieuse du monde, la plus ^ave et la plus sainte de la vie, le prolongement de l'amour par l'estime et Tamitié, l'union de deux consciences et de deux destinées par la confiance réciproque et le respect mutuel. Et de cette fusion loyale et tendre, la famille sort comme une fleur de sa tige, versant sur le monde

(l)Xa Plume du 1" mai 1893, p. 204,

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fraîcheur et rajeanissement. Gela ne vaut-il pas mieux que les âivertissements agités de Tunion iibre ?

Proudhon lui-même s*oifensaitqu*on voulût rabaisser runion de Thomme et de la femme à un simple « roucoulement ». Il s*écriait : « Le mariage n'est pas rien que rameur ; c'est la subordination de Tamour à la justice. » Sa raison se soulevait contre la souveraineté de la passion et la déification du désir, si chères, à certaines femmes libres (*).

Qu'on se moque maintenant, tant qu'on voudra, des préoccupations de notre bourgeoisie. Pères et mères s'appliquent à préserver leurs enfants des jeux éphé^ mères de Tamour sensuel, et ils font bien. En les mariant avec tant de soin, ils songent à l'avenir, et que tout n'y sera point fleurs et baisers. Ils savent par expérience que la vie commune exige plus de vertu que de passion ; et ils s'emploient, à bon escient, à mettre leurs fils et leur filles en garde contre les tentations et les déceptions du cœur, leur rappelant que le mariage, véritable fondement de la famille humaine, implique plus de devoirs que déplaisirs. C'est de la sagesse pure. Nous ne sommes pas sur la terre pour nous amuser!

A ceux qui demanderaient encore pourquoi les féministes révolutionnaires visent le mariage avec tant de fureur, nous répéterons que c'est pour atteindre mortellement la famille. A leurs yeux, le vice de la mtmogamie chrétienne n'est pas seulement de brider le désiretdediscipliner la chair, mais encore et surtout

(l) Voyez son livre : De la justice dans la Révolution et dans VÉglise.

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de fonder un foyer. Vainement tous ceux qui ont étudié sérieusement Thistoire de rhumaoité, s*accopdent-ils à constater qu*au plus bas échelon de la sauvagerie, les rapports de& deux sexes sont absolument libres ; vainement remarquent-ils que la famille humaine n*est sortie de Tanimalité qu'en devenant autoritaire, et qu^elle ne deviendrait libertaire qu'en retournant àTanimalité psur rémancipation des sens : on affirme que c'est à la nature qu'il faut revenir, pour retrouver l'intégralité des jouissances perdues. Et comme,Ju8qu'à présent, TinsUtution familiale a résisté aux efiPora des démolisseurs, comme elle est l'arche sainte où le vieux monde peut trouver un dernier refuge contre le flot montant des mauvaises mœurs, on redouble d'acharnement pour l'ébranler et l'abolir. C'est pourquoi la Révolution a décrété d'en finir avec les prétendues civilisations monogames.

Voyez avec quel cynisme on traite la vie de famille : on la dénonce comme une vie de servitude. « A l'âge des turbulences, des caprices et des folles étourderies, » l'enfant est obligé de se soumettre à une discipline chagrinante. Quel martyre ! « Il faut qu'il prenne des habitudes de régularité et de soumission, qui meurtrissent ses instincts invincibles de liberté. » Gomprenez-rvous cette abomination? Et lorsque vient « l'âge des floraisons amoureuses, » jeunes gens et jeunes filles, « impatients d'essayer leurs ailes, » se blessent aux barreaux de « la cage familiale qui les retient captifs (*). » Et nous ne maudissons pas cette détention préventive !

Songez en outre que nos chefs de famille sont des « caporaux » ou des « geôliers ». Aujourd'hui, l'individu ne sort d'une prison que pour entrer dans une autre ; il ne se débarrasse du lien familial que pour se mettre au cou le joug conjugal. La vie d'un moderne est une

(1) Sébastien Faure, La Douleur universelle, pp. 321 et 323.

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« odyssée de servitude ». A tout âge, en toute condition, la famille nous écrase de sujétions, de responsabilités « d*obligations, de contraintes, de corvées incessantes. Chaque jour, elle nous astreint à un « continuel renoncement ». Si, très exceptionnellement, il se rencontre des êtres qui trouvent au foyer joie, tendresse et consolation, il reste que « Timmense majorité des humains en souffre cruellement (*). » L'institution familiale opprime Tétre à toutes les périodes de Texistence. « Elle le guette dans les entrailles de sa mère, Fattend au premier vagissement, le suit au berceau, à récole, au collège, pendant sa jeunesse, sa maturité, sa vieillesse, et raccompagne, sans le quitter, jusqu'à la tombe. » Nul n'est exempt de ses persécutions. « Le bâtard souffre de la famille parce qull n*en a pas; l'autre, parce qu'il en a une. t La maison paternelle est une école d'asservissement et d'hypocrisie. « C'est ligotté dans les langes de la famille que l'enfant contracte des tendances à l'obéissance, des habitudes de servilité. » C'est là qu'il plie sa pauvre cervelle aux « respects ridicules » et aux « vénérations grotesques ». C'est là qu'appliqué chaque jour à dissimuler sa conduite et à falsifier son langage, il devient « docteur es fourberie ». C'est là, enfin, qu'il reçoit les plus tristes exemples et puise les plus lamentables préjugés ; car, « c'est dans la famille, qu'ayant sous les yeux l'incessant spectacle d'un homme — son père — couchant toujours avec la même femme — sa mère — et d'une femme — l'épouse — n'ayant ostensiblement d'amour que pour un seul homme — le mari, — l'adolescent de l'un et l'autre sexe se fait de l'amour l'idée la plus fausse et la plus dangereuse, en se persuadant que l'exclusivisme du cœur est une vertueuse obligation {*-). »

(1) La Douleur universelle, p. 324.

(2) La Plume du !«' mai 1893, pp. 203 et 204.

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On ne m'aurait point pardonné, j'en suis sûr, de retrancher quelque chose de ce réquisitoire odieux* L'anarchisme de Tamour y apparaît dans toute sacrudité. On en connaît Tesprlt, on en voit le but. Sus au mariage légal ! Sus à la famille juridique ! Nos révolutionnaires ne se dissimulent point, du reste, qu* « ils touchent ici à un des préjugés les plus profondément ancrés danis Topinion publique. » Abattre la famille leur parsdt bien « la partie la plus malaisée de leur glorieuse tâche. » Mais ils se disent que « la famille est la photographie en miniature de la société tout entière, » qu'on y retrouve « mêmes principes idiots, mêmes préjugés inhumains, même hiérarchie meurtrière, » et que, par suite, « quiconque veut révolutionner la société ne peut logiquement respecter la famille (*).)>

Ce raisonnement est exact. Oui, notre famille est en petit ce que notre société est en grand. Il n'est pa;^ besoin d'une très vive clairvoyance pour découvrir en elle la cellule vivante, le noyau élémentaire, le centre embryonnaire qui communique à l'ensemble la vie, la durée, la résistance et le renouvellement. Groupement d'affection, communauté d'origine, association d'intérêts, la collectivité familiale est le type exemplaire de la nation elle-même, qui suppose la fusion du sang et le mélange des races, l'identité des besoins et des aspirations. L'esprit de nationalité participe même de l'esprit de famille ; car la maison paternelle est une petite patrie microscopique, dont la grande famille nationale n'est que l'image agrandie et multipliée. Toutes deux sont fondées sur la conservation d'un patrimoine de traditions, d'idées, de sentiments, qui se Transmet de génération en génération. Toutes deux impliquent l'appropriation et l'hérédité; toutes deux se soutiennent par la solidarité des membres qui les constituent; toutes

(1) La Plume, eod, loo,, p. 203.

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deux se gouvernent par le principe d'autorité ; toutes deux se donnent des constitutions qui stipulent des droits et des devoirs réciproques. La charte organique de notre gouvernement démocratique n'est qu'une sorte de contrat de mariage, qui a fixé les pouvoirs respectifs du Peuple et de la République, officiellement et volontairement unis Tun à l'autre.

Dés lors, si l'unité souveraine doit être l'individu libéré de toute obligation, il faut que famille et société disparaissent. Et le foyer étant la pierre angulaire de la nation, et l'esprit de famille étant l'aliment de l'esprit de patrie, on ne saurait démolir sûrement la société actuelle, qu'en détruisant le centre familial d'où elle procède et le mariage qui en est le nœud légal et sacramentel. Et voilà pourquoi toute entreprise révolutionnaire, qui s'attaque à la société, doit logiquement s'attaquer à la famille, parce que « cet instrument de torture, comme dit élégamment M. Sébastien Faure, assume et quintessencie les vices, les mensonges, les coquineries, les tyrannies de l'ordre social tout entier (* ).»

A ce langage haineux et subversif, c'est peine perdue d'opposer la morale et la religion, que les esprits émancipés tiennent aujourd'hui pour deux vieilles choses très suspectes de radotage. Mieux vaut s'en tenir aux raisons d'ordre positif tirées de la vie réelle. Beprenonsles pour conclure.

L'union libre est un principe de faiblesse et d'insécurité. Dans les faux ménages, précaires et instables, que le caprice de la passion aura formés et que le

(1) La Plume, eod. loe.^ p. 204.

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caprice de la passion pourra défaire, les moindres litiges risqueront de tourner en dissentiments et en ruptures.

L^union libre est un principe de division et de conflits. La femme étant devenue régale de Thomme, et Tautorité de la mère pouvant contredire et infirmer en toute matière Tautorité du père, la direction des aii'aires et le gouvernement des enfants susciteront mille querelles qui rendront la vie commune intolérable.

L'union libre est un principe de violence et d'oppression. A défaut du mariage qui protège les époux en liant légalement leurs destinées l'une à l'autre et en é((uilibrant leurs droits respectifs par leurs devoirs mutuels, la force, redevenue la règle souveraine des rapports sexuels, maintiendra ou rompra despotiquement les nœuds de chair que la passion sensuelle aura formés.

L'union libre est un principe d'avilissement. Dépourvue de toute garantie légale à rencontre de son compagnon, la femme retombera misérablement sous la main de l'homme. Loin d'affranchir le sexe faible, l'abolition du mariage ne peut manquer de l'asservir aux appétits et aux brutalités du sexe fort. L'histoire atteste que plus l'idéal conjugal s'abaisse, plus la condition de la femme s'aggrave ; que plus l'amour se dégrade, plus la femme déchoit. La passion émancipée, c'est l'indépendance dans l'abjection. Dieu garde la femme d'une si lamentable extrémité ! La civilisation elle-même risquerait d'en périr. Car, là où la femme n'est point respectée, il est impossible que l'humanité soit respectable. « Le moyen le plus efficace de perfectionner l'homme, a dit Joseph de Maistre, c'est d'ennoblir et d'exalter la femme. »

Plus d'illusion possible : le féminisme conjugal est né d'une réaction furieuse de l'individualisme révolutionnaire contre la solidarité chrétienne, qui associe les époux dans un tœur-à-cœur immuable. Plus de malen-

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tendu possible : Tidéal de la famille à venir n'est point dans l'indépendance orgueilleuse ni dans le nivellement égalitaire. Que la femme s'unisse à Thomme, au lieu de lutter contre lui I Qu'elle s'appuie sur son compagnon, au lieu de ne compter que sur elle seule i La paix est fille de Tordre, et celui-ci ne se comprend point sans hiérarchie ni subordination, sans confiance ni respect.

Laissons donc les ennemis du mariage prêcher, tant qu'ils voudront, l'émancipatîbn de l'amour. Que ces révoltés excitent la femme à relever la tête et à secouer le joug, à aimer qui les aimera, à aimer qui leur plaira. Qu'ils impriment à leurs revendications un caractère antireligieux et antifamilial, une direction agressive et révolutionnaire. Il est à espérer que ces excès de langage et de conduite ne feront que détourner de leur féminisme malfaisant toutes les femmes honnêtes, qui ont le souci de leur dignité et la conscience des intérêts supérieurs de la faiaille, et qu'au lieu d'entamer leurs âmes, un pareil débordement de violences et d'incongruités les avertira du péril et les prémunira même contre les tentations et les défaillances; si bien que, tant par l'emportement inconsidéré de ses adversaires que par la vigilance de ses défenseurs, l'institution du mariage pourra être sauvée.

Et si un jour, par impossible, le mariage cessait d'être une institution légale, si l'union libre, s'insinuant dans les mœurs et dans les rodes, devenait la règle de fait et de droit, ne croyons pas que les principes d'indissolubilité, de fidélité, de fécondité, qui sont l'âme du mariage chrétien, disparaîtraient de ce monde. La religion aidant, il y aura toujours de braves gens qui demeureront inébranlablement attachés aux « justes noces » qu'auront pratiquées leurs ancêtres ; et, quelle que soit la démoralisation ambiante, ils formeront, au milieu de la dissolution générale, le dernier rempart de

314 Émancipation conjugale de la femme,

la famille^ une élite vertue.use, une race d*élection, une sorte d'ariajtocratie de l'amour et du devoir.

Oui, quoi qu'on pense et quoi qu'on dise de la « faillite » du mariage, l'union durable et sainte, Tunlon pour la vie, l'union loyale et confiante, sans trahison etsans rupture, le mariage, en un mot, restera le plus haut idéal qu'il soit donné au couple humain de poursuivre et d*atteindre sur la terre. Il est la pierre angulaire, ou encore l'arche véritable de la famille; et, au même titre que ce groupe naturel et indestructible, il ne saurait pas plus disparaître que la vie même dont il assure le mieux la transmission. Étroitement lié à l'honneur du mari, à la dignité de la femme et à l'avenir de l'enfant, le mariage est lié, par cela même, aux destinées de l'espèce.

C'est pourquoi nous avons la conviction que, si vigoureusement qu'ils manient la cognée révolutionnaire, les bûcherons de la Sociale s'épuiseront en vains efforts contre l'arbre auguste et magnifique qui abrite, depuis des siècles, l'humanité civilisée. Ils pourront lui faire de larges blessures; mais ils n*empêcheront point sa sève remontante de pousser tôt ou tard de nouveaux rejetons. Pourquoi même ne pas espérer qu'instruits par les destructions violentes dont l'imminence effraie les plus optimistes, les hommes désabusés reviendront en masse chercher sous ses rameaux la paix et la sécurité perdues ?

Pour nous, simples et braves gens, qui prenons la vie pour ce qu'elle vaut, c'est-à-dire pour une source d'épreuves et pour une occasion d'efforts, de mérites et de vertus, disons-nous, en attendant l'avenir, que le vieux mariage chrétien, — cette union réfléchie, assortie, conclue suivant l'esprit de nos pères, non comme une folle gageure, mais comme un pacte solennel qui doit fonder un foyer et soutenir une famille, — est l'assise sacrée sur laquelle reposent les destinées et les espérances de notre société française ; disons-nous que

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le mariage est un frein moral susceptible de protéger les, époux contre leurs faiblesses, et partant la garantie la plus solide pour les enfants auxquels nous aurons donné le jour ; qu'à part quelques abus ou quelques dommages inhérents à toutes les choses humaines, — ce que les outranciers du féminisme appellent tragiquement « les crimes du mariage », — il nous met du moins à Tabri de Tinstabilité de nos caprices et de nos passions ; qu'en tout cas, les accidents individuels ne prouvent rien contre sa régie généralement et socialement bienfaisante; que les infortunes qu'on lui impute viennent moins souvent des lois qui le sanctionnent, que des révoltes dirigées contre son principe et des brèches faites à son inviolabilité; que les devoirs qu'il nous impose ne vont pas sans des avantages d'ordre, de dignité, de repos et de considération ; qu'après tout l'homme et la femme n'ont pas seulement sur terre des appétits à satisfaire et des libertés à exercer, mais encore des obligations à remplir, des deuils et des souffrances à supporter, et qu'il n'est point finalement de moyen plus sûr et plus doux de vivre sa courte vie, que de la vivre à deux en s'appuyant loyalement l'un sur l'autre jusqu'au bout du chemin.

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