N PETIT SALON
[. DE SPARR, très-élégant. — M. DE GHELLES ayec an ex-btbit blea et une cravate de jaconas. — Madame DE GHELLES, (pii tient une broderie. — Fenêtre ouverte donnant sur une terrasse.
M. DE SPARR, à madame de Cheïles.
Vous avez là un délicieux peignoir.
M. DE GHELLES.
Croirais-tu, de Sparr, que ma femme fait trois toilettes dans une seule journée? — Quand tu es là, passe encore, mais...
M. DE SPARR, froidement.
Qu^est-ce qu'il y a d'étonnant?
C'est vrai, tu en fais quatre. — Moi, me voilà paré pour jusqu'au soir. — A la campagne, on est toujours assez bien.
M. DE SPARR.
Au moins, de Chelles, ne sois pas si content de toi.
MADAME DE GHELLES.
Est-ce que vous trouveriez mauvais que votre femme se découvrît les épaules au bal, vous, monsieur de Sparr?
M. DE SPARR.
Oh ! moi, d'abord, ma femme ferait ce qu'elle voudrait. Ce sont les principes de toute ma vie !
MADAME DE GHELLES.
Très-bien !
M. DE GHELLES, en fausset.
C'est une faute, mon ami, une très-grande feute.
M. DE SPARR.
Non, je tiendrais à être mené par ma femme.
M. DE GHELLES.
Tu verserais!
MADAME DE GHELLES, à 80n mari.
Comme c'est joli ce que vous dites ! — Votre domestique a-t-il rapporté ma musique ?
Ah bien ! Auguste a bien d^autres choses à faire. — [li compte sur ses doigts. — 1« Ses foins à rentrer ; 2" —
M. DE SPARfi, à voix bosse à madame de Chelles.
J'ai chargé mon valet de chambre de votre commission.
MADAME DE CHCLLBd»
Merci ! — €oiHHient î vons laissez monsieur Auguste rentrer «è« foim sans vous ? {M. de Chelîes interroge le baromètre.)
M. DE SPARH.
Voilà de Chelles qui tâte le pouls à monsieur Réaumur. Allons ! allons ! c'est un père pour ses foins 1
M. DE CHELLES
Tenez, je vous laisse. — On en veut à mes jours. (// sort,)
M. DE SPARR.
Ne te pends pas, brave Crillonl — {Avec mélancolie,) Ah I ce «'est plus là le ^e Chelles que j'ai cehmi !
MADAUTE m, CHELLES.
Oh î non.
M. DE SPARR.
Vous paraissez fatiguée, madame?
MADAME 'DE CHELLBS»
Oui, j'ai mal dormi.
H. iDtE SPAKH.
Vous n'avez pas dormi, phitôt. — A deux ^h^res, vous étiez encore à votre fenêtre.
MADAME DE -GUELLES, UH pCU enrayée.
Vous m'avez vue ?
ON SE COUCHE. Ht
M. DE SPÀRR.
Entrewe. — Une svelte ombre blanche dans les ténèbres. — Quelle nuit I — C'était à rendre poètes les gens qui le jour posent 8 et retiennent h- — Un fourmillement d'étoiles dans \m bleu profond. — ^ Pas un souffle de vent. — Un de ces silences tièdes et sans fin où Ton entend si fort battre son cœur. — Vous rêviez aussi, n'est-ce pas? — De Chelles a, comme nous, ouvert ses croiséeô ; r- mais flous, nous regardions le cièK e| lui regardait le temps. — Puis vous avez disparu, et le bruit aigre de votre persienne a rompu le charme ; — mais le rêve a continué la rêverie. — Si nous déchiffrions ce morceau, madame? — Je n'ose vous dire comme vous portez à ravir ce petit abattement.
MADAME DE CHELLESi la main au eœur^ secouant la tête. Allez, Septîme, — je sens quelque chose là.
M. DE SPARR.
(// lui prend le irds doucemefit.) Voyons! — Je suis un peu médecin. {Lui baisant la main et grav^went.) Il y a de la fièvre.
MADAME DE CHELLES, d*wfk ton de repvoche.
Monsieur de Sparr I {Elle ouvre un piano. — Préludes.)
172 COMME ON ^AlT SON LIT
MADAME d'auvilé, sur la terrasse.
Vous n'êtes pas jaloux, vous, de Chelles?
M. DE CHELLES
Jaloux de quoi? {Regard de madame d*Auvilé.) Ils chantent !
MADAME d'auvilé, entre ses dents^
Oh ! le royaume des borgnes ! {Solo de M. de Sparr. — M, de Chelles, qui est enroué, le parodié gauche^ ment. — Madame de Chelles ferme la fenêtre avec im^ patience.)
MONSIEUR DE SPABR, chantant.
(( Pensez tout bas que je vous aime. » {Point d'orgue.)
M, DE CHELLES
Que c'est bête, ces paroles de romance ! Toujours le mot de Figaro ! Ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante.
MADAME d'AUVILÉ.
Juste.