‹ La femme coupable drame en cinq actesChapitre 11 sur 79 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GILBERTE

Et moi, je n’ai pas reçu la lettre de faire part de ton mariage avec monsieur Olivier...

JENNY

Tu sais.!, il n’y a que ses meilleurs amis que l’on oublie...

Depuis combien de temps es-tu... madame Olivier.

JENNY

Un an... au moins...

GILBERTE

Ah ça... quel âge a-t-il?

JENNY

Ma foi, je ne sais pas... cinquante-cinq... cinquante-huit, peutêtre...

GILBERTE

Autrefois, pourtant... à notre petite pension de la rue Saintonge... le souviens-tu... il me semble, que tu ne parlais jamais de mariage, cmnme nous toutes...

JENNY

Yos familles avaient toutes do la fortune... cola vous donnait le droit de faire des... maris en Espagne! Je ne pôuvais pas rêver, moi, je voyais l’avenir tel qu‘d se présentait... la place, par charité, au foyer d’un vieux parent, le petit bout de la table, où je n’allais m’asseoir, qu’en tremblant, les reproches dans la bouche des uns... la jalousie dans les yeux desj autres, l’insolence dans les allures de la domestique... Ah Dieu te garde, Gilberlè, démanger le pain qui n’est pas à toi !

GILBERTE

Comment, ton oncle, ta tante, tes cousines...

JENNY

Ma bonne amie, la famille s’arrête au père et à la mère... souviens-toi de cela...

' GILBERTE

Mais je ne vois pas Venir le baron Olivier?

•Je le trouvai un jour dînant avec mon oncle entre mes deux maigres cousines... on s’aperçut ce jour-là que la table était trop petite, et que nous serions trop serrés, si je m’y mettais... j’aidai au service !

GILBERTE

Ah!

JENNY

Plusieurs fois, il revint... il ne me disait jamais rien ! on parlait

16 LA FEMMK COUPABLE

déjà le soir, dans la famille, de la procliaine noce de l’ainée... une fois, après le départ de M. Olivier, mon oncle sortit comme un furieux do son cabinet, me traila d’ingrate... et je me trouvai sur l’escalier.

GILKERTE. *

Je comprends, ce n’était pas la sœur aînée (|ue monsieur le baron avait demandée en mariage... c’était la ijauvre (îendrillon, comme le prince du conte des fées.

JENNY

Je n’y comprenais rien, et je pleurais... Dans la rue... je trouvai M. Olivier... je ne me souviens pas de ce qu’il m’a dit... je l’écoutais sans l’entendre à travers mes larmes... tout ce que je sai.s, c’est qu’il me ramena chez mon oncle, el ipie trois semaines a|)rès... j’étais sa femme.

GILBERT E

Eh mais... des parents comme les tiens, sont utiles à quelque chose je te fais mon compliment tu dois bien l’ai-

mer?...

• JENNV .

Oh oui... il est si bon ! *

GILRE'RTe:, a»fc t-nlliou-iasmp.

Et je n’ai pas embrassé ton mari... je n’y liens plus... il faut que je courre après lui... Attends-moi ici... je vais prendre mon chapeau.

(Elle rentre dans la maison).

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