‹ La femme arabeChapitre 17 sur 17 · L.A FEMME RÉPUDIÉE · texte numérisé non relu

L.A FEMME RÉPUDIÉE

Le Prophète (que la prière de Dieu soit sur lui) a dit :

a Parmi les choses permises, le divorce est celle qui plaît le moins à Dieu. ))

Il a dit ausi :

« Dieu n'a créé sur la terre aucune chose, qui lui plaise plus que l'affranchissement des esclaves et il n'a créé aucune chose qui lui plaise moins que le divorce.

Je viens de montrer la femme arabe pendant le mariage, je l’ai montrée telle que la société musulmane l’a faite et peut-être, suis-je parvenu à dissiper bien des erreurs répandues à cet égard.

Mais la vie de la femme arabe a encore une triste phase, triste pour elle, triste aussi pour ses enfants et je ne puis négliger d’en parler ; c’est la facilité qu’a le mari de briser les nœuds du mariage, soit par la répudiation, soit par le divorce.

Dieu a dit :

« La répudiation est un acte réservé au mari, maître de « rompre à son gré le lien conjugal.

Sans des motifs graves, un Musulman ne peut justifier cet acte aux yeux de la religion et de la loi. Que Dieu maudisse quiconque répudie sa femme par le seul motif du plaisir. »

Malgré ces sages recommandations, la répudiation est très commune chez les Arabes, et il n’est pas difficile de citer tel chef arabe, qui, dans le cours de sa vie, a eu douze ou quinze femmes légitimes.

Quoique les femmes, elles aussi, puissent, comme nous le verrons plus loin, provoquer la séparation et se remarier, elles ont un peu moins de latitude que les hommes ; mais elles usent amplement de la facilité, que leur laisse le veuvage.

On raconte que Abd-er-Rahman ben Abou Bokeur, le plus bel homme de son époque, ayant épousé Atika bent Aomar, la plus jolie fille des Koreïch, en devint tellement amoureux, que ses facultés en furent totalement absorbées. Son père désolé voulut le forcer à divorcer et comme il persistait à garder sa femme, le père jura, par tout ce qu’il y a de plus sacré, qu’elle serait répudiée. Le respect qu’ont les Arabes pour leurs parents et la sainteté du serment obligèrent alors Abd-er-Rahman à se conformer à la volonté de l’auteur de ses jours, mais, une fois ce sacrifice accompli, il en conçut un si violent chagrin, qu’il renonça à toute espèce de nourriture. Des amis vinrent alors prévenir Abou Bokeur de l’extrémité où se trouvait son fils et lui dirent que, sans nul doute, en persistant, il serait la cause de sa mort. Abou Bokeur effrayé se rendit, chez Abd-er- Rahman ; il le trouva étendu au soleil composant des poésies sur sa femme et chantant son amour ; il en eut pitié et lui permit de la reprendre. Abd-er-Rahman la reprit en effet et la conserva jusqu’au moment où il fut tué dans un combat. Atika composa sur lui les vers suivants :

Toujours je serai triste en pensant à toi :

Ton souvenir brûle mon cœur et fait souffrir mon corps

Je le jure^ jamais on ne vit ton pareil !

Tu étais jeune, persuasif et patient,

Et, quand tu revenais de la lutte,

Le fer de ta lance était toujours teint en rouge.

Plus tard, cependant, Atika épousa le kalifa Aômar Ben

ei-KhoUah, qui ne tarda pas à mourir aussi. C’était un homme extrêmement jaloux et, comme sa femme fréquentait la mosquée, il conçut le projet de l’en dégoûter, non par la violence, mais par un moyen détourné. Il se cacha un jour dans le Mesdjid où elle se trouvait pour prier et, sans qu’il en fut reconnu, il porta la main sur elle et la toucha à la cuisse. Elle cessa immédiatement ses dévotions ; son mari lui en demanda la raison. Je ne vais plus à la mosquée, lui répondit-elle, depuis qu’on ne s’y comporte plus convenablement. Aômar mourut quelque temps après et il fut remplacé par Mohammed ben Alyt qui, lui même, ne tarda pas à être tué en Egypte. Ce fut son dernier mari. Elle l’avait juré, car, disait-elle, « où cela s’arrêterait-il ? C’est une fatalité, tous ceux que j’épouse doivent périr. »

Les cas les plus habituels qui amènent la répudiation, sont :

Les antipathies, les querelles intérieures, les contestations, la jalousie, la vieillesse ou les excès de la femme.

Pour ce dernier motif, les gens bien élevés, quand ce n’est point public, dissimulent et mettent leur honneur à couvert en invoquant un prétexte quelconque.

L’acte de la répudiation a lieu, quand on prononce certaines formules, quand on profère certains serments, qui suffisent pour mettre la femme dans la position que voici :

Si dans un moment de mauvaise humeur ou par un mouvement irréfléchi, un Arabe vient à dire « Tellokteuk » (je t’ai répudiée), c’est, la répudiation simple ou par un. par un.

Si la réflexion a été plus grande et que le mari se soit écrié : « Ana tellokteuk âla dinar el tali » (Je t’ai répudiée sur le dernier dinar), c’est la répudiation double ou par deux.

La femme est obligée de se mettre en iddet. On entend par iddet, le temps, qu’une femme séparée de son mari

doit passer dans la retraite avant d(‘ poiivoir e(;iiL';’.. '.ri un nouveau mariage.

L’iddet est de quatre-vingt-dix jours.

Les deux cas que nous venons de citer ne constituent que la répudiation imparfaite {Telak er Radjy). La femme peut rester dans la maison conjugal^ ; on doit l’y entretenir et le mari, si cela lui plaît, peut opérer /la réunion verbalement ou par action en lui disant : <.iRedditeuk » je fai reprise, et en lui donnant un simple baiser.

Si Viddet est écoulé, la répudation devient parfaite.

Maintenant, si le mari, voulant renoncer absolument à tout rapport avec sa femme lui a dit :

(( Rohhy, Allah idjaâlek alya kif imma ou ki kheti elU « redaât ana ou hya, omri la redditeuk. »

(( (Va fen, que Dieu te rende pour moi comme ma (( mère ou comme ma sœur avec qui j'ai télé, jamais je (( ne te reprendrai,) )>

Ou bien :

(( lia redditeuk nezeny imma fel kaâha cherifa. »

(( (Si je te reprends, que je commette un inceste dans « la sainte Kaaba /) » (i)

Ou bien encore :

Haram marty, talok talate : seraâ ala rokeubtek »

« (Ma femme est un péché pour moi, je divorce par le troisième.) Tu as la bride sur le cou. »

Oh ! alors, la répudiation est par trois ; elle est définitive. La femme est tenue de passer son iddet dans un domicile à part. Les filles suivent la mère et les fils restent avec de père.

Pour que la répudiation soit definitive, on fentoure de certaines formes. En présence d’un Thaleub et de témoins le mari dit a sa femme, a Je vous quitte », elle répond :

(i) La kaaba — Sanctuaire de la Mecque dans lequel existe une pierre noire, qui est considérée par les musulmans comme le symbole de l’alliance que Dieu fit avec les hommes dans la personne d’Adam.

« Je ne demande pas mieux ». 5n dresse un acte, le mariage est dissous et le mari perd tous ses droits sur sa

femme. > j-

Trois mois après, elle peut se remarier, c est-a-dire

après l’expiration de l iddct.

l.a femme qui est en iddet est tenue de porter le deuil.

Elle doit s’abstenir de toute parure, de tout vêtement de couleur éclatante. L’usage des parfums et du henna lui est

interdit. ^ ^

Pendant ce temps, le mari ne peut manquer d égaids

pour sa femme.

13ieu a dit :

(( Laissez aux femmes que vous avez répudiées, un asile <c dans vos maisons, et ne leur faites aucune violence U pour les loger à Vétroit. Accordez à celles qui sont (( enceintes tous les soins convenables pendant le temps (( de leur grossesse, si elles allaitent vos' enfants, donnez- « leur une récompense réglée avec équité, et s’il se trouve (. des obstacles ayez recours à une nourrice. »

(( Lorsque vous aurez répudié une femme et que le « tejnps de la renvoyer sera venu, gardez-la avec huma- (( nité ou la renvoyez avec bienfaisance. Ne la retenez (( point par force, de peur d’être prévaricateur. )>

Si le mari se repentait d’avoir perdu sa femme, il ne pourrait plus la reprendre qu’après qu’elle serait mariée et aurait de nouveau divorcé pour lui revenir.

Dans la pratique, voici ce qui se passe ;

Si le maii est jaloux ou délicat, il choisit lui-même celui dont le mariage et le divorce avec sa femme, doivent lui faciliter les moyens de s’unir de nouveau avec elle. P le veut ordinairement pauvre, et, moyennant un petit cadeau, il obtient de lui de coucher avec sa femme pendant un instant seulement et sans la toucher.

Le mari fait encore épouser sa femme par un ami dont il se croit sûr ; cet ami passe la nuit avec elle, la respecte et la répudie le lendemain. Mais, on prétend que dans ces

circonstances, les trahisons des amis ne sont pas rares !

Cette facilité de sè quitter et de se reprendre donne lieu à de grands abus.

El-Fatahh raconte qu’un homme se présenta chez tle chef de Kouffa, suivi d’un femme d’une éclatante blancheur et d’une corpulence telle qu’elle ressemblait à une citadelle.

— (( Que voulez-vous ? lui demanda-t-on. — viens me plaindre à vous ; ma femme m’a battu et blessé à la tête — Est-ce vrai ? — Oui, répondit la femme, mais je ne l’ai pas fait exprès, je ne dois pas être punie pour cela.

— Eh bien ! répudiez-la, puisqu’elle vous a blessé, dit au mari le chef de Kouffa dont le cœur avait parlé pour cette femme qu’il trouvait admirable.

— Je ne le puis, sa dot est de 4-ooo derhem et i>l m’est impossible de la rembourser.

— Si je te donne cette somme, la répudieras-tu ? — Oui. — La voici. — Eh bien, je quitte ma femme 1 »

Le chef de Kouffa, en comptant l’argent, dit tout bas à la femme ; « Allez et réservez-vous pour moi », son iddet fini, il l’épousa.

Omair dit un jour à El Rechid qu’un Arab(‘ avait répiidit cinq femmes dans le même jour 1

— « Comment cela se fait-il ? un musulman ne peut épouser que quatre femmes.

— Le voici. Il n’avait que quatre femmes effectivement et s’étant aperçu qu’elles ne vivaient pas d’accord, il leur reprocha d’abord leur méchanceté, puis, imputant la source de ces continuelles disputes à l’une d’elles, ii! lui dit : (( Je vous répudie » La deuxième s’écria : « C’est trop vous presser, que ne la châtiez-vous différemment ! »

— Puisque vous parlez ainsi, et vous aussi je vous quitte î »

La troisième voulut défendre cette dernière en disant : « C’est dommage, en vérité car elle ne vous a jamais fait que du bien. »

— Ah ! vous les soutenez, eh bien, vous êtes un péché pour moi ! »

li paraît, dit alors la quatrième femme, que vous êtes aujourd’hui de bien mauvaise humeur. Vous n’avez que le mot de séparation à la bouche.

— Oui, c’est vrai, et j’en profite pour vous renvoyer avec elles ! »

Une voisine qui avait entendu ce qui venait de se passer, s’avança alors et dit à l’Arabe :

« Votre conduite est la preuve que vous méritez tout le mal qu’on dit de vous : quoi P dans une heure de temps, vous répudiez quatre femmes ! »

— « J’ai bien fait, et, si votre mari veut me croire, pour vous apprendre à vous mê^-er de ce qui ne vous regarde pas, il vous quittera aussi.

— Vous avez raison, cria le mari, du fond de la tente, et sans plus tarder, il répudia aussi sa femme. »

Pour en finir avec la répudiation, je n’ai plus qu’à faire connaître certains préjugés qui, chez un peuple proclamant sans cesse que tout vient de Dieu, peuvent être funestes, même, à la femme la plus vertueuse.

}l est indispensable qu'à toutes ses qualités, elle joigne le bonheur.

Est-elle pour son mari une cause de fortune, oh ! alors, on l’appelle la bénie, V heureuse, Mebrouka^ Messaouda, et on entasse sur elle honneur sur honneur, mais si, au contraire, dès les premiers jours de son union, un homme n’a jamais vu qu’une diminution .dans ses biens ou dans sa famitle, s’il a été contrarié dans toutes ses entreprises, sa femme sans aucun doute, porte malheur, il lui donne le nom de eurreh et souvent la rend à ses parents.

Le mariage peut encore être dissous par le divorce.

Il y a deux espèces de divorce, le divorce par ordre de l’autorité (Thelak Bdien) par conséquent forcé, et le divorce sur la demande de la femme, avec l’assentiment du mari.

Le premier peut être prononcé dans Lun des cinq cas suivants :

1° Quand la débauche ou l’impuissance sont prouvées

ou constatées ;

2° En cas d’adultère ;

3° Pour excès ou sévices graves ;

4° Si le mari ne peut pourvoir à l’entretien^ et à la nourriture de la femme ;

5° Pour cause d’apostasie.

Le second {Khelâa) n’est qu’un moyen offert à la femme pour se libérer, à son tour, si elle le juge convenable, de l’autorité maritale.

La différence qui existe entre ce divorce et la répudiation, c’est que dans la répudation, le mari fait un sacrifice d’argent et que dans le divorce, la femme au contraire s’y soumet pour se racheter.

Le mari, du reste, est libre d’accepter ou de refuser Son consentement est nécessaire et doit être constaté pai un acte juridique. 11 peut, si cela lui plaît, accorder le . divorce, et faire remise à la femme du prix de rachat. Mais, le divorce prononcé sur la demande de la femme, le mari ne lui doit plus rien, ni pour sa nourriture, ni pour son entretien. ■

Dans ces deux ‘espèces de divorces, le cas le plus grave qui puisse se présenter, c’est évidemment t’adultère.

S’il n’y a pas flagrant délit et que le mari soutienne son accusation, il l’affirme par ce serment quatre fois répété.

Je prends Dieu à témoin de la vérité de mon accusation d’adultère contre cette femme.

Puis il ajoute :

Que la malédiction de Dieu soit sur moi, si j’ai accusé faussement cette femme d’adultère.

La femme avoue ou nie. Si ePe avoue, elle est condamnée aux peines sévères édictées par la loi.

Si elle nie, elle dit quatre fois aussi, à haute et intelligible voix.

Je pî'ends Dieu à témoin de la fausseté de Vaccusatioiv d’adultère que porte cet homme contre moi.

Puis elle ajoute :

Que Dieu me punisse dans ce monde et dans Vautre, si Vaccusation d’adultère fonnulée par cet homme contre moi, est véridique.

Cet anathème réciproque, quand il n’y a pas de preuves, opère à l’instant même, la dissolution du mariage. Elle doit être constatée par un acte juridique.

Celui qui trouve sa femme avec un homme dans sa maison, a le droit de les tuer.

Quand il ne se fait pas justice lui-même et qu’il en réfère aux lois, l’impunité est presque toujours assurée, car il faut alors plusieurs témoins bien famés, qui certifient avoir vu le fait. {El kueloiima fy Ed-Douâia.)

Cet état de choses constitue le divorce et la femme est punie de mort.

Si le complice est lui-même marié, la loi musulmane le condamne a être lapidé, et s’il n’est pas marié; à recevoir quatre-vingts coups de lanière entre les deux épaules, ce qui équivaut à peu près à la peine de mort.

Les Turcs coupaient la tête à l’homme et jetaient la femme à la mer, bien enfermée dans un sac.

Chez les Arabes, l’adultère ne fait pas rejaillir autant de honte sur le mari que sur la famille de la femme. On peut rompre le mariage par le divorce, tandis que la consanguinité ne peut s’effacer. Aussi l’opinion publique tolère-telle que la femme adultère soit tuée par son père ou par son frère.

Telles sont les principales dispositions de la loi musulmane concernant la répudiation et le divorce.

Je termine : après ce qui précède, veut-on juger la répudiation et le divorce au point de vue de nos mœurs

civilisées, il faut absolument les flétrir ; mais si on les considère au point de vue où dut se placer le législateur des Arabes, on reconnaîtra qu’elles furent un progrès.

En effet, au moment où Mohammed entreprit de régénérer son peuple, le mariage pour ainsi dire, n’existait pas chez les Arabes ; il n’y avait chez eux qu’un immense concubinage. Le Prophète comprit qu’aller se heurter contre des mœurs d’autant plus invétérées qu’elles flattaient davantage les passions, c’était dresser un obstacle infranchissable devant ses vues d’amélioration. Il fit donc la part du feu et permit aux musulmans d’avoir quatre femmes ; il leur permit encore de les répudier, mais enfin, et c’est en cela qu’il accomplit un grand progrès, il créa un lien qui n’existait pas avant lui, il donna à son peuple,, le mariage et il constitua la famille.

Le Gérant,

J. BÉVIA.

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