La femme aux métaux [microforme]
Ilest une nation peau rouge, dans le Territoire du Nord-Ouest canadien, qui se donne le nom d’Hommes, comme si, elle seule, constituait l'humanité}.
Ce nom se rend, suivant les dialectes, parles mots Dana, Danë, Dœna, Déné, Duné et Dindjié.
Des rivages do la mer de Béring ou des Gastors, dâns l'Alaska, elle s'étend, sans aucun mélange accusant un caractère de modernité, jusque sous le 54° de latitude nord où elle rencontre les tribus les plus seplentrionales de la vaste nation Hilliné, appelée irrationnellement aigique.
Là, elle s'arrête, sans frontière bien déterminée .Mais, en descendant vers le sud, on rencontre encore deci delà quelques colonies ou quelques débris épars qui s’intitulent Dana ou Danè. Tels sont les Sarcis, de l'Alberta et de l'Etat de Montana, les Umpkwas et les
Yualpais de la Californie, les Nabajoes et les Apaches, du Nouveau Mexique et de l'Arizona.
En ne
. En cherchant un peu, on découvrirait probablement plus au sud encore, parmi les restes des. anciens Toltèques, des peuplades danèé.
Ce peuple, venu de l’Asie par le Nord Quest et sorti de la mer, est descendu à travers l'Amérique du Nord en semant ainsi de partout des vestiges deson passage.
Quel est il ? Quelle est son histoire? Mystère. fée chaque peuplude de la natior: danite américaine prétend à une origine transcendante ou magique. Tchippwayans et Couteaux Jaunes disent être nés de l'union du prèmief hommeavec une ge:inotle des nelges, métamorphosée en femme prndant la nuit.
Les Dindjié reconnaissent pour mère la Femme du Jour ou du raatin, fille du dieu Lune, et dont les enfants furent des gelinottes blanches, apparues avant tout conimerce humain, puis ensuite changées en hommes.
Plus modestes, les Peaux de Lièvre et les Flancs de chien, se donnent pour les descendants d’une femme dèné et d’un jeune sorcier de race Kollouche qui aurait joui de la faculté de se métamorphoser en chien noir, dunes la nuit.
Lés Dœna de l'Alaska prétendent descendre du corbeat par deux femmes, souches des deux branches qui se partagent leur tribu.
*Mais beaucoup de ces peuplades s s'AvObrdoE à dire que, postérieurement à leur arrivée dans les déserts de Amérique septentrionalé, eïles furent visitées par une nätion qui y introduisit les métaux et qui disparut ‘ensuite comme elle était venue.
“C'est cette légende quo 3 ’ai entrepris de développer dans ces pages.
Ad
J'ai publié dans mes Légendes indiennes du Canada Nord-Ouest; plusieurs versions de cette ancienne:itradition. J'en donne ici la substance en un seul récit.
«'A.une époque éloignée, les Esquimaux enlevéreut une femme déné et l'emmenérent dans l'Ouest, a: ‘à
de la:mer, aprés luka voir. votlé la ‘tête pour qu’elle ne
pât reconnaitre:sa route: Là elle fut'mariéc'à un Esquimau dont elle eut'un fils qui: ue:put lui'fatre oublier:ses compatriotes nisa-patrie. ‘Elle profita donc de Yoccaslonque lui ofYit ‘une ‘fête ‘nationale des ‘Innoït ‘pour leur dcrober'unoumiakou barque de peau, et se sauver avecson enfant.
\«+Jgncrantdequel côté:se tr": ait ‘son ‘pays, recette femme se dirigea néanmoins va: l'Orient ; parceque, dans ces parages, la:mer ‘était reu profonde et toute couverte d'tles:peu-distanies : >s:urs1des autres. Elle voyagea d’ile-er île touten cnerchant sa ‘subsistance. Lorsque lestraversées ne pouvaient être effectuées en unijour;elle-plantait:une‘longue perche -dans le ‘fond sablonneux de:la:mer,:yattachait sa bédareetcampait sur ces flots pacifiques.
. »Æle-atteignit de lasorte le:continentorientai, c'est: è-dire l'Amérique du Nord, ignorant oùellese trouvait etotelle devrait:aborder, lorsque un loup'blanc (Pété) vint à sa rencontre, nageant devant :l'esquif de la fugifive.'Il :accosta à Jl'ernbouchure d’un fleuve, ‘puis: se sauva dans lesbois:après-avoir jeté à ‘sa protégée ‘un vegardide-pitié.La:femme:comprit alors que :le :loup blanc. ‘Serait- son: bon:génie, et elle le vénéru. »
D'autres Dénê, ceux.d’Athabasea, nerelatent point ce voyage à‘travers l'archipel aléoutien..Ils ‘disent « :quo la femme erra-longtemps-:aubord de la mer ‘occidentale, enquête d'un passage par lequelieHe:püt retourner dans-son-pays. Sur ces-entrefaites, le loup -blanc :s'approcha d'elle, puis,se dirigeant ‘vers la mer, il entra résclument-dans les flots et traversa un détroit, n'ayant de Veau que jusqu’au ventre. Ce que voyant, la voyageuse suivit les pas de l’animal qu'elle reconnut pour son bon génie, et, ayant trav: rséle détroit à gué, elle aborda au rivage américain.
« S'étant ensuite retournés, elle vit sur la mer comme üne Île, qu'elle prit pour un pari d'Esquimaux qui la poursuivaient. Mais ce n’était qu’un troupeau de rennes qui traversait aussi ic détroit à gué.
ps ee
..» A cette vue elle se cacha, emmaricha son -alèné de fer d'une gaule, darda un renne au passage et le tua, ce qui lui procurà une nourriture substantielle.
» Après s'être repue, ainsi que son enfant, elle boucana cette viande pour les nécessités du long voyage qui lui restait à faire, Mais, s’élant aperçue que le petit Esquimau la volait, elle l’abandonna sans pitié sur :le rivage de la mer,:et s’en alla seule dans les bois'en remontant le fleuve qu’elle avait découvert.
» Tout à coup, sur les bords de ce fleuve, elle aperçut une haute montagne qui rendait des flammes. Cela lui * donna à penser qu’il y avait un peuple campé au sommet. Elle gravit donc la montagne fumante, lorsqu'elle s’aperçut que c'était un métal rouge c’est-à-dire en fusion qui répandait la lumière et le feu qu'elleavait vus d'en bas.
» Etant repartie de ce volcan, la voyageuse éleva, par tout le pays où elle passa, de grosses pierres,comme des signes de son passage et des points de repère par lesquels elle pût un jour retrouver sa route.
» Elle arriva de la sorte chez des hommes qui la recopnurent pour une de leurs compatriotes et auxquels elle apprit qu'elle avait découvert, au bord de la mer, du métal rouge (1). Aussitôt la voyageuse retourna par trois fois à la mer occidentale, en compagnie de ces hommes, pour aller ramasser de ce métal. Eux la considéraient comme une femme céleste.
» Mais la dernière fois qu’elle fit ce voyage avec ses nouveaux compatriotes, ceux-ci lui firent violence ; de sorté qu’elle ne voulut plus les suivre dans l'intérieur. Elle s’assit à côté de son métal et ne voulut plus le quit ter. En vain les Dènè la conjurérent-ils de les suivre: Elle n'avait plus confiance en eux et n’en voulut rien faire. Ils finirent donc par l'abandonner.
(1) Tsantsané, de tsa-intsané, castor-déjections; parcequ'elles sont rouges comme le fer oligiste et le cuivre natif. Les Peaux-de- Lièvre l'appellent sa-tson, ours-déjections: parcequ'elles sont égaiement rouges,
qi
» Cependant ces hommes retournèrent à la mer quelque temps après, et allérent chercher du métal à la montagne enflammée. Ils trouvèrent que la femme aux métaux s'était enfoncée dans le sein de la terre jusqu'à la ceinture. Elle refusa encore de les suivre, ne se flant plus à leur parole. Mais, comme elle aimait quelques-uns de ces gens-là, elle leur donna encore de son métal rouge.
» Elle leur dit aussices paroles : « Je fournirai de « bon métal à ceux qui m'apporteront en précent de « bonne viande. S'ils m’apportent du poumon de renne. « ou du cœur, ou du foie, je leur donnerai, en retour, du « fer qui a la couleur et la forme de ces viscères. Quant « à ceux qui ne me feront que de méchants présents, ils « ne trouveront ici que du rnétal cassant. »
» Etant encore retournés plus tard pour chercher du métal, ces hommes constatèrent, cette fois, que la femme s'était enfoncée dans la terre jusqu'au col. Sa tête seule sortait hors du sol. En cet état, les Tchippwayans lui donnèrent encore à manger, et ils trouvérent en retour de bon métal. Mais la dernière fois qu'ils y retournèrent, la femme avait entièrement disparu dans les entrailles de la terre. En vain apportaientils leur plus belle viande, la femme s'était enfoncée si . avant qu’elle ne leur donna plus rien. Depuis lors, on ne trouve plus de métal au bord de la rivière du Métal, dit-on. |
« Cependant on voit encore aujourd’hui ces grosses pierres levées que la voyageuse avail disposées partout où elle avait passé. C'est par le moyen de ces signes que cette femme était parvenue à s’en retourner rar où elle était venue. Et ce sont ceux des Dèné qu'elle avait s acourus et qui avaient abusé d'elle qui portent encore le nom de gens du Métal ou Tr'a-fsan Ortiné. »
Cette légende si curieuse, au point de vue ethnologique et géographique, me paraît être une variante : très développée de celle que rapporte le baron Von Wrangell comme ayant cours chez les Kollouches,
LABS
Indiens riverains du Pacifique. Elle a été citée par MM. A.-L. Pinart'ot W.-H. Dali.
Cette légende fait disparaitre dans le cratère du volcan Edgecumbe, qui est situé près l’île dé Sitka et du flouve du Cuivre occidental, dans l’AlaskKa, une créature fabuleuse que ces Indiens appellent la Femme qui soutient le Monde. Ils prétendent qu'elle supporte le disque terrestre au-dessus des flots de l'océan, à l'instar du géant Atlas des Grecs, de l'éléphant des Hinduus, de la tortüe des Algonquins et du pivot des Danè.
Un ancien missionnaire àcs TchippwWayans de l'Isle à la Crosse, devenu évêque, avait donné, dès 1851, une autre version de la même tradition, que je récuëillis également au lac Froid, en 1879.
Il y est dit « qu’au temps des géants, l'un d'eux, se promenant sur les bords de la Mer Glaciale, fit la rencontre d’un autre géant, lui iivra un combat acharné, et en aurait été défait si l'homme qu’il protégeait n’eût secouru son bienfaiteur en tranchant le nerf de la cuisse au mauvais géant, ce qui en détermina la chûte. Son grand corps tomba en travers de la mer, de manière à faire un pont entre les deux continents. Sur ce pont, eurent lieu les migrations périodiques du renne.
« Plus tard, une femme étrangère entreprit aussi ce voyage par-dessus le pont. Elle arriva de l'Occident après plusieurs journées de marche et fut très bien reçue des Dènè, parce qu'elle leur apportait du fer et du cuivre. Elle fit même. plusieurs voyages; mais, ayant été outragée par ceux dont elle était la bienfai: trice, elle s’enfonça sous terre avec sou trésor, et dès 1c's les immigrations cessèrent. »
Le narrateur assure que, de son temps, ‘les Esquimaux de le baie d'Hudson possédaient la même tradition et ajoutaient que les rennes seuls avaient continué à franchir le passage depuis la disparition de la femme aux métaux. Et toutefois, qu'avant l'arrivée des Euro-
péens parmi les Dèné, ces Indiens n'avaient déjà plus de métal ; mais qu'ils :e connaissaient et se rappelaient en avoir perdu l'usage à une époque assez rapprochée (1) »
Ces données sont pleinement corrohorées par celles que le savant D' H. Rink envoya au Congrès de Nancy, en 1875, et par lesquelles ilconstale que les Groënlandaiseux-mêmes possèdent la même légende populaire. «Il y est parlé d'uuc femme étrangère qui faisait ds : fréquents voyages entre le continent américain ei le Groënland; puis d’un voyage que les Groënlandais en »cL sent en pays lointain pour se procurer des couteaux de métal (2). »
Le nom porté par les Dènèé Couteaux-Jaunes, la proximité où ces Indiens étaient des tribus equimaudes du :ittoral de l'Amérique, tant à l’oucst qu’au nord et à l’est, prouvent qu'il s'agissait effectivement d'objets en cuivre ouvré et principalement de couteaux, ainsi que le dit la tradition (3), et non pas seulemeut d'un peu de cuivre natif, comme le pensait, au Congres, l'interprète du D’ Riok, M. le professeur Waldemar Schmidt. |
Mais il faut que cette tradition soit déjà bien ancienne, pour que de l'Amérique elle ait pu pénétrer au Groënland, que les Innoït occupent depuis le xin° siècle.
Les Djindjié ne possèdent pas la tradition de la découverte du métal ni des migrations de l'étrangère. Mais ils nomment Zntsi Dindjich, hommes du n'étal, la peuplade la plus voisine de la mer des Castors. Je crois que ce sont les Dana Atnans, qui habitent les bords du fieuve du Cuivre. Ou appelle aussi ces Indiens. Couteaux-Jaunes, comme ceux du grand Lac des Esclaves.
Cependant les Dindjié possèdent un récit fort peu
4} Mgr A. Taché. Lettre à sa mère, dans les Annales de la Propagation de la Foi, 1851.
(2) Congrès de Nancy, 1875. T. II, page 188.
(3) D' H, Rink. T'ales and T'raditions of the Eskimo. London 14875. Page 109. Légende Kumagdlat et Asalok.
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légendaire, dans lequel il est fait mention de deux
frères de race rouge qui s’égarérent sur mer et fureñt
recueillis par des étrangers qui voyageaient dans une vaste pirogue et trafiquaient parmi les nations. Dans la compagnie de ces navigateurs, ils comrmercèrer tour à tour avec des hommes de toutes les couleurs; puis, arrivés à l'embouchure d'un fleuve qui vient de POrient, sur le continent américain, ils reconnurent des compatriotes dans le peuple de la terre, se fixérent en ce lieu et donnèrent naissance à la nation dindjié(1).
Avant d'en venir à la discussion critique et scientifique de ces intéressantes Jégendes, je dois en rapprocher deux autres qui me sont fournies, l'une parles Japonais, la seconde par les Tripolitains de Môritanie.
« Aussitôt que le monde fut sorti des eaux, raconte la tradition asiat que, une femme vint habiter la plus belle des îles du Japon, qu’occupe aujourd'hui la race Aïno. Elle était arrivée sur un navire poussé par un vent propice d'Occident en Orient. Amplement munie d'engins de pêche et de chasse, elle vécut plusieurs années heureuse, dans un jardin magnifique qui existo encore, mais dont nul morte, ne connaît l’emplacement.
« Un jour, au retour de lä chasse, elle alla se baigner dans le fleuve qui séparait son domaine du reste de l'univers. Ayant aperçu un chien qui nageait vers elle avec rapipité, elle sortit de l'eau pleine d’effroi. Toutefois, le chien la rassura, lui demandant la permission de rester près d’elle pour lui servir de compagnon et d'ami. Elle se laissa persuader, et de leur union naquit le peuple Aïno (2). »
Je dois rapprocher de cette légende celle des Dèné- Peaux-de-Lièvre, intitulée le Petit-Batelier, où il est dit « qu'un jeune Déné découvrit à l'Ouest, sur mer, une
(1) Emile Petitot. Dans la Revue de philologie et d'ethno,yraphie, Paris, 1875, Janvier. Page 201.
(2) Rodolphe Lindau. Voyage autour du Japon. Paris, 1864. Chap. V, page 99. Cité par M. de Charencey.
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Île où se trouvait une femme fort belle; mais que ses compatriotes furent incapables de l’atteindre (1). » Les Chaktas Muscogulches en disent autant. Il est probable que, dans ces femmes, il faut voir l'emblème de quelque nation asiatique plus blônche que la généralité des Dènèé et dont ils auront reçu la visite.
Je ne puis que rapporter de mémoire la légende môritanienne qui est d'origine punique. « Elle fait mention d'une femme voyageuse, superbe, magnifiquement parée et fort riche, qui visita leur pays à une époque reéculée. Elle arriva par mer, montée sur un gros poisson noir. Elle et son poisson entrérent dans le fleuve Bagrada qu’ils remontérent tant qu’il fut navigable. Alors la voyageuse mit pied à terre et entra en pourparlers avec les habitants. Le jeune roi du pays lui fit des offres de mariage, et les choses se passèrent pour le mieux pendant un certain temps. Mais, finalement, les farouches habitants du pays pourchassèrent la voyageuse à coups de pierre et la contraignirent de remonter sur son poisson, par le moyen duquel elle regagna la haute-mer d’où elle ne revint plus (2). »
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Du temps de l'explorateur Hearne, c’est-à-dire en 1771, les Couteaux-Jaunes ou Gens du Cuivre (3) chassaient jusque sur les bords d’un fleuve tributaire de la Mer Glaciale, à l'Ouest du Mackenzie et du Grand Lac des Ours, auquel ils donnaient le noin. de Tsantsanèé Déssé, rivière du Métal. Ils plaçaient surles bords de ce ‘cours d'eau le théâtre de là légende que je viens. de rapporter en premier lieu. C’est pourquoi Héarne nomma ce fleuve Copper-mine River ou rivière des Mines de Cuivre, bien que, dans la légende déné, il ts’agisse seulement de métal en général.
D Re ar DIRE NES RÉEL RE ANS ARE DDR M DEN DES ELLE ETES RUE PRÈS nd re CS 3 cv ét En SN 2 ES CE"DSE gun sep vel . (1) Emile Petitot. Légendes indiennes du Canada Nord- Quest, page 236.
(2) Schott. T'our du Monde, 1861, pages 79 et 80,
(5) Les Copper Jndians des Anglais,
Toutefois, on n’a jamais trouvé ni fer ni cuivre le: long de la Tsantsané Déssé. 11 ne s’y trouve pas non. plus de volcan, mais seulement des fumerolles causées par des schistes pétroleux en combustion.
.Tous les détails de la légende nationale des Couteaux-Jaunes s'accordent à placer la scène des migrations de la Femme aux métaux sur les rivages de la mer de Béring où j'ai dit qu’il existe, en effet, une autre rivière du Cuivre, la Copper-mine river qui longe les monts Castors,si riches en volcans en activité; et d'autres Couteaux-Jaunes, les Dana Alnans.
L'embouchure de ce fleuve du Cuivre occidental, avoisine la grande île Kadiak, dont les habitants Esqui. maux se disent descendre du chien, la presqu'ile Ounalaska et le chapelet des Aléoutiennes. Ce précis | géogranhique est corroboré var la légende kolicuche, qui désigne jusqu’à la montagne daus laqueïle s'enfouit la voyageuse, le volcan Edgecumbe, près de l'île gouvernementale de Sitka. Enfin les Kollouches aussi bien que les Atnans faisaient usage des métaux, lors de l’arrivée des navigateurs européens.
Admettons donc que les Déné Couteaux-Jaunes, du grand lac des Esclaves ou gens du Cuivre, ne sont qu'une fraction et une colonie des Dana gens du Cuivre de la mer des Castors, immigrée d'Occident en Orient, à une époque déjà éloignée ; admettons que ces Indiens ont transporté sur les bords de la rivière du Cuivre, de Hearne, en le symbolisant, un fait d'immigration qui eut lieu originairement sur les bords de la mer de Béring. Ne cherchons donc plus à la mer Glaciale ce qui ne s’y trouve point.
Première conclusion.
On a dénié aux peuples sauvages la faculté d’idéaliser, de symboliser la divinité, les éléments, l’histoire d’un peuple ou leur propre nationalité. Cette assertion n’est nullement applicable aux Américains du Nord- Ouest. Mes Traditions indiennes le prouvent amplement.
‘ci ilest presque superflu d'affirmer que la Femme aux métaux et voyageuse n'est autre chose que :ka personnification d'une nation introductrice des métaux ouvrés, en Amérique. Les Dèné la prirent pour une femme céleste ; elle n’était donc point de race dèné, ainsi qué le dit la légende en se contredisant ellemême. Plusieurs peuplades la reconnaissent même pour étrangère.
Elle apporta aux Dèné des méluux inconnus, qu'elle ne leur donna que contre une compénsation en nature; c'était donc une nation de marchands, de trafiquants.
Elle éleva sur son passage des points de repère qui
lui permirent de retracer ses pas vers la mer occiden-
tale ; elle n'avait donc point l'intention de demeurer toujours avec les Déné, et ceux-ci n'étaient point ses compatriotes.
Elle fait trois voyages seule, et autant en compagnie des Dèné ; il s’agit donc des migrations périodiques d'un peuple.
Elle refusa de retourner dans l'intérieur du pays, demeura au bord de la mer de Béring,et finit par y disparaître en s’enfonçant progressivement dans la terre ; preuve que les migrations asiatiques par Béring ou les Aléoutiennes cessérent graduellement.
Je possède d'ailleurs une excellente preuve du symbotisme de cette femme émigrants et céleste. C'est que, lors de mon arrivée dans le Bas-Mackenzie, j'y trouvai les Déné imbus de la. persuasion que la Compagnie de la Baie d'Hudson était, elle aussi, une Femme aux métaux qui envoyait ses serviteurs aux Dênèé pour distribuer des armes et des ustensiles, des munitions de chasse et autres objets, à condition qu’on ne la laisserait point manquer de nourriture ni de fourrures chaudes, ainsi que ceia était arrivé à la première femme de leurs souvenirs.
Que l’on ne me dise pas, cépendant, que les Dèné ont voulu symboliser, dans cette légende, la Compagnie russe qui devança ies Yankees dans la possession de l'Alaska. Cette Coïhpagnie existait encore ‘en ‘Aïfhé-
rique lorsque je recueillis les légendes danites, lorsque les Tchippwayans m'apprirent la disparition ancienne de la Femme aux métaux au sommet d'une montagne embrâsée.
Les Russes eux-mêmes trouvérent cette tradition répandue sur les rivages de la mer de Béring, lorsqu'ils y abordèrent, comme d'autres navigateurs la recueillirent au Groëland et à la baie d'Hudson.
Il n’y à pas jusqu'aux Danites Nabajoes, du Nouveau Mexique, qui révèrent cette femme céleste tout en reconnaissant que ce sont eux-mêmes qui, des rivages de la mer occidentale, d’où ils sortirent au nombre de dix hommes, sept rouges et trois blancs, parvinrént jusqu'aux confins méridionaux du Continent septentrional,en laissant de partout des colonies et des traces de leur passage (1). à
D'ailleurs, en supposarit contre toute évidence qu'il s'agirait ici des Russes ou même des colonisateurs chinois du Fou-Sang, il resterait toujours à expliquer l'analogie de cette tradition américaine avec celles des Japonais et des Môritaniens ; ce qui ne se peut qu’en admettant l’identité de la netion symbolisée, sur les trois continents; par cette femme voyageuse.
Si les Dénè avancent qu'ils reconnurent cette étrangère pour leur sœur, äinsi que les Chanes-Votanides le disent des Tséquils ou Nahuatlaques (2), c’est qu’elle devait se rapprocher d’eux par le type, la couleur, la langue, le lieu de leur origine, les localités qu'elle avait parcourues.
Elle était supérieure aux Déné par ses richesses, ses connaissances nautiques, son industrie métallurgique ; mais non point en nombre, puisque les Dèné la contraignirent de se réfugier et de s'enfermer dans ses comptoirs du littoral, après l'avoir oùtragée, dans l’intérieur des terres.
(4, W. W. Davis, attorney, New-Mexico and his pople. New- York, 1857. à (2) Comte de Charencey. Le Mythe de Votan.
er 17 —
: M'objectera:t-on que la femme voyageuse symbolise le peuple érak ou esquimau occidental ?
Celte supposition ne peut soutenir l'examen, si l’on considère que la belle voyageuse avait souffert de. la violence des Esquimaux avant d'être opprimée par les Danites; qu'elle préféra fuir dans les déserts orientaux que de demeurer en la compagnie des Esquimaux ; que dans ce but elle n’hésita point à abandonner, sur le littoral, l'élément énacide qu'elle s'était assimilé par l'union forcée que ce peuple violent lui avait imposée. .
De plus, les Znnoït ou Esquimaux orientaux avouent que cette voyageuse était une étrangère et qu'ils habitaient déjà l'Est lorsqu'elle aborda aux rivages occidentaux de l'Amérique, d’où elle les visita également. Enfin, si les Esquimaux orientaux avaient connu et possédé les métaux, ils n'auraient pas entrepris euxmêmes de longs voyages dans l'intérieur du continent pour se procurer des couteaux de métal chez les Dénè Couteaux-Jaunes.
Les offrandes votives que les Dané continuérent à apporter à cette créature céleste, dans le cratère du volcan où elle disparut, sont une preuve que ce peuple lüi attribuait le pouvoir de les transmuer en métaux, et qu'ils couservèrent longtemps encore l'espoir de déterminer par ces offrandes le retour d’'immigrations, de visites, qui, Malheureusement pour eux, ne devaient plus’ se répéter.
Mais que signifie cet enfouissement dans le cratère d'un volcan, si ce n’est le symbolisme de la submersion de la portion occidentale du continent américain, comprise entre la longue presqu'île Ounalaska et celle de la Californie, par Suite d’une éruption volcanique violente et générale, qui mit fin aux flots de l’immigration ?
A la vérité ce n'est là qu’une hypothèse ; mais estelle insoutenable ? On sait, d’après Elie de Beaumont, que :e grand bourrelet américain qui se replie à travers l'Alaska, pour passer dans l'Asie centrale, qu'il
traverse ensuite jusqu’au Taurus, bourrelet éminémment volcanique, « présente des caractères: frappañts de nouveauté relative. » (1).
Une foule de traditions dèné, dindjié, koJlouche et ‘de la nouvelle Espagne, font mention d'un'changement dela terre qui aurait eu lieu dans le nord-ouest, et'de quelque chose qui aurait surgi de l'Océan pacifique.
La Pérouse a observé que toute cette côte’ est précipiteuse ; que les montagnes y plongent ‘à pic dansla mer et semblent manquer, de ce côté, du contrepoids qu'offre dans l'Est la vaste étendue du plateau anréri- Cain.
“Nous aurions donc, de la soïte et même en Amérique, un souvenir traditionnel de la disparition de Y’Atlantide de Solon. Cette théorie concorde, non seulement avec les suppositions de Ptolémée et d'Hipparque, citées par Châteaubriand (2), mais surtout ‘avec les traditions polynésien..2s qui attribue à Pélé, déesse des volcans et du feu souterrain, la disparition de la grande terre d'Havaïki, patrie prèmière des Kanacs, laquelle était située à l'Orient des archipels : océapiens, c'est-à dire en Amérique; cette Pélé qui causa leur malheur, en leur donnant, en échange de leur belle patrie orientale et primitive, une poignée de rochers et &’attoles dispersés au milieu de l'Océan. Lorsqu'on célèbre ses fêtes, la prêtresse jelte dans 1e cratère du volcan de Xérouida, aux îles‘ Hawaï, de la nourriture et des habillements, ei. dans tous les temps, en met souvent des aliments devant sa statue (3). Cela ne rappellet-il pas le souvenir des offrandes des Daué américains au volcan du mont Saint-Élie ?
A la vérité, dans la légende dèné, la femme au volcan n’est point nommée Pélé; mais Pélé, le loup-blane,
(1) F. S. Béudant. Cours de Géologie. Paris 1872. (2) Préface du Voyage en Amérique, page 109.
(3) Odolan Desnos. Mythologie pittoresque. 1836. Paris, METIER page 498,
l'accompagne ct la guide, comme Anépou .accompagnait Isis.
ÆEngrec, Pel sigoife mouvement, déambulation qi De là.le nom de la mer, Pelagos, ct. celui des P peuple mélangé, voyageur et fonciérement Te Nous. avons, dans ce même, mot, la racine du nom du loup, en déné du nord, Pélé; c 'est- à-dire l'animal Vagabond par excellence. Et l'on comprend maintenant pourquoi les Lalins, peuple pélasgique, prétendaient descendre du loup. Telle est aussi l'origine d'une. partie des Kollouches, peuple rivérain du Pacifique, et. des Dénè du nord.
Dans la mythologie grecque, nous trouvons sur Argo, le navire parlant et animé qui remplace le gros poisson noir des Môritaniens,.et parmi les premiers Pélasges tels que Hercule, Thésée, Orphée et autres, nous trouvons, dis-je, Pélée, dieu du feu souterrain, juge des enfers et époux de l'océanide Thétys, aux noces duquel les Muses prédirent la ruine de Troie, et ls. Discorde jeta sa pomme.
Dans.la Bible, — texte hébreu, — Pélé, qui signifie admirable, excellent, choisi, séparé, est le nom que prennent les Esprits célestes, messagers de la. Divinité. « Quid quæris nomen meum quod est I ….é (mirabile)s, dit l'ange à Manué (2).
Or, chez les Dèné du nord, partout où le loup blanc, Pélé, joue un rôle cabalistique quelconque, ii tient la place des génies psychopompes ou conducteurs d’âmes : celle de protecteur et de défenseur. C'est l’Anépou de la mystique égyptienne, à celte différence près qu'il est blanc au lieu d'être noir. Aussi, la noire Pélé, qui châtie les Kanacs et les prive de leur patrie, devient-elle ici . le blanc Pélé qui protège et conduit la nation m ;stérieuse sur la terre d'Amérique. Les dieux des uns sont les démons des autres.
Une particularité que je trouve d’un égal intérêt à
(1) De Mirville. Des Esprits. T. V. page 197, (2) Juges XII. V.8,
celle de l'introduction des métaux en Amérique, et qui est tout aussi mystériause, est l'érection de ces grandes pierres, thé 1chôr nadashédhii, véritables menhirs, trilithes ou kisthavens, que la nation voyageuse disposa sur sa route comme des signes de son passage.
J'avoue que c’est la seule tradition recueillie par moi en Amérique qui fasse mention de monuments cyclopéens. Mais Votan rapporte qu'il laissa sur son chemin des signes de son passage sur la terre des Serpents ou Chivim, en Amérique. Les dl en disent tout autant. :
Il faut probablement entendre par là les mounds, les lumuli, les téocalli, les ruines de temples et de villes, dont l'Amérique centrale et le Mexique sont couverts. Ces signes, que possède la terre des Serpenis méridionaux, les Chanes, nous sout connus
C'est aussi chez les Serpénts asiatiques, les Chans rouges ou blancs, que l’on u découvert des monuments mégallitiques. Qui oserait assurer qu’il n’en existe point dans les vallées des Montagnes Rocheuses, des monts Wrangell et Castor, alors que dans toute l'immense vallée du Rio Colarhbia, pays des Serpents septentrionaux américains, les Chochones, on ne voit, que ruines de villages: anciens A monuments énigmatiques ?
Un voyageur américain déjà cité, M. W. H. Dall, assure que l’on trouve des monuments mégailitiques, tels que menhirs et trilithes chez les Esquimaux-Souf: fleurs, les Tuskis de Hooper, qui habitent les rivages asiatiques du détroit de Béring, de même qu'on en a r'encontré chez les Khassias de l'Hymalaya, les Naïrs de Malabar, et dans les déserts de la Môritanie.