CHAPITRE II Éducation maternelle
I, — Vertu ioucATiucB db la MàRB. — Ses qdautés admirables. —
Ses tendresses excessives. — Faiblesse de la mère pour son fils, faiblesse du père pour sa fille.
II. — Les parents aiment mal leurs enfants. — Uéducation doit se
GONFOIIMBR AUX CONDITIONS NOUVELLES DE LA VIE. in. — ÉDUCATION DBS FILLES PAR LES MERES. — SuPÉRIORITé DB
L*iDUCAnON MATERNELLE SUR l'^DUCATION PATBRNBLLB. IV. — Cb QU*01IB MÉRB TRAKSMBT a SBB fils. — L^BNFANT est le CHEF-
d'obuvre db la femme.
Me sera-Ml permis de vanter les qualités ménagères et les vertus maternelles de la femme? Certaines « Intel* lectuelles » sUmaginent que Thomme ne célèbre leurs aptitudes domestiques que pour mieux rabaisser leurs capacités cérébrales. Il faut pourtant bien observer, — sans qu*il entre dans ma pensée de diminuer leurs autres talents, — que la maternité est la vocation suprême de leur sexe, et que Tenfance est un petit monde qu*elles gouvernent avec une compétence particulière.
Tous ceux qui se sont occupés un peu d'éducation, savent qu'il n*est pas inutile d'inculquer à Tenfance le préjugé du devoir, avant de lui en montrer la raison.
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Il faut d*abord la rendre familière avec certains mots, qui opèrent ensuite, d*eux-mèmes, sur son esprit. L*Église en agit de la sorte pour le catéchisme : elle Temmagasine dans le cerveau des enfants avant qu*ils le comprennent. Et c*est à la mère surtout que revient ce rôle de suggestion morale» qui est le principe même de réducation. G*est à elle qu'il incombe de former rame de ses enfants après avoir formé leur petit corps. Des aptitudes que ses garçons et ses filles ont reçues en naissant, il lui appartient de faire des qualités. La nature lui donne des fleurs simples, pour qu'elle en fasse des fleurs doubles. A cette horticulture des âmes candides et ingénues, Fhomme n*entend rien.
Aucune pédagogie, d'ailleurs, ne vaudra réducation maternelle. Il est des familles, sans doute, et dans la classe pauvre et dans la classe riche, où la maternité est insuffisamment ou indignement représentée. Mais celui qui, s*armant de ces exceptions désolantes contre la généralité des fenunes, oserait dire, sans distinction, du mal des mères françaises, mériterait qu'on lui coupât la langue. Hormis une certaine faiblesse, sur laquelle nous insisterons tout à Theure, je n'en sais point do plus tendres, de plus dévouées, de plus enveloppantes. Ces bonnes et saintes mères, qui abritent craintivement leur couvée contre leur cœur, n'ont point à redouter la comparaison avec les femmes jlgj&ttiflues de la Grande-Bretagne et du Nouveau- Monde. Le nid français vaut bien l'auberge américaine. ' — ^
« Voilà précisément le grand malheur ! » m'objecteront les partisans de V « athlétisme » et de la colonisation. Nos mères nous font de leurs bras une douce chaîne qui nous retient au foyer. Il faudrait aux garçons ,une éducation moins amollissante. Au lieu de préparer à la France de vigoureux gaillards pour les luttes de l'avenir, la bonne maman énerve et afiadit ses petits de prévenances, de gâteries et de caresses. Et comme ils
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ne sont point des ingrats, la déférence affectueuse, dont ils Tentourent, ressemble à une religion. Ils tiennent à vivre près d'elle comme les dévots près de leur idole. Les rapports, qui les lient Tun à Tautre, sont ceux du lierre avec le vieil arbre ou le vieux mur: ils voudraient tomber et mourir ensemble. Faute d'avoir été suffi* samment armés pour la conquête ou pour la résistance, rares sont les jeunes gens qui ont le courage de briser les entraves de Tamour maternel.
 ce propos, M. Demolins, dans son livre fameux : A guoi tient la supériorité des Anglo-Saxons^ s'est montré très sévère, très dur même, pour les femmes françaises. Il les regarde comme « un des principaux obstacles au relèvement de notre pays, » incriminant à la fois leur cœur et leur esprit. Leur cœur : parce qu* « elles aiment mal leurs enfants », les aimant moins I>our eux que pour elles-mêmes; leur esprit : parce qu'elles sont moins accessibles, « moins ouvertes que rbomme aux cboses nouvelles, » et qu'il est plus facile de convaincre dix pères que de convaincre une mère.
Il y a du vrai dans ces doléances. Oui, les Françaises ont leurs enfants en adoration. Le fils surtout est l'objet de toutes leurs complaisances. A peine a-t-il l'âge de raison, qu'elles lui ouvrent leur cœur; et devenu grand, elles s'en font un confident, un ami. Aussi, dès que les nécessités de la vie les y contraignent, c'est un chagrin pour l'enfant et une désolation pour la mère de se séparer.
Mais on remarquera que le père professe généralement pour sa fille une affection aussi tendre et aus^ exclusive. Il la veut près de lui. Il la défend le plus longtemps possible contre les épouseurs, tenant le mariage pour un enlèvement cruel. Et lorsqu'il s'agit enfin de la confier à un gendre, il choisira un bon jeune homme dans son voisinage, à sa porte, afin de ne point mettre trop de distance entre lui et son cher trésor.
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Au fond de cette tendresse excessive de la mère pour le fils et du père pour la fille, nous devons avouer qu*il y a un grain de déraison et d*égoîsme. Aujourd'hui que les nécessités d*une carrière rémunératrice peuvent forcer les enfants à 8*éloigner au bout de la France ou plus loin même, aux colonies d*outre-mer, ces affections timorées ont le grand malheur de se mettre en travers de leurs projets et de leurs initiatives. Outre qu*à donner aux enfants des goûts sédentaires et des habitudes craintives, on risque de les immobiliser en des positions subalternes et chétives, les pères et les mères devraient se dire que Tamour, digne de ce nom, s*élève jusqu'à Toubli de soi-même ; que ceux-là aiment vraiment leurs enfants, qui les préparent à accepter courageusement la vie, là où les appellent leur destinée, leur vocation, rintérét de leur avenir. Puisqu'il faut créer une France au dehors, ayons donc le courage de façonner nos garçons à ce rèle de conquête, et aussi nos chères demoiselles, si nous voulons que le colon hardi et vaillant trouve, au moment de s'embarquer, une compagne assez résolue pour le suivre.
Voilà le seul reproche qu'on puisse adresser à la fomiUe française. Qu'elle soit plus énergique et plus désintéressée, qu'elle aime ses enfants pour eux-mêmes, et elle redeviendra cette parfaite éducatrice des anciens temps, qui a donné à la France d'autrefois tant de pionniers admirables.
Lorsque les conditions de la vie viennent à changer, lorsque les temps sont, — comme le nôtre, — difficiles et hasardeux, c'est une obligation pour les parents de modiôer, en conséquence, la direction et l'esprit de l'éducation qu'ils doivent à leurs enfants. Or, s'il est tou-
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jours nécessaire dlnculquer à nos fils les qualités essentielles et les vertus nécessaires, s'il est toujours bon de les former aux sentiments délicats, aux bonnes manières, à la vieille politesse française, il faut prendre garde, en revanche, d'amollir leur caractère, d'anémier leur volonté, se rappelant que la douceur et Turbanité comptent moins aujourd'hui pour faire sa vie, que la force morale, l'esprit d'entreprise et le goût de l'action robuste et persévérante. A les envelopper de trop de soins, nous risquons de tue^ en eux l'énergie virile, d'en faire des êtres demi-passifs, soumis, dociles, mais faibles et timorés. Mieux vaut préparer nos enfants pour l'avenir, que de préparer l'avenir de nos enfants ; mieux vaut leur donner la force de conquérir le bonheur par eux-mêmes, que de mettre un facile bonheur à portée de leurs mains débiles ; mieux vaut les armer d'une volonté fière, que de satisfaire leurs volontés capricieuses.
Ne parlons pas surtout d'ingratitude et de révolte, lorsque nos fils, montrant peu de goût pour l'existence toute faite et toute unie que nous leur offrons à nos côtés, osent rêver d'une vie plus large, plus libre, plus pleine, dussent-ils, pour la réaliser, quitter la maison et courir le monde! Certes, il serait plus doux à notre cœur, et plus conforme à notre instinct d'autorité, de les enlacer de notre tendresse tutélaire jusqu'aux années extrêmes de notre vieillesse. Mais il est plus noble de se dire que nos enfants ne sont pas une propriété comme une autre, notre bien, notre chose, une continuation, une survivance, un reflet de nousmêmes, et qu'ils devront têt ou tard, nous disparus, mener ime vie indépendante; que nous aurions tort, conséquemment, de les traiter toujours, même en leur maturité, comme de petits enfants, parce qu'ils sont nos chers enfants ; qu'au lieu de les assouplir, de les absorber^ de les plier à nos manières, à nos habitudes.
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à nos aises, il est plus sage de leur inculquer le goût du travail personnel, Testime de l'activité libre, le plaisir, rorgueil, la passion de TefiTort individuel; qu'au lieu de nous charger, — • au prix de quels sacrifices ! — de faire leur situation, l'intérêt de leur avenir exige qu'ils la fassent eux-mêmes.
Réservons donc notre autorité pour les cas exceptionnellement graves. Par nos conseils plus que par nos ordres, entraînons-les à l'action virile. Il n'est que l'apprentissage précoce des risques et des responsabilités de la vie pour faire des héros. Et à ceux qui nous (éjectent qu'il ne dépend ni des mères ni des pères de transformer « les poussins en aiglons, » nous répondrons, avec une femme d'esprit, M«« de Broutelles, que « si par bonheur il se trouve quelque aiglon dans notre nichée, c'est déjà beaucoup de ne point lui rogner les ailes. » J'ajoute qu'il serait criminel, dans tous les cas, de faire de nos garçons des poules mouillées.
Est-ce une raison d'enlever les enfants à leurs mères ? Aucunement, puisqu'on fait de tendresse amollissante, nous savons que bon nombre de pères sont femmes. Pour ce qui est de la jeune fille, d'ailleurs, j'ai déjà revendiqué pour la mère le droit de la former et même de l'instruire, toutes les fois qu'elle le peut. L'entrée dans l'âge adulte est généralement plus difficile pour les filles que pour les garçons. On sait combien sont brusques et variables les phases critiques de leur transformation physique et morale. Personne ne saurait mieux que la mère surveiller et diriger la formation d'un organisme aussi fragile, l'éclosion d'une âme aussi tendre.
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On sait pourtant qu'il est question (introduire de singulières nouveautés dans Féducation dea filles. Des dames ont proi>osé d'inscrire la « dogmatique de Tamour » dans les programmes de Tinstruction congreganiste. Et Mk** Tarchevôque d'Avignon, considérant « la grandeur et la sainteté de Tamour humain, de Tamour conjugal, » ne voit aucun inconvénient à ce qu'on « mette la jeune fille en face de la vérité, pour lui en inspirer le respect et lui montrer les grands devoirs qu'elle lui impose. »
Je sais pertinemment que ces hardiesses inquiètent bien des femmes, qui se disent, à bon droit, que le soin de certaines révélations n'appartient qu'à la mère. La plus impeccable maîtresse apportera-t-elle tout le tact désirable à expliquer aux petites pensionnaires, que « l'exercice normal des sens n'est pas un péché, mais une fonction ?» Il peut être sage de ne point ajourner au mariage certaines lumières, certaines connaissances; il ne suffît pas toujours que Fesprit vienne aux filles par les yeux et par les oreilles que les plus innocentes ouvrent curieusement sur tout ce qui les environne. Mieux vaut parfois mettre leur esprit en face des réalités. Mais qui sera juge du moment, si ce n'est la mère ? Prenons garde de défraîchir avant le temps la candeur de la jeunesse. Les filles précoces me font peur. S'il est bon de combattre la pruderie, qui n'est que l'hypocrisie du désir inavoué, ne déflorons pas la pudeur, cette fleur rougissante de décence et de retenue, qui pare si joliment le front des vierges de quinze ans.
En revanche, certains parlent sérieusement d'enlever les garçons à leurs mères ? Les pédagogues de la « société future » prétendent même que nos fils s'élèveront tout seuls, et qu'à pousser en liberté, comme les arbustes en plein vent, ils retrouveront d'eux-mêmes toutes les énergies morales et physiques de la primitive humanité. Un système aussi commode rencontre toute^ n ^
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fois bien des sceptiques. Ces petits sauvages, revenus à rétat de nature, sont faits pour nlnspirer qu'une demiconfiance. Le temps n*est pas venu de renoncer à réducation. ^f
Alors, confierons-nous les garçons aux pères ? Pétris par de fortes mains, ils deviendront des hommes, •— à moins quUls ne deviennent tout simplement des brutes. Je me méfie de réducation paternelle, pour plusieurs raisons. D'abord, tous ceux qu'absorbe le souci des affaires, n'ont point le temps d'éduquer, de dresser, de discipliner Messieurs leurs fils. Quand un de ces braves gens entre à la maison, c'est pour s'y reposer. Le loisir lui manque, et la vocation aussi. Il n'est pas assez religieux, et la croyance est le soutien de toute éducation. Il n'est pas assez patient, et l'égalité d'humeur est une condition essentielle de dignité et de respect. Il n'est pas assez tendre, et la tendresse seule ouvre et conquiert les âmes. Souvent même, il n'est pas assez ferme ; le moindre malaise de l'enfant l'affole et l'induit en toutes sortes de faiblesses et de capitulations.
Et enfin, 11 affiche en matière d'éducation, des idées fausses. A qui n'est-il pas arrivé d'entendre un père affirmer d'un ton catégorique : « Il n'y a qu'un moyen d'élever les enfants. Quand j'aurai un fils, je ferai ceci, je ferai cela. J'ai mon plan. » Autant de piots, autant d'erreurs. L'éducation ne se résout pas comme un problème d'algèbre. Elle n'a rien de systématique. Elle doit varier ses procédés, ses méthodes, suivant le tempérament, le caractère, la santé, l'intelligence des enfants. Et la mère excelle à cette œuvre d'adaptation délicate, parce que, mieux que le père, elle connaît ses fils et ses filles.
On n'élève pas un enfant malgré lui ou sans lui. Pour nous rendre maîtres de sa volonté, il faut qu'il se livre, qu'il se confie, qu'il s'abandonne. Et seule, la mère peut lui dire : « Mon enfant, donne-moi tçn cœur, »
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Elle seule sait frapper à la porte au bon moment, et attendre avec douceur qu'on la lui ouvre. Tous ceux qui aiment Tenfance et ambitionnent, non pas de la dresser sur un modèle artificiel et d*après une règle uniforme, mais d'assouplir, d'élargir, d'ennoblir ses qualités diverses, tous ceux-là reconnaissent qu'il n'y a, pour la préparer utilement à la vie, qu'un moyen vraiment efficace, qui consiste à se pencher sur chaque âme en particulier, à l'interroger sans rudesse, à la scruter sans violence, pour y verser peu à peu avec mesure et discrétion la lumière, la confiance et l'amour. Or, je ne sais que la mère qui soit capable et digne d'exercer auprès de l'enfance une si délicate fonction. L'homme aurait ici la main trop dure, l'esprit trop raide et le cœur trop sec. C'est un pitoyable éducateur. Laissons, comme dit la chanson,
N Les oiseaux à leur nid, les enfants à leur mère. »
Sait-oiîL bien, au reste, tout ce qu'une mère, digne de ce nom, donne et transmet à ses fils ? Nous touchons là aux vertus les plus admirables de la maternité.
J'aJ dit que nul ne saurait la remplacer auprès des enfaûts. Il y a plus : l'esprit humain ne concevrait pas de quels miracles sont capables Tamour désintéressé, la joie du sacrifice, la tendresse éprise de dévouement, si le cœur des mères n'existait pas. Et cette vie du cœur a sa raison d'être dans les fonctions essentielles de la femme, qui la retiennent auprès des berceaux, auprès des petits, dans le cercle intime des relations familiales, loin des occupations et des dissipations extérieures. Et cela même explique pourquoi la femme
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est naturellement plus mère qu'épouse, tandis qu'il est habituel à Thomme d*ètre plus époux que père, surtout lorsque la femme est jeune et Tenfant nouveau-né.
La femme a si bien Tinstinct éducateur, qu'elle est maternelle avant d'être mère. Qui ne sait la sollicitude passionnée, avec laquelle la petite fille s'occupe de ses frères et sœurs plus jeunes, les porte, les surveille, les pouponne ou les régente ? La femme est Tintermédiaire obligé entre Thomme et l'enfant. Pour élever celui-ci, rbomme est trop haut, trop raide, trop rude. Il n'est que la femme pour se plier à la taille des petits, pour manier avec souplesse leur conscience naissante , pour s'insinuer doucement dans leur âme si fragile et si délicate. Elle seule comprend Tenfant et s'en fait comprendre à demi-mot. S'intéressant toujours aux personnes plus qu'aux idées, « prenant peu de part aux - événements généraux, » comme l'avoue M"» Guizot, leur place est marquée là où l'humanité a besoin de toutes les forces vives de la pitié, de la bonté, du dévouement, de la charité. Bref, le penchant des femmes à sympathiser et à s'attendrir les rend incomparables pour la formation morale de l'enfance. Et c'est par là qu'elles méritent la reconnaissance et l'admiration des hommes.
Au-dessus de la femme d'esprit, de la femme de talent, de la femme de lettres, même de la femme de grande beauté, le monde devrait placer la femme de caractère, la femme de cœur, la simple et tendre mère. « Une belle femme est un bijou, une bonne femme est un trésor, » a dit Napoléon. Si l'on songe aux découragements et aux révoltes que les œuvres d'une George Sand ont semés dans les esprits, on ne saurait hésiter à lui préférer l'humble et obscure mère de famille, qui prépare à l'humanité de fortes âmes, de beaux et robustes rejetons. Une mère s'honore moins à penser, à écrire, à travailler pour son compte, qu'à transmettre à ses fils la vie du corps et de l'intelligence, l'étincelle sacrée qui doit
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les animer et les éclairer d^abord, slôn qu'ils puissent à leur tour animer et éclairer les autres. Et Dieu merci ! la plupart excellent à former des hommes . Lamartine, Gruizot, Bonaparte lui-môme, ont reconnu qu'ils devaient, en grande partie, leur avenir et leur grandeur aux vertus de leurs mères. Combien même d'écrivains et d*artistes leur ont été redevables de la flamme auguste qui resplendit dans leurs œuvres?
On a dit qu'il y a un nom de femme au fond de toute gloire. Si ce n'est pas toujours celui de la femme légitime, c*est souvent celui de la mère. Ou plutôt, le nom de la mère ne figure pas dans les œuvres des fils, car son influence est obscure, silencieuse, cachée ; elle l'a exercée humblement pendant leur enfance, dont elle a été le refuge, le soutien et la consolation; elle l'a exercée secrètement même avant leur naissance, puisqu'elle fut l'habitacle, le sanctuaire de leur corps et de leur intelligence. L'amante n'est que le prétexte et l'occasion du chef-d'œuvre des poètes et des artistes. La mère en est la source première ; elle participe à leurs travaux et à leurs créations ; elle collabore aux plus beaux produits de leur pensée, puisque ses enfants sont la chair de sa chair et l'âme de son âme. Elle leur a donné son sang, prodigué sa vie, insufflé l'ardeur mystérieuse qui fait battre leur cœur et leur cerveau.
Heureux, trois fois heureux, celui qui eut pour mère une femme de grand cœur et de haute élévation morale , car elle fut l'ange gardien de sa vie! Si nécessaire que soit aux enfants l'influence du père, surtout aux années de la fougueuse jeunesse, pour en assouplir et discipliner les élans, l'empreinte de la mère, encore qu'elle se grave plus doucement sur l'âme de ses fils, est plus profonde peut-être et plus inefiaçable. Au lieu que l'homme ne coopère à la transmission de la vie qu'en passant, par fièvre et par plaisir, la mère donne à l'enfant, à la suite de cette brève minute créatrice, de longs
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mois de fçestation* douloureuse et de dévouement inlassable. Elle le fonne et le nourrit de sa substance, avant de le nourrir et de le fortifier de son lait. C'est pourquoi nous tenons pour une des plus belles inspirations du catholicisme d*avoir su honorer, à côté de Dieu le Fils, la Vierge Mère qui, en le portant dans son sein, fut associée véritablement aux souffrances et aux mérites de la rédemption. Et c*est pourquoi encore la dévotion à Ifarie est, par une suite nécessaire, le plus bel hommage qu'on puisse rendre à la maternité. Ainsi donc, le flambeau de Tintelligence humaine se transmet, de génération en génération, par la main pure des mères autantque par la forte main des pères. Et si elles songeaient que tout ce qui resplendit sur le monde, belles pensées, vers sublimes, nobles et grandes actions, est un fruit de leurs enU*ailles ; ci elles se disaient que toutes les femmes qui ont écrit ou rimé, ont donné peu de chose à Thumanité en comparaison des mères obscures de nos grands poètes, de nos grands artistes, de nos grands savants, en comparaison de celles d*im Lamartine, d'un Guizot ou d'un Pasteur; si elles se disaient que la mère des plus puissants cerveaux qui aient honoré l'espèce humaine, fut, soit une femme rare, une femme supérieure, soit une femme modQste et sainte, et dans tous les cas une femme qui, littérairement parlant, ne produisit rien; — alors, elles sacrifieraient moins aux joies égoïstes du travail iiidépendant, et elles se résigneraient tout simplement à soigner et à parfaire ce chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre qui s'appelle l'enfant. Une romancière italienne d'un sens exquis, M°*« Neera, écriv^iit récemment que « la femme a été vouée par la nature à cette tâche sublime de sacrifier son intelligence à l'homme qui doit naître d'elle. »