‹ La femme de vingt-cinq ansChapitre 1 sur 52 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

jT On ne pardonne qu'à regret une préface en littéture, et dans les créations musicales Tabsence de préface. Un opéra a pour ainsi dire besoin d'être précédé d'une ouverture^ qui initie à l'idée générale de la partition, en définisse le caractère, prépare Toreille aux motifs principaux. — Je réclame le privilège des auteurs lyriques pour indiquer la donnée de ce livre, et justifier de ses droits au titre qu'il porte.

Il y a dans cette disposition de texte : La Femme de vîngt^inq ans, une presque totalité de consonnance déjà entendue. — Balzac, sans faire d'ailleurs sortir du titre le sens philosophique du livre, a composé une étude célèbre sous ce nom : La Femme de trente ans. — Les gens qui exigent le tout à fait

dans les mots, et à qui suffit Va peu près dans les choses, pourraient être tentés de dénoncer un quasi-délit de contrefaçon. — La Femme de trente anSy La Femme de vingt-cinq ans^ ne serait-ce pas la môme œuvre en double ? — Cinq ans de distance, — presque le temps d'une climatérique I — font-ils deux femmes différentes ? — L'histoire de 1853 n'est-elle pas l'histoire de i 848 ? — Décrire la Loire à Amboise, n'est-ce pas avoir décrit la Loire à Orléans ? — N'y a-t-il pas là, d'ailleurs, une distinction fictive, une originalité fausse, un trompe^ l'œil analogue à cette ruse industrielle : coter une marchandise au dernier chiffre des unités d'une dizaine, de façon à ce que le premier chiffre de la dizaine supérieure ne semble avoir rien de commun avec le prix ? — Ainsi pour les femmes en deçà de trente ans, il n'existerait pas de phase inétudiée, offrant un sujet neuf; il faut démontrer qu'une partie de ce temps antérieur forme le cadre de réserve de l'analyse.

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Chez les femmes, justement parce qu'elles s'affirment surtout par la beawté, que la question de forme emporte le fond, la criticité arrive à une virtualité extrême, et détermin^^un grand nombre de subdivisions savantes, de périodes d'occupations successives, d'obligations temporelles dont on essaie de reculer le paiement à l'échéance. — Pour une femme, la révolution des douze mois n'est pas une année, c'est une annuité, — Chaque phase nouvelle exige donc une définition nouvelle. — Pour les hommes, la vie a l'aspect d'une montagne ordinaire, comprenant l'ascension et la descente. On est un Jeune homme ou un homme jeune, — Pour les femmes, les séries d'années forment une superposition de plateaux où le bonheur est de savoir prolonger la halte. — La vue de la vie est si magnifique prise du sommet î — et le parcours de la descente est le triple du parcours de la montée.

A vtngt'Cinq ans, la femme est arrivée au point culminant qui appartient aux deux jeunesses. — De là elle domine le passé et l'avenir. — Vingt-cinq ans^

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c'est la consécration de la majorité universelle, l'an premier de la liberté, Fère de la participation directe à la vie; — la valeur de cette date n'a donc rien de factice; — elle est fondée en droit; voici ce qui la confirme en fait :

La femme de vingt-cinq ans^ c'est la jeune fille achevée, la femme faite^ dans la primeur de l'harmonie absolue, de l'éclat universel ; l'œuvre de la beauté est complète ; il n'y a plus rien à attendre du travail de la formation physique ; la nature a cessé sa recréation patiente; tous les élémentî* de vie sont neufs, éprouvés, entiers; la beauté est à ce point de maturité résistante du fruit qu'on peut encore laisser impunément sur la branche, mais qu'il faut savoir conserver une fois cueilli. — Il y a des fruits qui traversent sans rides tout l'hiver; — ce sont les femmes qui, avec leur beauté de Tautre année, rejoignent encore une génération nouvelle.

Vingt-cinq ans^ c'est l'avènement de la virilité rfâme et de corps ; — la fin des illusions dont la déception paraissait mortelle, le commencement des illusions dont la déception ne paraît pas mortelle ; — l'explosion des passions fortes, actives, pleines de témérité, de générosité de soi-même. Les jours sont égaux et longs ; les nuits sont brèves. La beauté, sûre d'elle-même, ose tout, ne calcule pas

le péril, se prodigue et s'oublie... — Vingt-citiq <mf, c'est le signal des luttes suprêmes, sans trêve. — Auparavant, la lutte est un jeu d'enfant ; plus tard, le combat moral cesse devant le souci de la beauté physique. — Dites à une femme de vingt-cinq ans : iViî souffrez pas de votre amour j cela vous enlaidit , elle n'écoutera pas ; donnez le même avertissement à une femme de trente ans^ elle arrêtera son cœur.

Ces cinq années pour une femme sont les superbes, les enviées, les décisives, les fécondes, les toutes-puissantes, les bienheureuses ; elles ont Fenivrement de la sécurité. — Si jeunesse savait^ on sait ; si vieillesse pouvait^ on peut. Croître pour décroître^ voilà la vie, sauf quelques instants de splendeur fixe ; cette station brillante et courte, ce sont ces cinq années. — C'est pendant cet intervalle neutre que les femmes perdent ou gagnent sur l'avenir. — Entre vingt-cinq et trente ans, une année compte double ou deux années comptent simple.

S'il est uxie période violente où une femme honnête jusque là coure le plus de risques de faillir, le point extrême de cette période est vingt-cinq ans. — La tentation domptée là où elle était dans toute sa force, la vertu, au lieu d'être Forage, devient la sérénité pour rame. — S'il y a une époque où la vraie connaissance de soi-même doive apparaître, c'est vingt-cinq ans. S'il est une date à partir de laquelle on s'aperçoive que Yavenir propose et que le passé dispose^ cette date est vingt-cinq ans. S'il y a un temps d'épreuve où la vitalité morale s'affaisse ou se redres&ç pour toujours, c'est vingt-cinq ans. — S'il y a un terme de rigueur pour la formation de la personnalité^ ce terme est vingt-cinq ans.

Les femmes qui, dans ce livre, figurent au premier plan ont toutes vingt-cinq ans. — madame mé-

LILOT, MADAME d'eSSOMMES, MADAMR DE GHELLES, MÉ- PQ^STOPmSLINE, LA MARQUISE DE FLEURESLE, MADEMOI- SELLE DE l'Étang sont contemporaines. — Chacune d'elles représente un des traits principaux de la vie féminine à vingt-cinq ans ; — cette chaleur du duel

à toutes armes et à chances égales entre la passion et le devoir ; — cette lucidité soudaine qui fait qu'on se voit, tandis qu'on n'avait fait que se regarder ; — cette impossibilité de remonter, à un point donné, le courant d'existence établi par soi-même ; — cette crise terrible oÙl le cœur se brise ou se bronze ; la prononciation de vœux après le noviciat de l'a dolescence.

J'ai peint mes parallèles^ — ceux qui allaient le moins au delà de moi. — Une même tendance, un même intérêt, une analogie de situation réunit tous ces types de femmes. — Ce livre tire donc de l'importance qu'y prend l'âge de ses héroïnes, son titre naturel : La Femme de vingt-cinq ans. ♦

XAVIER AVBRYET.

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